Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

21/06/2012

DOUGLAS KENNEDY.

douglas kennedy, rien ne va plus, amérique, cinéma, télévision, réussite, richesse, bonheur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Dramaturge, il a été régisseur dans des théâtres de Brodway. Il quitte l'Amérique pour Dublin en 1977. En 1991, après un long voyage en Australie, il publie, en Angleterre "The Dead Heart"(Cul-de-sac) qui obtiendra un grand succès et sera porté à l'écran par Stephan Eliot.

Vu le succès du premier livre, les éditeurs anglais et américains se livreront une véritable bataille commerciale pour son deuxième livre "The Big Picture"(L'homme qui voulait vivre sa vie) qui sera traduit dans une quinzaine de langues.

Ses livres sont toujours des succès de librairie. Je citerai : "Les Désarrois de Ned Allen" "La poursuite du bonheur" "Une relation dangereuse"  "Les charmes discrets de la vie conjugale" "La poursuite du bonheur" "Quitter le monde" "Au pays de Dieu". (voir billets du 20 août 2008 et 22 février 2010)

RIEN NE VA PLUS.

David Armitage, aspirant scénariste à Hollywood, n'arrive pas à percer. Il rêve d'être célèbre mais tous ses scénarii sont refusés. "J'ai toujours rêvé d'être riche. Je sais, ça doit avoir l'air idiot de dire ça, mais c'est la vérité et j'admets, j'admets. Mon voeu s'est réalisé il y a près d'une année, après dix ans de poisse continuelle, une accumulation toxique de lettres de refus."

Un coup de fil va changer sa vie. Son agente, Alison Ellroy, lui apprend qu'elle a réussi à vendre le pilote de "Vous êtes à vendre !" la trépidante et complexe vie interne d'une agence de relations publiques à Chicago. Le feuilleton est un succès et la chaîne décide de le prolonger. David Armitage devient riche.

David vit en ce moment avec Lucy rencontrée à Manhattan. Elle a joué dans des feuilletons pour la télévision puis est devenue une star de la télévente. Ils habitent dans un petit deux pièces à Los Angeles. Ils ont une fille Caitlin.

Six mois après le début de son succès, il rencontre Sally Birmingham, chef de projet à la Télévision. Il est tout de suite sous le charme : "Grande, un visage fin et lumineux, cheveux noisette coupés court, sourire narquois"

Il a une liaison avec elle et apprend à mentir. "La dissimulation est vraiment un art, comme je m'en suis vite rendu compte, et un art très exigeant. Dès que l'on commence à broder sur le réel, on a créé une fiction dans laquelle on est obligé de rester. (...) Le mensonge appelle le mensonge et la broderie s'étend jusqu'au point où l'on se surprend souvent à se demander si la tromperie n'est pas finalement la vérité"

David quitte Lucy, divorce pour vivre avec Sally. Mais, ce qu'il n'avait pas prévu, il est séparé de sa fille qu'il ne voit plus qu'une fois par mois. "La logique implacable du succès qui me poussait en avant, sans cesse, me permettait d'esquiver momentanément les tête-à-tête avec ma culpabilité, avec ce doute muet et insistant que j'éprouvais devant les moindres aspects de cette nouvelle vie."

David a réussi son rêve, être riche mais il n'est pas heureux. Il a cassé son mariage, regrette que ses rapports avec sa fille ne soient plus les mêmes.

David va vivre une autre expérience. Il est invité par un milliardaire, Philip Fleck, pour un séjour paradisiaque sur une île. Il va y rencontrer brièvement l'ex-femme de Philip, Martha, qui jouera un rôle dans sa seconde "nouvelle vie".

Même dans ce paradis, David est désabusé. "Alors qu'elle est censée simplifier la vie, la réussite ne fait que la compliquer. Parce que nous avons besoin de nouvelles difficultés, de nouveaux défis, de nouvelles aspirations à un plus grand succès encore."

Rentré chez lui, David est victime d'une machination. Un journal l'accuse de plagiat, les médias s'en mêlent, il perd tout, menacé même de devoir rembourser les droits qu'il a perçus pour sa série télévisée.

