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11/04/2014

POLEMIQUE A L'ACADEMIE FRANCAISE.

alain finkielkraut, élection à l'académie francaise

 

Alain Finkielkraut vient d’être élu à l’Académie française ce 10 avril 2014.

Né le 30 juin 1949 à Paris dans une famille juive d’origine polonaise il est normalien, agrégé de lettres et professeur de philosophie, notamment à l’Ecole polytechnique jusqu’à l’an dernier.

Il s’est fait connaître par en 1977 par « Le Nouveau Désordre amoureux » coécrit avec son ami Pascal Bruckner. Ont suivi « Au nom de l’Autre » « Et si l’amour durait » « La défaite de la pensée » « L’identité malheureuse » « Un cœur intelligent ».

« L’identité malheureuse » avait suscité plusieurs polémiques. Il y écrit pourtant : « La France est une nation à laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. »

« Un cœur intelligent » est untrès beau livre dans lequel il témoigne de son amour de la littérature et d’une solide connaissance de celle-ci. Le livre a été couronné par le prix de l’essai de l’Académie française, en 2010.

(Billets du 1 décembre 2011 – 27 mars 2012 – 10 décembre 2013)

Il a donc été élu à l’Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28. Huit bulletins étaient barrés d’une croix rouge en signe de désaveu. Les débats, nous dit-on, ont été vifs mais courtois.

Il était défendu par Jean d’Ormesson, Pierre Nora, Max Gallo, Michel Déon, Hélène Carrière d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie.

On l’a accusé d’être un « fourrier du FN » ce qui est vraiment scandaleux quand on connaît son amour de la France et qu’on sait que son père, juif polonais, a été déporté à Auschwitz avant d’émigrer en France.

Certes, ses écrits dérangent mais on ne peut contester qu’il soit un grand écrivain.

Je le félicite chaleureusement. Je me réjouis que l’Académie française l’ait couronné et que plusieurs académiciens aient fermement condamné certains propos de leurs confrères.

 

10/12/2013

ALAIN FINKIELKRAUT.

alain finkielkraut, L'identité malheureuse

Alain Finkielkraut, né en 1949, est un essayiste français, juif, d’origine polonaise. Il a fait l’ENA, a enseigné et beaucoup écrit. Son œuvre a souvent suscité des polémiques.

« Au nom de l’Autre » « Un cœur intelligent » « Et si l’amour durait » « La défaite de la pensée » 

(Billets du 9 décembre 2009 – 1 décembre 2011 – 27 mars 2012)

L’IDENTITE MALHEUREUSE.

L’Avant-propos est titré « Le changement n’est plus ce qu’il était » La France actuelle n’est plus la France de son enfance et de sa vie d’adulte. En mai 1968, il préparait studieusement son concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure, dans un village de Sologne, lorsqu’il a appris, par la radio ce qui se passait à Paris. « Je n’ai pas voulu, je n’ai pas pu rester en plan et continuer de faire tapisserie dans un hôtel coquet et tranquille à la campagne. »

Il rejoint Paris et participe largement au mouvement : rédaction d’affiches, assemblées générales. Il se dit ensorcelé par le slogan « Soyez réalistes, demandez l’impossible ». Les jeunes camarades sont devenus citoyens. Cette expérience le conduira à soutenir François Mitterand, lors de l’élection du 10 mai 1981, « l’espoir de changer la vie. ». Le slogan est resté lettre morte.

