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05/11/2014

MANIFESTATION GENERALE DE JEUDI.

manifestation du jeudi 6 novembre

 

Qu'on se le dise bien, il ne s’agit pas d’une grève mais d’une manifestation !

Comme les syndicats s’attendent à 100.000 personnes à Bruxelles, la question que je me pose : comment fait-on pour participer à une manifestation sans faire grève ?

Il y a, paraît-il, plusieurs solutions : prendre congé, se déclarer malade, obtenir l’accord de son patron (hum !).

Les secteurs touchés sont fort nombreux : la stib serait complètement à l’arrêt, De Lyn, perturbée, certains magasins fermeront, certaines banques, le courrier ne sera pas distribué,  grève – non pardon – non travail des fonctionnaires, absence des enseignants même si les écoles resteront ouvertes.

Je résume : 100.000 personnes ne seront pas au travail mais ne seront pas non plus en grève !

La CGSP assure gentiment qu’il n’y aura pas de « piquets de grève ». Précision amusante puis qu’il n’y a pas grève !

Les trains rouleront normalement pour permettre aux manifestants de rejoindre Bruxelles. A tarif réduit : 50 % de réduction, dit-on. Qui décide ce cadeau ? La direction assimile la manifestation à de grands rendez-vous comme, tenez-vous bien, la prestation de serment du roi Philippe. Hallucinant !

La SNCB a d’ailleurs prévu des trains supplémentaires pour « acheminer les manifestants dans les meilleures conditions » Je suppose que contrairement à ce qui se passe d’habitude, les trains seront à l’heure.

Ce mouvement qualifié de « résistance » est d’après Marc Goblet (FGTB) un rappel de l’importance de la concertation sociale libre, qui, selon lui, ne sera plus possible. Remarquez le « libre » ajouté parce que la concertation sociale est prévue dans l’accord gouvernemental, il le sait bien. Jolie trouvaille de langage.

Jacqueline Galand s’est étonnée des tarifs préférentiels accordés par la SNCB. Elle n’est pas la seule.

Une manifestation qui n’est pas une grève mais qui y ressemble. Je ne peux m’empêcher de penser qu’une grève nationale coûte cher aux syndicats, une manif, non. Alors, allons-y pour la manif et faisons confiance aux travailleurs, ils se débrouilleront.

Ceux qui doivent vraiment se débrouiller sont les otages de cette manif. Pas question de rouler en voiture à Bruxelles. Les voitures stationnées sur le parcours de la manif ont déjà été enlevées. Pas question d’envoyer ses enfants à l’école. On sait ce que signifie une « école ouverte » Les pauvres enfants que les parents obligeront à se rendre à l’école ne seront certainement pas bien accueillis.

Je soulignerai une astuce suprême : la grève est considérée comme une atteinte au droit de travailler. Mais, je vous le dis, en cas de manif, tout le monde peut travailler ! Sans blague !

 

17/10/2014

DU JAMAIS VU !

déclaration de politique générale, indignité de l'opposition, spectacle affligeant, atteinte à l'image de la Belgique

 

Mardi matin, j’apprends avec étonnement que la déclaration de politique générale sera retransmise à la TV. Il me semblait que ce n’était pas l’habitude. Soit. J’ouvre ma TV pour écouter et je comprends le pourquoi de la retransmission. Laurette Onkelinx interpelle Charles Michel sur deux membres de son gouvernement. Je devrais dire « futur gouvernement » puisqu’il n’a pas encore obtenu la confiance du parlement.

S’en suit un débat houleux. Violences, injures, Siegfried Brack, nouveau dans la fonction, n’arrive pas à maintenir l’ordre.

J’assiste donc à un vrai complot orchestré par l’opposition. Empêcher Charles Michel de s’exprimer, le crédibiliser, noircir le MR en feignant de s’attaquer à la N-A.

J’ai trouvé ce qu’avait fait l’opposition indigne. Non respect de l’ordre du jour, non respect des institutions, non respect du téléspectateur qui ne s’attendait pas à cela.

Dois-je rappeler que les propos tenus par l’opposition auraient dû l’être le lendemain ? La discussion sur la déclaration devait être discutée le mercredi. Elle a d’ailleurs eu lieu dans le même climat injurieux.