Très vite, c'est la descente aux enfers et Douglas Kennedy nous y entraîne, nous faisant vivre toutes les catastrophes qui frappent son personnage.

Ce n'est qu'à la fin du livre que le lecteur apprend qui est à l'origine de la manipulation.

Le livre est construit comme un triller mais parsemé de réflexions. Qu'est-ce que la réussite ? Qu'est-ce que le bonheur ? Qu'apporte la richesse ? David est-il responsable de ce qui lui arrive ? A-t-il sacrifié son mariage pour un bonheur illusoire et éphémère ?

Comme toujours, Douglas Kennedy est un maître du suspense. Il décrit minutieusement ses personnages, leur physique mais aussi leurs faiblesses. Comme dans ses autres romans, Douglas Kennedy, l'air de rien, pose les questions essentielles sur la vie.

Plusieurs de ses romans, reprennent le même thème, croire qu'un changement de vie, même s'il apparaît providentiel, n'apporte pas nécessairement le bonheur.

Certains critiques littéraires reprochent à Douglas Kennedy son côté populaire. Mais les lecteurs l'apprécient. Le style est enlevé, les dialogues percutants, les personnages tellement bien décrits qu'ils en deviennent "vivants".

Romans faciles, peut-être, mais passionnants. On ne s'ennuie jamais en lisant Douglas Kennedy. Quelques heures d'évasion n'est-ce pas appréciable ?

08/04/2010

PHILIP ROTH.

philiproth-9f880.jpg

 

Philip Roth, petit-fils d'immigrés juifs originaires d'Autriche Hongrie, est né à Newak, une ville portuaire proche de Manhattan, dans le New jersey, le 19 mars 1933. Il a étudié la littérature à l'Université de Bucknell, puis de Chigaco. Son premier recueil de nouvelles Good bye Colombus lui a permis de remporter le Le National Book Award. Il  a enseigné la littérature à l'université de Pennsylvanie jusqu'en 1992.

 

Auteur de vingt-huit romans, il est considéré par les critiques, comme un des meilleurs écrivains américains contemporains. Afin de mieux dénoncer les errances de la société américaine, Philip Roth se crée un double littéraire, Nathan Zuckerman, un écrivain juif américain. On le retrouve dans plusieurs romans dont La Contrevie, Pastorale américaine, La Tache, roman pour lequel il a obtenu le Prix Médicis étranger en 2002 et qui a été un best-seller en France.

 

EXIT LE FANTOME.

 

Zuckerman a 71 ans. Il s'est exilé à la campagne pendant onze ans ayant comme seuls amis Larry et Marylynne Hollis. Larry trouve que la vie menée par Nathan, vie de reclus, est anormale. "La vie que vous menez n'est pas celle qui vous convient. (...) Je ne veux plus que vous meniez une vie de solitaire. Vous allez trop loin, merde. C'est trop radical, Nathan." Larry ira même jusqu'à lui apporter deux chatons, baptisés par Zuckerman A et B, à la grande stupéfaction de Larry. Il ne les gardera qu'une semaine...

 

Ayant été opéré d'un cancer de la prostate, souffrant d'incontinence urinaire, Zuckerman décide d'aller consulter un urologue à New York. Entrant dans un snack, il y voit Amy Bellette, qu'il avait connue quand, âgée de vingt-sept ans, elle était devenue la maîtresse de l'écrivain Isidore Lonoff, son mentor. Elle a été opérée d'une tumeur au cerveau et quand elle enlève son chapeau rouge, Nathan voit son crâne à demi rasé où serpente une cicatrice hideuse. Il n'ose pas l'aborder mais il la retrouvera plus tard.

 

En quête d'un appartement sur Broadway, Zukerman fait la connaissance d'un jeune couple d'écrivains, Bill et Jamie avec lesquels il convient d'échanger sa maison contre leur appartement. Jamie est terrorisée depuis les attentats du 11 septembre et veut absolument quitter New York : "Je ne veux pas être pulvérisée au nom d'Allah." Jamie est issue d'une riche famille toxane. Son père, archiconservateur, était opposé à son mariage avec un Juif.

