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14/11/2014

DOUNIA BOUZAR.

dounia bouzar, ils cherchent le paradis ils ont trouvé l'enfer, départ des enfants pour la Syrie, endoctrinement, internet, islam

 

Dounia Bouzar (Dominique Amina Bouzar) est née à Grenoble en 1964, d’un père maroco-algérien et d’une mère française d’origine corse.

Docteur en anthropologie, elle est spécialisée dans l’analyse du fait religieux. Elle a publié de nombreux articles, livres, essais et tribunes libres dans les médias.

D’abord éducatrice, elle a été chargée d’études « laïcité » au Ministère de la Justice, a siégé au Conseil français du Culte musulman, puis a été auditrice à l’Institut des hautes études de la défense nationale.

Elle a créé en 2009, avec sa fille Lydia, juriste, un cabinet spécialisé dans l’application de la laïcité et la gestion des convictions auprès des entreprises, des institutions et des politiques.

Œuvre : « L’islam des banlieues : Les prédicateurs musulmans, nouveaux travailleurs sociaux ? » « Etre musulman aujourd’hui » « L’une voilée, l’autre pas » « Quelle éducation face au radicalisme religieux ? » « Etre musulman aujourd’hui » « L’intégrisme, l’islam et nous »

ILS CHERCHENT LE PARADIS ILS ONT TROUVE L’ENFER.

L’auteur a recueilli le témoignage de plusieurs parents dont les enfants sont partis en Syrie pour y trouver le paradis.

L’héroïne principale du livre, si je puis dire, est Adèle, fille de Philippe, psychanalyste et Sophie, enseignante.

Adèle n’est pas rentrée, sa mère s’inquiète. Elle apprend qu’elle a souvent été absente au lycée. En fouillant sa chambre, elle découvre une longue lettre qui lui apprend qu’Adèle s’est convertie à l’islam et est partie pour la Syrie : « Je serai sur la Terre Promise, le Sham en toute sécurité. Parce que c’est là-bas que je dois mourir pour aller au Paradis. Et même si tu n’es pas musulmane, je me suis bien renseignée, je vais pouvoir te sauver. (…)J’ignore quand mon heure viendra. En attendant, je vais soigner les enfants blessés par Bachar el-Assad, puisque toute la terre s’en fout. »

Les parents signalent la disparition à la police, qui, malgré la lettre, répond simplement qu’elle est partie de son plein gré. Sophie apprend aussi, avec stupéfaction, que depuis 2013, les mineurs peuvent quitter le territoire français, avec un passeport valide, sans autorisation parentale.

Sophie va découvrir qu’Adèle avait un second profil Facebook où, convertie à l’islam, elle s’appelle Oum Hawwa et converse avec Abou Moustapha qui la presse de venir en Syrie.

Sur sa page Facebook, des photos de tués en Syrie, des armes, le drapeau d’Al-Quaïda.

Elle va apprendre qu’Adèle est détenue par Al-Nostra, une filière d’Al-Quaïda moins sanguinaires que l’EHL (Etat islamique du l’Irak et du Levant) dont les massacres d’otages ont été diffusés à la télévision.

Abu Oumma est le chef du groupe Al-Nostra français, un ancien bandit, spécialiste des braquages, incarcéré plusieurs années puis converti au jihadisme. C’est lui qui maintient les mineurs en Syrie.

Un long calvaire commence pour les parents d’Adèle. Celle-ci leur téléphone répétant comme un robot : « Je ne manque de rien, je mange bien, je suis dans une belle villa, Allah veille sur moi. » La communication téléphonique est chaque fois coupée.

Sophie n’a plus la force d’affronter ses étudiants, elle est en congé de maladie. Elle reprendra son travail plus tard.

Elle multiplie les appels aux forces de sécurité, dans les médias mais sans succès. Adèle lui téléphonera d’ailleurs pour lui reprocher d’avoir parlé d’elle à la télévision.

Sophie va rejoindre un groupe de parents dont les enfants sont partis en Syrie, qu’ellesappellent « Le rendez-vous des mères orphelines. »

Elle y retrouve la maman de Célia, partie depuis six mois, la maman d’Asia, âgée aujourd’hui de vingt-trois mois, enlevée par son père, pour mourir tous les deux en martyrs. Beaucoup d’autres.

Toutes voudraient aller rechercher leur fille mais Samy, leur déconseille formellement. Musulman pratiquant, il est parti chercher son frère mais est revenu bredouille après avoir failli mourir dix fois.

