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20/05/2015

ENSEIGNEMENT : PROGRES OU RECUL ?

réforme de l'enseignement, formation des enseignants, pénurie des professeurs

 

Le groupe de travail chargé de réformer la formation initiale des enseignants est d’accord pour qu’il y ait une plus grande flexibilité dans l’affectation des enseignants entre niveaux d’enseignement.

Ainsi l’enseignant maternel pourrait enseigner en 1er et 2e primaires et l’instituteur primaire en 3e maternelle. Le régent pourrait enseigner en 5e et 6e primaire en plus de son enseignement actuel dans le secondaire inférieur. Le titulaire d’un Master universitaire qui enseigne dans l’enseignement secondaire supérieur pourrait enseigner en 3e secondaire.

Une révolution ? Certainement mais un fameux retour en arrière en ne tenant plus compte de l’arrêté du 22 avril 1969 fixant les titres requis du personnel de la Communauté Française et celui du 20 juin 1976 relatif aux titres suffisants dans l’enseignement gardien et primaire.

L’arrêté sur les titres requis répondait à une forte demande du PS qui n’admettait pas que dans l’enseignement catholique un prof « pouvait enseigner n’importe quoi ».

Effectivement, au début de ma carrière j’ai enseigné de l’arithmétique commerciale, du droit et d’autres matières. Aucun cours ne correspondait à ma formation. C’était possible à force de travail mais j’avoue avoir nettement préféré enseigner les cours pour lesquels j’étais formée.

Certes la proposition actuelle ne va pas si loin. Je dois dire qu’à l’époque, des maternelles qui enseignaient en 1e primaire, m’ont souvent dit combien elles appréhendaient de ne pas être certaines d’arriver à ce que leurs élèves sachent lire en fin d’année. Elles se débrouillaient comme elles pouvaient.  Ce n’est donc pas aussi simple que ne le croit les ministres ! Qu’un régent enseigne en primaire est sans doute possible mais sera-t-il heureux ?

Je ne comprends absolument pas l’argument des ministres que cette réforme faciliterait le passage du primaire en secondaire.

Je ne nie pas la peur qu’ont certains enfants de quitter le primaire pour le secondaire mais c’est surtout dû à ce qu’ils ont plusieurs enseignants au lieu d’un seul. Après quelques semaines ils sont plutôt fiers d’être devenus des « grands. » Envisage-t-on que l’enseignant primaire donne tous les cours dans le secondaire ? Je n’ose y penser.

Une autre idée du Ministre Marcourt est ressortie. La formation de tous les enseignants serait portée à cinq ans ! Une formation plus longue que certaines études universitaires. Tout le monde comprendra que cette réforme coûtera cher aux parents et à la Communauté.

Trois ans au lieu de cinq, pratiquement deux années de plus au budget des parents. Un coût élevé pour la Communauté puisque tous les enseignants devront être rémunérés au barème des licenciés actuels. La Wallonie a-t-elle trop d’argent ?

J’ajouterai que je doute fort que les ados envisagent avec le sourire de faire cinq ans d’études au lieu de trois pour enseigner en maternelle ou en primaire.

Or, il y a déjà une pénurie d’enseignants car on sait que beaucoup quittent l’enseignement après quelques années pour commencer une autre carrière. Ayant fait cinq ans d’études seront-ils plus contents d’être enseignants ? J’en doute.

La formation des enseignants sera-t-elle meilleure ? Impossible de le dire puisqu’on ne sait pas quel sera le programme de ces deux années supplémentaires.

Plus de stages ? Peut-être. Je peux dire que les stages effectués actuellement par les régents dans les écoles suscitent plutôt une crainte voire un rejet de l’enseignement. Il y a une grande différence à débarquer dans une école inconnue pour donner un cours ou être dans sa propre classe.

Je ne peux absolument pas être d’accord avec ces deux réformes. Ignorer la spécificité de chaque niveau est hallucinant. On n’enseigne pas en maternelle comme en primaire, c’est une évidence.