Il va se passer beaucoup de choses dans les années qui suivent comme la chute du mur de Berlin, la destruction des tours jumelles de Manhattan, l’essor prodigieux de la technique. Pour Alain Finkielkraut, un nouveau type humain fait son apparition : « le bobo ». « Comme son nom l’indique, celui-ci n’est pas né de rien, mais du croisement entre l’aspiration bourgeoise à une vie confortable et l’abandon bohème des exigences du devoir pour les élans du désir, de la durée pour l’intensité, des tenues et des postures rigides, enfin, pour une décontraction ostentatoire. Le bobo veut jouer sur les deux tableaux : être pleinement adulte et prolonger son adolescence à n’en plus finir. »

Le monde a changé mais constate Alain Finkielkraut, avec un peu de nostalgie, « Le grand changement n’est plus à l’ordre du jour. »

Dans son livre, il va traiter  plusieurs sujets, avec rigueur, en s’appuyant sur l’histoire et sur des faits de la vie d’aujourd’hui, en citant abondamment des philosophes comme Pascal ou des contemporains comme Elisabeth Badinter, des livres, des films.

Un chapitre est consacré à la laïcité et, sans surprise, l’auteur rappellera le long combat qui aboutira finalement à un vote au parlement. « Le 15 mars 2004, le parlement français votait une loi interdisant les signes dont le port conduit immédiatement à faire reconnaître son appartenance religieuse, tels que le voile islamique, la kippa, la croix de dimension manifestement excessive. »

Je ne reprendrai pas les arguments, largement connus de ceux qui ont applaudi l’interdiction au nom de la dignité de la femme, des valeurs de la république, de la séparation du privé et du public. Le port du voile ou de la burqua est toujours un sujet de polémique, certains musulmans y voyant une atteinte à l’islam. Il faut tout de même constater que les demandes du respect de l’islam ont été de plus en plus nombreuses. Demande de nourriture halal dans les cantines scolaires, de piscines séparées pour les filles et les garçons et même de bannir des calendriers scolaires les fêtes chrétiennes ! (C’est fait en partie chez nous où les vacances scolaires ont été rebaptisées à la demande des mouvements qui défendent la laïcité.)

L’immigration reste un sujet sensible. Elle est bien différente de ce qu’elle a été dans les années précédentes. « Quand ils voient se multiplier les conversions à l’islam, ils se demandent où ils habitent. Ils n’ont pas bougé, mais tout a changé autour d’eux. Ont-ils peur de l’étranger ? Se ferment-ils à l’Autre ? Non, ils se sentent étrangers sur leur propre sol. Ils incarnaient la norme, ils se retrouvent à la marge. Ils étaient la majorité dans un environnement familier ; les voici minoritaires dans un espace dont ils ont perdu la maîtrise ». Bien sûr, il ne faut pas généraliser mais on peut comprendre la remarque faite par un Français qui ne reconnaît plus son quartier.

Alain Finkielkraut insiste « Notre héritage qui ne fait certes pas de nous des êtres supérieurs mérite d’être préservé et entretenu. » Il cite ces sages propos d’Emmanuel Levinas : « La France est une nation à laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. »

Dans le chapitre intitulé « La guerre des respects » l’auteur revient sur l’école dont il a déjà beaucoup parlé dans d’autres livres. Il met cette fois le « vivre ensemble » en relation avec le respect. Fini le « c’est moi qui sais » du professeur. Les jeunes ne sont plus considérés comme des êtres en devenir mais comme des sujets souverains. Il faut, par respect pour eux, faire une place sans cesse croissante à leurs exigences.

L’auteur cite des témoignages qui montrent clairement les dérives engendrées par cette conception.

Un prof qui dit à un adolescent virulent « Calme-toi » s’entend répondre « Tu me tutoies pas, tu me respectes. » Un autre s’avance vers le prof, sa copie à la main et dit « C’est quoi cette vieille note que vous m’avez mise ? » Une mauvaise note prise pour un manque de respect !

Lors d’un cours de sensibilisation à la violence, un professeur montre une photo d’un groupe d’adolescents en train de rouer de coups de poing et de pied un plus petit qu’eux. Réaction : « S’ils se mettent à plusieurs pour le frapper, c’est sûrement qu’il l’avait bien cherché ! – Comment ça, « bien cherché » - Ben ouais, il a dû leur manquer de respect, et c’est pour ça qu’ils le tapent, sinon pourquoi ils le feraient ? »

Tous les adolescents n’ont heureusement pas perdu le respect de l’école mais il faut bien l’avouer le manque de respect est partout : policiers, chauffeurs de bus, personnes âgées etc.

