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03/06/2013

INTEGRATION : SONDAGE RTBF/LA LIBRE.

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Ce matin, les médias faisaient connaître le sondage réalisé par la RTBF/LA LIBRE sur l’opinion des Belges sur l’intégration.

Petit résumé : 1 Belge sur cinq estime que les populations d’origine étrangère sont bien intégrées, 4 sur 10 qu’elles ne le sont pas. La moitié des Belges trouve que la Belgique fait ce qu’il faut pour l’intégration, un tiers pense qu’elle ne fait peut-être pas assez.

Près de 8 Belges sur 10 estiment que l’on assiste actuellement à une montée d’un certain radicalisme religieux et 77 % de la population s’en inquiète.

Je ne vais pas me lancer dans l’étude de ce sondage qui ne m’étonne pas. Je me contenterai de donner des cas concrets, vécus, pas nécessairement par moi, mais par mon entourage qui donnent un éclairage sur la perception de l’intégration.

Dans certaines écoles, les jeunes vivent très mal que les musulmans ou musulmanes parlent arabe, même pendant les cours, leur reprochent leur tenue, vont parfois même jusqu’à affirmer qu’à la mosquée on leur a appris qu’ils/elles ne devaient aucune respect aux non-musulmans, même à leurs profs !

Beaucoup d’adolescents voudraient échapper aux cours de gymnastique ou à la piscine. Voir les musulmans déposer un certificat médical que leurs parents leur ont refusé, engendrent, chez leurs compagons,  un sentiment d’injustice.

Cela va parfois très loin. Je me souviens d’une circulaire ministérielle qui interdisait aux profs de faire des contrôles pendant le Ramadam !

Qu’une de leur fille épouse un musulman, dont elle se dit très amoureuse, est souvent bien accepté par les parents. Hélas ! très vite, leur fille se convertit à l’islam,  se voile, ne s’habille plus comme elle le souhaiterait et est, parfois, interdite de sorties… Le plus grave est la rupture qu’elle fait avec sa famille imposée même aux parents les plus tolérants.

Dans les entreprises, une DRH qui a engagé une musulmane pour ses compétences vit mal qu’après la période d’essai, elle se transforme. Port du voile, exigence d’un local pour la prière ! Et toujours le repli sur ses collègues musulmanes et le rejet « des autres ».

La montée de la crainte du radicalisme religieux ? Comment ne pas être influencé par les attentats commis au nom de l’islam ? Par les images de haine diffusées par les médias ? Par l’inquiétude suscitée par ces jeunes partis combattre en Syrie et dont on affirme qu’ils reviendront peut-être prêts à combattre comme ils l’ont fait là-bas ?

Le politiquement correct veut que l’on assiste constamment sur le fait qu’il s’agit d’une très petite minorité. Bien. Mais les responsables parlent de loups-solitaires, bien difficile à cerner ou à surveiller, leur consigne étant de se conduire « comme tout le monde ». Les scènes sont toujours les mêmes : « c’était un bon garçon – mon voisin – je n’aurais jamais pensé qu’il puisse faire cela… » Comment la méfiance, la peur ne s’installerait-elle pas ?

Je sais qu’on me dira qu’il ne faut pas généraliser, que la plupart des musulmans sont des gens très bien, qu’ils sont les premières victimes du comportement de ces extrémistes, que l’islam condamne les attentats ou les actes violents…

Bien d’accord, mais ce discours se heurte au vécu porteur de peur ou de ressentiment.

Le nier, ne pas le prendre en compte, est une erreur qui pourrait avoir de graves conséquences.

C’est mon sentiment.

Malek Chebel aspire à un « Islam des lumières » mais il est bien seul. Un attentat suscite toujours l’indignation, est condamné, mais après ?

28/05/2013

ALBERT II : VINGT ANS DE REGNE.

 

albert II vingt ans de règne, émission rtbf du 27/05

La RTBF avait annoncé un reportage sur les vingt ans de règne d’Albert II. Logiquement, je pouvais m’attendre à un parcours des événements de ces deux décennies et, en parallèle, une présentation du « travail » du souverain. Hélas ! j’avais oublié que c’était une émission de la RTBF ! François De Brigode, qui la présentait, quelques jours avant la diffusion, a expliqué que vu les rumeurs sur l’éventuelle abdication du roi, le titre et, bien entendu, le contenu avait été changé. D’où le titre réel de l’émission : « Albert II : vingt ans de règne !... et après ? »

Remarquez le point d’exclamation qui prend un tout autre sens par les points de suspension qui suivent.

