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04/06/2015

REDOUBLEMENT EN MATERNELLE.

 



redoublement en maternelle, polémique

L’idée n’est pas neuve. J’en avais déjà parlé dans mon blog le 13 avril 2012. 

La ministre de l’enseignement y revient et trouve qu’on redouble trop en maternelle. C’est aussi mon avis. Les journaux citent des chiffres : en 2014, 1.168 élèves ont redoublé en 3e maternelle. C’est énorme !

Je reprends ce qui est dit dans les journaux :

« La ministre de l’éducation a fait adopter mercredi, en exécutif, un avant-projet de décret qui va brider le redoublement en 3e maternelle. Dès l’an prochain, le redoublement devra être fondé sur des motifs exceptionnels qui seront fixés par un arrêté. Il sera aussi obligatoire de demander l’avis du CPMS et l’accord du ministère. Si l’école fait redoubler alors que le ministère n’a pas donné son accord, l’élève n’entrera pas en ligne de compte pour le calcul de l’encadrement et n’apporter aucun subside à l’établissement. »

Je le répète, ce n’est qu’un projet.

La procédure me semble bien lourde, les sanctions très graves. Obtenir l’accord du ministère ne sera pas simple. Si ce décret passait, je doute que les écoles fassent encore redoubler en 3e maternelle !

Sur les réseaux sociaux, la polémique est lancée pas sur la procédure mais sur le principe du redoublement.

Ceux qui sont pour le redoublement parlent de maturité non atteinte ou d’indiscipline. Je m’attendais plutôt à un argument sur le langage non acquis.

J’ai vraiment du mal à croire qu’en trois ans l’enfant n’ait pas acquis ce qui lui permettrait d’entrer en première primaire. Je parle de trois ans car, toujours d’après les journaux, 93 % des élèves fréquentent l’école maternelle dès la première année.

Plusieurs choses m’interpellent. Qui juge de la nécessité du redoublement ? L’instituteur/trice  je crois, actuellement. Selon quels critères ? Un élève qui dérange la classe ? Désolée mais je penserai alors au manque d’autorité de l’instituteur/trice. Je ne crois pas que l’année suivante l’enfant devienne tout d’un coup un enfant « sage ».

Comment décèle-t-on le manque de maturité ? Désolée aussi mais j’ai entendu cet argument pour le redoublement en secondaire beaucoup trop souvent. Soyons sérieux, qu’est-ce qu’être « mûr » ? C’est une notion très subjective. Je pourrais, un peu méchamment, dire que j’ai aussi souvent entendu des épouses se plaindre de la « maturité » de leur époux ou vice versa. C’est un grand enfant…

Un autre argument est le manque de confiance en soi qui obligerait l’enfant à redoubler. Alors, là ! Un échec, car il s’agit bien de cela, rendrait l’enfant plus confiant ! Je ne peux absolument pas souscrire à cet argument.

Je l’ai dit, je pensais à des difficultés de langage, l’argument étant d’ailleurs utilisé pour l’obligation scolaire en 3e maternelle. Une connaissance insuffisante pourrait  constituer une  vraie difficulté. Mais, il faudra qu’on m’explique comment en un an l’enfant n’a pas appris à s’exprimer même dans une autre langue que sa langue maternelle.

J’irai plus loin. Si tant d’enfants qui ont fréquenté la 3e maternelle doivent redoubler, alors il faut revoir ce qu’on fait en maternelle.

Normalement, on ne peut pas apprendre à lire, la maternelle doit être un apprentissage de la langue et de la sociabilité, par des activités ludiques.

Je l’ai dit, le sujet est l’objet d’une vraie polémique. J’ai peut-être tort, peut-être raison. .. Qui sait !

La lutte contre l’échec scolaire est pour moi une priorité. Alors l’admettre en maternelle, je ne saurais pas.

Les statistiques semblent me donner raison : un redoublement en maternelle n’empêche nullement un redoublement en primaire.

Je forme un vœu : que parents et enseignants réfléchissent bien avant d’imposer cette humiliation à un enfant.

 

20/05/2015

ENSEIGNEMENT : PROGRES OU RECUL ?

réforme de l'enseignement, formation des enseignants, pénurie des professeurs

 

Le groupe de travail chargé de réformer la formation initiale des enseignants est d’accord pour qu’il y ait une plus grande flexibilité dans l’affectation des enseignants entre niveaux d’enseignement.