Je dirai aussi que pendant des années on a affirmé que le troisième maternelle ne pouvait pas remplacer la première primaire d’où l’interdiction d’apprendre à lire, par exemple. L’apprentissage de la langue est d’ailleurs évoqué pour justifier l’obligation de la troisième maternelle. J’ajouterai l’apprentissage de la sociabilité qui se fait souvent par des activités qui plaisent aux petits.

Si l’objectif des Ministres est, comme je l’ai entendu, faire face à la pénurie d’enseignants c’est une mauvaise réponse à un réel problème.

 

18/12/2012

MARCOURT ET L'ENSEIGNEMENT.

jean-claude marcourt, formation des enseignants, prolongation des études, échec scolaire, logopédie

Jean-Claude Marcourt est né à Awans, le 16 octobre 1958. Licencié en droit, il a exercé le métier d'avocat pendant trois ans. La ronde qu'il a effectuée dans les ministères est impressionnante. Willy Claes, Guy Mathot, Bernard Anselme, Jean-Claude Van Cauwenberg, Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx.

Il est actuellement à la Fédération Wallonie-Bruxelles avec des compétences, je dirais, multiples. Vice-Président, Ministre de l'Economie, des PME, du Commerce extérieur, des Technologies modernes et... de l'enseignement supérieur. Je ne vois pas très bien le lien entre ces différents portefeuilles. Mais, c'est comme cela.

J'avais déjà dans de précédents billets ( 4/8/2011 – 3/9/2012) critiqué son projet de prolongation des études des enseignants. Il remet le couvert avec une idée nouvelle qui m'a fait rire. Comme toute personne de bon sens souligne que la réforme coûtera cher, il répond qu'elle sera compensée par la suppression des échecs scolaires. Rien que cela.

Ainsi, une fois de plus, ce sont les enseignants qui sont les responsables de l'échec scolaire, beaucoup trop important, dans notre enseignement. Ce ne sont pas les programmes, les différentes réformes, les consignes données par les inspecteurs, les difficultés rencontrées par les élèves qui, parfois, ont directement accès au secondaire en venant d'un pays où ils ne parlaient pas la même langue, le manque d'attrait pour des études qui ne garantissent plus l'accès à l'emploi comme dans les "bonnes" années, non, ce sont les enseignants qui sont tellement mal formés qu'ils ne savent plus enseigner. Merci, Monsieur le ministre.

Une question me taraude : ces enseignants dont le ministre a une si piètre opinion deviendront-ils des super enseignants parce qu'ils seront restés deux années de plus dans... l'enseignement ?

Une autre question très simple : le problème de l'échec scolaire ne se situe-t-il pas d'abord dans l'enseignement primaire et secondaire avant de l'être dans l'enseignement supérieur ? Malgré ses multiples compétences, ce n'est pas lui qui est en charge de cet enseignement mais Marie-Dominique Simonet. Un détail ! Je serai de bon compte, il propose la réforme mais elle sera discutée collégialement et devra être votée par des élus.

Je ne vais pas redire tout ce que j'ai déjà dit mais tout de même. Cinq ans d'études au lieu de trois, c'est une charge financière pour les contribuables et pour les parents. Tout le monde n'a pas envie d'aller à l'université, certes, mais rendre la formation d'enseignant aussi longue et aussi coûteuse que les études universitaires fera certainement réfléchir les jeunes et leurs parents. Le prestige d'un diplôme universitaire existe bel et bien. Tous les enseignants seront  payés au barème 501 comme les licenciés actuellement mais seront-ils considérés par la société comme ceux qui sortent de l'UCL ou de l'ULB ? J'en doute. Le métier d'enseignant sera-t-il revalorisé pour autant ? J'en doute aussi. Ce sera plutôt une injustice de plus.

