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31/05/2012

JACQUELINE DE ROMILLY.

Jacqueline de Romilly, Jeanne

Jacqueline de Romilly est née le 26 mars 1913 et décédée le 18 décembre 2010. Philologue, écrivain, professeur elle a été la deuxième femme, après Marguerite Yourcenar, à être élue à l'Académie Française.

Elle a été reçue à l'agrégation de lettres en 1936 et a obtenu son doctorat ès lettres en 1947, après la guerre. D'origine juive, ayant épousé un juif, Michel Worms de Romilly, elle s'est vue refuser le droit d'enseigner par le régime de Vichy.

Première professeur au Collège de France, elle est connue au plan international pour ses travaux sur la civilisation et la langue de la Grèce antique, en particulier sur Thucydide, objet de sa thèse de doctorat. Elle a été honorée de la nationalité grecque en 1995 et nommée ambassadrice de l'hellénisme.

Elle s'est aussi investie en faveur de l'enseignement du grec et du latin dans l'enseignement secondaire.

Ayant reçu le baptême en 1940, elle a achevé sa conversion au catholicisme à l'âge de quatre-vingt-quinze ans.

Jacqueline de Romilly est l'auteur de nombreux ouvrages et de traductions. Je citerai : "Histoire et raison chez Thucydide", "La Crainte et l'angoisse dans le théâtre d'Eschyle", "Problèmes de la démocratie grecque", "Précis de littérature grecque" et "L'Enseignement en détresse."

Jacqueline de Romilly, ayant cependant connu une grande notoriété, disait ne pas avoir eu la vie qu'elle souhaitait. "Avoir été juive sous l'Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie d professeur a été, d'un bout à l'autre, celle que je souhaitais."

JEANNE.

Un très beau livre, émouvant, consacré à sa mère, Jeanne Malvoisin. A partir de photos, elle retrace les grandes lignes de la vie de sa mère insistant surtout sur le souvenir qu'elle en a gardé : une femme énergique, gaie, élégante, uniquement préoccupée par le bonheur de sa fille.

Ecrit en 1977, dans l'année qui suivit la mort de sa mère, elle a souhaité, par pudeur,  qu'il ne soit publié qu'après sa mort.

Un cadeau de sa mère, qui aurait pu être banal, va décider de sa vie. En 1934, sa mère lui offre une édition bilingue (grec-latin) de Thucydide, en sept volumes : "Ce serait bien que tu fasses un peu de grec pendant les vacances."

La vie de Jeanne n'a pas été facile. En 1920, elle a épousé Maxime David, un jeune professeur de philosophie. Ils sont éperdument amoureux. Maxime est tué sur la Somme.

Jeanne jouit d'une petite fortune qui lui permet d'élever sa fille Jacqueline, appelée "Cline". Elle décide de se lancer dans l'écriture, des contes d'abord qu'elle propose à des revues, puis  un premier roman publié chez Grasset "La victoire des dieux lares" Suivront "Le puits aux abeilles", "Un homme comme quelques autres", Balancez vos dames" salués par le critique. Bernard Grasset lui fait une cour assidue mais en vain.

Le grand amour de Jeanne sera un musicien, Charles Munch qui n'était pas encore à cette époque (1930) le grand chef d'orchestre qu'il deviendra. La guerre interrompt cette liaison. Charles Munch part pour les Etats-Unis, Jeanne et Jacqueline gagent la zone libre au sud de la France. L'occupation allemande sera pour les deux femmes une période de clandestinité permanente et de départs précipités.

A la libération, tout a changé. Jacqueline s'est mariée, les goûts littéraires ne sont plus les mêmes. Jeanne se lance dans le roman policier, au grand étonnement de sa fille, écrit des drames pour la radio, essaie d'écrire pour le théâtre, s'essaie au journalisme politique et même à la reliure. Rien n'arrête Jeanne.

