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02/07/2014

JEAN d'ORMESSON.

jean d'ormesson, comme un chant d'espérance, cosmologie, christianisme, existence de Dieu, foi

 

Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, philosophe, il a été élu à l’Académie française le 18 octobre 1973. Il a fait campagne pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar, la première femme admise à l’Académie en 1980. Il a reçu Simone Veil le 18 mars 2010. Il est le doyen de l’Académie depuis la mort de Jacqueline de Romily en 2010.

Son œuvre est très nombreuse. Je citerai les livres que j’ai particulièrement aimés. « Au plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Le Rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde » « Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit »

Il est aussi l’auteur d’une autre histoire de la littérature française.

(Billets : 27/02/2010 – 04/11/2010 – 23/01/2013 – 26/08/2013)

COMME UN CHANT D’ESPERANCE.

L’auteur nous dit avoir voulu écrire un roman sur rien, c’est-à-dire sur l’univers qui a précédé et suivi le Big Bang, il y a 13,7 millions d’années.

Le lecteur s’apercevra très vite que le détour par la cosmologie et l’histoire sert de base à la question essentielle : l’existence de Dieu. Il raconte l’anecdote célèbre chez les Juifs de deux rabbins qui se disent « L’important, c’est Dieu qu’il existe ou non. »

Il pose les questions essentielles. Comment est-on passé d’un monde d’éternité avant le Big Bang à notre monde en expansion incessante et à notre temps ? Quelles sont les parts respectives de hasard et de nécessité ?

Les sciences nous ont appris comment est né le monde mais pas le pourquoi. Pour l’auteur, le monde ne s’explique que par le Dieu créateur. Il n’hésite pas à citer la Torah, paroles qu’il considère comme les plus célèbres de toute l’histoire des hommes.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Il dit : « Que le lumière soit ! Et la lumière fut… Dieu appela la lumière le jour et il appela les ténèbres nuit. Ainsi il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »

Malgré cela, il insiste : « Il n’est pas sûr non plus que le monde où nous vivons ait surgi du néant, que notre tout soit sorti de rien. Le contraire n’est pas sûr non plus. La vérité est que l’avant-notre-monde comme sur l’après-notre-mort nous ne savons rien. Nous pouvons croire. Nous pouvons rêver. Nous pouvons espérer. Nous ne pouvons pas savoir. »

C’est l’historien ou le philosophe qui parle mais l’auteur a choisi délibérément de croire en un Dieu créateur, de croire au mystère.

C’est avec cette conviction qu’il abordera la question du mal. Le mal est venu avec l’apparition de l’homme. C’est le prix de sa liberté.

Nous savons que Jean d’Ormesson a toujours dit combien il aimait la vie, combien il admirait la beauté du monde. Il le redira : « Peut-être par tempérament, parce que j’ai aimé le bonheur, parce que je déteste le désespoir, j’ai choisi le mystère. Disons les choses avec un peu de naïveté, il me semble impossible que l’ordre de l’univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens – inconnu de nous, bien entendu, mais malgré tout, un sens. »

Jean d’Ormesson, que j’ai toujours entendu dire, qu’il était agnostique et croyant, ce qui me semblait antinomique, va plus loin. Il s’émerveille de l’Incarnation. Le Dieu des chrétiens est le seul qui s’incarne par amour Il croit en Jésus, fils de Dieu et fils de l’homme.

Il reprend, avec admiration, le commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres… Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

Une question me vient : la base du christianisme est la croyance en la Résurrection. Jean d’Ormesson n’aborde pas cette question vitale pour les chrétiens qui en font la base de leur croyance ; vitale pour les athées qui ne peuvent y souscrire. Il rejette d’ailleurs l’idée d’un au-delà : « Comment pourrait-il y avoir, après la mort, pour les hommes qui sont des singes bavards et savants, des primates adonnés à la poésie et aux mathématiques, des animaux doués d’une longue mémoire et faiseurs de projets, autre chose que pour les créatures dont ils descendent en droite ligne – c’est-à-dire rien ? »

Pourquoi Jean d’Ormesson éprouve-t-il autant de difficultés à admettre les dogmes du christianisme ? Je n’ai pas la réponse sauf qu’il est très imprégné par les sciences et qu'il est philosophe, mais comme il le dit, il choisit le mystère, qui est pour lui synonyme de foi.

Abandonnant sa démonstration, l’auteur va terminer par ce qui lui est le plus cher, l’énumération de la beauté du monde dans lequel il voit un Dieu éternellement absent mais qui se dissimule dans le monde.