Beaucoup reprochent à Alain Finkielkraut son pessimisme. Mais, il faut bien admettre qu’en lisant son livre dans lequel, comme le ferait un historien, il montre l’évolution de la société, on s’interroge sur ce qu’elle est devenue.

Les progrès techniques ne sont pas tout. Vivons-nous vraiment mieux ?

 

26/09/2012

LA VIOLENCE A L'ECOLE.

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Les médias relaient souvent des cas graves de violence à l'école. Un élève roue de coups son professeur parce qu'il n'est pas d'accord avec le contenu du cours de religion. Une mère de famille gifle puis frappe d'un coup de pied la prof de son fils. Un élève essaie de planter une paire de ciseaux dans le dos d'un enseignant. Ce ne sont que quelques exemples cités par les médias.

Récemment, dans un lycée professionnel de Paris, les cours ont été suspendus après plusieurs cas de violence. Un élève de troisième a tenté d'étrangler le proviseur adjoint en pleine classe,  un enseignant a été menacé de mort par deux élèves. La police a dû intervenir pour maîtriser un élève violent qui refusait de sortir.

Sans aller jusqu'à l'agression corporelle, ce qu'on appelle pudiquement "incivilités" fleurissent allègrement dans les classes. Certains élèves n'hésitent pas à traiter leur prof de "sale pute, conne, connard"  etc.

Un phénomène plus récent est de contester le savoir du prof. Une enseignante affirme : "Pour être cru par les élèves, il faut recourir à Wiképédia." Internet est un magnifique outil d'information mais les élèves s'en servent pour délégitimer la parole de l'enseignant. "Je ne vous crois pas, j'ai lu autre chose sur internet." J'ajouterai qu'habitués à zapper, les élèves sont peu enclins à écouter ce qu'un professeur veut leur apprendre.

Et ce n'est pas tout. Certains sujets deviennent difficiles à aborder comme la Shoah, le conflit israélo-palestinien ou certains cours de biologie. Paroles d'élèves citées par Le Point : "Hitler aurait fait un bon musulman" et parlant de Léon Blum : "Il est juif, qu'il crève". Les propos antisémites sont légion et les élèves éprouvent des difficultés à faire la différence entre les croyances et les savoirs. Ils sont d'ailleurs encouragés par les parents musulmans qui leur défendent de chanter dans une chorale ou de fréquenter la piscine.

La revue "Le Point" (numéro du jeudi 20 septembre) a interrogé des spécialistes. Olivier Gautier, proviseur dans un lycée privé ne croit pas au manque de formation des enseignants, argument brandi à tout bout de champ, comme la crise et la précarité de l'emploi. Pour lui, l'enseignement est important mais le respect et le savoir-vivre sont des valeurs qui aideront les ados toute leur vie. C'est vrai, mais la précarité de l'emploi pèse lourd sur l'école.

Véronique Decker, directrice d'une école publique, le respect ne doit pas être confondu avec la soumission si on veut former des citoyens capables de réfléchir. Elle plaide pour une école qui serait une "micro-société avec des règles de vie communes partagées entre les élèves, les professeurs et les parents" Je pense au projet pédagogique revendiqué par les directeurs d'école en Belgique, souvent attaqué, et pour moi, indispensable.

Responsabiliser les élèves, Bruno Robbes, ancien instituteur en donne le mode d'emploi dans son livre "L'éducation éducative dans la classe. Douze situations pour apprendre à l'exercer."

Ingrid Duplaquet, professeur dans une ZEP en a fait sa bible. "Le métier de professeur, c'est comme le métier de parents : il faut poser les règles dès le début, à la rentrée, en ayant soin de les expliquer."

