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24/05/2015

PAULINE DREYFUS.

pauline dreyfus, ce sont des choses qui arrivent, guerre de 1940, occupation, aristocratie, persécution des Juifs

 

Pauline Dreyfus est née le 19 novembre 1969. Elle a beaucoup écrit pour les autres avant d’écrire ses romans.

Œuvre : « Le père et l’enfant se portent bien » « Robert Badinter, l’épreuve de la justice » « Immortel, enfin » 

CE SONT DES CHOSES QUI ARRIVENT.

Natalie de Sorrente, née princesse de Lusignan, descend des Bourbons. Elle a épousé Jérôme, duc de Sorrente, dont l’aïeul fut anobli par Napoléon.

Ils sont dans leur villa à Cannes quand éclate la guerre de 1940. Natalie se morfond d’être clouée à Cannes, loin des plaisirs de Paris et d’être confinée dans un tête-à-tête inhabituel avec son mari.

Mais des amis fuient Paris pour rejoindre Cannes et les Sorrente peuvent de nouveau recevoir du monde et évoquer des souvenirs : les bals, les défilés de couture, le théâtre tout ce qui était leur vie à Paris.

Jérôme est en admiration devant le maréchal Pétain qui ne pense qu’au bien de la France. Il l’a dit : « Je fais don de ma personne à la France pour atténuer son malheur. » Pour Jérôme, c’est un héros.

Natalie ne s’intéresse pas à la guerre, elle s’ennuie. Quand arrive Pierre, très vite, il devient son amant. Pierre parti, elle découvre qu’elle est enceinte et le dit à son mari. « Ce sont des choses qui arrivent » dit Jérôme comme elle se l’était dit.

Ce ne sont pas seulement les aristocrates qui arrivent à Cannes mais toute une population : « Les routes de France étaient à l’image du pays, sans dessus dessous. »

Natalie a déjà une fille, Charlotte, âgée de dix ans. A Paris, les Sorrente voyageant souvent, Charlotte était confiée à la garde d’une nurse anglaise. Natalie s’occupe donc de sa fille, se bornant pourtant simplement à lui raconter le soir l’histoire du duc de Berry.

A la naissance du garçon Joachim, Natalie embauche madame Lévy et sa fille Ginette qui aidera à la cuisine. Madame Lévy est juive. Qu’importe ! Ils sont en zone libre.

Plus tard, elle va rencontrer par hasard un musicien qui venait souvent chez eux à Paris. Il lui apprend que Juif, il ne peut plus exercer, que la Comédie-Française a licencié ses acteurs et personnel juifs, que le théâtre de Sarah-Bernhard a été rebaptisé le Théâtre de la ville.

En janvier 1942, Natalie apprend la mort de sa mère, Elisabeth. Avec ses deux sœurs qu’elle ne voyait guère car elle vivait en province, elle va vider l’appartement de sa mère. En feuilletant un album de photos, elle découvre Armand Mahl qui a l’air bien proche de sa mère.

Tout va basculer. Sa sœur lui apprend qu’elle est la fille d’Armand Mahl et si elle ne le lui a jamais dit, c’est pour la protéger. Et puis « Ce sont des choses qui arrivent »…

Jérôme apprend donc que son épouse est une bâtarde et demi-juive. Il le dit avec un certain cynisme à Natalie lui demandant de cacher son origine pour éviter un scandale.

Cette révélation va transformer Natalie. Elle se torture en se demandant ce qui a de juif en elle. A Paris, elle ira voir un quartier juif, rencontrera des gens portant l’étoile jaune. Elle ira jusqu’à en coudre une sur une de ses robes. Jérôme s’inquiète. Il a peur qu’elle ne dévoile ses origines.

Natalie va sombrer dans la dépression. Elle ne sera plus jamais la même.

Lors d’une promenade avec Charlotte où elle voit sur la grille d’un square un panneau : « Parc à jeux. Réservé aux enfants. Interdit aux Juifs » Charlotte l’interroge : « Maman, à l’école, on nous dit que les Juifs ne sont pas gentils parce que ce sont eux qui ont mis le Christ en croix. » Que répondre ?

Natalie va s’enfoncer de plus en plus. Elle multiplie les piqûres de morphine. Elle mourra le 10 février 1945. Elle avait trente-sept ans.