Ainsi l’enseignant maternel pourrait enseigner en 1er et 2e primaires et l’instituteur primaire en 3e maternelle. Le régent pourrait enseigner en 5e et 6e primaire en plus de son enseignement actuel dans le secondaire inférieur. Le titulaire d’un Master universitaire qui enseigne dans l’enseignement secondaire supérieur pourrait enseigner en 3e secondaire.

Une révolution ? Certainement mais un fameux retour en arrière en ne tenant plus compte de l’arrêté du 22 avril 1969 fixant les titres requis du personnel de la Communauté Française et celui du 20 juin 1976 relatif aux titres suffisants dans l’enseignement gardien et primaire.

L’arrêté sur les titres requis répondait à une forte demande du PS qui n’admettait pas que dans l’enseignement catholique un prof « pouvait enseigner n’importe quoi ».

Effectivement, au début de ma carrière j’ai enseigné de l’arithmétique commerciale, du droit et d’autres matières. Aucun cours ne correspondait à ma formation. C’était possible à force de travail mais j’avoue avoir nettement préféré enseigner les cours pour lesquels j’étais formée.

Certes la proposition actuelle ne va pas si loin. Je dois dire qu’à l’époque, des maternelles qui enseignaient en 1e primaire, m’ont souvent dit combien elles appréhendaient de ne pas être certaines d’arriver à ce que leurs élèves sachent lire en fin d’année. Elles se débrouillaient comme elles pouvaient.  Ce n’est donc pas aussi simple que ne le croit les ministres ! Qu’un régent enseigne en primaire est sans doute possible mais sera-t-il heureux ?

Je ne comprends absolument pas l’argument des ministres que cette réforme faciliterait le passage du primaire en secondaire.

Je ne nie pas la peur qu’ont certains enfants de quitter le primaire pour le secondaire mais c’est surtout dû à ce qu’ils ont plusieurs enseignants au lieu d’un seul. Après quelques semaines ils sont plutôt fiers d’être devenus des « grands. » Envisage-t-on que l’enseignant primaire donne tous les cours dans le secondaire ? Je n’ose y penser.

Une autre idée du Ministre Marcourt est ressortie. La formation de tous les enseignants serait portée à cinq ans ! Une formation plus longue que certaines études universitaires. Tout le monde comprendra que cette réforme coûtera cher aux parents et à la Communauté.

Trois ans au lieu de cinq, pratiquement deux années de plus au budget des parents. Un coût élevé pour la Communauté puisque tous les enseignants devront être rémunérés au barème des licenciés actuels. La Wallonie a-t-elle trop d’argent ?

J’ajouterai que je doute fort que les ados envisagent avec le sourire de faire cinq ans d’études au lieu de trois pour enseigner en maternelle ou en primaire.

Or, il y a déjà une pénurie d’enseignants car on sait que beaucoup quittent l’enseignement après quelques années pour commencer une autre carrière. Ayant fait cinq ans d’études seront-ils plus contents d’être enseignants ? J’en doute.

La formation des enseignants sera-t-elle meilleure ? Impossible de le dire puisqu’on ne sait pas quel sera le programme de ces deux années supplémentaires.

Plus de stages ? Peut-être. Je peux dire que les stages effectués actuellement par les régents dans les écoles suscitent plutôt une crainte voire un rejet de l’enseignement. Il y a une grande différence à débarquer dans une école inconnue pour donner un cours ou être dans sa propre classe.

Je ne peux absolument pas être d’accord avec ces deux réformes. Ignorer la spécificité de chaque niveau est hallucinant. On n’enseigne pas en maternelle comme en primaire, c’est une évidence.

Je dirai aussi que pendant des années on a affirmé que le troisième maternelle ne pouvait pas remplacer la première primaire d’où l’interdiction d’apprendre à lire, par exemple. L’apprentissage de la langue est d’ailleurs évoqué pour justifier l’obligation de la troisième maternelle. J’ajouterai l’apprentissage de la sociabilité qui se fait souvent par des activités qui plaisent aux petits.

Si l’objectif des Ministres est, comme je l’ai entendu, faire face à la pénurie d’enseignants c’est une mauvaise réponse à un réel problème.

