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11/03/2015

JUSTE AVANT LE BONHEUR.

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Née en 1972, Agnès Ledig est aujourd’hui sage-femme. Elle a commencé à écrire après le décès de l’un de ses trois enfants, atteint d’une leucémie, pour renouer avec les bonheurs simples de la vie. Elle a publié « Marie d’en haut » qui a reçu le prix Femme actuelle. Son deuxième roman « Juste avant le bonheur » a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » a été édité en 2014 chez Albin Michel.

JUSTE AVANT LE BONHEUR.

Julie, vingt-ans, est caissière dans un supermarché. Elle est la mère de Ludovic, trois ans, qu’elle élève seule. Elle vient d’être convoquée chez le directeur Chasson pour une erreur de caisse de cinquante euros. Elle sait qui lui a pris cette somme, une collègue qu’elle ne dénonce pas. « Il est mal vu de dénoncer les collègues. Très mal vu. Ca vous colle une réputation sur le dos aussi solidement qu’un pou sur une tête blonde. »

Paul Moissac, ingénieur en aéronautique, cinquante ans, fait ses courses pour la première fois dans un supermarché car sa femme l’a quitté il y a un mois. Il va à la caisse de Julie, son sachet de pommes à la main et voit qu’elle essuie une larme sur sa joue. Il est ému.

Il lui dit bonjour ce qui étonne Julie car ce n’est pas l’habitude. Paul n’a pas pesé les pommes. Il retourne dans le magasin et se trompe en appuyant sur le « raisin » ce qui fait sourire Julie. « Ca fait une éternité qu’un homme n’a pas été gentil avec elle. »

Une semaine plus tard, il revient et invite Julie à dîner puis lui propose de l’emmener en vacances dans sa maison, en Bretagne. Julie hésite puis accepte car elle voudrait tellement montrer la mer à son fils.

Le voyage est décidé. Jérôme, le fils de Paul, partira avec eux. Il vient de perdre sa femme qui s’est suicidée. Médecin, il s’en veut car il n’a pas pu la sauver. Sa remplaçante Caroline est paniquée car c’est son premier remplacement et elle a peur de ne pas être à la hauteur. « Ne vous inquiétez pas. Ce ne sont que quelques rhumes, otites et verrues plantaires. Les cas les plus compliqués, nous pourrons en parler au téléphone. » Caroline téléphonera souvent.

Jérôme est surpris d’apprendre que Julie et son fils font partie du voyage. « … une fille de vingt ans à l’allure infréquentable et son rejeton de trois ans… »

Le séjour en Bretagne se passera très bien. Julie apprivoise Jérôme,  Paul est enchanté d’avoir agi spontanément en invitant Julie, celle-ci ne se lasse pas de voir la mer et le bonheur de Lulu.

L’auteur nous emmène dans un séjour idyllique. Des anecdotes, de nombreux dialogues. Jérôme fait découvrir les étoiles à Julie, Paul pleure en épluchant les oignons mais pas seulement, Julie est comme une bonne fée qui leur apprend le bonheur.

Les vacances s’achèvent et c’est le retour. Paul conduit la nuit. « Il aime rouler la nuit, quand tout est calme dans la voiture et à l’extérieur » Soudain, une voiture surgit à toute vitesse, face à lui et vient s’encastrer sur le flanc arrière de son 4x4. Le choc est d’une grande violence.

Ils sont hospitalisés. Jérôme est touché aux jambes mais c’est Ludovic qui a tout pris. Il a été opéré en urgence et est plongé dans un profond coma. Les médecins ont réussi à enrayer l’hémorragie cérébrale mais des zones de son cerveau ont été touchées.

Julie va devoir reprendre le travail. Elle passe le plus de temps possible au chevet de son bébé. Il est pris en charge par un kiné, Romain, qui va rapidement sympathiser avec Julie.

Une nuit, Ludovic ouvre les yeux et laisse échapper un « Laissez –moi » à peine audible avant de refermer les yeux.

Son état empire et il meurt.

Je n’irai pas plus loin. La seconde partie du livre est consacrée à « l’après ».