Il dresse de manière assez surprenante une liste d’événements, assez hétéroclite où il mélange des textes, des monuments, des poèmes, de la musique. Etrange…

Par contre ce passage dans lequel il justifie le titre de son essai est très clair : « L’immense avantage de Dieu, qui est si peu vraisemblable, est de donner au monde, invraisemblable lui aussi, une espèce de cohérence et quelque chose qui ressemble à l’espérance. »

Je terminerai en reprenant ce qu’il dit à propos des romans : « Les livres ne survivent pas grâce aux histoires qu’ils racontent. Ils survivent grâce à la façon dont elles sont racontées. La littérature est d’abord un style qui éveille l’imagination du lecteur. »

Jean d’Ormesson me pardonnera de reprendre cette citation. Bien sûr son essai n’est pas un roman. Bien sûr il s’interroge sur des sujets sérieux, le monde, l’existence de Dieu, la foi.

Mais, puis-je dire que son livre est aussi une histoire racontée, l’histoire du monde racontée avec brio ?

 

24/06/2014

LES DESORIENTES.

Amin maalouf, les désorientés, extraits

 

Dans mon billet précédent sur le livre d’Amin Maalouf, je n’ai pas mis d’extraits comme je le fais d’habitude. A la réflexion, je crois utile de le faire. Les liront ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le livre.

Petit rappel, le livre est un roman construit par l’auteur à partir de ses souvenirs. Les personnages sont imaginaires et – ce n’est pas innocent – issus de culture différente.

Les personnages s’expriment librement dans des mails ou entretiens avec Adam.

Adam justifie son départ un an après le début du conflit.

« Moi, je ne suis allé nulle part, c’est le pays qui est parti. » « Que le monde d’hier s’estompe est dans l’ordre des choses. Que l’on éprouve à son endroit une certaine nostalgie est également dans l’ordre des choses. De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas. »

Albert avait été enlevé par un garagiste, torturé, puis relâché. Il était devenu ami avec son bourreau qu’il appelait son père adoptif.

« Plus d’une fois il est arrivé, en ces années-là, que des familles dont un membre venait d’être enlevé réagissent en capturant elles-mêmes une ou plusieurs personnes censées appartenir à l’autre camp, pour s’en servir comme monnaie d’échange. »

Réflexion d’un musulman.

« Ce qui m’exaspère, c’est cette manière qu’on a aujourd’hui d’introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. Si je m’habille comme ça, c’est pour ma religion. Si je mange ceci ou cela, c’est pour ma religion » « La religion, c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale. »

Le pétrole.

« …pour l’ensemble des Arabes, le pétrole aura été une malédiction. Pas seulement pour les Arabes, d’ailleurs. Est-ce que tu connais un seul pays que le pétrole a rendu heureux ? Passe-les tous en revue. Partout, l’argent du pétrole a provoqué des guerres civiles, des bouleversements sanglants ; il a favorisé l’émergence de dirigeants fantasques et mégalomanes. »

Conflit israélo-arabe.

« Ne te fais pas d’illusions, bientôt il n’y aura plus aucune communauté juive dans tout le monde arabe. Aucune ! » « Si au lendemain de l’horreur nazie, il n’y avait pas eu ce conflit autour de la Palestine, le sort des Juifs dans les sociétés arabes ne se serait-il pas amélioré, au lieu de se détériorer ? Je crois que si, j’en suis même certain. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, cest l’inverse. »

L’existence de Dieu.

« Je ne suis adepte d’aucune religion, et je n’éprouve pas le besoin de le devenir. Ma position est d’autant plus inconfortable que je ne sens pas athée non plus. Je ne parviens pas à croire que le Ciel est vide, et qu’au-delà de la mort, il y a seulement le néant. »

Chrétiens d’Orient.

« Si tous les hommes sont mortels, nous, les chrétiens d’Orient nous le sommes deux fois. Une fois en tant qu’individus - et c'est le Ciel qui l’a décrété ; et une fois en tant que communautés, en tant que civilisation, et là, le Ciel n’y est pour rien, c’est la faute des hommes. »

Amin Maalouf a mis beaucoup de lui-même dans son livre. Il dira : « Cela n’a pas été douloureux mais parfois émouvant et tendu. J’avais besoin de parler de ces choses et j’ai choisi la manière qui me permettait d’en parler sans trop malmener ma pudeur. »  

 

19/06/2014

AMIN MAALOUF.

amin maalouf, les désorientés, islam, conflit israélo-arabe, identité, choc des civilisations

 

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth, au Liban. Il fait ses études primaires dans une école française de Pères Jésuites. Ses premières lectures se font en arabe. Il étudie les sciences sociales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il y rencontre Andrée, éducatrice spécialisée, qu’il épouse en 1971.