 

06/05/2015

SAPHIA AZZEDDINE.

saphia azzeddine, bilgiss, femme musulmane, procès, lapidation

 

Saphia Azzedine est née le 12 décembre 1979 à Agadir, au Maroc. A l’âge de neuf ans, elle vient en France. Elle obtient un bac littéraire puis une licence en sociologie.

Sa carrière est impressionnante. Elle a travaillé comme assistante diamantaire à Genève avant devenir journaliste, scénariste, actrice et écrivain.

Son premier roman « Confidences à Allah » est adapté au théâtre d’Avignon. En 2010, elle interprète la sœur de Kad Merad dans « L’italien » d’Olivier Baroux. Un an plus tard, elle adapte pour le cinéma son second roman « Mon père est femme de ménage » avec comme acteur principal François Cluzet. Le film a reçu le prix du Public au Festival International du film comique de l’Alpe d’Huez.

Les romans se succèdent : « La Mecque-Phuket » « Héros anonyme » « Combien veux-tu m’épouser ?» « Bilqiss. »

Bilqiss.

Bilqiss est une femme qui vit dans un pays non précisé où les gens suivent les dogmes et les traditions.

Un jour, elle monte au minaret et fait elle-même l’appel à la prière. Ce qu’elle déclare choque la communauté : « Allah se réjouit surtout de voir le croyant qui accomplit quelque chose, comme toi, le boulanger, que je vois marcher vers son échoppe et qui t’en va pétrir le pain pour ta communauté, toi, le maraîcher, qui dispose le récolte sur ton étal pour être le premier et le mieux placé au marché, toi, le gardien de nos jardins qui les alimente équitablement en eau toutes les heures pour qu’ils soient luxuriants, toi, je te vois aussi, le professeur d’histoire et de géographie, qui corrige tes copies à la lumière du réverbère (…) Je vous vois tous d’où je suis et je crois qu’Allah a pour vous beaucoup d’amour même si vous oubliez de prier ce matin. Dieu est grand. »

Non seulement, elle est montée au minaret pour l’appel à la prière mais elle fait dire à Allah qu’il aime ceux qui travaillent au lieu de faire la prière.

Le livre commence le jour de son procès. D’emblée elle choque l’assistance en déclarant : «  Contrairement à vous, je ne parlerai pas en son nom. Mais j’ai une intuition. Vous adorez Dieu, mais, Lui, Il vous déteste. »

Un tonnerre de protestation se répand dans la salle d’audience et le juge est obligé d’ajourner la séance.

Elle sait qu’elle risque la lapidation mais tout au long du procès, au lieu de manifester du repentir, elle continue ses provocations. On l’avait placée dans une cage pour qu’elle ne soit pas lynchée avant la fin du procès.

Elle a refusé l’aide d’un avocat voulant se défendre seule et surtout mettre le juge dans l’embarras par toutes ses déclarations. « Monsieur le juge, puis-je vous rappeler la sourate 88, verset 21. Dieu a dit : Tu n’es qu’un messager. Et tu n’as point d’autorité sur eux. C’est à Nous de les juger et de les rétribuer sans rien omettre de leurs actions. Alors, je vous le demande, vous prenez-vous pour Dieu ? »

Elle connaissait le juge, un ancien charpentier reconverti dans le droit islamique. Pour la communauté, c’était un homme respectable et très pieux.

Entre lui et Bilqiss va se passer quelque chose d’inattendu. Tous les soirs, il la visite dans sa cellule et essaie qu’elle demande pardon pour éviter la lapidation. Il cherche aussi à savoir pourquoi elle a agi comme cela. L’absence de motif le sidère. Il ne peut pas admettre qu’on fasse des choses « juste comme cela ».

Il retarde aussi le procès tant qu’il peut remettant la séance à plus tard chaque fois que le public réagit aux propos provocateurs de Bilqiss. Les gens s’impatientent. Ils attendent la lapidation qui est toujours un spectacle apprécié.

Une journaliste américaine, Léandra, a appris le procès par internet. Une vidéo est particulièrement choquante pour les Américains, les trente-sept coups de fouet donnés à Bilqiss. « Lorsque ce fut terminé, Bilqiss fut évacuée sur une civière, allongée sur le ventre afin que le monde puisse admirer son dos meurtri, lacéré et cloqué ».

La journaliste décide de se rendre sur place malgré l’opposition de ses amis. Elle logera dans la famille de Bilqiss.