Le roman de Pauline Dreyfus est une description d’une caste de privilégiés qui s’accommode de l’ordre nazi et ne pense qu’à ses plaisirs. Même à Paris, les Sorrente continueront à aller chez Maxim’s malgré la présence des Allemands.

Un livre aussi sur les secrets de famille, les non-dits qui sont, d’après l’auteur, une habitude chez les aristocrates. Un certain fatalisme d’où le titre de son livre qui revient comme un leitmotiv.

L’auteur, dans sa description de la France occupée, fait apparaître des noms connus : Gérard Philippe, Tristan Bernard, Cocteau, Paul Morand, Arletty…

J’ai été frappée par son style « son vieux style » disent certains critiques. Il m’a plu. Je n’aime pas tellement les romanciers actuels à la mode qui abusent, par exemple, des dialogues.

Certaines phrases font mouche : « C’est au choix des fournisseurs qu’on juge une famille » « Dans cette guerre d’un genre nouveau, l’ennemi ce n’était pas l’Allemand, mais l’ennui » « La guerre, pour les Sorrente, ce sont d’abord des complications domestiques » « L’ampleur de cet exode était telle que les Sorrente se demandaient si Paris était encore habitée – par des gens de leur milieu, s’entend »

Le prix Mémoire Albert Cohen a récompensé le roman qui figurait déjà dans le carré final des Goncourt.

 

28/04/2015

GUY BIRENBAUM.

guy birenbaum, vous m'avez manqué, histoire d'une dépression française

 

Guy Birenbaum est né le 8 août 1961 à Boulogne-Billancourt. Il a été éditeur, animateur radio, journaliste, écrivain. Il est aussi blogueur. (http://guybirenbaum.com/)            

Il a été animateur radio sur RTL « On refait le monde » et sur Europe1 « Le grand Direct » «Des clics et des claques » « La revue du net ».

Il a publié notamment : « Le Front national en politique » « Délits d’initiés, mes soupçons de citoyens »

Ses livres et ses chroniques ont souvent suscité une polémique.

Actuellement, il anime une émission sur France Info « L’autre info ». (7h45 du lundi au vendredi).

VOUS M’AVEZ MANQUE HISTOIRE D’UNE DEPRESSION FRANCAISE.

Guy Birenbaum raconte sa vie avant qu’il ne soit victime d’une grave dépression. Levé à cinq heures du matin, il se jette sur son ordinateur pour vérifier son texte écrit la veille, file à Europe1 pour sa chronique sur l’actualité du web. A 13 heures, il écrit son papier pour le site internet Huffington Post « Le 13 heures de Guy Birenbaum » Il retourne à TF1 pour sa chronique du soir.

Tous les jours, il court sept kilomètres en écoutant la radio et vérifie son poids sur sa balance car il est obsédé par sa ligne.

Il est littéralement absorbé par le web. Il blogue, twitte, envoie des sms, regarde les réseaux sociaux, il est connecté en permanence

Il subit des insultes qui l’atteignent profondément. L’antisémitisme est très présent sur le web. Il dira : « Alors que personne ne m’a jamais traité de « sale juif » ni de « youpin » au cours de mon enfance ou de mes années d’études, cela m’arrive régulièrement sur le Web depuis que j’y écris." 

Pas de repos non plus pendant les vacances qu’il passe à Trouville dans une petite maison de pêcheurs. Il blogue frénétiquement sur le blog qu’il a appelé « L’épicerie » réplique numérique du commerce que ses grands-parents paternels tenaient dans le quartier de la gare de l’Est à Paris. Il prend des photos qu’il poste sur internet et dialogue avec ses lecteurs.

Menant cette vie de dingue, il va être rattrapé par une grave dépression. Il décrit tous ses maux. Il n’arrive plus à se lever, transpire énormément, souffre du dos, son cœur s’emballe, sa voix est blanche. Il va faire de multiples examens médicaux qui se révéleront inutiles car il n’est pas malade au sens où il l’entend mais fortement déprimé.