La guerre civile éclate au Liban en 1975. Amin Maalouf se réfugie en France. Il commence une carrière de journaliste dans un mensuel d’économie, puis devient rédacteur en chef de « Jeune Afrique »

En 1983, paraît son livre « Les croisades vues par les Arabes » puis en 1986, « Léon L’Africain » grand succès de librairie. Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature.

Romans : « Samarcande » « Les Jardins de Lumière » « Le rocher de Tanios » « Les échelles du Levant » « Le Périple de Baldassare ».

Essais : « Les identités meurtrières » « Le dérèglement du monde » 

Il a été élu à l’Académie Française en 2011.

(Billets : 16/09/2008 – 24/02/2012 – 02/07/2012 - 14/02/2014)

LES DESORIENTES.

Adam, 47 ans, marié à Solange, a quitté le pays lors de la guerre du Liban. Il est historien et enseigne l’histoire en France. Il écrit un livre sur Attila qui n’arrive pas à finir.

Un coup de téléphone de Tania, l’épouse de Mourad, ami d’enfance avec qui il est brouillé depuis des années, lui apprend que son mari voudrait le revoir. Il se rend au Liban mais arrive trop tard, son ami est mort.

Il décide de rester au Liban et de revoir ses amis connus à l’Université. Le groupe avait décidé de s’appeler «Le club des Byzantins ».Ils rêvaient de refaire le monde. Certains sont restés comme Tania et Mourad, d’autres sont partis comme Adam, Naïm, Albert.

Adam veut les réunir pour une soirée amicale. Il renoue avec eux par correspondance. Pour ne rien oublier, il décide de transcrire ses mails dans un cahier, y notant aussi ses réflexions, ses souvenirs. Il s’interroge sur ce que racontent ses amis et le fait comme l’historien qu’il est.

Ses amis ont abandonné leurs rêves de jeunesse pour le business ou la politique.

Mourad, resté au pays, est devenu ministre, ce qui a provoqué la brouille avec Adam.

Tania reproche à Adam d’avoir quitté le pays un an après le début des conflits, départ qu’elle a vécu comme une trahison. Leur relation est difficile. Adam n’a pu se résoudre à aller aux funérailles de Mourad ce qui a exaspéré Tania.

Tous ses amis étaient de confession différente ce qui à l’époque était une richesse. Les temps ont changé. La religion est devenu une appartenance, une identité ce qui désole Adam.

Naïm, le juif, a émigré au Brésil. Comme beaucoup d’autres juifs, il est parti avec toute sa famille. Même la veille de son départ, lors de la réunion avec ses amis, il n’a rien dit de son projet.

 Albert a émigré aux Etats-Unis où il travaille pour le Pentagone. Sa fonction officielle l’empêche de revenir au Liban mais il trouvera un subterfuge pour rejoindre ses amis.

Bilal est mort à la guerre. Son frère Nidal est devenu un musulman extrémiste radical.

Ramzi, architecte, a quitté une entreprise florissante de construction pour devenir moine. Adam cherchera à savoir pourquoi il a fait ce choix.

Amin Maalouf par le biais des réflexions d’Adam sur ce que sont devenus ses amis, revient sur l’identité, l’appartenance à une communauté religieuse on non, en contradiction avec l’art de vivre ensemble avec d’autres communautés que la sienne, qui était en vigueur dans sa jeunesse.

Amin Maalouf aborde aussi d’autres sujets comme le conflit israélo-arabe ou le radicalisme islamique. Pour Adam, le conflit israélo-arabe est une tragédie qui empêche le monde arabe de s’améliorer, qui empêche l’occident et l’Islam de se réconcilier, qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’affrontement des civilisations ».

Adam porte aussi un regard sur l’islamisme radical notamment par le biais de son dialogue avec Nidal. Il développe l’idée selon laquelle si le communisme et l’anti-communisme ont été les deux fléaux du XXème siècle, l’islamisme et l’anti-islamisme sont ceux de ce début du XXIème siècle.

Une touche de romantisme dans le livre, l’amour de Séminaris qui accueille Adam dans son hôtel et qu’il appelle « sa châtelaine ». Comme pour Amin Maalouf, rien n’est simple, Adam se torturera sur sa relation charnelle avec Séminaris alors qu’il est toujours très attaché à sa femme. Mais comment résister au charme de Séminaris ?