Léandra doit d’abord voir le juge pour lui demander la permission d’assister au procès et surtout de pouvoir rencontrer Bilqiss. Elle pose la question qui lui brûle les lèvres : «  Pourquoi lapider une femme pour une faute si peu grave ? » La réponse est claire : « Notre religion a un but pédagogique :elle organise notre société. (…) Bilqiss pourrait cependant invoquer Dieu publiquement pour échapper au châtiment, mais cette effrontée soutient que l’on ne partage pas le même.Que le sien n’a rien à voir avec le nôtre. »

Léandra rencontrera Bilqiss qui l’accueillera froidement : « Chez vous, on ne fait que parler de soi. Ou parler des autres pour mieux parler de soi. Vous vous épanchez, vous racontez vos déboires, vos joies, vos amours, vos traumatismes, entre amies, sur internet, chez un analyste, dans les magazines, à la télévision, vous êtes des pipelettes narcissiques. (…) Ah, vous les aimez, les femmes musulmanes opprimées…)

Bilqiss et Léandra vont pourtant s’entendre. Et Bilqiss s’avouera : « J’aurais voulu être elle pour avoir une chance d’être celle que j’aurais dû être si j’étais née ailleurs. Celle que j’aurais pu être si l’on ne m’avait privée dès mon plus jeune âge de la plus infime liberté. J’aurais voulu être celle qui éprouvait de la pitié plutôt que celle qui en inspirait. ».

Le juge s’est décidé à la lapidation. Il recherche des pierres, des petites qui font mal mais ne tuent pas, des grosses qui donnent la mort.

Bilqiss l’apprend et elle dit à Léandra qu’elle va être lapidée le lendemain. Que puis-je faire pour vous ? lui demande Léandra. La réponse est inattendue : assister à la lapidation et jeter la première pierre, une grosse qui tue rapidement et empêche la souffrance.

Saphia Azzedine a écrit un roman qui se lit d’une traite même et ce qui pourrait paraître curieux vu le sujet, avec plaisir.

Le livre refermé,  je me suis demandé quel but l’auteur poursuivait en écrivant son roman. Bilqiss est une musulmane qui se réapproprie Allah car elle juge sévèrement ce que les juges ou les hommes plus généralement en ont fait. Est-elle une héroïne qui défend les femmes ? Ce qui est sûr c’est qu’elle hait sa condition de femme. Ainsi en parlant de Léandra  : «  Je m’amusais de la voir porter une burqa alors qu’elle aurait pu se contenter d’un foulard et d’une tunique. (…)Léandra portait la sienne comme un déguisement alors que, pour nous, c’était une seconde peau (…) J’avais d’ailleurs décoloré systématiquement toutes mes burqas dans des litres de Javel pour ne pas donner du relief à leur paysage. Pour hurler en silence tout le dégoût qu’ils m’inspiraient. »

C’est par de petites touches que nous apprenons qui est réellement Bilqiss, une femme très belle, qui adore les livres et les poètes, qui possède des objets interdits comme une pince à épiler… Pire qui a tué son mari et que des amis ont aidée à camoufler l’assassinat. Mais aussi une femme courageuse qui accepte la lapidation et refuse de s’enfuir comme le voudrait Léandra.

 

03/05/2015

OBLIGATION SCOLAIRE A CINQ ANS.

obligation scolaire à cinq ans

 

L’idée n’est pas neuve. Elle refait son apparition. Comme rien n’est simple en Belgique, l’obligation scolaire est du ressort du Fédéral mais la Fédération Wallonie-Bruxelles y est favorable donc cherche le moyen de pouvoir l’imposer. Ils ont donc trouvé une astuce, l’obligation scolaire deviendrait une obligation d’inscription avec peut-être une obligation de présence d’un nombre de jours.

Je reviens à l’obligation scolaire à cinq ans. Comment les politiques justifient-ils cette décision ? 97 % des enfants fréquentent l’école maternelle à cinq ans, je crois même plus tôt. C’est normal. L’école est moins chère que la crèche, la plupart des parents travaillent tous les deux, si la maman est seule, elle ne peut pas faire autrement que d’inscrire son enfant le plus vite possible à l’école.

La mesure ne concernerait donc que 3 % des enfants « qu’il faut absolument aller chercher » pour qu’ils fréquentent la troisième maternelle. D’après nos politiciens, ces 3 % proviennent de milieux défavorisés d’où le caractère social de la mesure.