J’avoue que je n’ai pas aimé cette partie du livre. L’auteur a manifestement voulu un happy end. Un peu forcé ?

« Le temps passe et panse. La vie grouille et débrouille. Les braises incandescentes se consument doucement sous le tas épais de cendres froides et grises. Et puis, un jour, il y a un petit souffle, quelques brindilles et le feu repart.

Je terminerai en citant la critique du Figaro Magazine qui figure sur la quatrième de couverture :

« Un hymne à l’espoir qui sonne juste, comme une expérience vécue… Un livre poignant, où le malheur n’a pas le dernier mot. »

 

10/10/2014

HARUKI MURAKAMI.

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Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto (Japon). Il a écrit de nombreux romans et des nouvelles souvent récompensés. Depuis 2006, il est pressenti pour le Prix Nobel de littérature. Il est un des auteurs japonais le plus lu dans le monde.

Murakami est aussi traducteur de l’anglais en japonais d’une vingtaine de romans.

Fils d’un enseignant de littérature japonaise en collège, Murakami passe son enfance avec ses livres : « J’étais un enfant unique, solitaire, inquiet. Je passais mes journées, enfermé avec mes livres et mes chats. »

Œuvre : « La Course au mouton sauvage » « La Ballade de l’impossible » « Chroniques de l’oiseau à ressort » « Kafka sur le rivage » « Après le tremblement de terre »

(Billet du 17 octobre 2011)

L’INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNEES DE PELERINAGE.

Le livre débute par l’obsession que Tsukuru Tasaki a de la mort. Il est en deuxième année d’université.  Pendant plusieurs mois, il vit comme un somnambule ou « comme un mort qui n’a pas encore compris qu’il était mort. » Apparemment, il vit normalement, prend une douche chaque matin, fait sa lessive mais n’attache aucune importance à la nourriture. Il va perdre six kilos.

Pourquoi cette obsession ? L’auteur nous dit qu’un événement l’avait sans doute déclenchée. Un événement qui remonte à ses années de lycée.

Cinq adolescents s’étaient liés d’amitié en participant à un travail à vocation sociale. Le groupe s’était soudé. Tous appartenaient à la couche supérieure de la classe moyenne et vivaient dans la banlieue résidentielle de Nagoya.

« Pourtant le hasard avait voulu que Tsukuru Tasaki se distingue légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. Les deux garçons s’appelaient Akamutsu – Pin rouge -, Omi – Mer bleue -, et les deux filles, respectivement Shirane – Racine blanche – et Kurono – Champ noir. Mais le nom « Tazaki » n’avait strictement aucun rapport avec une couleur. D’emblée, Tsukuru avait éprouvé à cet égard une curieuse sensation de mise à l’index. »

Après le lycée, Tsukuru décide d’aller étudier dans une université à Tokyo parce qu’un professeur spécialiste de l’architecture des gares y enseignait. Or, Tsukuru s’intéressait depuis toujours aux gares. Ses autres amis étaient restés à Nagoya mais Tsukuru les revoyait pendant les vacances.

Un drame va survenir qui pèsera très lourd sur toute la vie de Tsukuru. Revenu à Nagoya, comme il le faisait d’habitude, ses amis lui apprennent qu’ils ne veulent plus le voir sans en donner la raison. « Si tu y réfléchissait par toi-même, tu devrais sûrement pouvoir le comprendre. »

C’était la première fois de sa vie qu’il était rejeté aussi brutalement.  Il a subi un choc dont il sera incapable de se remettre. Il ne cherche pas à comprendre et ne revient plus à Nagoya.

C’est ce qu’il confie à Sara alors qu’il a déjà trente ans et travaille pour une société ferroviaire.

Sara l’encourage à rechercher ce qui s’est passé, consciente que cet événement pèse lourdement sur Tsukuru.

Elle se débrouille pour savoir ce que sont devenus ses amis et le persuade de les rencontrer pour savoir ce qui s’est passé.