Effectivement, après un très court reportage sur les vingt années de règne, a lieu « une confrontation ». Un émiment historien Francis Ballace et en face, un autre historien ? Cela aurait été comme cela dans n’importe quel pays du monde, mais, à la RTBF, ils ont fait appel à un constitutionnaliste. Première anomalie. La seconde pas n’importe lequel, Marc Uyttendaele, époux de Laurette Onkelinx, bien connu pour sa détestation de la monarchie. J’ai donc assisté à un discours haineux, injurieux, ponctué de rires sarcastiques et puisqu’il l’a utilisé le terme pour un autre roi,  je m’autorise à le reprendre pour lui « nauséabond ».

J’admire le calme de Francis Ballace qui a essayé de ramener le débat à ce qu’il aurait dû être. Mission impossible en face de quelqu’un qui est là pour cracher sa haine. Aucune réaction de François de Brigode. Pas un essai pour, comme c’était son rôle, calmer cet exalté. Rien.

« Question que j’ai décidé de poser à tout le monde, annonce François de Brigode, Philippe est-il prêt ? » Il tiendra parole et toutes les autres « confrontations » (je ne vois pas d’autre terme) seront centrées sur cette question.

Habileté pour permettre à d’autres d’exalter la République, avec des propositions comme celles de José Dubier (écolo ou ancien écolo ) deux présidents, un wallon et un flamand, tour à tour ou en même temps. Cela me ferait rire si ce n’était pas tragique de constater ce qui a été fait d’une émission qui aurait dû être consacrée à ce qu’avait apporté la Monarchie à la Belgique.

Je dois quand même à la vérité de dire que tous ceux qui se sont succédé ont rendu hommage à Albert II. Pas de fausse note même dans la finale consacrée aux présidents de parti. Même pas de la part de la NVA qui n’a pas caché son désir de république en reconnaissant que ce n’était pas le régime qui convenait à la Belgique.

Mais, je dois aussi dire combien il était déplaisant qu’après chaque « confrontation » Francis Ballace et Marc Uyttendaele soient appelés à « chroniquer » (c’est le mot utilisé) le débat. Inutile de préciser que la parole a été chaque fois monopolisée par Marc Uyttendaele !

Je suis trop en colère pour en dire davantage. Je dirai seulement que cet acharnement contre le Prince Philippe commence à m’agacer sérieusement.

Quand je pense, que nous sommes dans un pays où il a fallu des mois pour constituer un gouvernement dont on ne sait toujours pas ce qu’il fait. Ah ! oui ! la loi de financement !

Dans un pays où les hommes politiques se disputent à longueur de journée comme au gouvernement wallon.

Dans un pays où les politiques pensent plus à eux, leur image ! très important, leur com ! très important qu’au bien de tous.

Dans un pays où la démocrate que je suis en arrive à regretter qu’il soit ou est censé être une démocratie.

Dans un pays connu à l’étranger pour être celui du bon sens !

C’est vrai, mais pas à la RTBF.

18/05/2013

ODON VALLET.

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"Un homme exceptionnel, généreux, érudit. Il connaît aussi bien l’histoire du monde que le monde actuel. »

Odon Vallet est né le 3 septembre 1947 à Paris. Diplômé de Sciences- Po,  il a obtenu deux doctorats en droit et en science des religions.

Professeur, il est l’auteur  de nombreux livres : « Les religions dans le monde » « Jésus et Bouddha » « Petit lexique des idées fausses sur les religion » « Dieu n’est pas mort… mais il est un peu malade »

Spécialiste des religions et des civilisations,  il est souvent l’invité de C’dans l’air, l’excellente émission animée par Yves Calvi, sur France5. Toujours respectueux de la pensée des autres, il précise leurs propos, faisant appel à son immense culture.

