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31/05/2010

COMMENT JESUS EST DEVENU DIEU.

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Dans son prologue, Frédéric Lenoir dit se poser cette question depuis plus de vingt-cinq ans. Il a donc décidé de se lancer dans une véritable enquête historique.

 

L'auteur, né le 3 juin 1962, est philosophe, sociologue, historien des religions. Il dirige la rédaction du magazine Le Monde des religions  et depuis septembre 2009, anime une émission sur France Culture "Les racines du ciel". Sa pièce Bonté divine est à l'affiche depuis 2009. Sur son blog, il a ouvert un forum, ouvert à tous qui rencontre un grand succès.

 

Frédéric Lenoir part d'une constatation : Jésus est le seul fondateur de religion qui a laissé plané un doute sur son identité véritable. Son existence historique est attestée par des témoignages romains -  Suétone, Pline le jeune, Tacite – et l'historien juif Flavius Josèphe. Mais, l'essentiel se trouve dans le Nouveau Testament, écrits situés généralement entre la fin des années 40 et les années 120 :  les quatre évangiles et les épîtres de Saint Paul.

 

Pour Frédéric Lenoir, Jésus apparaît comme un juif pieux mais s'opposant à sa propre religion, par exemple dans le respect du shabbat. Pourtant, il est important de souligner qu'il ne se présente jamais comme voulant créer une nouvelle religion : "N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir." (Matthieu 5, 17).

 

Qu'il apparaisse comme un maître de sagesse, un prophète, un Messie (Christ est la traduction en grec du mot hébreu Mashiah), il se dit "Fils de l'homme". Mais ce qui ressort des évangiles est surtout son rapport unique avec Dieu : "Vraiment, tu es fils de Dieu". (Matthieu14,33).

 

Plus étonnant sera sa crucifixion, supplice avilissant et sa résurrection. "Dieu l'a ressuscité des morts" (Paul, Romains 10,9)" "enlevé au ciel et assis à la droite de Dieu (Marc 16, 19). C'est la base même du christianisme : Jésus est mort pour sauver l'humanité.

 

Pourtant, considérer Jésus comme étant Dieu, ne sera pas admis si facilement. Il y a effectivement une contradiction entre une religion monothéiste et Jésus, Dieu, à l'égal du père. S'ajoutera, la croyance en l'Esprit Saint, donc le dogme de la Trinité, qui peut aussi être considéré comme une contradiction avec le monothéisme.

 

Il n'est donc pas étonnant que des débats sur l'identité du Christ, égal ou inférieur à son Père, divisent les théologiens. Ils vont secouer l'Eglise jusqu'au IVème siècle.

 

Je mentionnerai simplement un opposant à ce qu'on pourrait appeler l'orthodoxie chrétienne, Arius. Grand théologien, il est titulaire de la paroisse du port d'Alexandrie. Il refuse " de considérer la personne du Christ à l'égal de Dieu, seul éternel et incréé.""Le fils est certes divin, mais le Christ n'est pas Dieu et ne saurait être confondu avec Lui : issu du Vrai Dieu, il est subordonné à Lui."

 

Ce débat sur l'identité du Christ aurait pu rester un simple différend entre théologiens mais il va prendre une telle importance qu'une confrontation aura lieu entre Arius et l'évêque d'Alexandrie aux alentours de 318. Les évêques réunis en concile, réaffirment solennellement que le Christ est consubtantiel et coéternel au Père. Ils excommunient Arius et l'expulsent d'Alexandrie. Ses écrits sont détruits après sa condamnation pour hérésie.

 

Cette querelle n'est qu'une des multiples querelles qui déchirent surtout l'Orient , les évêques d'Occident adoptant la foi dictée par l'orthodoxie, celle de Rome.