Alain Finkielkraut se souvient de ce qu'on disait en mai 68 et affirme : "La question qui nous est posée, quarante ans après, est, à l'inverse : comment rétablir l'autorité face à des élèves énervés, mal élevés, quand ils ne sont pas tout simplement violents ?"

Son jugement est sévère : "L'école s'infantilise. Et, portée par l'amour, elle sacrifie la transmission de la culture à la "réussite pour tous". Il cite Hannah Arendt : "L'enfant n'est pas seulement un être humain en devenir, mais aussi un nouveau venu dans le monde. Ce monde que l'enfant ne connaît pas, il revient à l'éducation de l'y introduire. Et les professeurs, et les parents, l'y introduisent en assumant la responsabilité du monde. Dans le cas de l'éducation, la responsabilité prend la forme de l'autorité."  (Le livre d'Hannah Arendt :  Qu'est-ce que l'autorité ?)

Alain Fienkielkraut souligne aussi la concurrence omniprésente que les nouvelles technologies font à la culture dont les professeurs sont dépositaires. Et cette tendance à la mode de "s'adapter" aux élèves. "Plutôt que de faire étudier "Le Cid" en classe de quatrième, les professeurs obéissent aux consignes : ils choisissent une problématique proche des élèves et les penchent sur des situations aussi peu dépaysantes que possible, du genre "le divorce de mes parents..." Il ajoute : "Comment rétablir l'autorité ? La tâche est immense et d'autant plus redoutable que le public scolaire est en train de changer"

Alain Fienkielkraut fait allusion à la mixité sociale si prônée en Belgique par le calamiteux décret d'inscription. L'objectif avoué n'a pas été atteint et les dégâts ont dépassé tout ce qu'on pouvait imaginer.

Un autre son de cloche est celui de Michel Serre, membre de l'Académie française et professeur à l'université Stanford. "Dans mon dernier livre, je raconte l'évènement d'un nouvel humain, né de l'essor des nouvelles technologies, "Petite Poucette", l'enfant d'Internet et du téléphone mobile. Un clin d'oeil à l'usage intensif du pouce pour converser par texto. L'avènement de Petite Poucette a bousculé l'autorité et le rapport au savoir. Parents et professeurs ont le sentiment d'avoir perdu leur crédibilité dès lors que, face à eux, Petite Poucette tient entre ses pouces un bout du monde." Sa réponse, face à ce qu'il appelle, le nouveau monde, la compétence. "La seule autorité possible est fondée sur la compétence"(Livre : Petite Poucette).

Je ne crois pas que ce soit aussi simple. Même la compétence peut être remise en question par des ados persuadés qu'ils en savent plus que leurs profs.

C'est un tableau bien noir que dresse Le Point à partir de témoignages. Il s'agit de la France mais les problèmes de violence se posent aussi chez nous.

Je dois bien constater que l'élitisme est devenu un gros mot, la mixité sociale, un impératif, l'esprit de compétition, l'effort sont à proscrire, le respect est de moins en moins admis comme une valeur positive. Peut-on dans ce climat rendre aux profs leur autorité ?

Et pourtant, le monde devient de plus en plus dur. Tout le monde est d'accord sur le rôle essentiel que doit jouer l'enseignement dans la formation des jeunes. Je n'ai pas l'impression que nous soyons sur la bonne voie.

27/03/2012

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

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Alain Finkielkraut est né à Paris en 1949. Il s'est fait connaître en 1970 par sa collaboration avec Pascal Bruckner pour "Le nouveau désordre amoureux". Il a publié une dizaine de livres :  "Le Juif imaginaire" "La sagesse de l'amour" "An nom de l'Autre" "Réflexions sur l'antisémitisme qui vient."

 

J'ai beaucoup aimé deux essais littéraires "Un coeur intelligent" (voir billet du 9 décembre 2009) et "Et si l'amour durait". (voir billet du 9 décembre 2011).