Il cherche à lire « A la recherche du temps perdu » de Proust : « J’ai besoin de rattraper tout le temps que j’ai perdu en chemin ; notamment sur le web » Il n’arrivera pas à achever la lecture du livre

Il lit aussi « Tomber sept fois, se relever huit » de Philippe Labro. « Labro décrit un long calvaire. Je n’en suis pas là. Si je n’avais pas toujours aussi mal au dos et tant de mal à sortir du lit, le matin, ma misère à moi serait presque supportable. »

Sa dépression va empirer. Il dira à son médecin : « Je n’ai plus envie de rien. J’ai du mal à travailler. Je ne supporte plus rien. Je suis cramé. Je suis allé à la coloscopie en pleurant. »

Il refuse pourtant de quitter son travail mais, à la visite suivante, le médecin le met en congé de maladie et lui prescrit des antidépresseurs, content qu’il ne soit plus dans le déni.

Il va aussi entamer une thérapie chez un psychiatre qui lui assure qu’il s’en sortira.

Il est soutenu par sa femme Géraldine et ses amis. Petit à petit, il recommence à suivre l’actualité : la libération des otages détenus en Syrie, l’attentat à Charlie Hebdo etc.

Il va enfin sortir de la nuit.

Il décide de lire les carnets de son père et de sa mère qu’il n’avait jamais lus. « J’ai refoulé cette histoire qui me constitue (…) Il est temps de la prendre à bras-le corps, cette double hélice qui vrille en moi, l’histoire de Tauba Zylberszstein, ma Maman ; celle de Robert Birenbaum, mon papa »  Il leur consacrera plusieurs pages de son livre.

Pourquoi a-t-il écrit ce livre ? La réponse se trouve dans le quatrième de couverture :

« L’hyperconnexion a joué un rôle dans ma dépression Branché en permanence sur le Web, j’ai absorbé comme une éponge l’antisémitisme et la violence de l’époque. J’ai payé le prix fort. Un jour pourtant, « ça « a été mieux. J’écris ce livre pour cette phrase. Pour que la lectrice inconnue, le lecteur perdu au fond de sa nuit, sache que « ça » arrive. On va mieux. Pas « moins mal », mieux. Le moteur redémarre. Il toussote à l’occasion, mais il ronronne à nouveau. Il faut le bon psy, des médicaments, de l’amour, de l’amitié aussi. »

Et cet aveu : « Je suis le même en différent ; j’espère que je suis un peu meilleur. »

Le livre est construit en rubriques titrées d’une manière originale. Le lecteur le suit facilement dans la longue route qu’a été sa dépression puis sa guérison.

Je pense que les personnes déprimées le liront avec plaisir. Il ne sera pas seulement un auteur mais un ami qui n’a pas honte de se raconter sans complaisance, avec honnêteté.

Je crois aussi que beaucoup ont dans leur entourage des personnes déprimées. Lire le livre les aidera à mieux les comprendre.

J’ai envie de lui dire simplement merci.

 

21/04/2015

SUITE FRANCAISE.

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L’histoire de ce livre, racontée dans la préface, est extraordinaire. Irène Némirovsky l’a rédigé pendant la guerre alors que, comme son mari Michel Epstein, elle portait l’étoile jaune et s’attendait à être arrêtée.

Comme elle le faisait d’habitude, elle a d’abord rédigé des notes et a dressé la liste des personnages. Elle rêvait d’un livre de mille pages construit en cinq parties. Le 12 juin 1942, elle doute d’avoir le temps de pouvoir achever son œuvre. Elle a le pressentiment qu’il lui reste peu de temps à vivre. Elle continue cependant à rédiger ses notes parallèlement à l’écriture de son livre. Elle les intitulera « Notes sur l’état de la France ».

Elle rédige son testament à l’attention de la tutrice de ses deux filles afin que celle-ci puisse prendre soin d’elles lorsque leur mère et leur père auront disparu. Elle n’essaie pas de fuir en Suisse comme d’autres l’ont fait.

Elle écrit à son directeur littéraire chez Albin Michel : « Cher ami… pensez à moi. J’ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps. » Quel courage !

Le 13 juillet 1942, les gendarmes français l’arrêtent. Elle est internée à Pitiviers puis déportée à Auschwitz. Elle sera assassinée le 17 août.

Après le départ d’Irène, Michel Epstein, qui n’a pas compris que l’arrestation signifiait la mort, écrit au maréchal Pétain pour solliciter la permission de prendre sa place dans un camp de travail. La réponse du gouvernement de Vichy sera son arrestation.  Il sera aussi déporté à Auschwitz et gazé à son arrivée.