 

Un événement va être déterminant pour l'avenir de l'orthodoxie chrétienne : la victoire de l'empereur Constantin sur l'empereur d'Orient. Constantin règne en maître absolu sur un immense empire. Il veut faire cesser les querelles qui ne sont plus seulement celles de théologiens, mais ont gagné la rue, avec une ampleur qu'on a peine à imaginer. Constantin décide de convoquer un concile réunissant les évêques d'Orient et d'Occident, à Nicée. Le concile s'ouvre le 20 mai 325, non pas dans une église, comme le voulait la tradition mais dans la salle principale du palais impérial et sous la présidence de l'empereur qui, dans son discours d'ouverture, exhorte les évêques à la concorde. Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile oecuménique, dans l'histoire de l'Eglise. Et les évêques approuvent ce qu'on appellera le "symbole de Nicée"qui deviendra après le concile de Contantinople, convoqué en 381, le Credo chrétien, récité encore aujourd'hui.

 

Frédéric Lenoir va se demander si Constantin et ses successeurs ont rendu service au christianisme en en faisant la religion officielle de l'empire et en souhaitant à tous prix sa cohésion doctrinale : "D'un côté, en forçant les chrétiens à s'entendre sur le fondement de leur foi, ils ont renforcé leur unité ainsi que leur force religieuse et leur influence politique au sein de la société. Dans le même temps, ils ont introduit au sein de l'Eglise le germe de l'intolérance (une seule conception de foi peut être admise) et le goût du pouvoir (la société régie par la foi), deux traits qui connaîtront bien vite des conséquences dramatiques : persécution des juifs et des païens, puis des hérétiques, avec, comme point d'orgue, la mise en place de l'Inquisition médiévale : on condamne et on brûle les dissidents pour maintenir l'unité de la société sous l'égide de l'Eglise. De telles pratiques sont à l'évidence en totale contradiction avec le message de Jésus qui prône la séparation des pouvoirs politiques et religieux, la non-violence et l'amour du prochain."

 

Cette réflexion de l'auteur a suscité la polémique. Pour ma part, je trouve qu'il va trop loin, quand il affirme que l'entente "forcée", si je puis dire, entre les Chrétiens, même sous l'impulsion d'empereurs, est la base de futures persécutions. Le christianisme devient une "institution" avec tout ce que cela peut engendrer. Mais, pouvait-il en être autrement ? Qui peut répondre à cela ?

 

La religion est toujours une question de foi. Les dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de la résurrection, la mort salvatrice du Christ forment le socle du christianisme. Mais, la relation à Jésus est personnelle. La fidélité au message de l'Evangile aussi.

 

27/07/2009

SOCRATE, JESUS, BOUDDHA.

 

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Ce livre de Frédéric Lenoir, sous-titré "Trois maîtres à penser", peut surprendre. Pourquoi ces trois maîtres, fort éloignés l'un de l'autre dans le temps ? En quoi, comme il le dit au dos de la couverture du livre, peuvent-ils nous aider en ce temps de crise économique ?

 

La réponse est dans l'avant-propos : il a rencontré Socrate, à 15 ans, en lisant "Le Banquet de Platon"; Bouddha, à 16 ans, à travers un roman de Hermann Hesse; Jésus, à 16 ans, en lisant les Evangiles bien qu'il ait été élevé dans la foi catholique. Pour l'auteur, Socrate, le philosophe athénien, Jésus, le prophète juif palestinien et Siddhârta, dit "le Bouddha", le sage indien, nous apprennent à vivre.

 

Dans son livre, il va souligner les convergences qui existent entre ses trois maîtres, ayant vécu dans des cultures différentes, mais aussi les différences.

 

Historien des religions, rédacteur en chef de la revue, "Le Monde des Religions" Frédéric Lenoir s'interrogera d'abord sur la réalité de leur existence, parfois contestée. Il y répond évidemment par l'affirmative, s'appuyant sur des textes.

 

La première convergence est leur enseignement oral. Leur message a été écrit par leurs disciples, parfois très tard. Seconde convergence, la croyance en l'immortalité de l'âme. Socrate croit retrouver un monde meilleur, Bouddha, croit en la réincarnation pour ceux qui n'ont pas accédé à l'Eveil, Jésus, au royaume de Dieu, devenu le paradis pour les chrétiens.