Un autre argument du ministre Jean-Claude Marcourt m'a vraiment choquée : les vétérinaires font bien cinq ans d'études, les jeunes ne sont-ils pas aussi précieux que les animaux ? Vous ne rêvez pas, il l'a dit !

Le ministre ne présente plus sa réforme comme un remède contre la pénurie de professeurs mais je crois qu'elle va l'aggraver sérieusement. J'irai même plus loin, les stages répétés toute la dernière année (si j'ai bien compris) risquent de dégoûter les jeunes car les conditions d'un stage sont souvent pénibles, bien plus que d'enseigner dans "sa classe".

Enseigner actuellement est beaucoup plus difficile qu'il y a vingt ans parce que la société a changé. Mais, ne peut-on réfléchir à la formation des enseignants non par la durée des études mais par le contenu ? Ne peut-on pas combattre l'échec scolaire en étudiant sérieusement les causes et les moyens d'y remédier ?

J'ai toujours pensé et dit que la liberté de pédagogie était très importante. L'enseignant doit pouvoir tenir compte de son public. C'est indispensable bien plus que le programme. Chaque enseignant pourrait pouvoir l'examiner comme il l'entend, établir des priorités, des hiérarchies. Or, la seconde réforme prévue par le ministre gomme cette liberté pédagogique. C'est un des arguments avancés par ceux qui la combattent. Elle vaut aussi pour l'enseignement primaire et secondaire.

Une autre réforme cette fois de Laurette Onkelinx suscite la polémique. Elle concerne aussi l'amélioration de l'enseignement puisqu'il s'agit de limiter la séance de logopédie. Trente minutes au lieu d'une heure. Pourtant ces professionnels essaient de remédier aux lacunes de certains élèves et font du bon travail.

Décidément, après avoir clamé que l'enseignement était une priorité, voilà deux ministres socialistes qui prouvent le contraire.

Je reconnais que je suis en colère comme chaque fois que je suis en désaccord avec les réformes envisagées pour l'enseignement. Je l'ai été pour le fameux décret d'inscription qui a fait de nombreux dégâts, a suscité beaucoup d'opposition mais que nos ministres refusent de supprimer pour de mauvaises raisons. Quel mal une certaine idéologie ne commet-elle pas !

Je n'en dirai pas plus aujourd'hui. Différents débats doivent être menés, dit-on. Idéologiques ? Réalistes ? A suivre !

05/03/2012

LIBRES PROPOS. (4)

Le gouvernement est donc en conclave budgétaire. Un exercice difficile dont on ne sait quasi rien. Depuis quelques semaines, des "pistes" ont été exprimées par certains politiques. Nouvelle amnistie fiscale, report des remboursements des impôts, augmentation de la TVA et d'autres rejetées aussitôt qu'annoncées. Une seule certitude : le veto du PS à revoir l'indexation automatique des salaires, même à envisager un saut d'index.

 

Je dois dire que je suis perplexe quant au refus d'envisager un saut d'index. Cela s'est déjà fait et il me semble que le PS devrait abandonner son obstination à affirmer constamment "Pas touche à l'index" qui me rappelle un autre slogan.

 

Je suis bien consciente qu'un saut d'index touche plus les défavorisés que les plus riches mais n'est-ce pas la même chose pour l'augmentation de la TVA par exemple ? Je voudrais tout de même signaler que l'index vous fait parfois passer d'une catégorie d'imposable à une autre, ce qui crée toujours la surprise. J'ai en mémoire des réflexions de mes affiliés me disant : je m'attendais à une augmentation de salaire, c'est l'inverse. Bien sûr, ce n'est pas général mais cela arrive.

 

Autre idée, je ne crois pas qu'elle soit aussi tabou et cela m'étonne, revoir l'index en le tripotant : j'enlève ceci ou cela. Cela me semble bien plus préjudiciable car cette mesure touche le long terme au contraire d'un seul saut d'index.