Le pire pour ces mamans est peut-être la réaction des autorités que résume Sophie. « Cà les arrange que nos gosses aillent se faire tuer là-bas. C’est bon débarras. Dans leur tête, ils sont devenus musulmans. Alors ça fait « présumés terroristes ». Leur seul problème, c’est d’envisager qu’ils puissent revenir en France. »

Un discours incompréhensible pour les parents, qui n’acceptent pas de voir leurs enfants comme des terroristes alors qu’ils les trouvent victimes d’un embrigadement sur internet, devant lequel la France est impuissante.

L’auteur reprend aussi le récit des femmes qui ont vécu la radicalisation de leur mari.

Célia, enceinte, veut revenir. Sa mère Nadine part la rechercher. Un voyage d’horreur que Sophie, partie à sa recherche, parce qu’elle n’a plus de nouvelles, va connaître aussi. Adèle refusera de rentrer.

L’auteur a constaté que beaucoup de ces jeunes ont connu un deuil dans la famille dont les gourous sont arrivés à ce qu’ils se croient responsables. Beaucoup sont issus de parents aisés, souvent athées.

Adèle donnera une explication à son départ. « J’ai choisi de me reconstruire. Dans les bras de Dieu, je sers à quelque chose, je vais régénérer l’univers avant qu’il n’explose. J’ai pris conscience qu’il faut agir, car la fin du monde est pour bientôt. C’est écrit que je dois avoir ce rôle. Quel temps ai-je perdu, que Dieu me pardonne. »

Le livre se termine dans l’horreur. Sophie reçoit un SMS : « Oum Hawwa est décédée aujourd’hui. Elle n’a pas été choisie par Dieu. Elle n’est pas morte en martyr : une simple balle perdue. Espérez qu’elle n’aille pas en enfer. »

L’auteur a choisi de construire son livre comme un roman. Elle nous fait partager la douleur des familles impuissantes et culpabilisées. Leur réaction aussi face à l’incompréhension.

Un livre émouvant qui interpelle et dont je vous conseille la lecture.

 

19/06/2014

AMIN MAALOUF.

amin maalouf, les désorientés, islam, conflit israélo-arabe, identité, choc des civilisations

 

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth, au Liban. Il fait ses études primaires dans une école française de Pères Jésuites. Ses premières lectures se font en arabe. Il étudie les sciences sociales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il y rencontre Andrée, éducatrice spécialisée, qu’il épouse en 1971.

La guerre civile éclate au Liban en 1975. Amin Maalouf se réfugie en France. Il commence une carrière de journaliste dans un mensuel d’économie, puis devient rédacteur en chef de « Jeune Afrique »

En 1983, paraît son livre « Les croisades vues par les Arabes » puis en 1986, « Léon L’Africain » grand succès de librairie. Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature.

Romans : « Samarcande » « Les Jardins de Lumière » « Le rocher de Tanios » « Les échelles du Levant » « Le Périple de Baldassare ».

Essais : « Les identités meurtrières » « Le dérèglement du monde » 

Il a été élu à l’Académie Française en 2011.

(Billets : 16/09/2008 – 24/02/2012 – 02/07/2012 - 14/02/2014)

LES DESORIENTES.

Adam, 47 ans, marié à Solange, a quitté le pays lors de la guerre du Liban. Il est historien et enseigne l’histoire en France. Il écrit un livre sur Attila qui n’arrive pas à finir.

Un coup de téléphone de Tania, l’épouse de Mourad, ami d’enfance avec qui il est brouillé depuis des années, lui apprend que son mari voudrait le revoir. Il se rend au Liban mais arrive trop tard, son ami est mort.

Il décide de rester au Liban et de revoir ses amis connus à l’Université. Le groupe avait décidé de s’appeler «Le club des Byzantins ».Ils rêvaient de refaire le monde. Certains sont restés comme Tania et Mourad, d’autres sont partis comme Adam, Naïm, Albert.

Adam veut les réunir pour une soirée amicale. Il renoue avec eux par correspondance. Pour ne rien oublier, il décide de transcrire ses mails dans un cahier, y notant aussi ses réflexions, ses souvenirs. Il s’interroge sur ce que racontent ses amis et le fait comme l’historien qu’il est.

Ses amis ont abandonné leurs rêves de jeunesse pour le business ou la politique.

Mourad, resté au pays, est devenu ministre, ce qui a provoqué la brouille avec Adam.