 

LA DEFAITE DE LA PENSEE.

 

Paru en 1987, ce livre marque le début de prises de positions critiques sur le monde moderne.

 

L'auteur, dans un long rappel historique, montre comment les notions de "nation, race, culture" ont changé au cours des siècles.

 

C'est au cri de "Vive la nation" que les révolutionnaires ont détruit l'Ancien Régime. C'est la première fois que la notion de nation apparaît dans l'histoire. Les révolutionnaires voulaient transférer à l'homme les pouvoirs "que l'alliance séculaire du trône et de l'autel réservait à Dieu." Joseph de Maistre, pourtant admirateur de la révolution, aura cette formule célèbre : "Il n'y a pas d'homme dans le monde. J'ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes. Je sais même grâce à Montesquieu qu'on peut être persan; mais quant à l'homme, je déclare ne l'avoir jamais rencontré de ma vie; s'il existe, c'est bien à mon insu."

 

Deux conceptions de la nation vont s'affronter après la guerre de 1870 entre la France et l'Allemagne et, plus précisément la conquête de l'Alsace-Lorraine par les Allemands. Pour ceux-ci, l'Alsace est allemande de langue et de race. Mais, répond Renan, "elle ne désire pas faire partie de l'Etat allemand : cela tranche la question. On parle de droit de la France, de droit de l'Allemagne. Ces abstractions nous touchent beaucoup moins que le droit qu'ont les Alsaciens, êtres vivants en chair et en os, de n'obéir qu'à un pouvoir consenti par eux." Les députés d'Alsace-Lorraine de l'Assemblée nationale affirmeront dans une déclaration solennelle leur fidélité à la France. "Nous déclarons encore une fois nul et non avenu le pacte qui dispose de nous sans notre consentement."

 

Renan déclarera encore : "N'abandonnons pas ce principe fondamental que l'homme est un être raisonnable et moral avant d'être parqué dans telle ou telle langue, membre de telle ou telle race, adhérent de telle ou telle culture." Et cette déclaration que je trouve très importante : "Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine."

 

En 1945, les fondateurs de l'Unesco renouent avec l'esprit des lumières en liant progrès moral de l'humanité et progrès intellectuel. L'objectif de l'organisation est "d'assurer à tous le plein et égal accès à l'éducation, la libre poursuite de la vérité objective et le libre échange des idées et des connaissances."

 

L'auteur va démontrer comment on arrivera à rejeter l'universalisme des valeurs prônées par l'Unesco. Obsolète cette déclaration de Montesquieu :"Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fut préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe et au genre humain, je le regarderais comme un crime."

 

Ainsi, la déclaration de Levi Strauss en 1971, que des individus peuvent rejeter certains aspects d'autres cultures, sans être traités de racistes, fit scandale. Je rappelle qu'en 1945, Lévi Strauss avait rejeté le concept de race et la hiérarchisation des civilisations, parlant de "cultures au pluriel". Sa nouvelle déclaration est dans l'esprit de l'Unesco. Serions-nous donc, au nom d'un multiculturalisme mal compris, obligés d'accepter la répudiation de la femme stérile, la peine de mort de la femme adultère, la polygamie, l'excision ? Heureusement, ce n'est pas le cas. Je dois cependant préciser que la loi n'est pas toujours respectée, il y a encore des mariages blancs ou forcés. L'actualité nous a ramenés à une réalité atroce : Patricia Leblanc vitriolée, Mohmed Merah, assassin de victimes innocentes, ayant l'impudence de se vanter de ses crimes.

                

Alain Finkielkraut rappelle, très justement, que c'est aux dépens de sa culture que l'individu européen a conquis une à une, toutes ses libertés, que la critique de la tradition constitue le fondement spirituel de l'Europe.