La fréquentation de la maternelle serait un gage de réussite en primaire. Ce n’est pas tout à fait faux s’il s’agit surtout de l’apprentissage de la langue et de la sociabilité.

Je suis donc d’accord que la fréquentation de la troisième maternelle peut être un plus pour l’enfant mais je suis absolument contre l’obligation.

Pourquoi ? Tout simplement parce que l’obligation entraîne certaines règles notamment la justification de l’absence par un certificat médical. Je crains aussi qu’on établisse un quota de jours d’absence au-delà desquels l’enfant ne pourra pas s’inscrire en primaire.

Impossible donc de faire ce qui est courant actuellement, emmener ses enfants ou ses petits-enfants en vacances en dehors de congés scolaires pour profiter de tarifs plus avantageux par exemple pour la location d’un appartement.

Je me rappelle qu’alors que l’obligation scolaire n’était pas obligatoire, j’avais appris que des enfants étaient busés en troisième maternelle. J’avais été absolument indignée. Le redoublement n’arrange rien. Il y aura sans doute encore ou même plus de redoublements en maternelle alors qu’il est prouvé que la mesure est néfaste. Que dire alors quand elle a lieu en maternelle ? Le petit gosse apprendra donc qu’il doit recommencer son année. Sera-t-il alors mieux armé pour la première primaire ou complètement secoué, révolté par cette sanction ? Qui décidera de cette mesure : l’institutrice ? Selon quels critères ?

Je suis sans doute trop pessimiste mais ma carrière d’enseignante m’a appris beaucoup de choses et malgré moi j’imagine déjà ce qui servira de justification : «  Il n’est pas mûr – il ne sait pas se concentrer – il ne pense qu’à jouer. ».

Il me semble aussi qu’il y a trop peu d’écoles dans certaines régions. Va-t-on alors imaginer un décret comme le funeste décret d’inscription toujours revu mais jamais supprimé ?

Va-t-on surcharger les classes pour pallier à l’insuffisance d’écoles ce qui irait à l’encontre du but annoncé : un plus, un vrai plus pour tous les enfants.

Je n’ai vraiment pas envie d’en dire davantage. J’aimerais me tromper et constater que l’obligation scolaire à cinq ans est vraiment profitable pour tous les enfants.

 

04/03/2015

DANS LA PEAU D'UNE DJIHADISTE.

 

anna erelle, dans la peau d'une djihadiste, état islamique, enquête au coeur des filières de recrutement

Anna Erelle (c’est un pseudo) est une journaliste d’investigation. Elle a beaucoup travaillé sur les islamistes et a cherché à comprendre pourquoi des jeunes français se convertissent à l’islam et partent en Syrie.

Nous sommes en 2014, deux mois avant la prise de Mossoul , deuxième ville d’Irak, par l’Etat islamique et l’autoproclamation  d’un califat par son leader Abou Bakr al-Baghadi.

Anne Erelle veut comprendre. Elle crée une page Facebook, avec un faux profil. Elle s’appelle Mélanie, s’est rajeunie et affirme qu’elle s’est convertie à l’islam.

Très vite, elle entre en contact avec un chef français d’une brigade terroriste, Abou Bidel. Mélanie joue le jeu. Elle s’est convertie à l’islam mais ses parents n’en savent rien. Elle pourra user de ce stratagème pour abréger les échanges.

Très vite, Bidel la demande en mariage et la presse de venir en Syrie où elle sera traitée comme une princesse, aura une vie très agréable, un vrai paradis. « C’est beau, ici. Il y a tant de choses à voir. La mer est magnifique et les reliefs sont fascinants. Tu vas aussi te faire beaucoup de copines. Tu auras ta petite bande d’amies, vous ferez des trucs de gonzesses ensemble. »

Mélanie va ruser pour obtenir des informations. Elle se présente comme une fille naïve, puis plus tard, comme une fille soumise à son futur époux.

Abou Bidel, lui demande de converser sur Skype, moins dangereux. Elle accepte, se voile ne laissant apparaître que son visage.

Pendant un mois, elle va échanger avec Abou Bidel qui lui envoie des mails et la harcèle pour qu’elle entre en communication avec lui sur Skype. Sa vie devient un enfer. Elle se connecte dès qu’Abou Bidel le demande. La journée, elle vérifie les informations que son «  prétendant » proche d’d’Abou Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l’EL, lui livre.