 

Soit, on verra ce que le gouvernement décidera, je ne doute pas que, quelles que soient les mesures prises, elles seront douloureuses.

 

Un autre sujet d'actualité qui me touche est la prolongation des études des enseignants. J'en ai déjà parlé dans mon post "Controverse". Depuis lors, on avance d'autres idées sans renoncer totalement à ce qui me semble une absurdité, faire de tous les enseignants des universitaires ! J'entends dire que les enseignants sont mal formés. Désolée, mais cela se dit depuis toujours. Une question bien naïve : pourquoi ne pas revoir la formation dans les écoles normales ? J'avoue d'ailleurs que je suis absolument sceptique sur le fait qu'une formation à la résolution des conflits, comme on dit, soit efficace. La violence est bien présente mais elle ne sera pas éradiquée parce que les profs essaieront d'appliquer des consignes données lors de la formation. Ce n'est pas si simple.

 

Le tutorat est une bonne idée, mais contrairement à ce qu'affirme Anne Floor, (voir article de La libre)  il existe dans certaines écoles. De manière informelle, il est vrai. La vraie difficulté est qu'un enseignant avoue difficilement qu'il ne s'en sort pas et se prive d'une aide qu'un collègue lui donnerait volontiers.

 

Cela me démange de passer à un autre sujet : l'article paru dans Le Vif, L'express de cette semaine sur Rudy Demotte. Pascal Vrebos lui en a parlé dans l'entretien qu'il a eu avec lui cette semaine et bien sûr, il n'était pas d'accord, "il est de cuir". Je vais relever quelques passages. Le titre "Rudy Demotte est-il brûlé ?" Une révélation : "Les conseils des ministres wallons sont plus conflictuels, plus cripés. La personalité des deux poids lourds du gouvernement, Jean-Claude Marcourt et Jean-Marc Nollet, têtus, voire obtus, n'y est pour rien. Quant au troisième vice-président, André Antoine , il n'y a pas meilleur que lui pour bloquer un dossier sur un mode doucereux, observe un cabinettard" Ambiance ! Et j'ai l'impression que ce n'est pas faux. Pauvre Rudy !

 

La RTBF qui a le chic pour remettre une couche où cela peut faire mal, a consacré le Mise au Point à l'abdication programmée d'Albert II. La journaliste du Soir  ne s'est pas trouvée beaucoup d'alliés. Bien sûr, en choeur, ils ont tous salué le travail du roi et ont rejeté l'idée d'abdication "prévue" même s'ils admettent normal de penser à l'après Albert II. Il est âgé, fatigué, les derniers mois ont été très lourds pour lui. De s'interroger sur ce que prévoit la Constitution. Il peut abdiquer mais ce n'est pas dans la tradition de notre monarchie et lui seul peut en décider avec, petit bémol, l'aval d'un ministre.

 

Olivier Maroy a eu beau insister sur la préparation de Philippe, essayer de relancer l'idée d'une monarchie protocolaire, il n'a pas eu l'écho qu'il semblait souhaiter.

 

Evidemment, un républicain, un vrai, pas comme Philippe Moureaux, républicain de coeur, monarchiste de raison, a défendu la République. Seul argument, une monarchie héréditaire n'est pas démocratique. Ah bon ? Un premier ministre qui se fait élire sur un programme et en applique un autre, c'est démocratique ? Or, comme en Belgique aucun parti n'a la majorité absolue, c'est toujours comme cela.

 

Ce qui me fait rire c'est d'imaginer un président élu à la tête de la Belgique. Quand on voit qu'Elio Di Rupo est le seul (sauf Leburton) francophone a être premier ministre, on se dit qu'il est bien naïf de croire que le président pourrait ne pas être Flamand. Sans oublier qu'il aurait bien plus de pouvoirs qu'un roi qui règne mais ne gouverne pas.

 

Cela me permet, au moins, de terminer mon post sur une idée marrante : "Vive l'improbable République !"