 

C'est en prolongement de cette réflexion qu'il abordera la défaite de la pensée. Je résumerai en disant que l'auteur souligne qu'au lieu de favoriser l'individu à penser par lui-même, il est emprisonné dans une société où le show-business est roi. D'où le glissement : la dissolution de la culture dans le tout culturel. Le divertissement devient une valeur suprême. Au moment où la technique, par la télévision ou l'ordinateur, rend possible l'accession à tous de la culture, la logique de la consommation la détruit. Un constat sévère mais pas faux.

 

Le tout culturel ? Pour l'auteur, c'est une admiration égale pour une bande-dessinée, un slogan publicitaire, un rythme de rock, un match de football que pour Shakespeare, Duke Ellington, Michel-Ange ou Verdi.

 

Alain Finkielkraut aborde son sujet favori : l'école. "L'école, au sens moderne, est née des Lumières, et meurt aujourd'hui de leur remise en cause". "L'école est moderne, les élèves sont postmodernes." Faut-il comme le disent certains, postmoderniser l'école, c'est-à-dire privilégier le divertissement ? "Certaines écoles américaines vont même jusqu'à empaqueter la grammaire, l'histoire, les mathématiques et toutes les matières fondamentales dans une musique rock que les élèves écoutent, un walkman sur les oreilles."

 

Exagération évidente mais qui demande réflexion. "Ce ne sont pas les adolescents qui, pour échapper au monde, se réfugient dans leur identité collective, c'est le monde qui court après l'adolescence". Le slogan actuel : paraître jeune !

 

Ce renversement constitue, comme le remarque Fellini avec une certaine stupeur, la grande révolution culturelle de l'époque postmoderne : "Je me demande ce qui a pu se passer à un moment donné, quelle espèce de maléfice a pu frapper notre génération pour que soudainement on ait commencé à regarder les jeunes comme les messagers de je ne sais quelle vérité absolue."

 

Je ne partage pas complètement les propos d'Alain Finkielkraut mais je pense sérieusement qu'il serait temps de réfléchir comment réconcilier les jeunes avec l'école, avant qu'il ne soit trop tard.

 

01/12/2011

ALAIN FINKIELKRAUT.

 

alain finkielkraut,et si l'amour durait

 

Alain Finkielkraut est né à Paris en 1949. Il est le fils d'un maroquinier juif polonais déporté à  Auschwitz. Agrégé en Letttres modernes, il enseigne à l'Ecole polytechnique. Il s'est fait connaître en 1970 par sa collaboration avec Pascal Bruckner "Le nouveau désordre amoureux".  La publication en 1987 de "La défaite de la pensée"  marque le début d'une critique de la "barbarie du monde moderne".

 

Philosophe reconnu, ses prises de position suscitent souvent la polémique. Il est notamment très critique sur l'école qu'il accuse de ne pas avoir offert aux enfants défavorisés une chance réelle d'intégration et qu'elle ne fonctionne correctement que pour les fils de bourgeois.

 

Il a publié une dizaine de livres dont "Le Juif imaginaire" "La sagesse de l'amour" "Une voix qui vient de l'autre monde" "Au nom de l'Autre" "Réflexions sur l'antisémitisme qui vient" "Un coeur intelligent" (voir billet du 9 décembre 2009).

 

Il anime chaque semaine l'émission "Répliques" sur France Culture.

 

ET SI L'AMOUR DURAIT.

 

Le titre du livre est assez étonnant. Pourquoi n'y a-t-pas de point d'interrogation? Ce serait logique. Interrogé lors d'une émission littéraire, Alain Finkielkraut a donné des explications assez confuses.

 

Pour parler de l'amour, il s'appuie sur la littérature. Quatre livres : "La Princesse de Clèves" de Madame de la Fayette, "Les meilleures intentions" d'Ingmar Bergman, "Le Professeur de désir" de Philippe Roth et "L'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera.

 

Le livre comprend de nombreuses citations et l'appel à des personnages figurant dans d'autres ouvrages que ceux qu'il analyse. C'est brillant mais rend la lecture un peu difficile. Tout le monde ne connaît pas l'oeuvre complète des quatre auteurs.