Le livre se termine de manière tragique mais je ne dévoilerai pas la fin.

« Les désorientés » sont les exilés partagés entre deux cultures, deux visions du monde. Adam est arabe mais enseigne en France et dans les conversations avec ses amis, il mélange les deux langues, l’arabe et le français.

Tous les personnages du livre sont imaginaires mais créés à partir des souvenirs de l’auteur. Il n’a pas voulu citer le Liban comme son pays natal. Le nom n’apparaît jamais mais le lecteur ne s’y trompera pas.

Le livre est très riche comme tous ceux d’Amin Maalouf. L’écriture est simple, presque familière. Le procédé choisi par l’auteur - les lettres, les entrevues retranscrites par Adam dans son livre des souvenirs - en fait une lecture très agréable.

Le livre est surtout pour Amin Maalouf l’occasion de reprendre les idées défendues dans ses autres livres notamment dans le très célèbre essai « Les identités meurtrières » Le lecteur ne s’en plaindra pas.

 

05/05/2014

CATHERINE CLEMENT.

catherine clément, le voyage de Théo, histoire des religions, appel à la tolérance

 

Catherine Clément est née le 10 février 1939 dans une famille mi-catholique, mi-juive. Ses grands-parents installés à Paris ont été dénoncés, déportés et sont morts à Auschwitz. Elle a été élevée par sa grand-mère.

Agrégée de philosophie, elle devient l’assistante de Vladimir Jankélévitch, à la Sorbonne, poste qu’elle quittera après douze ans. Elle est engagée au quotidien « Matin de Paris » et est chargée de la rubrique culturelle. Elle réalise de nombreuses interviews notamment de Jean-Paul Sartre et de Claude Lévi-Strauss à qui elle consacrera son premier essai : « Lévi-Strauss ou la culture et le malheur ».

Elle suit le séminaire de Jacques Lacan mais ne sera jamais psychanalyste.

Nommée au ministère des Relations extérieures en 1982, elle est chargée de la diffusion de la culture française à l’étranger et effectuera de nombreux voyages. Elle séjournera cinq années en Inde, au côté de son second mari, l’ambassadeur André Lewin, cinq ans en Autriche, trois au Sénégal.

Elle a écrit une trentaine de romans et de nombreux essais. « La Sultane » « Pour l’amour de l’Inde » « La valse inachevée » « La Putain du diable » « Martin et Hannah » « Jésus au bûcher » (billet du 10 juillet 2009 – Catherine ClémentII)

LE VOYAGE DE THEO.

Théo est un garçon de quatorze ans qui vit une existence heureuse entre sa famille et son amie Fatou, une jeune sénégalaise. Subitement il est atteint d’une maladie incurable contre laquelle les spécialistes occidentaux ne trouvent aucun remède.

Sa Tante Marthe, infatigable voyageuse, propose de le soigner en le faisant voyager. Elle part à la rencontre de ses amis dispersés dans le monde.

Au cours de ses voyages, Théo fera l’apprentissage des plus grandes religions de Jérusalem à New York, en passant par Rome, Bénarès, Istanbul, Moscou et Jakarta.

C’est donc une histoire des religions que nous propose Catherine Clément. L’intérêt du livre c’est que ce sont « les sages » qui expliquent leur religion. La tante Marthe n’omettant cependant pas d’y mettre son grain de sel…

Théo pose des questions pertinentes qui laissent parfois ses interlocuteurs sans voix.

Catherine Clément a ajouté une forme de jeux. Théo doit déchiffrer des énigmes pour deviner la future destination et il fera souvent appel à Fatou.

A la demande des parents de Théo, Marthe respecte les consignes : prises de sang, médicaments mais Théo est soigné aussi par la médecine non traditionnelle. Il apprendra le yoga et d’autres disciplines qui l’étonneront.

En dehors du côté religieux, nous apprendrons beaucoup sur les pays et sur leurs traditions, très vivaces dans les pays visités.

Théo, par ses multiples entretiens avec les sages de tous les pays, avance dans la connaissance en même temps qu’il s’achemine vers un destin qui doit autant à la médecine, tibétaine notamment, qu’à l’amour, revisitant ainsi le lien essentiel entre les pouvoirs du corps et celui de l’esprit.

EXTRAITS.