Tsukuru va rencontrer ses anciens amis, l’un après l’autre, sans prévenir de peur d’être rejeté. Il ira même jusqu’en Finlande pour rencontrer Noire.

Le lecteur va le suivre dans ce long pèlerinage à la recherche de la vérité, pour pouvoir se guérir d’une blessure qui l’empêche d’aller vers les autres.

Bleu lui apprendra que Blanche l’avait accusé de l’avoir violée. Même si les adolescents éprouvaient des difficultés à la croire, elle s’était montrée très persuasive et avait obtenu que ses amis n’aient plus aucun contact avec lui.

Comme Noire lui expliquera, Blanche était très mal psychologiquement et, très proche d’elle,  Noire avait décidé de faire ce qu’elle lui demandait même si elle était persuadée que Tsukuru était incapable de faire ce qu’elle disait.

Blanche ne dira jamais qui était son agresseur. Elle mourra étranglée sans que le lecteur apprenne par qui.

Tsukuru va pouvoir vivre pleinement sa liaison avec Sara. Commencer une autre vie.

La musique est très présente dans le livre notamment « Le mal du pays » de Liszt que jouait Blanche.

« La vie ressemble à une partition compliquée, se dit Tsukuru. Elle est remplie de doubles croches, de triples croches, de tas de signes bizarres et d’inscriptions compliquées. La déchiffrer convenablement est une tâche presque impossible… »

L’histoire aurait pu être banale. Un rejet d’un groupe où règne l’harmonie. Plus que l’abandon, c’est l’harmonie qui régnait dans le groupe que regrette Tsukuru. Il devra apprendre ce qu’est la vie pour pouvoir aimer Sara.

Les noms de couleur des personnages ont une grande importance puisque Tsukuru est « l’incolore »

Cet aveu fait à Sara : « … je n’ai pas ce qu’on appelle un moi. Une personnalité. Pas non plus de couleur éclatante. Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. »

Un beau roman imprégné de mélancolie. L’auteur aurait pu en faire un thriller, la quête de la vérité de Tsukuru présenté comme une enquête. L’auteur a choisi d’en faire un pèlerinage. Tsukuru est en quête de son vrai moi qui lui permettra d’accéder à l’amour.

 

26/08/2013

JEAN d'ORMESSON.

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Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, il a été élu à l’Académie française en 1973. Il en est actuellement le doyen.

Elevé par sa mère jusqu’à  l’âge de 14 ans, il entre à 19 ans à l’Ecole Normale Supérieure. Licencié en lettres et histoire, il est admis ensuite à l’agrégation de philosophie.

En 1950, il devient Secrétaire Général du Conseil international de la philosophie et des sciences de l’UNESCO dont il devient président en 1992.

En 1970, il devient directeur du Figaro. L’année suivante, il publie « La gloire de l’Empire » pour lequel il obtient le Grand Prix du roman de l’académie française.

Chaque année, paraîtra un autre roman dont « Au Plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Histoire du Juif errant » « Le rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

(Billets du 27 février 2008 – 4 novembre 2010 – 23 janvier 2013)

UN JOUR JE M’EN IRAI SANS EN AVOIR TOUT DIT.

Le titre est un vers d’Aragon comme l’était « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

Publié comme ses autres livres comme étant un roman, c’est presque une autobiographie. Je pourrais le résumer en une phrase : Il est parti de son enfance pour arriver aux étoiles et à Dieu. »

La première partie du livre intitulée Tout passe est un rappel de son enfance mais aussi un survol historique de son époque. « Je suis tombé dans ce monde en un temps où beaucoup de choses disparaissaient et où beaucoup d’autres apparaissaient. Il y a eu le jeudi noir de Wall Street, la dépression, les banques qui sautent, le chômage, l’inflation. Il y a eu la guerre, le goulag, la Shoah, les Kmers rouges, le Rwanda. Il y a eu un progrès qui a semé en même temps l’enthousiasme et la crainte. Longtemps, demain a ressemblé à hier. Et puis, tout à coup, l’histoire a pris le mors aux dents. »

Pour l’auteur, le changement le plus spectaculaire est que la science et la technique aient remplacé la philosophie et la religion.