« On m’a raconté ce qu’Israël faisait aux enfants de Palestine. J’ai vu des dizaines de vidéos horribles montrant des bébés morts. J’ai commencé à suivre sur Facebook certains de tes frères partis faire le djihad, là-bas en Syrie. Certains moudjahidines font le bien et d’autres le mal, alors je ne sais quoi en penser. »

« N’en pense que du bien ! Je suis moi-même un grand moudjahidin, ca fait longtemps que je donne dans la religion, et je te le dis : je peux être très, très doux avec les gens que j’aime, et très, très dur avec les mécréants »

Mélanie lui rappelle qu’elle s’est convertie à l’Islam. La réponse est immédiate : « C’est bien, mais ça ne suffit pas. Se contenter de faire ses cinq prières par jour et d’honorer le ramadan ne suffit pas. Etre un bon musulman, comme le veut le Prophète, c’est venir au Sham (Le Levant) et servir la cause de Dieu. »

Bidel devient de plus en plus pressant. Elle doit renier sa famille et se conduire comme une bonne épouse. Elle l’apprendra qu’elle a été mariée à Bidel sans le savoir. Elle doit confirmer qu’elle est vierge pour que le kadi l’inscrive sur l’acte de mariage. « Mentir sur ça, ça vaut la peine de mort, tu sais… Il y aura des femmes avant notre nuit de noces pour vérifier… »

Mélanie tient bon malgré le dégoût que lui inspire Bidel. Elle veut aller jusqu’au bout. Elle va même décider de le rejoindre en Irak. Elle va à Amsterdam et c’est au compte-gouttes que Bidel lui apprend coment elle pourra le rejoindre.

Achat de nouveaux téléphones, contacts avec des inconnus, Mélanie prend de plus en plus de risques. Heureusement, tout dérape et elle revient en France.

Même si elle coupe tout lien avec Bidel, celui-ci lui laisse des messages : « Tu es où, bordel ? Je t’avais pourtant bien dit de désactiver ton compte… »

Elle lui laisse un dernier message pour apaiser sa colère : « Excuse-moi, Bidel. Je n’ai jamais voulu te décevoir et j’ai cru bien faire de revenir en arrière, sentant un danger trop grand pour nous comme pour toi. J’espère que dès que je disposerai d’un téléphone ou d’un ordinateur sécurisé, tu voudras bien me parler. Je t’embrasse. Mélanie.

Elle n’a plus aucun contact avec lui mais le téléphone ne cesse de sonner. Son article est publié et les représailles commencent. Elle apprendra qu’une fatwa a été lancée contre elle. « Mes frères à travers le monde, appel à la fatwa sur cet être impur qui s’est moqué du Tout-Puissant. Si vous la voyez n’importe où sur terre, respectez les lois islamiques et tuez-la. A la condition que sa mort soit lente et douloureuse. Qui moque l’islam en paiera les conséquences par son sang. Elle est plus impure qu’un chien, violez-la, lapidez-la, achevez-la. Inch’Allah. »

L’auteur a appris beaucoup sur la façon dont les recruteurs s’y prennent pour convaincre les jeunes d’aller en Syrie. Elle a pu aussi donner de précieux renseignements aux Services secrets français.

Ce qu’elle a fait est bien courageux. Se faire passer pour une autre, faire semblant de croire ce que Bidel lui dit est très perturbant. A la fin, elle ne supporte plus de revêtir le niquab et d’être Mélanie.

Dans son livre, publié chez Laffont en 2015, elle reproduit les entretiens qu’elle a eus avec Bidel et je me demande encore comment elle a pu supporter tout cela.

Elle dira d’ailleurs : « Je me suis faite  violence par rapport avec ce que je voyais se dérouler sous mes yeux, je me suis fait peur… J’ai appris des choses que je n’imaginais pas (ou que je ne voulais pas imaginer), j’ai lu des propos qui font froids dans le dos et j’ai compris. »

Beaucoup de jeunes, on le sait, partent en Syrie après avoir été manipulés ou simplement en ayant regardé des vidéos sur internet. Ils quittent tout pour donner leur vie à Dieu, pour mourir en martyr.

Le témoignage de l’auteur est primordial. Le livre devrait être largement diffusé.