La tutrice des deux enfants, Elisabeth et Denise, décide de leur faire traverser clandestinement la France. Elles passeront plusieurs mois cachées dans un couvent, puis dans des caves dans la région de Bordeaux.

Dans leur fuite, la tutrice et les enfants emportent une valise contenant des photos, des papiers de famille et le manuscrit d’Irène.

Il faudra plusieurs années pour que Denise déchiffre le manuscrit écrit en toutes petites lettres pour économiser le papier. Elle le confiera à l’Institut Mémoire de l’Edition contemporaine.

Le premier manuscrit est intitulé « Tempête en juin ». Irène fait débuter son récit en juin 1940 au moment où l’armée allemande envahit le nord de la France. Elle décrit la fuite de ses personnages vers le sud et leur vie sous l’occupation allemande.

Le deuxième tome est intitulé « Dolce » C’est un roman. Le personnage principal est Lucie Angellier dont le mari est prisonnier. Elle habite chez sa belle-mère dans la plus belle maison bourgeoise de Busssy.

Dès l’arrivée des Allemands, le jeune commandant Bruno von Falk y est logé. C’est un musicien. Petit à petit, Lucile se sent attirée par lui. Elle culpabilise mais essaie en vain de dominer ses sentiments. Elle a été mariée à Gaston qui, le lendemain même du mariage, l’a trompée avec une modiste.

Sa belle-mère lui en veut terriblement. « Son mari est prisonnier des Allemands et elle peut respirer, bouger, parler, rire ? »

Parallèlement, l’auteur décrit une autre famille, celle de Benoît, jeune paysan, prisonnier de guerre, qui s’est échappé. Il a épousé sa fiancée Madeleine qui est toujours amoureuse d’un autre,  Jean-Marie Michaud. Il a aussi peur que Madeleine ne se laisse séduire par l’interprète allemand  Bonnet qui vit chez eux. En braconnant, Benoît est arrêté par la police comme détenteur d’un fusil. Il réussit à s’échapper et tue Bonnet. A la demande de Madeleine, Lucile accepte de le cacher malgré la présence de l’officier allemand.

Le 22 juin 1941, les Allemands sont envoyés au Front de l’Est. Lucile demande à Bruno un laissez-passer qui lui permettra de conduire Benoît à Paris.

J’ai trouvé vraiment extraordinaire que l’auteur puisse écrire un roman alors qu’elle s’attendait à être arrêtée.

Plus étonnant encore, elle présente  les Allemands comme des gens sympathiques qui veulent être « corrects ». La population ne fraternise pas mais montre peu d’hostilité puisqu’ils sont les maîtres.

Seule, la belle-mère de Lucile, Angèle essaiera de résister en cachant la clé du piano et de la bibliothèque qu’elle finira par donner à l’officier allemand.

« - Madame, votre belle-fille a bien voulu m’autoriser à venir lui tenir compagnie pendant quelques instants.
La vieille femme, très pâle, inclina la tête.
- Vous êtes le maître.
- Et comme on m’avait envoyé de Paris un paquet de livres nouveaux, je me suis permis…
- Vous êtes le maître ici, répéta Mme Angellier. Elle se détourna et sortit. Lucile l’entendit dire à la cuisinière :
- Jeanne, je ne quitterai plus ma chambre. Vous me montrerez là-haut mes repas.
- Aujourd’hui, Madame ?
- Aujourd’hui, demain, et tant que ces messieurs seront ici.
Quand elle se fut éloignée et qu’on n’entendit plus son pas dans les profondeurs de la maison :
-Ce sera le Paradis, fit l’allemand à voix basse. »

L’auteur décrit admirablement la vie dans ce village « Ils nous ont tout pris –Qu’ont-ils encore inventé ?- Vous êtes les maîtres » Ces proposreviennent comme un leitmotiv tout au long du livre.

Je dois ajouter que l’auteur avait le projet d’écrite une suite « Captivité » dont elle a dit qu’il serait aussi méchant que possible.

