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03/09/2012

ENSEIGNEMENT.

 

enseignement, marie-dominique simonet, décret d'inscription, allongement des études, pénurie de professeurs, échecs scolaires, redoublements, violence

 

 

Je souhaite une bonne rentrée aux élèves et aux enseignants.

 

Les médias se sont largement exprimées en ce jour de rentrée scolaire. D'après La Libre à la veille de la rentrée, il y avait encore 307 enfants sur des listes d'attente. Parents et enfants concernés sont consternés, leurs témoignages sont émouvants et absolument hallucinants.  Ainsi celui-ci : "On est sur une liste d'attente dans 6 écoles différentes. Notre erreur ? Avoir voulu mettre notre enfant dans la même école que ses frères et soeurs. On s'est fait piéger par le calcul des indices et des critères. On habite Boistfort, mais on devra finalement opter pour une école de Basse-Wavre."

 

Ainsi, vouloir mettre son enfant dans la même école que ses frères et soeurs n'est, j'espère que c'est seulement dans certains cas, pas possible. Je crois rêver. Ce n'est donc pas une question de "bonne" ou "mauvaise" école comme on le disait l'an dernier.

 

Bien sûr, la ministre affirme qu'il y a encore des places disponibles. Cela ne justifie pas de gommer un principe élémentaire, qui a toujours existé avant ce catastrophique décret d'inscription, la primauté du choix des parents.

 

Je me demande quel est l'état d'esprit de l'enfant qui a passé ses vacances à se demander dans quelle école il irait et qui apprend maintenant qu'il sera dans une école où il ne souhaitait pas aller. Après cela, qu'on ne me dise plus que l'épanouissement des enfants est une priorité.

 

J'apprends aussi que les enseignants sont mal formés. Voilà qui doit leur faire plaisir. Le remède ? Allonger les études !

 

La ministre annonce le plus sérieusement du monde que la durée d'études d'un instituteur ou d'un régent passera de trois à cinq ans !

 

Pratiquement, cela veut dire autant d'années d'études qu'un universitaire. Et donc, suivant les règles en vigueur, traitement d'un universitaire. C'est payable, paraît-il. On aura donc dans une école les profs payés comme universitaires et les autres, payés différemment. J'ajouterai que les parents qui devront assumer financièrement deux années de plus pour le même métier ne seront pas ravis.

 

Sans rire, la ministre affirme que les enseignants seront plus contents car mieux formés. Je suis sceptique pour plusieurs raisons. Pourquoi choisir d'être instituteur si on peut faire des études universitaires ? Un an de stage = un an de galère. Il est bien plus difficile d'enseigner chaque fois dans une autre école avec un prof au fond de la classe et parfois son prof de stage que dans sa classe. J'ai eu des stagiaires. Il fallait une patience d'ange pour les rassurer et leur dire que tout irait bien. Affirmer que les stages donneront le goût de l'enseignement est une idée saugrenue. Déjà maintenant, les futurs profs abandonnent leurs études lors de stages qui se passent mal. 

 

Et la pénurie de professeurs ? Prolonger les études cela veut dire qu'il faudra deux années sans qu'aucun prof ne puisse enseigner. Voilà un bon remède à la pénurie !

 

Je crois que ces mesures cachent l'impossibilité de remédier aux problèmes sérieux que sont l'échec scolaire, les redoublements, le niveau des études. Il est plus facile de rejeter la faute sur les enseignants soi-disant mal formés, que de chercher de vraies solutions.

 

J'ai déjà dit que le redoublement en maternelle était une aberration. J'apprends aujourd'hui que d'après les statistiques l'enfant qui redouble en maternelle redoublera aussi dans les premières années du secondaire.

 

Je suis bien d'accord avec la ministre : "La société a évolué. Tous les problèmes s'invitent à l'école : le socio-économique, la pauvreté, la violence familiale etc."

 

C'est certain, il est plus difficile d'enseigner maintenant qu'il y a trente ans. J'insisterais sur la violence régnant dans la société et fatalement dans les écoles. Ma colère contre les manifestants de Malonne s'explique aussi par l'exemple donné aux enfants. Des adultes qui se battent contre les policiers et arrachent des barrières !

 

Je le pense souvent, le vingtième siècle a vu des progrès techniques très importants mais les progrès de l'humain n'ont pas suivi. C'est un très grand problème qui demande une réflexion approfondie. Rejeter la faute sur les parents ou les enseignants n'arrange rien. Ce n'est pas ainsi qu'on trouvera des solutions.

 

Je ne parlerai pas de l'idée d'introduire des tablettes à l'école. Je pense qu'il faut réfléchir sérieusement à toutes les implications.

 

J'aurais aimé en ce trois septembre être optimiste pour l'avenir de notre enseignement. Malheureusement, je ne vois aucune raison de l'être. Dommage.

 

13/11/2009

DECRET D'INSCRIPTION.