Lui, qui s’est tellement intéressé aux découvertes des galaxies ou des étoiles redit son étonnement que l’homme ne soit que des poussières d’étoile. Cependant, il attribue le plus grand changement de la conception du monde à Képler ou Copernic, mais surtout à Darwin, qui bien que croyant, a changé pour toujours la conception de l’homme au mépris de Dieu. « Dieu après avoir connu bien des épreuves passe son pouvoir à l’homme. »

De son enfance, il ne dira pas plus qu’il n’a dit dans « Au plaisir de Dieu » Enfance choyée, où le plus important est la famille. Il parlera pourtant de Marie dont il était très amoureux et qui a brisé sa vie en épousant Pama Karpo. Celui-ci, moine bouddhiste orphelin, avait été adopté par sa tante Françoise. Il deviendra le fermier de son père puis fera fortune après guerre.

L’argent, il n’en a jamais manqué, mais s’il le méprise, il reconnaît qu’il est indispensable à celui qui veut vivre une vie de  plaisisirs : « L’argent est un serviteur dont l’idée fixe est de devenir le maître – et il faut l’en empêcher. - Il règne avec arrogance dans le monde d’aujourd’hui ».

Sa vie, justement, lorsque Marie lui revient, sera faite de plaisirs, voyages en Grèce, Turquie, Maroc, Inde, Mexique et surtout l’Italie dont il a abondamment parlé dans ses autres romans.

Plaisirs de la lecture. Je ne reprendrai pas la longue énumération des livres qui l’ont marqué. Juste une petite vengeance en parlant de Sartre qui disait n’importe quoi avec beaucoup de talent et beaucoup de culot…

Les livres justement. Il commence le sien en parlant de la littérature actuelle qui ne vaut pas l’ancienne. « Tout le monde écrit » « L’image triomphe et l’emporte sur l’écrit en déroute » Et encore : « Le piège à éviter, c’est de se jeter dans le moderne et comme si ça ne suffisait pas, tout le monde veut être rebelle par-dessus le marché. Pour être au goût du jour, tout le monde cherche à grimper dans le train déjà bondé des mutins de Panurge. »

Ces paroles pourraient faire sourire venant d’un auteur qui a passé sa vie à écrire des romans mais je le crois quand il dit qu’il n’a jamais cherché à être à la mode. Pour lui, écrire est devenu une nécessité, presqu’un virus dont il ne peut plus se passer. Je serai la dernière à le lui reprocher moi qui l’ai beaucoup lu avec toujours autant de plaisir.

Dans la seconde partie du livre, c’est en philosophe que Jean va discourir sur les grands thèmes : l’allégresse, l’angoisse, le chagrin, le mal, la joie, la beauté, la vérité, le temps.

Je ne peux pas tout détailler. Quelques citations : « La gaieté est la forme de ma mélancolie – Le mal est d’abord en moi – C’est peut-être parce que je suis idiot que la vie et le monde m’ont tant plu – La difficulté est qu’il y a de tout dans la vérité et qu’il y a de tout dans l’erreur – Nous ne savons rien du temps- Le présent est coincé entre le passé et l’avenir. C’est un entre-deux minuscules jusqu’à l’inexistence. »

L’inexistence, la mort, l’interrogation perpétuelle de d’Ormesson : que faisons-nous donc sur cette terre ?

C’est dans la ligne de cette interrogation qu’il consacre la troisième partie de son livre à Dieu. « Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré. »

Cette partie est un très long développement sur la vie vécue avec joie alors que nous nous savons mortels. Il dira même qu’il faut être heureux.

C’est la première fois qu’il affirme avec certitude qu’il croit en Dieu même s’il rejette la résurrection ce qui l’afflige car il aimerait tant retrouver Marie dans l’éternité.