Il fallait beaucoup de sang-froid pour écrire ce roman « Dolce » doux, doucement. L’écriture est très belle comme dans ses autres livres. J’ai oublié dans quelle circonstance il avait été écrit quand je l’ai lu. L’auteur a réussi un livre inoubliable, prenant. J’ai été entraînée dans la lecture sans pouvoir m’arrêter.

Un très beau roman écrit dans des circonstances tragiques. Il sera publié en 2004 et récompensé par le prix Renaudot.

En savoir plus ? Billets du 16/08/2011 – 20/12/2011 – 04/02/2014.

 

07/04/2015

JANINE BOISSARD.

janine boissard, une femme neuve, travail des femmes, divorce féminisme

 

Janine Boissard est née le 18 décembre 1937 à Paris. Elle a écrit « L’esprit de famille », en six tomes, qui a connu un très grand succès et a fait l’objet d’un film et d’une série télévisée. Ses autres romans sont moins connus.

UNE FEMME NEUVE.

La narratrice est Claudine, 45 ans, mariée à Julien Langsade, la cinquantaine. Ils ont deux grands enfants, Mathilde et Eric.

L’histoire commence par une annonce dramatique, Julien lui fait part de son intention de la quitter pour une jeune stagiaire , après vingt-cinq ans de mariage. Elle est effondrée car elle  ignorait la liaison de son mari. De surplus, il lui dit qu’il l'aime toujours mais que sa maîtresse, qui a vingt-cinq ans, ne veut plus attendre. « Je ne voulais pas ! J’ai tellement horreur de te faire mal. J’ai attendu tant que j’ai pu mais je ne pouvais plus, vraiment ; et je l’aurais perdue »

Claudine n’a jamais travaillé. Julien lui laisse l’appartement dont le loyer est très élevé. Elle veut le garder car il est plein de souvenirs heureux.

Elle va très vite être confrontée à la réalité : elle doit travailler. Elle s’est mariée très jeune, elle n’a aucun diplôme, aucune compétence. Elle va devoir poursuivre un long chemin pour s’en sortir.

Elle en veut terriblement à son mari, d’être brutalement rejetée et le traite de salaud. Elle se rappelle le début de son mariage et l’aveu de Julien : il l’a épousée parce qu’elle était « une femme neuve »

 Une amie Fabienne, qui tient un magasin de brocante lui propose de travailler avec elle. Elle accepte mais ne convient absolument pas pour ce travail. Très vite, Fabienne la vire.

Elle va accepter de faire « du porte à porte » pour une entreprise mais cela ne marche pas.

Elle va donc se décider à pousser la porte d’une agence qui aide les gens à trouver un emploi. Claudine sera agressée par un chômeur qui lui reproche de prendre le travail des autres. « Qu’ont-elles toutes ces femmes à vouloir travailler ? »

L’auteur nous rappelle ce qui était l’usage à l’époque, en 1980. Beaucoup de femmes ne travaillaient pas. Parfois ce n’était pas un libre choix mais une demande de leur mari qui insistait pour qu’elle soit entièrement disponible pour lui et les enfants. Un choix accepté car  il était largement répandu dans la bourgeoisie. Ce sont les féministes qui, les premières, ont attiré l’attention des femmes sur ce qui pouvait leur arriver quand leur mari les abandonnait.

Claudine se rappelle d’ailleurs les débats qu’il y avait à l’époque sur le travail des femmes et le mépris des hommes envers les femmes qui travaillaient.

Claudine va s’inscrire à l’agence. Elle regarde les annonces collées sur le mur et se rend compte qu’elle peut seulement faire ce qu’elle a toujours fait, s’occuper des enfants.

Elle sera embauchée par la mère de Bertrand Sainteville en usant d’un stratagème. Une lettre de références qu’elle signe de son nom d’épouse et une demande faite sous son nom de jeune fille.

Elle a compris qu’elle devait s’habiller autrement. Elle ne pouvait plus être « la bourgeoise » qu’elle avait été si longtemps.

Bertrand a besoin d’aide car sa femme est décédée et il a trois enfants dont elle devra s’occuper en plus du ménage et des repas.

Claudine aura cette pensée : « Je découvre des choses banales : la différence entre un travail fait pour les siens et avec amour et le même fait pour les autres et contre de l’argent. »

Elle suivra une formation et deviendra une auxiliaire régulatrice dans les hôpitaux. Sa fille aura cette remarque charmante : en fait, tu es une « écouteuse » comme tu l’étais pour nous.