 

Dans son avant-propos, Alain Finkielkraut nous dit que "L'enfant du bohème est devenu roi".

Nous choisissons nos partenaires, nous sommes maîtres de nos engagements, aucune autorité ne peut nous imposer nos comportements. Mais, dit-il, l'amour durable est-il une chimère ? C'est à cette question qu'il veut répondre. S'il n'y répond pas vraiment., les textes qu'il a choisis parlent plutôt de l'impossibilité de l'amour, de sa fin inéluctable.

 

L'ENIGME DU RENONCEMENT.

 

C'est le premier chapitre du livre consacré à "La Princesse de Clèves" de Madame de la Fayette. Les littérateurs l'ont longtemps considéré comme le premier roman classique. Oublié, il revient à la mode à cause des critiques émises par Nicolas Sarkozy qui, bouillant de colère a déclaré "qu'un sadique ou un imbécile avait mis ce texte au programme du concours d'attaché d'administration" !

 

Madame de la Fayette a vécu au dix-septième siècle. Elle tenait "salon" et y recevait l'élite parisienne. Elle a publié plusieurs livres mais toujours sous des pseudonymes.

 

L'histoire est connue. Très amoureux de Mademoiselle de Chartres, le prince de Clèves  obtient de l'épouser. Mais, la princesse découvre qu'elle n'éprouve pour son mari que de l'estime tandis qu'une violente inclination l'entraîne vers le séduisant duc de Nemours.

 

Un épisode du roman va faire scandale. La princesse avoue à son mari qu'elle est amoureuse d'un autre et lui demande de l'éloigner de la cour. Incompréhensible pour les contemporains habitués aux maris volages ou trompés. Madame de la Fayette fait du prince de Clèves un "un mari transi".  

 

 Le prince de Clèves finit par connaître l'identité de son rival. Se croyant trahi, par la femme qu'il adore, il meurt de chagrin après d'émouvants adieux.

 

Après la mort de son mari, la princesse, toujours amoureuse du duc de Nemours, est libre de l'épouser. Elle refuse et ce refus est aussi incompréhensible pour les contemporains que l'aveu.

 

Alain Finkielkraut analyse l'attitude de la princesse. Elle agit par dignité car elle ne peut admettre tirer bénéfice de la mort de son mari dont elle est la cause. Mais, pour l'auteur, il s'agit surtout de la certitude qu'un jour ou l'autre il cessera de l'aimer. "Je sais que vous êtes libre, que je le suis, et que les choses sont d'une sorte que le public n'aurait peut-être pas sujet de vous blâmer ni moi non plus quand nous nous engagerions ensemble pour jamais. Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels ?"

 

L'auteur clôt son chapitre par ses mots : "Pour peu qu'ils réfléchissent à la signification du roman et ne se laissent pas enfermer dans la question de la vraisemblance, les modernes sont renvoyés à leur propre renoncement par celui de Madame de Clèves. Son extravagante intransigeance est le miroir inversé de leur démission."

 

Propos un peu obscurs. Alain Finkielkraut précisera dans une interview : "L'amour, pensons-nous, relève tout entier du principe du plaisir. (...) Si la loi de l'époque devient la loi de l'amour, si, au nom de l'intensité ou de la liberté, l'amour renonce à la durée (...)  cela voudra dire que l'amour n'est plus amour, mais avatar sentimental de la consommation."

 

Une opinion bien sévère qui rappelle combien Alain Finkielkraut est peu en accord avec son époque.

 

J'avais beaucoup aimé "Le coeur intelligent". J'ai beaucoup moins apprécié "Et si l'amour durait".  La principale qualité du livre est de nous faire connaître ou de nous rappeler de grandes oeuvres. Mais le cheminement de l'auteur est difficile à suivre malgré les qualités littéraires évidentes.