Jacqueline est émerveillée par les multiples activités de sa mère. "Jeanne avait les qualités les plus féminines qui soient : l'intuition, la pénétration et, dans le domaine pratique, l'habileté (...) Car j'ai parlé d'activités intellectuelles ; mais quelle erreur ce serait, que d'imaginer une femme bas-bleu, toujours la plume à la main, parlant métier se cherchant des appuis ! Jeanne était comme le vif-argent. Quelquefois, je m'en souviens, elle avait, vers la fin de sa vie, un petit sourire innocent et me disait : "J'y pensais ce matin : j'en ai fait des choses, dans ma vie !"

Jacqueline de Romilly révèle le don pour la couture qu'avait sa mère. Cette révélation est un peu inattendue :"Certes, elle aimait nous acheter à toutes deux les modèles de maisons de couture. (...) Mais, bonne ouvrière, elle nous faisait aussi beaucoup de robes elle-même. Ele choisissait des tissus de collections, travaillait comme une vraie couturière, raffinait sur les patrons, ajoutant des motifs de son invention, mai bordant, surfilant, doublant, selon toutes les règles de l'art. Toute ma vie, elle m'a fait mes robes ; et je ne saurais dire si elle était plus fière de me voir bien habillée, parce que c'était moi que de savoir qu'il en était ainsi parce que c'était elle."

Même la tapisserie ne rebutait point sa mère douée d'une énergie peu commune : "Je suis encore environnée de coussins ou des sièges que, de petit point en petit point, achevait cette femme si accaparée.

Jacqueline de Romilly parle peu d'elle, dans le livre. Elle n'y relate que des souvenirs de jeunesse, empreints d'une admiration pour Jeanne qui ne cessera jamais. Elle y dépeint une femme exceptionnelle, insiste sur son énergie, son courage, son élégance mais aussi son goût du bonheur.

Quand sa mère est hospitalisée pour une brutale affection pulmonaire, elle s'angoisse comme sa mère l'a si longtemps fait pour elle. "J'ai eu le temps de m'épouvanter pour Jeanne à la pensée des gardes, des cliniques, de la maladie qui allait la tourmenter ; mais déjà, en moins de deux jours – avec élégance, avec courage, sans chichis ni plaintes – elle avait dû lâcher prise. La petite flamme toute droite et fière s'était éteinte, épuisée d'avoir trop lutté, mais brillante et claire jusqu'à la fin."

C'est par cet ultime hommage que s'achève le livre.

 

11/02/2010

GEORGES BRASSENS.

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Un anarchiste au grand coeur. Un regard empreint de bonté. Georges Brassens a pu, mieux que personne, manier les mots et les rimes, composer des poèmes et en faire des chansons. Un grand bonhomme.

 

Né à Sète le 22 octobre 1921, il meurt le 29 octobre 1981. Sa mère est catholique, son père, entrepreneur de maçonnerie, libre-penseur, anticlérical. A quinze ans, il s'intéresse à la poésie grâce à son professeur de Français, Alphonse Bonnafé, qui l'initiera à la technique de la versification. En 1963, il lui demandera d'écrire la préface du livre qui lui est consacré aux éditions Seghers.

 

En 1940, Georges convainc ses parents de rejoindre Paris. Il s'installe chez sa tante Antoinette et profite de son piano. Il apprend à maîtriser l'instrument bien qu'il ne connaisse pas le solfège. Il passe ses journées à la bibliothèque municipale du quartier, lit Villon, Verlaine, Baudelaire, Hugo et beaucoup d'autres. Il écrit aussi des poésies.

 

En 1943, l'Allemagne nazie avec la complicité de Vichy, instaure le service du travail obligatoire. (STO). Georges va se retrouver dans une manufacture de moteurs d'avion. En 1944, il profite d'une permission de quinze jours : il ne retourne pas en Allemagne. Plus question de s'installer chez sa tante Antoinette, c'est sa tante Jeanne qui l'héberge. Elle habite une maison modeste et sa cour est une vraie ménagerie : chiens, chats, canaris, tortues, et la fameuse cane qu'il célèbrera dans une chanson : "La cane – De Jeanne – Est morte au gui l'an neuf – Elle avait fait, la veille, - Merveille ! – Un oeuf."