Mais, paradoxe, dans sa prière à Dieu, qui termine le livre, il lui dira « Merci » et Dieu lui répondra « Je te pardonne. »

Un beau livre. Des formules qui font mouche. « Longtemps, j’ai été jeune – J’aimais beaucoup ne rien faire. Dans cette occupation suprême, j’étais presque excellent. Je ne m’ennuyais jamais. – Le travail ne m’intéressait pas. J’étais désintéressé. – Je passais le temps qui passe. »

Un roman d’amour. De Marie, des paroles, des mots, de la vie.

Un livre sans fausse modestie dans lequel l’auteur se livre en toute simplicité.

 

29/06/2010

FRANCOISE GIROUD.

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Tout au long des années, j'ai admiré Françoise Giroud, sa réussite exceptionnelle, son courage, son obstination, son féminisme. Elle a certainement été une personnalité qui a marqué son époque, une femme influente, une grande journaliste. Elle s'est décrite abondamment dans ses livres. Elle le reconnaît, disant souvent :"J'ai déjà dit" ou encore "J'ai dit ailleurs"... Féroce, elle l'a certainement été, se souciant peu de ce qu'on pouvait dire d'elle. L'indulgence n'est certainement pas ce qui la caractérise mais n'est-ce pas souvent le cas de  ceux qui exercent le pouvoir ?

 

Dans Leçons particulières, elle parle de sa mère avec émotion : "On sait qu'il n'y a pas de mère laide. Quiconque parle de la sienne vous dira qu'elle était belle. La mienne irradiait aussi le charme, l'esprit, la fantaisie. C'était une personne tout à fait originale. Elle m'emmenait, à douze ans, entendre une conférence de Paul Valéry parce qu'il faut absolument que la petite sache ce qui est beau." Elle aimait aussi beaucoup sa soeur, qu'elle appelle Douce, qui a été déportée dès 1943; ses deux enfants, Caroline, qui est devenue pédopsychiatre et psychanalyste, son fils Alain qui s'est tué en faisant du ski.

 

Lea France Gourdji est née le 21 septembre 1916, décédée le 19 janvier 2003. Le jour de sa mort, je me suis dit que la vie lui avait évité ce qu'elle craignait le plus, les ravages de la vieillesse.

 

A seize ans, elle quitte l'école, diplôme de dactylo en main, elle qui aurait souhaité être médecin. Elle devient scrip-girl de Marc Allégret et de Jean Renoir, assistante-metteur en scène puis scénariste, d'une quinzaine de films.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, elle est agent de liaison dans la Résistance, arrêtée par la Gestapo et incarcérée à Fresnes. Au sortir de la guerre, elle est engagée par Hélène Lazareff comme directrice de rédaction pour la création de Elle, magazine moderne et féministe. Elle quittera le journal pour fonder L'Express avec Jean-Jacques Servan-Screiber dont elle est amoureuse et qui deviendra son amant. "J'avais rencontré J.-J. S.-S. et nous avions décidé de fonder ensemble un nouveau journal. Celui-ci était encore dans les limbes, mais nous savions ce qu'il devait être : un organe de combat destiné à porter au pouvoir Pierre Mendès France. Le beau est qu'il ait vu le jour après des péripéties que l'on aurait pu croire décourageantes, mais nous étions amoureux, et cela donne des ailes." (Arthur ou le bonheur de vivre).

 

Elle sera directrice de rédaction de l'Express, de 1953 à 1974. A cette date, elle devient secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Condition féminine. Elle lance cent une mesures en faveur des femme. De 1976 à 1977, elle sera secrétaire d'Etat à la culture.

 

A sa sortie du gouvernement, l'Express vient d'être vendu à James Goldsmith et elle n'est pas réintégrée. Jean Daniel lui propose l'être éditorialiste au Nouvel Observateur, elle y écrira durant vingt ans.

 

Parallèlement, elle publie vingt-quatre livres : Si je mens, Leçons particulières, Journal d'une Parisienne, Arthur ou le bonheur de vivre, un roman Mon très cher amour, des biographies Dior, Alma Malher ou l'art d'être aimée, Jenny Marx ou le femme du diable, Lou, histoire d'une femme libre. Dans La Comédie du Pouvoir elle raconte son expérience ministérielle ce qui ne fera pas plaisir à Valéry Giscard d'Estaing...