L’auteur aborde un autre sujet pénible qu’est le divorce. Estimation des biens, conciliation chez le juge, prononcé du divorce par consentement mutuel. Elle vit très mal cette situation mais ne s’oppose pas à la demande de son mari.

Claudine sera aussi confrontée aux difficultés financières. Son mari lui verse une pension, elle est donc privilégiée, mais malgré cela et son travail, elle doit renoncer à tout le superflu qu’elle avait toujours qualifié de « nécessaire ». Elle renoncera à son appartement, le loyer étant vraiment trop cher.

L’auteur n’a pas voulu faire un livre très noir. Claudine connaîtra Florent qui l’aidera dans son parcours psychologique. Une liaison très brève car lui aussi sans travail acceptera la proposition de son frère et partira à Rio.

Claudine a aussi la chance de pouvoir séjourner dans la maison de famille, où son père l’entourera de toute son affection.

Ces séjours sont d’ailleurs largement décrits par l’auteur, une vie simple, dans la nature, un contraste avec sa nouvelle vie professionnelle.

Claudine s’apercevra aussi combien la vie de femme seule est difficile. Des détails qui font comprendre la difficulté éprouvée par les femmes à cette époque.

Une anecdote. Elle met longtemps à se décider à entrer dans un restaurant. On la place à une petite table, en retrait et elle se rend compte que le dîner est servi très rapidement car le restaurateur lui en veut d’occuper toute seule une place revenant à un couple !

J’ai hésité avant de relire ce livre. Je l’ai bien aimé car il me rappelle une époque que j’ai bien connue.

Rien à voir avec la situation actuelle. Même si le divorce est souvent un drame imposé par le conjoint, les femmes sont moins démunies qu’à cette époque. Les nécessités économiques ont fait que rares sont les épouses qui peuvent se permettre de ne pas travailler.

J’ai réentendu les propos de l’époque sur l’épanouissement que procurait le travail aux femmes. Un discours féministe qui ne correspond pas toujours à la réalité. Les femmes restant encore souvent les seules à s’occuper des enfants et du ménage même s’il y a un grand changement chez les jeunes couples qui sont « pour le partage des tâches ». Un progrès très relatif car les femmes sont souvent plus préoccupées par leurs enfants que les hommes.

Je ne vais pas faire un débat sur l’égalité des sexes, ce n’est pas le propos du roman et si je me suis permis quelques réflexions je voulais avant tout faire connaître le livre.

Le titre « Une femme neuve » l’auteur le reprendra trois fois. En parlant de Claudine que son mari a épousée parce qu’elle était « neuve » (on dirait maintenant vierge, mais pas question d’utiliser cette expression à l’époque). Mathilde dira aussi à sa mère que la maîtresse de Julien lui plaisait parce qu’elle était « neuve ». Enfin, Claudine après son itinéraire difficile deviendra une femme « neuve » parce qu’elle a su devenir indépendante.

J’espère que d’autres femmes ou hommes liront le livre pour se rendre compte de l’évolution des femmes. Et pourquoi pas, d’un discours féministe pas toujours valable mais qui a quand même joué un rôle certain dans la société.

 

26/03/2015

CE QUE JE PEUX TE DIRE D'ELLES.

anne icart, ce que je peux te dire d'elles, combat féministe, émancipation de la femme

 

Anne Icart est née en 1968. Elle est rédactrice juridique. Son premier livre « Les lits en diagonale » est une autobiographie dans laquelle elle raconte sa vie avec son frère handicapé. Son premier roman « Ce que je peux te dire d’elles » a été un gros succès de librairie.

CE QUE JE PEUX TE DIRE D’ELLES.

Le livre commence par un coup de fil qui apprend à Blanche qu’elle va être grand-mère. Sa fille Violette a rompu avec elle parce qu’elle ne voulait rien lui dire sur le secret de sa naissance. « Maman, je pars à Paris. Est-ce que tu vas me laisser m’en aller sans me dire d’où je viens, qui je suis ? »

Blanche ne savait même pas que sa fille était enceinte. C’est son gendre qui lui apprend la naissance d’un garçon, le premier dans un univers entièrement féminin. Un événement !