Mais, voilà, le mercredi, les débats n’étaient pas diffusés à la télévision…

La chambre accordera la confiance au gouvernement, majorité contre opposition, le jeudi à 23 heures, soit après 30 heures de débats houleux.

Je ne vais évidemment pas entrer dans la polémique orchestrée par l’opposition. Je remarque seulement que la collaboration n’était qu’un prétexte ressorti alors qu’on pouvait croire la page tournée. Il y a eu des condamnations, l’amnistie n’a jamais été accordée.

J’apprends, ce matin, que Di Rupo l’avait envisagée… Retour de bâton.

Conclusion ? L’opposition a perdu. Elle a permis à Charles Michel de s’imposer, de devenir un véritable leader comme certains l’ont dit.

Le PS, le CDH, le FDF ne sortent pas grandis. Se vautrer dans la boue, comme ils l’ont fait, a terni leur image.

Je ne comptais pas m’exprimer mais je ne voudrais pas que mes lecteurs me croient insensible à ce qui s’est passé. Insensible à un spectacle affligeant qui nuit à l’image de la Belgique à l’étranger.

Je suis triste, indignée, mais pas surprise. Il y a longtemps que mon opinion est faite sur certains politiques.

J’en resterai donc là.

 

09/10/2014

GOUVERNEMENT FEDERAL.

gouvernement fédéral

 

Après les élections, le PS s’empresse de négocier avec le CDH pour la formation d’un gouvernement en Wallonie et à Bruxelles, rejetant dans l’opposition le MR, qui avait pourtant progressé. Une gifle pour les électeurs du MR. Une précipitation qui aura des conséquences sans doute inattendues.

La justification donnée par Di Rupo ne tient pas : il était inutile de se préoccuper du Fédéral avant les régions comme c’est l’habitude. Soit, mais cela ne justifie pas le rejet du MR.

Je ne vais pas refaire toute la saga. Charles Michel et Chris Peeters sont chargés par le roi de former un gouvernement fédéral.

Les deux formateurs vont donc négocier avec la N-VA, premier parti de Flandre, provoquant la rage du PS qui espère toujours être au Fédéral. Ainsi, Laurette Onkelinx qui négocie à Bruxelles fait appel au FDF, qui a fait un bon score. Normal, pourrait-on penser sauf que le MR est de nouveau rejeté. Dois-je rappeler que le FDF n’a pas voulu voter la réforme de l’Etat ce qui a provoqué le schisme entre les deux partis ? Dois-je ajouter qu’Olivier Maingain ne s’est pas caché de vouloir « la peau du MR » ? Joli !

Laurette Onkelinx, persuadée que le PS sera au Fédéral, ne va pas à Bruxelles au contraire de Joëlle Milquet qui va en Wallonie.

Charles Michel et Chris Peeters vont donc négocier avec la N-VA, le CD&V et l’OPEN VLD. Tout se fait dans la discrétion sauf les fuites dans la presse voulues ou pas, je n’en sais rien.

Avant même que les négociations n’aboutissent, on assiste à un délire d’injures de la part du PS et du CDH. Charles Michel a beau expliquer les garanties qu’il a obtenues de la N-VA de constituer un gouvernement socio-économique, appliquant la réforme de l’Etat  mais n’envisageant pas d’en exiger une autre, rien n’y fait.

Je mentionnerai le refus du CDH d’entrer au Fédéral, compréhensible puisqu’il est avec le PS en Wallonie. Ce refus rend pourtant caduque la principale critique faite au futur gouvernement fédéral sur la représentation des Wallons par un seul parti.

Je n’ai pas l’intention de détailler les mesures du gouvernement fédéral, je ne suis pas économiste et les spécialistes font cela très bien.

Alors, me direz-vous, pourquoi ce billet ? J’ai mal vécu tout ce qui s’est passé ces dernières semaines. Je n’avais pas du tout envie de m’exprimer. Ce matin, je veux féliciter le MR pour son courage. Charles Michel a tenu bon malgré les injures. Il le fallait.

Certes, ce sera difficile, mais on peut espérer que la Belgique se portera mieux  à la fin de la législature.

Bart De Wever ne cache pas sa fierté d’avoir réussi à écarter le PS en Flandre et en Wallonie. Réaction normale.