« Parmi toutes les villes du monde, murmura Tante Marthe avec gravité, Jérusalem est la plus sainte. La plus magnifique, la plus émouvante et la plus déchirée. »

« Jérusalem était une ville bien compliquée, que se disputaient ceux qui croyaient au Dieu unique, ceux qui croyaient au prophète et ceux qui croyaient au Fils de Dieu. – A quoi penses-tu ? dit Tante Marthe en lui posant les mains sur les épaules – A ce Dieu qui n’est pas fichu de les réconcilier, dit Théo. »

« Théo s’accouda au bord de la terrasse et regarda Jérusalem où scintillaient les lumières. On ne voyait ni Dôme du Rocher, ni le Saint-Sépulcre, ni le mur des Lamentations, mais la muraille édifiée par les Turcs baignaient dans une lueur d’or. Deux mains légères s’appuyèrent sur les épaules de Théo. Comprends-tu maintenant pourquoi on s’est tant battu pour cette ville ? souffla une voix cassée à son oreille. Ne sois pas si sévère avec nous, Théo. Ici souffle l’esprit de Dieu, peu importe qu’il s’appelle Allah, Adonaï Elohim ou Jésus. »

« Un, le temple hindou. Doucement, Illa entreprit de guider Théo. D’abord se déchausser. Ensuite, faire sonner la cloche. Ensuite se prosterner devant chaque autel. (…) Les mains jointes devant les autels ils (les fidèles) priaient avec une intense ferveur, en silence. »

« Bon,murmura-t-il en sortant son carnet. Quand il faut y aller, faut y aller. A mesure qu’on voyageait, j’ai mis des trucs par écrit. Et puis des dessins, tu vois ? Le dernier, c’est juste un arbre. Je vais t’expliquer. Ecoute… Les religions, je les vois comme les branches d’un arbre. Un seul grand arbre avec des racines souterraines qui rampent sous la terre entière… Elles poussent toutes dans la même direction. Normal, c’est leur destin de racines. Ensuite, le tronc sort de terre, bien droit, bien propre. L’arbre est un baobab d’Afrique parce qu’on peut graver sur l’écorce ce qu’on veut. Lis toi-même : « Dieu est le bien de l’homme. »

Etrange, peut-être, que Catherine Clément, athée, écrive un livre sur les religions. Mais si elle parle longuement des trois religions monothéistes, elle s’intéresse surtout aux autres religions. Ne vient-elle pas de publier un « Dictionnaire amoureux des dieux et des déesses » ?

Très cultivée, Catherine Clément s’intéresse à tout. Elle lit toujours régulièrement les journaux, aussi bien les articles politiques ou culturels que les faits divers. 

« Le voyage de Théo » est un presqu’une encyclopédie. Tante Marthe est un personnage attachant qui ressemble fort à son auteur. Vive, ayant de l’humour, très sensible. Elle aura souvent peur de ce qu’elle a osé faire, emmener Théo, malade, dans un grand voyage.

Je peux dire aussi que le livre est un appel à la tolérance. Bien nécessaire dans le monde d’aujourd’hui mais tellement difficile.

 

 

30/03/2014

CHRISTIAN JACQ.

christian jacq, barrage sur le nil, egypte, violence intégriste

 

Né à Paris en 1947, Christian Jacq découvre l’Egypte à treize ans à travers ses lectures et se rend pour la première fois au pays des pharaons quelques années plus tard. L’Egypte et l’écriture prennent désormais toute la place dans sa vie. Après des études de philosophie et de lettres classiques, il s’oriente vers l’archéologie et l’égyptologie. Il obtient un doctorat d’études égyptologiques en Sorbonne avec pour sujet de thèse « Le voyage dans l’autre monde selon l’Egypte ancienne ».

Christian Jacq publie alors une vingtaine d’essais dont « L’Egypte des grands pharaons » couronné par l’Académie française. Il est un temps collaborateur de France Culture pour l’émission « Les chemins de la connaissance ».

En même temps, il publie des romans historiques qui ont pour cadre l’Egypte antique et des romans policiers sous des pseudonymes.

Son premier succès est « Champollion l’Egyptien ». C’est le début d’une grande carrière d’écrivain. Ses romans passionnent les lecteurs en France comme à l’étranger. Il est traduit dans trente langues.

Impossible de citer tous ses romans. Cinq volumes sont consacrés à Ramsès II. L’ensemble de la série se vendra à 11 millions d’exemplaires à travers le monde.

BARRAGE SUR LE NIL.