La naissance de Gabriel va pousser Blanche à raconter la vie de sa famille. Elle peut au moins faire cela pour sa fille qui est partie à cause de son silence.

Blanche va retracer la vie de sa famille de 1960 à aujourd’hui. Une vie dont les pères sont absents : Charles est mort, Henri est parti. Sa mère, Angèle, a vécu toute sa vie avec ses sœurs Justine et Babé.

C’est la grand-mère Anna qui a élevé ses trois filles. Elle meurt tout au début du livre comme le grand-père. Nous savons seulement que ses filles l’aimaient beaucoup.

Angèle était très amoureuse de Charles. Il est mort avant la naissance de Blanche, dans un accident. Parti faire un reportage, il s’est noyé dans la rade de Sète en tombant du bateau. Angèle va s’enfermer dans son chagrin dont même la naissance de Blanche ne la sortira pas.

Blanche aime sa mère et supporte ce qu’elle appelle « ses hauts et ses bas » Ce sont ses tantes qui s’occupent d’elle. Angèle travaille dans un journal « La Dépêche » où elle avait rencontré Charles.

Justine travaille chez un grand couturier « Ridel » Elle est très douée mais même si elle est associée par son patron à la confection de la collection, elle aspire à être plus qu’une employée. Elle ne réussit pas à être chef d’atelier. Avec l’aide financière de ses sœurs et de la banque, elle va fonder son entreprise de haute couture et rencontrer le succès.

L’auteur en fait une féministe à l’époque du MLF. L’occasion pour Anne Icart de nous parler du combat féministe. C’est chez Ridel que Justine a entendu pour la première fois le mot féministe ou du moins qu’elle comprend ce que cela veut dire. Elise lui parlera de contraception, d’avortement, de la liberté que revendiquent les femmes. (1970). Elle revient enchantée d’une manif.

Pourtant, elle sera enceinte, elle qui vante la pilule ! Un oubli mais elle ne veut pas d’enfant. Elle hésitera puis se fera avorter. Son travail, la poursuite de la réussite l’occuperont complètement.

Babé souffre de ne pas avoir eu d’enfant. Elle n’a pas voulu suivre son mari à l’étranger préférant rester avec ses sœurs. Cela paraît assez étrange pour l’époque mais je soupçonne l’auteur d’avoir voulu à tout prix rester dans un univers où l’homme est absent.

 Je reprends un des passages où Blanche parle d’elle :

« Son drame le plus entier est de ne pas avoir eu d’enfant. Mais elle aussi elle m’a, moi. Je crois qu’elle est vraiment la seule qui ne m’ait jamais oubliée. Moi qu’elle surveille comme le lait sur le feu, ce qui met souvent ma mère en pétard, trop couver cet enfant ce n’est pas lui rendre service, elle doit se préparer à affronter la vie, cette vie qui leur en a fait baver, à toutes, cette putain de vie qui leur a enlevé ceux qu’elles aimaient, et leur innocence et leurs illusions comme si elle leur faisait payer quelque chose d’infâme. Cette vie qui ne laissait aucun choix. Ou tant. Ou trop »

Ce passage rend bien l’atmosphère du livre. Une vie faite de moments de bonheurs et de chagrins, de désillusions et de succès,  et surtout de l’amour très fort qui lie les trois sœurs.

Blanche a choisi d’avoir « un bébé toute seule » Elle le répète : « Je suis incapable de m’attacher à un homme. Trop dur, trop mou du genou, trop ambitieux, trop lâche, trop coureurs de jupons, trop sangsues, trop beau, pas assez. Pas un qui me convienne, pas un qui reste. » « Peut-être que je veux un enfant, mais en tous cas, je ne veux pas de mari ! »

Jugement sans appel. Une thèse défendue à l’époque par certaines féministes. Pas toutes, heureusement !

Le début du livre, la naissance de Gabriel, Blanche l’appellera une autre histoire, toute neuve.

Un premier roman avec des longueurs, des dialogues parfois agaçants. L’évolution de l’indépendance des femmes rappellera des souvenirs à celles qui l’ont vécue, étonnera sans doute les plus jeunes. Car c’est bien un autre monde que nous décrit l’auteur.

On aimera ou pas.