Tania reproche à Adam d’avoir quitté le pays un an après le début des conflits, départ qu’elle a vécu comme une trahison. Leur relation est difficile. Adam n’a pu se résoudre à aller aux funérailles de Mourad ce qui a exaspéré Tania.

Tous ses amis étaient de confession différente ce qui à l’époque était une richesse. Les temps ont changé. La religion est devenu une appartenance, une identité ce qui désole Adam.

Naïm, le juif, a émigré au Brésil. Comme beaucoup d’autres juifs, il est parti avec toute sa famille. Même la veille de son départ, lors de la réunion avec ses amis, il n’a rien dit de son projet.

 Albert a émigré aux Etats-Unis où il travaille pour le Pentagone. Sa fonction officielle l’empêche de revenir au Liban mais il trouvera un subterfuge pour rejoindre ses amis.

Bilal est mort à la guerre. Son frère Nidal est devenu un musulman extrémiste radical.

Ramzi, architecte, a quitté une entreprise florissante de construction pour devenir moine. Adam cherchera à savoir pourquoi il a fait ce choix.

Amin Maalouf par le biais des réflexions d’Adam sur ce que sont devenus ses amis, revient sur l’identité, l’appartenance à une communauté religieuse on non, en contradiction avec l’art de vivre ensemble avec d’autres communautés que la sienne, qui était en vigueur dans sa jeunesse.

Amin Maalouf aborde aussi d’autres sujets comme le conflit israélo-arabe ou le radicalisme islamique. Pour Adam, le conflit israélo-arabe est une tragédie qui empêche le monde arabe de s’améliorer, qui empêche l’occident et l’Islam de se réconcilier, qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’affrontement des civilisations ».

Adam porte aussi un regard sur l’islamisme radical notamment par le biais de son dialogue avec Nidal. Il développe l’idée selon laquelle si le communisme et l’anti-communisme ont été les deux fléaux du XXème siècle, l’islamisme et l’anti-islamisme sont ceux de ce début du XXIème siècle.

Une touche de romantisme dans le livre, l’amour de Séminaris qui accueille Adam dans son hôtel et qu’il appelle « sa châtelaine ». Comme pour Amin Maalouf, rien n’est simple, Adam se torturera sur sa relation charnelle avec Séminaris alors qu’il est toujours très attaché à sa femme. Mais comment résister au charme de Séminaris ?

Le livre se termine de manière tragique mais je ne dévoilerai pas la fin.

« Les désorientés » sont les exilés partagés entre deux cultures, deux visions du monde. Adam est arabe mais enseigne en France et dans les conversations avec ses amis, il mélange les deux langues, l’arabe et le français.

Tous les personnages du livre sont imaginaires mais créés à partir des souvenirs de l’auteur. Il n’a pas voulu citer le Liban comme son pays natal. Le nom n’apparaît jamais mais le lecteur ne s’y trompera pas.

Le livre est très riche comme tous ceux d’Amin Maalouf. L’écriture est simple, presque familière. Le procédé choisi par l’auteur - les lettres, les entrevues retranscrites par Adam dans son livre des souvenirs - en fait une lecture très agréable.

Le livre est surtout pour Amin Maalouf l’occasion de reprendre les idées défendues dans ses autres livres notamment dans le très célèbre essai « Les identités meurtrières » Le lecteur ne s’en plaindra pas.

 

06/11/2013

ALEXANDRE ADLER.

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Alexandre Adler né le 23 septembre 1950 à Paris est un historien et journaliste français spécialiste des relations internationales.

Son œuvre est nombreuse. Je citerai « L’odyssée américaine » « J’ai vu finir le monde ancien » « Le monde est un enfant qui joue » « Rendez-vous avec l’islam.

Pour en savoir davantage, je vous renvoie à mon billet du 21 septembre 2009.

LE JOUR OU L’HISTOIRE A RECOMMENCE.

« Nous avons connu depuis le début de l’année 2011 un bouleversement immense qui ne peut ni ne doit être sous-estimé. Certes, ce n’est jamais que le second coup de semonce du nouveau siècle : le premier a commencé sa course en 1989, et s’est achevé en 1992 avec l’implosion du l’Union soviétique et la fin du système communiste. Nous connaissons aujourd’hui un choc de même ampleur, avec la tempête qui s’est abattue sur le monde arabe et qui, de manière assez voisine avec celle qu’on a connue à l’Est, se traduit tout d’abord par une revendication généralisée de liberté, de participation politique, d’émancipation – j’utilise volontairement les termes plus généraux, et non celui, beaucoup plus contraignant de démocratie. »

La fin de l’Histoire avait été théorisée par le philosophe américain Francis Fukuyama, qui voyait dans le consensus sur la démocratie libérale issue de la fin de la Guerre froide, le terme des grands conflits idéologiques internationaux.

