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14/05/2013

RAPHAEL ENTHOVEN : P.S. DE SERVICE.

raphaël enthoven, le philosophe de service et autres textes

Raphaël Enthoven est né le 9 novembre 1975, à Paris. Il est le fils de l’éditeur et romancier Jean-Paul Enthoven, a divorcé de Justine Lévy, fille de Bernard-Henri Lévy, ancien compagnon de Carla Bruni avec qui il a eu un fils, Aurélien.

Philosophe, il est co-producteur des Vendredi de la philosophie, sur France culture, auteur de la rubrique Sens et Vie dans Philosophie Magazine. Il anime aussi l’émission Les Chemins de la connaissance  sur France culture et une émission sur Arte tous les dimanches.

(voir billets du 13 octobre 2009 et 23 janvier 2010)

LE PHILOSOPHE DE SERVICE ET AUTRES TEXTES.

A l’exception du premier texte, les chapitres du recueil ont été publiés dans Philosophie Magazine, remaniés pour le livre paru chez Gallimard en 2011.

Le texte inédit donne son titre au recueil. « Flanqué du « religieux de service » et du « scientifique de service », le « philosophe de service » est de toutes les émissions à la radio, dans les journaux, à la télévision, pour apporter son « éclairage » sur des sujets qui, quoiqu’il échappent à sa compétence, requièrent, bizarrement son opinion. »

Le ton est donné. L’auteur, va parler de ce rôle de philosophe de service, qu’il appellera P.S, avec beaucoup d’humour. Qu’attend-on de lui ? Qu’il réponde à des questions alors que le rôle du philosophe est plutôt d’en poser. Surtout qu’il enfile le costume de philosophe, autrement dit, qu’il remplace les phrases ordinaires par des mots à rallonge, utilise un jargon qui doit inspirer le respect. L’auteur résume par une expression : «  il doit parler un tout petit peu chinois. ( …) Il est le balourd chargé d’élever le débat. »

Mal aimé le philosophe ? Jugé « démagogue », s’il parle comme tout le monde, « commercial », s’il vend trop de livres, « médiatique », s’il passe à la télé et « provocateur », s’il s’aventure à dire que la philosophie ne sert à rien. Sous son humour, je sens comme un parfum de rancœur vis-à-vis de certains médias, préoccupés surtout par l’audimat.

Ses chroniques abordent des sujets très divers : Dieu, le courage, le mensonge, le hasard, la mélancolie, l’humour, la rêverie, le temps, la folie, la nostalgie , l’amour etc.

Sa pensée m’a paru difficile à suivre alors que le style est familier, la lecture agréable. Oserais-je dire que les citations des ses philosophes préférés sont plus claires que le développement qu’il en fait ?

Ne pouvant tout résumer, j’épinglerai ce qui m’a plu.

DIEU. « Un Dieu transcendant n’est pas conçu pour exister mais pour donner une sens à l’existence. »

COURAGE. « Etre courageux, ce n’est pas l’être une fois pour toutes mais continuer à l’être. »

HASARD. L’auteur ne croit pas au hasard mais dit-il « qu’on le veuille ou non, on est toujours déterminé. » Dans une interview, il disait qu’il n’avait pas choisi la philosophie mais était déterminé à être philosophe, comme le souhaitait son père. Je ne partage pas cette opinion préférant croire que la vie est faite de choix parfois bien difficiles à assumer.

BONHEUR. « L’expérience du bonheur est inséparable de la crainte(en elle-même fatale)que le bonheur s’achève. » Mais il terminera sa démonstration en appelant à aimer le bonheur et à lui pardonner de ne pas être durable.

MELANCOLIE. « La mélancolie est une tristesse en dilettante que n’accompagne l’idée d’aucune cause extérieure, un « je ne sais pourquoi ». (J’aime bien.)

OPINION. « Moins on sait de quoi on parle, plus on en pense et on en dit la même chose que tout le monde. » (Cruel mais souvent vrai…)

Et ceci : « Le fait que l’opinion soit l’affaire de la masse explique également que dans une démocratie attachée, à juste titre, à donner droit de cité à toutes les opinions, il n’y a jamais de vrais débats mais seulement des combats entre des opinions dont chaque porte-parole, soucieux non pas d’avoir raison ni de penser, mais plutôt d’avoir raison de l’autre et de flatter les siens se contente d’attendre que l’adversaire ait fini de parler pour dire ce qu’il avait prévu de dire longtemps avant que l’autre ait pris la parole. »

Tous ceux qui, comme moi, aiment les débats partageront cette opinion, mais cela n’empêche pas l’auditeur d’exercer son esprit critique…

REVERIE. « La rêverie, c’est l’unique façon dont on peut, sans se contredire, vouloir ne pas vouloir. » « Née du désir – et non du besoin – d’être partie prenante de ce qui nous entoure, la rêverie dépouille le monde de son utilité. »

MENSONGE. « Dire la vérité, écrit Benjamin Constant, n’est un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui » « Tout homme, en revanche, a droit au mensonge qui réconforte… »

EGOISME. « Face au moi, le monde ne fait pas le poids. » « L’humanisme et la cruauté sont, à ce titre, les deux enfants de l’égoïsme qui, réduisant l’autre au non-moi, adopte indifféremment la forme ignoble du bourreau qui traite autrui comme le moyen de son plaisir, ou la forme noble du donneur de leçons qui me défend de faire à autrui le mal que je ne voudrais pas qu’on me fasse. »

IMAGINATION. « L’imagination est un amour qui attribue des couleurs aux voyelles, des morales aux couleurs et des sons au parfum. »

Mes nombreuses citations vont peut-être lasser mon lecteur. Je voudrais cependant l’encourager à lire le livre. Il y trouvera matière à réflexion  et à l’exercice de son esprit critique.