 

ON NE PEUT PAS ETRE HEUREUX TOUT LE TEMPS.

 

C'est un livre de réflexions sur la vie, la religion, les femmes, le monde actuel, la culture, l'Europe. Le livre débute par une réflexion sur la vieillesse : On a un corps fier, dru, on est invulnérable à la fatigue, on irradie une énergie communicative, on reçoit des coups mais on se redresse, on prend des risques, on bouillonne de désirs, de révoltes, d'élan vital. Les années défilent par dizaines sans qu'on les voie passer... Un jour, on se découvre petite chose molle, fragile et fripée, l'oreille dure, le pas incertain, le souffle court, la mémoire à trous, dialoguant avec son chat un dimanche de solitude. Cela s'appelle vieillir..."

 

Les photos entassées dans une boîte en carton lui donnent l'occasion de parler de ceux qu'elle a rencontrés. Ils ont nombreux ! Steve Jobs, rencontré à Pittsburg, l'inventeur d'Apple,  Marlen Dietrich, Coco Chanel, Hélène Lazareff, André Gide, Paul Valéry, Churchill et bien d'autres.

 

Il y a "les grands" qui ont écrit dans l'Express :  "De qui n'ai-je pas remis un texte en forme pendant les grandes années de L'Express ? Ni Mauriac, ni Sartre, ni Malraux, ni Camus, bien sûr : ils n'avaient pas besoin de moi. Ni Mitterand, dont la plume a toujours été souveraine. Mais  les autres, tous les autres, dans toutes les spécialités!..."

 

Je retiendrai le portrait qu'elle trace de François Mauriac : 'Personne ne m'a fait rire comme François Mauriac. Le génie de la formule, cette disposition très française qu'on appelle "l'esprit" (...) Ce vieux monsieur éblouissant, fin, et courageux – ô combien : il risquait sa vie à écrire ce qu'il écrivait – ce vieux monsieur avait un petit défaut : il ne supportait pas les femmes avant qu'elles aient atteint l'âge canonique, après quoi il les trouvait bien vilaines."

 

Celui de Robert Badinter : "Depuis, je l'ai revu cent et une fois, il a été mon avocat, celui de L'Express, nous avons été très proches tout au long de cette bataille contre la peine de mort à laquelle il s'était tout entier dédié. Si quelqu'un a jamais cru à ce qu'il faisait, c'est lui."

 

Je terminerai par cet aveu : "Parfois on fait mal, c'est inévitable. Pas tous les jours, pas toutes les semaines. Quelquefois." Et cette profession de foi qui termine le livre : "C'est l'une des rares certitudes que m'a apportée l'expérience d'une vie : il faut croire, certes, croire en soi."

 

13/10/2009

JUSTINE LEVY.

 

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Justine Lévy est née le 27 septembre 1974. Elle est la fille de Bernard-Henri Lévy et d'Isabelle Doutreluigne, mannequin. Après des études de philosophie, elle travaille pendant neuf ans comme lectrice chez Calmann-Lévy puis aux éditions Pauvert.

 

En 1995, elle épouse Raphaël Enthoven, le fils de Jean-Paul Enthoven, éditeur. Elle publie son premier roman "Le rendez-vous" dans lequel elle traite des rapports difficiles avec sa mère. Le livre obtient un succès mitigé mais est cependant traduit en anglais et lui vaut le prix Contre-point de  littérature française.

 

En 2000, son mari et Carla Bruni, qui vit avec Jean-Paul Enthoven,  père de son mari, ont une liaison. Raphaël divorce et s'installe avec Carla, ce qui plonge Justine dans un anéantissement profond dont elle ne sortira qu'au bout de quelques années.

 

C'est en 2004, qu'elle racontera cette expérience douloureuse dans un roman autobiographique "Rien de grave". Le roman est un réel succès, il est traduit en anglais et en allemand et est édité aux Etats-Unis en 2005.

 

Elle épousera l'acteur Patrick Mille avec qui elle aura une fille, Suzanne et un fils, Lucien.