Le printemps arabe est pour l’auteur le retour de l’Histoire mais pas nécessairement, d’où la prudence de son introduction, le retour de la démocratie.

L’auteur souligne que personne ne s’y attendait. Les régimes autoritaires arabes progressaient sur le plan économique et pour les occidentaux rien ne pouvait prévoir la possibilité d’une révolte.

« Ce ne sont pas les pauvres qui sont descendus dans la rue à Tunis, puis au Caire, mais des jeunes suffisamment fortunés pour posséder déjà des outils de communication moderne. »

L’auteur va retracer l’histoire de ce printemps arabe qui devrait selon lui s’appeler plutôt « L’hiver arabe » puisque tout a commencé fin décembre 2010 avec le suicide de Mohammed Bouazi en Tunisie.

L’auteur analysera l’islam politique rappelant avec humour, qu’en France, certains encensaient Tariq Ramadan ou plaçaient une femme musulmane portant le voile sur les listes électorales !

Quel islam ? C’est la question centrale du livre. Puissance des frères musulmans, rôle prépondérant joué par Al Jazira, télévison dont le maître à penser religieux est le cheik Karadawi.

Il est évidemment impossible de résumer le livre, ce serait trahir l’auteur. Impossible aussi de reprendre des citations. Sorties de leur contexte, elles ne reflèteraient pas le raisonnement rigoureux de l’auteur.

Alors pourquoi ce billet ? J’ai voulu recommander le livre qui m’a fort intéressée.

Je me pose toujours la même question quand j’entends actuellement la demande de retour à la charia. Ces pays ont, me semble-t-il, le droit de décider ce qu’est, pour eux, un pays musulman. Mais, je vois aussi, que les femmes, victimes encore une fois, comme si souvent dans l’histoire, craignent ce retour de ce que je dois bien appeler « la barbarie ».

Je terminerai en citant l’auteur :

« Nous sommes ainsi entrés dans une phase de transition longue et heurtée, dont toutes les règles longtemps en vigueur ressortent définitivement subverties. Les forces montantes de la démocratie n’ont pas encore joué pleinement. Les forces provisoirement dominantes de l’islamisme non plus. Il nous faut donc analyser, confronter, comprendre, tout en mesurant que les combats décisifs sont encore à venir. L’Islam n’est pas « un empire dans un empire » mais une partie dolente, vibrante, inventive et originale de notre Humanité toujours plus unifiée, même à son corps défendant. Oui, l’Histoire a recommencé. »

19/04/2012

PHILIPPE MOUREAUX.

 

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Je le disais dans mon précédent billet, les occasions de s'étonner, s'attrister ou s'indigner ne manquent pas. Je ne réagis pas toujours. Les journalistes font leur travail, l'information est là, je garde mon indignation pour moi.

 

Cette fois, c'est impossible, c'est vraiment trop scandaleux. Pour mes lecteurs, qui ne sont pas Belges, un rappel des faits. Le 11 avril, la RTBF diffuse un reportage dans le cadre de ses émissions "Questions à la une". Le sujet est délicat : "Faut-il craindre la montée de l'islam". Je l'ai regardé, j'ai trouvé les journalistes bien courageux car, tout le monde le sait, parler de l'islam revient automatiquement à se faire traiter de raciste même quand on ne montre que la réalité.

 

Philippe Moureaux, vice-président du PS, bourgmestre d'une commune dite "sensible" a réagi. Je cite : "Questions à la une : des procédés dignes du nazisme". Le journaliste, qui a pourtant fait correctement son métier est qualifié "d'islamophobe." Accusation habituelle dès qu'un quidam ou même un spécialiste ose parler de l'islam mais, cette fois, il s'agissait d'une émission service public.

 

Je citerai encore ses propos repris par la Libre Belgique (art. mis en ligne le 17/04). "L'antisémitisme a fait un moment ses succès sur ce genre de méthode. C'est comme cela que Goebbels essayait d'attaquer les juifs, comme maintenant certains attaquent les musulmans."