C’est le premier roman qui se passe dans l’Egypte moderne. L’auteur va décrire la montée des intégristes Leur chef, Mohamed Bokar, avait fait des études de sociologie à Londres, à Paris, à New York. C’est en Afghanistan qu’il découvre les vertus du fondamentalisme musulman et l’usage des explosifs.

Safinaz est très claire sur les objectifs des intégristes : « Nous les musulmans fidèles imposeront sa loi à l’Egypte et au monde. (…) Demain règnera la charia, la loi coranique. Nous chasserons les touristes et les étrangers, exterminerons les Coptes, fermerons les banques impies, interdirons l’alcool, rétablirons les châtiments corporels et maintiendrons l’ordre établi par le prophète. »

Le héros du livre, Marek Halter, égyptologue américain, se bat contre les ravages que pourrait causer le barrage d’Assouan. A la tête d’une immense fortune, il a créé sa propre fondation archéologique dont le but est la sauvegarde des monuments pharaoniques. « Il devait vaincre la haute digue d’Assouan, ce monstrueux barrage qui condamnait la mère des civilisations à disparaître. » Il voudrait obtenir la construction d’un canal de contournement afin de rétablir la crue, au moins en partie.

Marek Halter va tomber dans la violence intégriste. Au départ, il apprend l’assassinat de sa fiancée Hélène et jure de trouver les assassins et de la venger. C’est un tout autre combat qu’il va devoir mener.

Il ira de surprise en surprise, servira d’agent de liaison, rencontrera beaucoup de monde, sera manipulé, trahi, ses amis seront tués. Le livre est d’une violence inouïe.

Attentats, explosions d’immeubles, meurtres, les intégristes, remarquablement organisés, ne reculent devant rien au nom d’Allah.

Trois femmes vont jouer un rôle important. Il apprendra qu’Hélène était une terroriste, spécialisée en explosifs. Son mariage était une couverture idéale et un moyen précieux d’avoir des renseignements sur le barrage pour y placer des bombes.

Safinaz est une superbe Egyptienne qui a été sa maîtresse. Elle s’est convertie à l’Islam et est mariée à Mohamed Bokar. Elle est devenue une redoutable terroriste « La femme aux élégants souliers rouges. » La police la recherche et ce n’est qu’à la fin du livre, au moment où elle s’est réfugiée dans une école coranique, dans un petit village, que la police tentera de l’arrêter. Elle n’hésitera pas à prendre un enfant en otage, à le tuer, à en prendre un autre tué lui aussi. Une scène horrible.

Mona aussi s’est aussi convertie à l’Islam. Fille d’un diplomate, elle luttait depuis son adolescence pour la reconnaissance des droits de la femme et de sa dignité. Elle avait été fouettée, en rue,  par de jeunes intégristes parce qu’elle portait une jupe trop courte.

Quand Mark vient demander son aider pour retrouver les assassins d’Hélène, elle va le conduire chez son mari, le colonel Zakaria. Pendant le trajet, une trentaine de jeunes barbus arrêtent la voiture et lui font remarquer qu’elle ne peut pas conduire ni se trouver avec un homme qui n’est pas son mari. Il la traite de prostituée puis lui lance une pierre qui la blesse gravement.

Malgré cela, elle persiste dans la foi musulmane. Son destin sera pourtant différent. Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop dévoiler le livre.

Les enquêtes de Mark font du livre un thriller dont on se demande comment tout cela finira. Il ne veut pas quitter l’Egypte comme on lui conseille, sa vie étant souvent en danger. «Ne plus pouvoir vivre en Egypte était pire que la mort. »

Mais l’essentiel du livre se trouve dans la description des violences commises par les intégristes. Les touristes ne viennent plus ce qui nuit à l’économie du pays.

L’auteur va tout de même insérer des passages où Marek fait visiter à Mona des sites épargnés et décrit avec amour « son » Egypte.

J’avoue n’avoir jamais lu de livre de Christian Jacq. J’en lirai peut-être d’autres sur l’Egypte ancienne, cette fois, car il est un écrivain remarquable.

Pour terminer ce joli passage :

« Une vingtaine d’années auparavant, découvrir Le Caire du jardin en terrasse situé derrière la mosquée de Méhémet-Ali procurait un émerveillement. Non seulement le regard dominait la ville, mais encore découvrait-il, dans le lointain, la chaîne sacrée des pyramides édifiées dans le désert. En un instant, la contemplation de cette immensité, où la peine des hommes s’ouvrait sur l’éternité, délivrait l’âme de ses attaches mortelles. »