Je dirai à Raphaël Enthoven que, pour moi, la philosophie reste une voie privilégiée dans l’acquisition de la sagesse ou, plus modestement, aide à construire sa vie.  

 

27/01/2010

RAPHAEL ENTHOVEN ET BLAISE PASCAL.

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Raphaël Enthoven est né en 1975 à Paris. Il est le fils de l'éditeur Jean-Paul Enthoven. Il est ancien élève de l'Ecole normale supérieure et agrégé de philosophie. Il a enseigné à l'université Lyon-III et l'Institut politique de Paris. En 2002, il rejoint l'Université populaire de Caen à la demande de Michel Onfray. Il n'y reste qu'un an "viré" dira-t-il par Michel Onfray.

 

 Il anime la rubrique "Sens et vie" de "Philosophie Magazine", l'émission "Philosophie" sur Arte, "Nouveaux chemins de la connaissance" sur France- Cuture et est professeur à l'Ecole Polytechnique.

 

En 1999, il a une romance qui  fait scandale, avec Carla Bruni, alors que celle-ci entretient une liaison avec son père. Il quitte sa femme Justine Lévy, fille de Bernard-Henri Lévy, pour Carla avec qui il aura un fils, Aurélien, en 2001. Il sera le personnage principal du livre de Justine "Rien de grave" paru en 2004. Dans son album "Quelqu'un m'a dit" Carla lui dédie sa chanson "Raphaël". Il vit aujourd'hui avec l'actrice Chloé Lambert avec qui il a eu un fils,  Sacha en 2008.

 

L'émission "Philosophie" sur Arte est enregistrée dans une ancienne usine. Il s'entretient avec un invité, tout en marchant, et, selon le sujet, en s'arrêtant devant des affiches, des tableaux, livre en main. L'émission est donc un dialogue avec un invité, ponctué de lectures de textes. Cette idée de "déambuler" il dit l'avoir eue d'un aphorisme de Niezche : "les bonnes idées sont celles qui viennent en marchant".

 

PASCAL OU LES INTERMITTENCES DE LA RAISON.

 

Ce livre reprend les entretiens diffusés sur France-Culture du 8 au 12 septembre 2008, dans les cadres des "Nouveaux chemins de la connaissance".

 

Il est évident qu'il est impossible de faire une étude approfondie des "Pensées" en cinq entretiens, repris dans 176 pages. Néanmoins, j'ai été fort intéressée par l'ouvrage. Etonnée très souvent. Les auteurs font une analyse différente de celle que je connaissais. J'aime beaucoup Blaise Pascal, surtout "Les Provinciales" mais certaines pensées me laissaient perplexe, voire choquée comme le célèbre "Abêtissez-vous". Que Blaise Pascal fasse l'apologie du christianisme ne me semblait pas évident. Maintenant, c'est, pour moi, beaucoup plus clair.

 

Raphaël Enthoven ouvre son premier entretien par ces mots : "C'est de Blaise Pascal, l'effrayant génie, l'homme au gouffre, le mathématicien de coeur dont nous allons  parler(...) ce drôle d'homme qui porte à croire par la raison des vérités qui dépassent la raison."

 

L'auteur rappelle que les Pensées sont écrites en fragments, que l'on peut classer dans l'ordre qu'on voudra, d'où les nombreuses éditions différentes les unes des autres, et, si on retrouve des pensées très proches l'une de l'autre, leur sens sera différent selon l'ordre dans lequel elles seront présentées.

 

Les thèmes abordés sont : l'infini, la condition de l'homme, l'imagination (qui nous détourne du réel), le divertissement, le "moi" (employé pour la première fois comme substantif), le pari, la pensée politique, le "Mémorial".

 

Blaise Pascal ne cherche pas à démontrer l'existence de Dieu. Il cherche à convaincre que la religion est "vénérable et aimable". Dans le pari, que les auteurs analysent longuement, il affirme que celui qui croit que Dieu existe aura une existence meilleure que celui qui croit que Dieu n'existe pas. "Il y a ici une infinité de vies infiniment heureuses à gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de hasards, de perte et ce que vous jouez est fini. Cela ôte tout parti."

 

D'après Vincent Carraud, un des interlocuteurs de Raphaël Enthoven, la phrase : "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point, on le sait en mille choses" n'est pas assumée par Blaise Pascal mais mise dans la bouche de l'honnête homme par excellence, son ami Milton à qui il va dire : "Le moi est haïssable. (...) Vous Milton, vous le couvrez, vous ne notez point pour cela, vous êtes donc toujours haïssable."  Il dira aussi : "Je ne suis pas aimable fondamentalement. (...) Seul Dieu peut m'aimer tel que je suis, c'est-à-dire non aimable." Je renvoie le lecteur au long développement fait par les auteurs pour expliquer ces pensées.

 

J'ai envie de terminer par une phrase, plus simple, que j'aime beaucoup : "Il n'est pas nécessaire parce que vous êtes duc que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue."

 

Je suis obligé d'être déférent envers celui qui a autorité sur moi, je ne suis pas obligé de l'estimer.