Lors de la campagne électorale, tous les partis ont répété qu'ils faisaient de l'enseignement une priorité. Et de citer la revalorisation de l'enseignement professionnel, une meilleure formation des élèves, la prise en compte des écoles défavorisées etc. sans jamais préciser comment atteindre ces objectifs. Le CDH a revendiqué le poste de ministre de l'enseignement, Joëlle Milquet estimant qu'il était temps que ce ne soit plus un socialiste. Je ne sais pas si elle a bien réfléchi aux difficultés qu'allait fatalement rencontrer la ministre.

 

Première étape : les économies dans l'enseignement. Une mesure parmi d'autres, l'extension de la charge horaire des enseignants du secondaire. Mesure retirée aussi vite après les protestations syndicales ou plus vraisemblablement parce que la mesure était inapplicable. Il y a peu de cours d'une ou deux heures dans le secondaire.

 

Et voilà, le décret d'inscription revient sur la table. Ce qui était convenu : partir d'une page blanche. La logique aurait été, après les décrets calamiteux précédents, de les abroger et de s'en tenir là. Mais, il y a l'obsession de "mixité sociale" acceptée, paraît-il, par tous comme une nécessité absolue.

 

Première remarque : la mixité sociale est un fait dans la très grosse majorité des écoles. Il suffit d'aller voir la sortie des écoles, par exemple, près du Botanique pour constater que la population scolaire n'est plus ce qu'elle était il y a dix ou vingt ans.

 

Deuxième remarque : les écoles visées pour leur "mauvais comportement" sont une dizaine. Fallait-il pour cela bouleverser tout l'univers scolaire comme cela a été fait ? Et, cerise sur le gâteau, on a épinglé ces écoles comme de très bonnes écoles à faire pâlir celles qui n'étaient pas dans la liste.

 

Troisième remarque : on a traité certaines écoles de "ghettos" de quoi faire bondir ceux qui n'ont pas oublié ce que ce nom a signifié dans l'histoire du vingtième siècle. Vouloir dix ou quinze % d'élèves "défavorisés" dans toutes les écoles comme le souhaitent les socialistes ou les écolos est-ce une mesure qui supprimera les écoles ZEP qualifiées honteusement de "ghettos" ? Certainement pas. J'admire d'ailleurs la sémantique. Qu'est-ce qu'un élève défavorisé ? Moins intelligent, ayant de moins bon résultat en primaire,  issu de  l'immigration,  venant  d'un milieu social qualifié d'inférieur ? Evidemment, le politiquement correct interdit de tenir des propos aussi "hard". Donc, pas de définition.

 

Quatrième remarque : le choix des parents est un droit. Et là réside le paradoxe. On affirme le respecter mais toutes les mesures envisagées sont contre ce choix. Elèves prioritaires ou pas, selon tel ou tel critère, on nage en plein délire. La dernière proposition, demander que chaque élève de 6ème primaire remplisse une fiche avec ses préférences ou  son droit à être prioritaire, est tout simplement aberrante. Si cela se fait, je souhaite bonne chance à ceux qui devront les dépouiller !

 

Quel gâchis ! S'insurger qu'un enfant de primaire puisse continuer dans l'école secondaire du même pouvoir organisateur sous prétexte que cela favorise l'enseignement catholique est-ce vouloir le bien de l'enfant ? N'est-ce pas légitime ? C'est vrai que l'enseignement primaire officiel est communal, l'enseignement secondaire provincial ou dépendant de la Communauté Française donc "l'adossement" (quel vilain mot !) n'existe pratiquement pas. Mais, que je sache, rien n'a jamais empêché un enfant sortant d'une école communale de s'inscrire dans un lycée.

 

L'absurdité est vraiment poussée très loin. J'entendais Proper Boulanger proclamer qu'il faudrait un décret d'inscription pour le primaire si la ministre ne changeait pas son projet ! Et d'ajouter qu'il était contre l'autonomie des directeurs ou des PO. Vraiment ? La CSC n'a-t-elle pas défendu fermement les projets pédagogiques ?

 

Cela me rappelle une époque très lointaine où les inspecteurs linguistiques faisaient le tour des écoles maternelles de Bruxelles pour voir s'il n'y avait pas de petits flamands égarés dans les écoles francophones. Cela m'avait beaucoup choquée. Justement, parce que le droit des parents de choisir l'école de leurs enfants n'était pas respecté. Comme maintenant.

 

Faut-il répéter que la meilleure école est celle où l'enfant se sent bien. Qu'il vaut mieux se trouver dans son quartier où les liens avec les autres enfants pourra être beaucoup plus fort. Qu'imposer aux enfants de longs trajets en voiture ou en bus, quand on pourrait l'éviter, est un scandale. Qu'enfin, quelle que soit l'école, les enfants qui veulent réussir s'en sortiront toujours.

 

Je terminerai avec un peu d'humour car je suis très en colère. Un des critères proposé est la distance entre les écoles "à vol d'oiseau". La ministre va-t-elle équiper des pigeons de puces électroniques pour être certaine qu'il n'y a pas cent mètres de trop ?

 

Et dire qu'il y a tellement à faire pour rendre notre enseignement performant. Pour tous.