 

Après la guerre, il se lie avec des militants de la Fédération anarchiste et écrit dans leur journal Le libertaire sous des pseudonymes. Il quittera la Fédération trois ans après mais gardera toujours de la sympathie pour eux.

 

En 1947, il rencontre Joha Heiman. Originaire d'Estonie, elle est son aînée de neuf ans. Il l'appelle "Putchen". Ils ne se marieront ni cohabiteront jamais. C'est pour elle qu'il écrit : J'ai rendez-vous avec vous, Je me suis fait tout petit, La Non-demande en mariage.

 

"Mon Seigneur l'astre solaire, - Comm' je l'admir" pas beaucoup, - M'enlèv' son feu, oui mais d'son feu, moi  j' men fous – J'ai rendez-vous avec vous – La lumièr' que je préfère – C'est cell" de vos yeux jaloux, - Tout le restant m'indiffère, - J'ai rendez-vous avec vous."

 

"J'ai l'honneur de – Ne pas te de- - mander ta main – Ne gravons pas – Nos noms au bas – D'un parchemin."

 

Il se produit dans des cabarets, joue de la guitare mais est paralysé par le tract. C'est Patachou, chez qui il a passé une audition, qui l'imposera en 1952. Il signe un contrat avec Polydor. Commence une carrière impressionnante, l'Olympia, Bobino, des tournées internationales.

 

Il va se lier d'amitié avec Paul Fort, Marcel Amont, Guy Béart, Georges Moustaki, Jacques Brel, Lino Ventura, Bourvil et beaucoup d'autres. En 1967, L'Académie Française lui décerne le Grand Prix de Poésie pour l'ensemble de son oeuvre.

 

Il aura la satisfaction de voir la peine de mort – contre laquelle il avait écrit Le Gorille -  abolie le 9 octobre 1981 : "La suite serait délectable – Malheureusement je ne peux – Pas la dire et c'est regrettable – Ca vous aurait fait rire un peu – Car le juge au moment suprême – Criait : "Maman", pleurait beaucoup – Comme l'homme auquel le jour même – Il avait fait trancher le cou – Gare au Gorille..."

 

Georges Brassens a chanté l'amitié, l'amour, la charité, le bonheur, la liberté mais aussi ses révoltes. Il a dénoncé la malveillance, la soumission à l'ordre, l'absurdité de la guerre. Après le succès de L'Auvergnat il répondra par Le Mécréant pour dissiper tout malentendu...

 

Tout au long de sa carrière, Georges Brassens a mis en chansons et interprété de nombreux poètes : Louis Aragon "Il n'y a pas d'amour heureux." Paul Fort "Le Petit Cheval" Francis Jammes "La Prière" François Villon "Ballade des dames du temps jadis" Paul Verlaine "Chanson d'automne" Alfred de Musset "Ballade à la lune" Théodore de Banville "Le Verger du roi Louis" et beaucoup d'autres.

 

Ses chansons donnent une impression de facilité mais ce "naturel" est le fruit d'un long travail, d'une exigence. Il mélange allègrement le langage le plus cru comme le plus raffiné, les archaïsmes, les jurons et les mots très simples.

 

Je lui laisserai le dernier mot : "Au village, sans prétention – J'ai mauvaise réputation. – Qu' je m' démène ou qu' je reste coi – Je pass' pour un je-ne-sais-quoi ! – Je ne fais pourtant de tort à personne – En suivant mon ch'min de petit bonhomme. – Mais les brav's gens n'aiment pas que – L'on suive une autre route qu'eux, - Tout le monde médit de moi, - Sauf les muets, ça va de soi."