Le PS dans l’opposition au Fédéral est une première. Mais, on peut trouver que vingt-cinq ans de dictature socialiste, c’était beaucoup.

J’ai trouvé toujours déplaisant cette arrogance du PS qui se présente comme le seul parti capable d’assumer le bien commun. Hum ! Le bien commun ou son intérêt propre ?

La Fédération Wallonie Bruxelles aura aussi de grosses difficultés. Paul Magnette ne s’en cache pas.

La gauche comme la droite sera confrontée à des choix difficiles, impopulaires. Allons-nous  vivre des années difficiles ?

C’est certain. Alors, souhaitons à nos politiques d’avoir du courage, de la lucidité, de penser à l’avenir du pays plutôt que de se lancer dans des querelles indignes qui ne feront qu’aggraver une situation difficile.

Un conseil à certains : cessez de regarder dans votre boule de cristal. Seul Dieu connaît l’avenir et c’est très bien ainsi.

 

24/07/2014

REFLEXIONS.

réflexions, politique belge, gouvernements

Calendrier aztèque.

Quelques jours après les élections, le PS s’empressait d’entamer des négociations pour former un gouvernement, en Wallonie et à Bruxelles.

En Wallonie, coalition PS/CDH, le MR, qui a progressé est donc rejeté dans l’opposition. Tout le monde sait que les cinq années qui viennent seront importantes puisque certaines compétences du Fédéral viendront en Wallonie et à Bruxelles.

Il semblait donc logique d’associer le MR qui a voté la réforme de l’Etat et est bien représenté en Wallonie. Cette logique n’a pas été respectée. Pire, le PS a choisi d’associer le CDH, qui n’a pas progressé, au contraire.

Ce qui me semble bizarre c’est que le PS a toujours pris le MR comme alibi quand, au Fédéral, il fallait prendre des mesures budgétaires impopulaires. On connaît la formule « Nous sommes en coalition, nous devons faire des concessions. »

Or, la situation financière de la Wallonie s’annonce difficile. Paul Magnette s’est fendu d’un discours annonçant la rigueur pour les deux années à venir. Voilà donc un gouvernement de gauche – certains disent de centre-gauche à cause de la présence du CDH – qui s’engage à assumer sans son alibi habituel, les années de rigueur !

Tout le monde sait que le CDH est plus que proche du PS, ce ne sera donc pas un allié encombrant.

Même scénario à Bruxelles. Laurette Onkelinx rejette aussi le MR dans l’opposition mais fait appel au FDF. Dois-je rappeler que le FDF s’est séparé du MR parce qu’il n’a pas voulu voter la réforme de l’Etat ? Le MR a donc souffert de cette séparation due à sa loyauté. Pour la petite histoire, Olivier Maingain a répété qu’il voulait se venger du MR, le voir au tapis et il a même refusé de voir Charles Michel informateur sous un faux prétexte de santé. La vengeance est tenace !

Le FDF va donc contribuer à mettre en œuvre une réforme qu’il n’a pas votée. Pire, Olivier Maingain, après quelques jours, a redit qu’il n’abandonnait rien de son programme même si, apparemment le point le plus important pour lui, l’élargissement de Bruxelles ne fait pas partie de l’accord. Ce sera pour plus tard… Dois-je rappeler le refinancement de Bruxelles  acquis par la réforme ?

Un petit mot sur la Fédération Wallonie-Bruxelles. Je ne vais pas entrer dans la polémique, trop de ministres etc. mais tout de même la nomination de deux présidents au lieu d’un, rompt ce que le PS a toujours défendu, maintenir les liens forts avec Bruxelles. Il fallait bien caser Rudy Demotte et récompenser Paul Magnette !

Tout de même une anomalie, Paul Magnette et Maxime Prévot resteront bourgmestres ce qui ne s’est jamais vu. Je pourrais rappeler la fameuse déclaration sur les cumuls. Mais tant qu’on y est, pourquoi ne pas profiter des avantages qu’on s’est adjugés.

Elio Di Rupo, Premier ministre en affaires courantes redevient Président en titre du PS. Une anomalie permise, paraît-il, par les statuts du PS. J’avais d’ailleurs trouvé bizarre qu’Elio participe à toutes les négociations avec Paul Magnette, président faisant fonction. Aussi du jamais vu. Le Roi reçoit les présidents de parti, donc une seule personne par formation politique, mais pour le PS, la règle ne s’applique pas ! On a donc vu Elio Di Rupo reçu par le Roi, le matin, comme Premier ministre en affaires courantes et le même après midi, comme représentant du PS !