 

La soirée de réélection de Bush, qu'il passe en compagnie de ses nouveaux amis, donne à Philip Roth l'occasion de dénoncer, une fois de plus, le puritanisme de l'Amérique et par les propos tenus par Billy, les méfaits de l'administration de Georges Bush : "On a eu de mauvais présidents et on a survécu, mais à ce point-là jamais. Des aptitudes déficientes. Dogmatique. (...) Dès qu'on est pour ses enfants et pour Dieu, on est républicain..." Bush l'emportera contre Kerry, à la grande colère de Jamie et de Billy.

 

Nathan Zukerman est amoureux de Jamie. "Je veux être sous le charme" lui déclare-t-il. Il invente des dialogues : "Pourtant, tout comme le soir des élections, il m'avait paru d'une nécessité urgente de me mettre à écrire dès la porte refermée, les conversations qui n'ont pas lieu entre elle et moi, plus émouvantes encore que celles qui ont lieu, la "Elle" imaginaire atteignant en plein coeur son personnage comme ne pourra jamais le faire la "elle" de la réalité.  L'occasion pour Philip Roth d'exalter un amour autre que la culture du désir, d'amplifier le rien  par la fiction et que ce matériau "ce non vécu, l'hpothétique, finit par devenir la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout."

 

Nathan va rencontrer un autre personnage, Richard Kliman. Celui-ci veut que Zuckerman l'aide à écrire une biographie de Lonoff dans laquelle il révélera que l'écrivain a, dans sa jeunesse, commis l'inceste avec sa soeur. Nathan veut absolument l'empêcher d'écrire ce livre. L'occasion pour Philip Roth de dénoncer l'impudeur généralisée, le scandale de ceux qui pour faire carrière sont prêts à revisiter les écrivains dans ce qu'ils ont de plus intime.

 

Amy, qu'il a retrouvée, est opposée à Richard Kliman, pour les mêmes raisons. Elle va lui montrer une lettre adressée au Times, dans laquelle elle demande "qu'on laisse le lecteur seul avec ses livres pour qu'il en fasse ce que bon lui semble en toute liberté." En réalité, la lettre a été écrite par Lonoff qui disait : "Nous, les gens qui lisons et qui écrivons, nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire."

 

Nathan renoncera à convaincre Richard Kliman : "Je ne suis pas resté pour me battre comme j'aurais fait jadis, mais je me suis enfui loin du manuscrit de Lonoff et de toutes les émotions qu'il avait réveillées... " "Le raz de marée new-yorkais avait duré à peine un peu plus d'une semaine. Il n'y a pas d'endroit plus effervescent, plus vivant que New York, avec tous ces gens qui parlent dans leurs téléphones portables, qui dînent au restaurant, qui entretiennent des liaisons, trouvent des jobs, lisent les journaux, sont dévorés par des passions politiques. J'avais cru revenir là d'où j'étais parti, me réinstaller en homme réincarné, retrouver toutes ces choses auxquelles j'avais décidé de renoncer – l'amour, le désir, les disputes, les conflits professionnels, tout l'héritage confus du passé -, et au lieu de cela, comme dans un vieux film en accéléré, je n'avais fait que passer, l'espace d'un instant, et reprendre la route pour retourner chez moi."

 

J'ai été fort déroutée par le livre. J'avais gardé le souvenir du Nathan Zukerman, de La tache, un écrivain en pleine gloire. Je retrouve un homme amoindri physiquement, hanté par la peur de perdre la mémoire, alerté par ses oublis, humilié quand il constate qu'il lui arrive de dire un mot pour un autre. Mais, si Philip Roth décrit minutieusement la déchéance physique de son héros, il lui laisse toute sa lucidité et son sens critique.

 

Un beau livre, un peu triste peut-être, comme l'était déjà le roman précédent : Un homme.