Son nom intriguant les journalistes, il en a expliqué l’origine. Son prénom est celui d’un père abbé de Cluny qui a vécu en l’an 1000. Son père le lui a donné en reconnaissance à un prêtre qui lui avait donné des cours gratuitement, l’aidant à sortir de sa condition de pauvre.

FONDATION ODON VALLET.

Estimant que ses ressources d’enseignant et d’écrivain couvraient largement ses besoins, il a avec son frère, en 1999, créé « La Fondation Vallet », abritée par la Fondation de France. Il a  donné l’immense fortune dont il avait hérité de son père dix ans plus tôt.

La Fondation distribue des bourses d’études à des jeunes de Paris, du Bénin, du Vietnam. « Durant mes études, j’étais nul en maths, en physique et en arts appliqués, toutes les matières que je soutiens aujourd’hui à travers ma fondation. »

Pourquoi Paris, le Bénin, le Vietnam demande un journaliste ? Odon Vallet répond qu’il y a aussi de la pauvreté à Paris, hors des banlieues, que certains jeunes ont aussi des difficultés à payer leurs études. Le Bénin est un des rares pays d’Afrique, francophone, pacifique démocratique et pas trop grand. Au Vietnam, l’effort éducatif est exceptionnel, les résultats scolaires très bons notamment en Sciences.

La Fondation a distribué 25.000 bourses en dix ans. « Au Vietnam, nous avons 100 % de réussite aux examens, 93 % au Bénin et 93 % dans les écoles d’art. Le problème, c’est de durer ».

CHRONIQUES DU VILLAGE PLANETAIRE.    

Le village planétaire ou village global est une expression de Marshall McLuhan, tirée de son ouvrage The Medium is the Message  pour qualifier les effets de la mondialisation, des médias et des technologies de l’information et de la communication. La capacité pour une personne à récupérer des informations très rapidement en n’importe quel point de la planète donne l’impression d’être dans le même endroit virtuel, dans le même village.

« Le village planétaire » est une expression plus jolie que «  la mondialisation ». Bien sûr, l’information, grâce à internet circule presque dans le monde entier. Mais, nous savons qu’elle peut être censurée et que, parfois, loin de rapprocher les hommes, elle diffuse de la haine.

Les chroniques d’Odon Vallet sont souvent paradoxales. Le recours à l’histoire pourrait justifier le présent. Ce n’est pas l’intention de l’auteur mais c’est parfois troublant.

Ainsi, par exemple, les religions ont souvent été meurtrières, certaines le sont encore et l’auteur le montre bien dans « Un seul Dieu pour tant de haines. »

De même, dans « Dieu a changé d’adresse » l’auteur constate que le protestantisme traditionnel – luthérien ou calviniste – est remplacé par les pentecôtistes ou les baptistes, églises bien plus conservatrices  que ne l’était le protestantisme.

Le principe de la séparation de l’Eglise et de l’état, la laïcité, est inscrit dans la constitution de la France, du Mexique, de la Turquie, de l’Inde et du Japon. Mais, pour ne parler que de la France, l’état subsidie l’enseignement catholique, doit entretenir les lieux de culte, églises comme châteaux, c’est normal mais cela relativise la séparation et la neutralité de d’état. D’où sa question : « L’état peut-il encore être laïque ? »

De même, pour le port du voile, l’auteur rappelle les voiles des religieuses, des infirmières, même des vestales… Cacher les cheveux des femmes n’est pas neuf mais peut-on au 21ème siècle ne pas trouver choquant cette atteinte à la dignité de la femme qu’est le foulard islamique ? Pouvons-nous ignorer que certains extrémistes encouragent le port du voile pour rendre l’islam visible ? Ignorer que certaines jeunes filles le portent pour se protéger ?

L’auteur rappelle que les prescriptions de Mahomet correspondaient à ce qui se faisait dans l’Orient antique et affirme que les Musulmans devraient remettre les prescriptions du Coran dans leur contexte.