J’en viens à la formation du gouvernement fédéral. Même si le PS le nie, il est évident pour tous les observateurs que la formation des gouvernements régionaux avant le fédéral, handicape fortement la formation de celui-ci. Même dans un pays fédéral – j’aimerais dire devenu confédéral – mot prononcé d’ailleurs par un éminent socialiste.

Ce n’est pas anormal, j’ai toujours trouvé que les subtilités sémantiques : régional, fédéral, confédéral,  servaient d’alibi, pour nier la réalité. Le PS a toujours rêvé d’une Wallonie complètement rouge comme jadis ce qu’on appelait l’Etat CVP.

Charles Michel et Chris Peeters vont donc essayer de former le gouvernement fédéral avec la N-VA. La N-VA, cri d’horreur ! Qu’elle soit le premier parti de Flandre, ait fortement progressé aux dernières élections, soit liée au CD&V, soit reconnu comme parti démocratique, ait abandonné ses revendications nationalistes, n’y changent rien. « Ils disent que, mais vous verrez… » J’ai pourtant toujours entendu que coalition  voulait dire compromis, mais l’envisager pour la N-VA, non !

Je souligne que le roi Philippe au contraire d’Albert II, a choisi Bart De Wever comme informateur et lui a laissé du temps. Ce n’était que justice.

Nous voilà donc dans les négociations pour un gouvernement fédéral, où sera la N-VA et les Wallons représentés seulement par le MR. Les refrains vont bon train, les Wallons déjà minoritaires au niveau démographique le seront au gouvernement. Et oui, à qui la faute ?

C’est fort de café de la part du PS de vouloir quand même être au fédéral en ayant rejeté le MR comme ils l’ont fait et, je suppose, la N-VA, premier parti flamand.

Victoire historique pour la Flandre, peut-être, mais encore une fois, à qui la faute ?

Pas de majorité des 2/3, une nième réforme de l’Etat, ne pourra pas se faire.

Le programme de gouvernement n’est pas encore connu puisque les négociations commencent mais Charles Michel a répété qu’on ne toucherait pas à l’index, on verra. Je ne peux rien dire de plus sinon que le MR a pris une décision courageuse, difficile mais devenue inévitable.

Je ne sais pas d’où vient cette appellation de « kamikaze » très injurieuse, toujours employée associée parfois à « suédoise ». Depuis quand donne-t-on des « surnoms » aux coalitions ? Avec un peu d’imagination, j’en trouverais bien pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais je n’entre pas dans ce jeu odieux.

J’en suis là dans mes réflexions. Ces dernières semaines ont été pénibles. Le crash de l’avion pourrait peut-être ramener nos politiciens à un peu de bon sens. Le mal est fait, mais n’y ajoutons pas les injures, il y des choses très graves dans le monde. Relativisons.

 

14/07/2014

LIBERTE POUR L'HISTOIRE.

liberté pour l'histoire, pierre nora, françoise chandernagor

 

L’association « Liberté pour l’histoire » est née, en 2005, sous la présidence de René Rémond, d’un appel signé par un millier d’historiens. Elle est présidée actuellement par Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française. Françoise Chandernagor en est la vice-présidente.

Pourquoi avoir créé cette association ? Les historiens étaient émus par des interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par des procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs. Ils entendaient rappeler que l’histoire n’est ni une religion ni une morale.

L’association s’est donné comme mission de faire reconnaître la dimension scientifique de la recherche et de l’enseignement historiques et de défendre la liberté d’expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine.

Ce combat a pris en 2007 une dimension européenne, avec un projet de décision-cadre adoptée par le Parlement européen en première lecture. Elle instaure pour tous les génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l’humanité, un délit de banalisation et même de complicité de banalisation  passibles de peine d’emprisonnement, quelles que soient l’époque des crimes en cause et l’autorité qui les a considérés comme établis.

A première vue, le citoyen ne peut qu’approuver. Pierre Nora et Françoise Chandernagor vont démontrer qu’elle va empêcher la liberté d’expression des historiens et rendre impossible parfois jusqu’à l’absurde la discussion de certains faits d’histoire.