 

RIEN  DE  GRAVE.

 

Le livre débute par l'enterrement de sa grand-mère dont Louise (Justine) était très proche et elle, qui pleure facilement, s'étonne de ne pas pouvoir pleurer. "Dans le cimetière aussi je suis sonnée, trop brisée pour pleurer, sans réaction, sans âme..." Brisée par son divorce avec Adrien (Raphaël) et le cancer de sa mère.

 

L'auteur raconte avec des mots simples les situations difficiles que vit son héroïne, son addiction aux amphétamines.  Mais le livre n'est pas déprimant car elle s'amuse de ses coups de gueule, de ses mensonges puérils. Si elle traite Paula, (Carla) qui lui a pris son mari, de "Terminator" elle ne se venge pas vraiment. Louise guérira d'Adrien par sa rencontre avec Pablo.

 

MAUVAISE FILLE.

 

Le livre pourrait s'appeler le livre de la vie et de la mort. Elle y raconte la lente déchéance, l'agonie puis la mort de sa mère qui a fait une rechute du cancer. Mais, elle attend un enfant dont la naissance sonnera comme une victoire de la vie.

 

Son héroïne, Louise, supporte mal la déchéance de sa mère, elle se culpabilise de ne pas en faire assez et est persuadée que c'est parce qu'elle ne l'a pas assez aimée, qu'elle meurt. Ainsi, par exemple, raconte-t-elle comment elle n'arrive pas à profiter d'un séjour à Rome, qu'elle a organisé pour l'anniversaire de Pablo, parce qu'elle le vit comme un abandon de sa mère qui est hospitalisée. "J'ai cette vilaine petite musique dans la tête."

 

Louise vit mal sa grossesse tellement elle est angoissée à l'idée qu'elle ne saura pas être une bonne mère. Elle envie Pablo qui se prépare dans la joie à être un bon père. Elle s'inquiète à chaque échographie "Elle est parfaite, votre petite fille, il me dit. Parfaite, vous êtes sûr ? Je suis sûr. Vous avez bien tout vu ? J'ai tout vu."

 

La naissance d'Angèle va la transformer : "Quand l'infirmière l'a posée, si petite, sur ma poitrine, j'ai inventé mes premières caresses, mes premiers baisers, mon premier souffle de maman, son petit corps contre le mien, ces gestes neufs et étrangement familiers, cet amour tout frais mais que je connais si bien. Ma toute belle, je lui ai dit, ces mots qui viennent de si loin, ma toute belle me disait maman, quand j'étais petite, ma toute belle, je n'en reviens pas qu'elle soit si réussie ... il n'y avait personne et maintenant il y a quelqu'un et je suis la mère de ce quelqu'un."

 

Je ne vais pas raconter tout le livre. Il est poignant, constitue un hommage à sa mère, une mère magnifique, marginale, qui a fait de la prison. L'auteur raconte certains souvenirs d'enfance et notamment, comment quand sa mère était en prison – ce qu'elle ignorait - son père s'arrangeait pour qu'une fois par mois, elle la retrouve dans "l'appartement Potemkine".

Une découverte de BHL père...

 

Beaucoup d'émotion mais aussi des anecdotes acides. Louise en veut au grand Toubid qui soigne sa mère, avec arrogance, condescendance, sans aucune compassion. Lors d'une visite, elle va lui sauter à la gorge. "Un bond littéralement. Une rage que rien n'arrête ... Je serre le plus fort que je peux. Je serre et je hurle. Je serre et je pleure."

 

Un très beau livre, bien accueilli par les critiques. "Justine Lévy, brillante" affirme Marie-Françoise Leclère, dans "Le Point". Le miracle, c'est qu'une fois encore Justine Lévy arrive à alléger ce magma d'angoisse, de douleur et de colère. Parce qu'elle a le don de la saynète cocasse et du croquis à l'acide".

 

 

17:36 Publié dans Culture | Tags : bhl, raphaël, carla, cancer, mort, vie | Lien permanent | Commentaires (0)