« La Terre sainte est laïque » Le titre peut surprendre mais il rappelle que la sacralisation « des pierres » est basée sur la religion. « Cent ans d’archéologie et d’exégèse biblique ou coranique ont largement montré qu’aucune confession ne saurait s’approprier des sites et monuments aux origines si incertaines. »  

Son livre aborde les mutations politiques aussi bien que religieuses.  « Les Etats-Unis sont devenus presque autant catholiques que protestants, la Chine est officiellement marxiste tout en conservant l’influence du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme tandis que le Japon est à la fois bouddhiste et shintoïste. Au début de ce siècle, les trios premiers ports du monde étaient Londres, Anvers et Rotterdam. Actuellement, ils ont été supplantés par HongKong, Singapour et Kaohsiug (Taiwan)  : la mer de Chine a remplacé la mer du Nord. » 

 L’auteur souligne le changement géographique des religions. En 1939, les trois premiers pays catholiques étaient la France, l’Italie et l’Allemagne ; aujourd’hui, ce sont le Brésil, les Mexique et les Philippines. Le Nigéria est devenu le deuxième pays protestant et la majorité des anglicans sont des Noirs. (Afrique, Amérique, Océanie). L’Islam est en train de se mondialiser mais est surtout présente en Indonésie, Pakistan, Bangladesh et l’Inde.

Dans le dialogue qu’il a avec Marc Leboucher, il se prononce pour la création des Etats-Unis d’Europe, idée qui remonte, dit-il, à Victor Hugo et qui paraissait bien utopique à l’époque.

Il combat aussi l’idée que nous vivons moins bien que dans le passé même si la crise ne permet pas d’affirmer que nous vivons mieux.

Que de bouleversements ces dernières décennies ! Même la famille est touchée par l’accélération des moyens de transport et la communication. On ne se marie plus avec quelqu’un de son village… « L’avion est désormais le facteur numéro un de métissage. »

Alors, notre monde, un « village planétaire » ?  

15/05/2013

RUMEURS.

 

D’actualité…

 

RUMEUR. Un bruit anonyme, mais chargé de sens. C’est donc que quelqu’un parle. Qui ? Personne, tout le monde : le sujet de la rumeur est le on, qui est moins un sujet qu’une foule impersonnelle et insaisissable. La rumeur fait comme un discours sans sujet, dont personne n’a à répondre. C’est ce qui la rend particulièrement propice aux fausses nouvelles, aux sottises, aux calomnies. Seul celui qui la lance, s’il y en a un, en est vraiment responsable. Seuls ceux qui se taisent ou la combattent en sont vraiment innocents. L’idéal serait de n’y prêter aucune attention. La moindre des choses, de ne pas en rajouter. Ce ne sont que des on-dit, qu’on ne peut toujours ignorer mais qu’il faudrait s’interdire de propager.

André Comte-Sponville. Dictionnaire philosophique.


Hélas ! certains en vivent…


09/05/2013

MALEK CHEBEL : ISLAM DES LUMIERES.

Malek chebel, manifeste pour un islam des lumières, 27 propositions de réforme de l'islam, esprit critique, statut de la femme

Malek Chebel est né en 1953 à Skikda en Algérie. Anthropologue des religions et philosophe, il a écrit de nombreux livres dont une traduction du Coran. Il a enseigné dans plusieurs universités internationales. (voir billet du 5 avril 2012).

MANIFESTE POUR UN ISLAM DES LUMIERES.

Le livre a été réédité dans la collection Pluriel, en 2010 précédé d’une nouvelle préface sur les « Printemps arabes ».

Le titre de son livre fait référence à l’esprit des Lumières mais aussi à une expression coranique : « Dieu a créé le monde dans les ténèbres puis il y ajouta sa Lumière. »

L’auteur formule 27 propositions pour réformer l’islam. Il aborde tous les domaines : le statut de la femme, l’excision, les crimes d’honneur, la nécessité de l’esprit critique, les écoles coraniques, le pouvoir exhorbitant des imans, leur formation, leur enseignement. Il aborde aussi des sujets plus politiques comme la gestion de la cité, la guerre sainte, les assassinats politiques, la démocratie et même l’écologie.

Un vaste programme que ces propositions de réforme de l’islam pour le rendre plus en accord avec le monde actuel. Les propositions paraîtront souvent utopiques mais la réflexion est intéressante. Le livre s’adresse à tous, aux musulmans comme aux non-musulmans. Bien écrit, il se lit facilement, les chapitres sont courts et bien argumentés.