Ainsi, par exemple, la colonisation a toujours été un débat entre les historiens. Qu’est-ce qui était juste ? Qu’est-ce qui ne l’était pas ? Or, ce sujet est enseigné dans les écoles et imposer une manière de juger positive ou non appelle la réflexion.

La loi Gayssot, destinée en 1990 à lutter contre le négationnisme, avait créé, à propos des crimes contre l’humanité tels que définis au procès de Nuremberg, un délit de « contestation ». Cette loi, approuvée par Pierre Nora et Françoise Chandernagor, n’était pas dirigée contre les historiens mais, au contraire, contre les militants du mensonge historique.

Mais, en 1992 une réforme du code pénal introduit deux catégories de crimes, « le génocide » et « le crime contre l’humanité » autres que le crime nazi défini en 1945. Cette réforme a rendu possible les lois mémorielles ultérieures : celle de 2001 reconnaissant le « génocide » de 1915 et, la même année, la loi Taubira qualifiant de crime contre l’humanité la traite et l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle par les nations occidentales.

Il faut remarquer que la loi va beaucoup plus loin que la loi Gayssot puisqu’elle remonte dans le temps, XVe siècle et ne vise que les nations occidentales. Il est évident que l’esclavage et la traite des êtres humains n’a pas été l’apanage des seules nations occidentales.

Remonter dans le temps ? Jusqu’où ? La Saint-Barthélemy ? Les croisades ? Ainsi en 2006, les festivités prévues pour le bicentenaire d’Austerlitz avaient été annulées, sur injonction du président de la République parce qu’on avait découvert le rétablissement de l’esclavage en Haïti par Napoléon.

Bien entendu, il ne s’agit pas pour les historiens de se barricader dans une approche scientifique du passé, insensibles à la souffrance humaine et aux plaies toujours ouvertes. Pour Pierre Nora, les historiens de par leur rôle social et leurs responsabilités civiques, se trouvent être en première ligne dans une affaire qui engage l’indépendance d’esprit et les libertés démocratiques.

Il ajoute : « La notion de crime contre l’humanité est un progrès de la conscience universelle et une saine réaction devant des crimes imprescriptibles. Mais elle ne saurait s’appliquer rétroactivement ni sur le plan intellectuel, ni sur le plan moral, ni, à fortiori, sur le plan juridique. »

L’historien dans sa recherche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

Dans une pétition, en 2005, signée notamment par d’illustres historiens comme Elisabeth Badinter, Françoise Chandernagor, Jacques Julliard, Pierre Nora, Mona Ozouf, René Rémond, Michel Winock, se trouve la déclaration suivante :

« L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »

Les historiens ne peuvent donc admettre que l’Etat  leur dise, sous peine de sanctions, ce qu’ils doivent chercher et ce qu’ils doivent trouver.

Il est vrai que c’est la porte ouverte à n’importe quelle revendication d’associations se basant sur la loi.

Il est évident qu’il faut faire une différence entre le « révisionnisme «  et le « négationnisme » Le premier n’est autre qu’une démarche scientifique normale, consistant à réviser en permanence les interprétations de l’Histoire à partir de nouveaux documents ou de nouvelles analyses. Le second terme décrit une attitude qui consiste à nier des faits établis sans s’appuyer sur des documents permettant de le faire.

Je terminerai en citant Françoise Chandernagor :

« Rien de plus fragile que la liberté d’expression, rien de plus constamment menacé. Il y a un siècle, d’autres députés bien intentionnés avaient voulu instaurer un « délit d’outrage à la République ». Clemenceau, républicain indiscutable, prit alors la parole et dit : « Mes chers collègues, je viens vous demander qu’on puisse impunément outrager la République. Avec les meilleures intentions du monde vous allez contre le principe de la liberté. Car je défie quelque juriste que ce soit de venir à cette tribune vous dire à quel signe le magistrat pourra reconnaître que la discussion cesse et que l’outrage commence. »

J’ai été fort intéressée par ce petit livre. Nous vivons une époque où « la repentance » a pris des proportions inconnues jusqu’ici. Si en plus, elle devient sujette à des recours devant les tribunaux, adieu la liberté d’expression.