 

Tous les trois ont commencé leur enseignement tardivement et l'on peut dire, motivés par une inspiration divine. Pour Socrate, ce sera,  les paroles de la pythie qui aurait affirmé "De tous les hommes Socrate est le plus sage". Il se rendra à Delphes et fera sienne la devise inscrite au fronton du temple d'Apollon : "Connais- toi toi-même." Il fera souvent allusion à l'existence en lui d'une voix intérieure, un daimôn, qu'il considère comme une émanation de la divinité.

 

Le prince Siddhârta, quittera sa famille, après avoir rencontré, comme on l'avait prédit à sa naissance, un vieillard, un malade, un mort, un moine mendiant. A trente ans, il devient le prince mendiant, "Gautama" "celui qui est doté d'une sagesse digne de louange". L'auteur décrit longuement comment il est devenu, l'Eveillé et a répandu son message dans l'Inde : le désir, origine de la souffrance; le détachement, la méditation, la compassion, pour accéder à la paix.  Qu'on me pardonne de présenter sa doctrine, d'une manière aussi sommaire.

 

Jésus commencera sa prédication à trente ans. Il se présente comme l'envoyé de son Père, le Fils de l'homme, un prophète. Pour ses disciples, il est  un rabbi, puisque prédicateur errant et même le Messie, traduction hébraïque de "Christ". Mais, reconnaît l'auteur, Jésus ne correspond pas à la tradition biblique du Messie, qui devrait libérer Israël et surtout, dont la  venue devrait être pour toute l'humanité, une ère de paix.

 

La famille dans laquelle naît Jésus est pieuse, respecte le shabbat, participe aux fêtes juives. Jésus est circoncis et présenté au Temple peu de temps après sa naissance. Même pendant sa prédication, il se rend à Jérusalem. Mais, il apparaîtra comme révolutionnaire parce qu'il affirme vouloir réformer la loi :"Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir". "Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils doivent adorer."

 

Je ne me hasarderai pas à résumer la prédication du Christ, je me bornerai à dire que pour l'auteur, la vérité ultime que Jésus entend révéler est "Dieu est amour". Un message universel qui, malheureusement, a parfois été perverti.

 

Frédéric Lenoir tiendra à dire que l'antijudaïsme chrétien s'est nourri pendant des siècles d'un argument fallacieux : les Juifs sont responsables collectivement de la mort de Jésus ce qui fait d'eux le "peuple déicide". Ce que ne suggèrent jamais les Evangiles. Il faudra attendre Vatican II pour que l'Eglise retire du missel la prière du vendredi saint incitant les fidèles catholiques à prier pour la conversion du "peuple perfide" responsable de la mort de Jésus.

 

D'autres aspects sont abordés par l'auteur : les miracles accomplis par Jésus et Bouddha, la manière de s'exprimer de Jésus, souvent en paraboles qui rend son message parfois peu explicite.

 

Socrate, lui, prenait toujours le rôle d'interrogateur, avouant ne rien savoir, mais voulant que son interlocuteur découvre la vérité par lui-même. (maïeutique). Il maniait volontiers l'ironie.

Il enseignait la connaissance du Beau, du Vrai, du Bien, du Juste.

 

Bouddha est mort dans sa quatre-vingtième année, après avoir une dernière fois, visité ses communautés. Jésus et Socrate auraient pu échapper à la mort. Socrate, qui sera, plus tard, considéré comme le père de la philosophie, accusé de pervertir la jeunesse, boira la ciguë et à son épouse qui se lamente de le voir mourir injustement, il dira : "Voulais-tu donc que ce soit justement ?" On connaît la mort de Jésus et sa résurrection, fondement de la foi chrétienne.

 

Frédéric Lenoir termine son livre par un hommage à ses trois maîtres : "Ils m'ont donné la force de vivre pleinement ... La connaissance du vrai n'a de sens que si elle nous permet d'agir de manière bonne."