Impossible de résumer le livre, je vais donc opérer une choix très subjectif.

Le premier chapitre est une justification du livre. « Je préconise une lecture des textes sacrés qui tiennent compte de l’évolution de l’homme. » (…) La nouvelle interprétation des textes fait appel à l’esprit critique, donne la primauté à l’écoute des doléances du musulman et lui propose des solutions simples et pratiques. »

Une explication intéressante sur une critique souvent entendue du silence des intellectuels musulmans. « Un enseignant universitaire est si dénigré aujourd’hui qu’il éprouve de la honte à donner son titre (…) Malek Chebel affirme que les philosophes, biologistes, architectes, ingénieurs ou autres intellectuels sont obligés, dans les régimes totalitaires, de quitter leur pays pour achever leurs études. Pire : « Les sciences humaines sont suspectées d’une tare congénitale inexpugnable, car selon leurs détracteurs, elles traduisent le mode de vie corrompu de l’occident, tandis que ceux qui s’y adonnent ne sont pas loin d’être des rénégats, des chercheurs mal intentionnés, voire des ennemis de la foi. »

L’auteur déplore le pouvoir des religieux : « Je suis frappé par l’emprise phénoménale que les religieux ont sur la société et plus particulièrement sur les couches sociales démunies. » « A l’étudiant qui s’engage dans les études religieuses, on demande une capacité d’assimilation passive des textes de la tradition, sans aucun recul. » Revoir la formation des imans est une revendication politique chez nous, depuis longtemps, mais sans aucune réalisation. J’ajouterai qu’il en est de même pour l’enseignement coranique suivi par nos étudiants qui, je le déplore, est bien souvent synonyme d’endoctrinement. Malek Chebel le dira dans un autre chapitre : « Ceux-ci (les imans réactionnaires) tiennent un grand nombre de mosquées, contrôlent avec dextérité les peurs et les angoisses des croyants, lesquels, subissent leurs prêches quotidiens, finissent par leur accorder un crédit démesuré. »

Malek Chebel condamne le djihad, guerre sainte décrétée parfois même contre la révolution des peuples opprimés. Il cite le verset 32, de la sourate V « Celui qui a tué un homme (innocent) est considéré comme s’il avait tué tous les hommes ; celui qui a sauvé un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes. » Malheureusement, l’histoire nous a appris combien il était facile de détourner les textes religieux.

Il en est de même pour la fatwa : « Que l’iman puisse disposer d’un pouvoir aussi exhorbitant montre tout simplement que l’Etat de droit n’existe pas et que le déni de justice peut devenir la règle. » Et que dire quand elle est décrétée contre des individus qui ne relèvent absolument pas du pouvoir des imans ?

La liberté de conscience est particulièrement difficile dans une religion ou foi et pratique sont intimement liées. L’auteur n’a pas peur de parler de ceux qui sont amenés à se cacher quand ils ne respectent pas le Ramadam.

J’en viens au statut de la femme, dont « son anatomie et sa physiologie sont plus déterminants que son être profond. » « Répudiation, polygamie, mariages forcés et précoces, rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects  - flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. » Une injustice poussée à un niveau inacceptable dans la plupart des pays musulmans.

Malek Chebel ne pouvait pas, ne pas parler du voile. Il rappelle le verset 59 de la sourate XXXIII qui oblige les femmes à se couvrir mais remet la prescription dans son contexte historique. Ce qui est plus grave, c’est qu’actuellement, du fait de la politisation extrême de l’islam, « le voile est devenu un signe ostentatoire d’adhésion à l’islam le plus rigoriste, un signe religieux qui charrie autour de lui de nombreuses idéologies plus ou moins restrictives. » Parmi celles-ci : l’affirmation sans équivoque des signes de foi par rapport à un univers politiquement neutre – la reconquête des terres musulmanes par le biais de la réislamisation des peuples.

Alors que chez nous, l’interdiction du port du voile, dans certaines conditions et au nom de la dignité de la femme, suscite bien des polémiques, certains pays musulmans ont fait de réelles avancées sur le droit des femmes.

 Malek Chebel termine son livre en exprimant le souhait que l’islam ne soit plus un dogme mal aimé – ou mal compris – mais une religion de progrès.