 

Pour corser le tout, un faux profil Facebook a été créé au nom du journaliste, Frédéric Deborsu. Sous le titre "Frédéric Deborsu et la Légion wallonie" en référence à l'unité SS dirigée par Léon Degrelle, ces mots "Degrelle, c'est mon papa". Un procédé particulièrement odieux. La page a été supprimée, a réapparu, puis a de nouveau disparu.

 

La presse s'est mobilisée pour défendre le journaliste. Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La libre titrait son édito d'hier : "Non, M. Moureaux, ce ne sont pas des méthodes de nazis." Il analyse très finement le reportage en concluant "Que ce reportage ne plaise pas à tout le monde, c'est normal. Mais que Philippe Moureaux, un professeur qui enseigne la critique historique à l'ULB, compare les méthodes journalistiques de la RTBF à des méthodes utilisées par Goebbels et par d'autres nazis de l'Histoire... Ce n''est pas simplement regrettable, c'est inacceptable. Ce dérapage mériterait des excuses publiques."

 

Autre réaction, celle de Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des Journalistes Professionnels : "L'émission ne procède ni par stigmatisation, ni par polarisation. Il n'y a pas de généralisation abusive mais au contraire, une approche volontairement nuancée du sujet.

Le reportage respecte les recommandations déontologiques en la matière."

 

Je partage tout à fait cet avis et je suis contente que l'AJP l'ait exprimé.

 

Toujours dans la Libre Belgique, ce matin, un excellent édito de Francis Van de Woestyne, intitulé simplement : "Une faute."

 

Le Soir reprenait hier l'analyse faite par l'AJP en titrant "Les propos de Moureaux sont dangereux pour les journalistes."

 

Je n'ai pas été plus loin dans ma recherche. Je suis certaine que d'autres journalistes partagent l'avis de leurs collègues.

 

Je suis indignée parce que ce n'est pas la première fois que Philippe Moureaux tient des propos injurieux notamment sur les politiques qui ne sont pas du PS. Et les réactions sont souvent les mêmes : "On connaît son franc- parler. Il est comme cela." Bref, à ma connaissance, c'est la première fois que les critiques sont unanimes. A propos du personnage, je me suis toujours demandé pourquoi il continuait à être invité à des débats télévisés, la haine qu'il diffuse est tellement violente qu'elle me dégoûte.

 

Je noterai encore que le président actuel du PS n'a pas voulu condamner les propos de Philippe Moureaux au nom de son droit à s'exprimer !

 

La violence a été un sujet fort débattu ces derniers temps. Alors, une interrogation, pourquoi les jeunes seraient-ils plus respectueux que leurs "illustres" aînés ?

 

Un souhait ? Maintenant que la RTBF a été durement attaquée, qu'elle cesse de l'inviter. Qu'il reste dans sa luxueuse villa. Qu'il cesse de nous distiller son venin comme il le fait depuis des années. Même le PS s'en portera mieux.

 

24/02/2012

AMIN MAALOUF.

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Amin Maalouf est né à Beyrouth en 1949. Il vit à Paris depuis 1946. Après des études de d'économie et de sociologie, il entre dans le journalisme. Grand reporter pendant douze ans, il a effectué des missions dans plus de soixante pays puis s'est consacré uniquement à l'écriture. Léon l'Africain, Samarcande, Le rocher de Tanios, Le Périple de Baldassare, Les Echelles du Levant, Les Jardins de Lumière.

 

En 1998, il publie Les Identités meurtrières dans lequel il s'interroge sur ce qu'est l'identité. Ce livre a souvent été repris comme un essai de référence. (voir billet du 10 septembre 2008)

 

LE DEREGLEMENT DU MONDE.

 

J'ai acheté le livre paru en livre de poche chez Grasset en 2009 ayant beaucoup apprécié Les Identités Meurtrières. Le livre m'a plu, je l'ai lu d'une traite comme un roman et pourtant au moment d'en parler, j'ai été absolument perplexe ne me sentant pas toujours en accord avec l'auteur.

 

L'essai est sous-titré : "Quand nos civilisations s'épuisent". De quoi sursauter ! Et Amin Maalouf, dès le début, annonce la couleur : "Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les tous premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur , et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique."

 

L'objectif de l'auteur est de prouver ce qu'il affirme dans son avant-propos. Il le fait en trois grands chapitres : Les victoires trompeuses – Les légimitées égarées – Les certitudes imaginaires. Et l'épilogue, au titre surprenant : Une trop longue Préhistoire.

 

Pour l'auteur, le début du dérèglement est la chute du mur de Berlin où, d'après lui, l'Europe n'a pas su profiter de cet événement. Il ne mentionne pas la réussite de la réunification de l'Allemagne, le bonheur des peuples d'être débarrassés de la tutelle soviétique et même pour certains de pouvoir rejoindre la Communauté européenne ou le rêve d'y parvenir.

 

Je ne comprends donc pas pourquoi il prend la chute du mur de Berlin comme le début du dérèglement de la planète. Il affirme pourtant qu'un vent d'espoir avait soufflé sur le monde et que la fin de la confrontation entre l'Occident et l'Union soviétique avait levé la menace d'un cataclysme nucléaire. Je ne crois pas, comme il l'affirme, qu'on ait cru en ce moment que la démocratie allait couvrir toute la planète.

 

Il est très critique sur la Communauté européenne et certaines sont certainement fondées, la construction de l'Europe est difficile, la difficulté d'unir des nations jalouses de leur souveraineté est réelle mais est-ce, comme il le dit, parce que l'Europe a perdu ses repères ?

 

Je touche là une des critiques que je fais à l'auteur, il affirme mais éprouve des difficultés à prouver ce qu'il dit. Pourtant le livre n'est pas sans intérêt. Les pages historiques sont, à mon avis, les meilleures du livre. Ainsi consacre-t-il une longue étude sur l'échec de la construction de l'unité arabe.

 

J'ai retrouvé aussi l'auteur des Identités Meurtrières dans plusieurs affirmations. Un exemple : "La Légitimité, c'est ce qui permet aux peuples et aux individus d'accepter sans contrainte excessive, l'autorité d'une institution, personnifiée par des hommes et considérée comme porteuse de valeurs partagées"

 

Je le rejoins aussi quand il dit  "Ce n'est pas en prônant un retour illusoire aux comportements d'autrefois que l'on pourra faire face aux défis de l'ère nouvelle." Pour lui, sortir du dérèglement qui affecte le monde ne pourra se faire qu'en adoptant une échelle de valeurs basée sur la primauté de la culture. Il explicite en disant : "Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus longtemps, et mieux; forcément guettés par l'ennui, la peur du vide, forcément tentés d'y échapper par une frénésie consommatrice. Si nous ne souhaitons pas épuiser très vite les ressources de la planète, il nous faudra privilégier autant que possible d'autres formes de satisfaction, d'autres sources de plaisir, notamment l'acquisition du savoir et le développement d'une vie intérieure épanouissante". Un bel idéal mais qui m'apparaît, dans l'état actuel du monde, rongé par la pauvreté, fort utopique.

 

Autre affirmation très forte, présentée comme un reproche aux puissances européennes : ne pas avoir voulu imposer leurs valeurs au reste du monde : "De ce fait, c'est une faute impardonnable que de transiger sur les principes fondamentaux sous l'éternel prétexte que les autres ne seraient pas prêts à les adopter. Il n'y a pas des droits de l'homme pour l'Europe, et d'autres droits de l'homme pour l'Afrique, l'Asie, ou pour le monde musulman. Aucun peuple sur terre n'est fait pour l'esclavage, pour la tyrannie, pour l'arbitraire, pour l'ignorance, pour l'obscurantisme, ni pour l'asservissement des femmes. Chaque fois que l'on néglige cette vérité de base, on trahit l'humanité, et on se trahit soi-même". Hélas ! l'actualité actuelle montre que ce n'est pas si simple. Il suffit de voir la difficulté qu'à la communauté internationale pour répondre aux demandes des opposants syriens, pour ne citer qu'eux.

 

Il revient, comme il l'avait fait dans les "Identités Meurtrières" sur l'humiliation des Arabes qui n'ont d'autre choix que de se réfugier dans la religion pour y retrouver de la dignité. Mais il appelle l'Europe à combattre le communautarisme : "En notre époque guettée par une dérive communautariste d'ampleur planétaire, "enchaîner" les femmes et les hommes à leur communauté religieuse aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. C'est pourtant ce que font de nombreux pays d'Europe lorsqu'ils encouragent les immigrés à s'organiser sur une base religieuse, et qu'ils favorisent l'émergence d'interlocuteurs communautaires."

 

Je l'ai dit, au début, j'ai aimé le livre mais j'ai regretté que les raisonnements ne soient pas plus rigoureux. J'espère cependant ne pas avoir trahi l'auteur même si un résumé est par définition une amputation d'un livre. Que le lecteur lise ce post comme des réflexions obligatoirement subjectives, j'ai retenu ce qui m'a touchée.