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07/05/2012

TOUR D'HORIZON.

Difficile en ce moment de parler politique, du moins en Belgique. La campagne pour la présidence française a accaparé les médias. Par contre, peu d'informations nous parviennent sur le travail de notre gouvernement. Ironiquement, je pourrais dire qu'avant qu'il n'existe, c'était un sujet largement commenté. X jours sans... Je me suis pourtant décidée à faire un petit tour d'horizon.

 

MEDICAMENTS.

 

Laurette Onkelinx a provoqué l'indignation des médecins et des pharmaciens et, je pourrais ajouter des citoyens, en dévoilant son plan destiné à lutter contre le déficit de la sécu. Les pharmaciens ne pourront plus délivrer l'antibiotique prescrit par le médecin et devront le remplacer par le médicament le moins cher. C'est évidemment une atteinte grave au travail des généralistes. Je me demande si la Ministre sait que tous les antibiotiques ne se valent pas. Un médecin sait quel antibiotique convient pour telle pathologie. Il connaît aussi son patient et c'est en se basant sur cette connaissance qu'il rédige son ordonnance. Il me semblait que le dossier médical, qui avait fait l'objet d'une large publicité, reposait sur ce principe : la connaissance du passé médical d'un patient est essentielle.

 

Je ne parlerai pas des problèmes qu'ont soulevés les pharmaciens sur la technicité de la réforme. Je m'en tiendrai donc à dire à la Ministre qu'elle instaure une médecine à deux vitesses. Il est clair que ceux qui ont les moyens se passeront du remboursement de la mutuelle pour obtenir la pilule qui leur convient. Et que dire des génériques ? Ils sont déjà largement prescrits mais quand le médecin constate des effets indésirables, il change son ordonnance ce qui est pure logique.

 

EUTHANASIE. 

 

L'association pour le droit de mourir dans la dignité vient de fêter ses trente ans d'existence. Elle rappelle les trente années de combat pour le droit légal à une mort digne et pour l'application effective de ce droit. Tous les problèmes ne sont pas résolus. A l'heure actuelle, 85 % des déclarations d'euthanasie sont faites en Flandre contre 15 % en Belgique francophone. A l'inverse, les médecins francophones recourent deux fois plus à la sédation palliative que leurs homologues flamands. C'est clair, les médecins francophones décident davantage à la place de leurs patients.

 

Le SP.A  veut relancer la discussion sur l'extension de la loi. Le SP.A dit vouloir étendre la possibilité d'euthanasie aux mineurs d'âge, aux personnes souffrant de démence et à celles qui se trouvent dans un état d'inconscience prolongée. Il est clair que cela ne pourrait se faire sans un large débat et l'assurance qu'on ne touche pas aux acquis actuels.

 

Faut-il rappeler, une fois de plus, que personne n'est obligé de demander l'euthanasie. Pour moi personnellement, je préfère mourir entourée des miens plutôt que de subir une sédation sans que ma famille soit au courant et après parfois des mois de traitements douloureux. Je ne parviens toujours pas, plus d'un an après, à accepter l'acharnement subi par un ami très cher qui s'est quand même terminé par une sédation non annoncée. Il est mort seul.

 

 EXTREME-DROITE ET DERIVES.

 

Le score de Marine Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle a secoué la France. Pour ne parler que de ce qui est actuel, un parti néonazi va entrer au parlement grec. Si les résultats se confirment, la formation néonazie de Chrissi Avghi (Aube dorée) pourrait obtenir une vingtaine de sièges au parlement.

 

Tout le monde se rappelle l'incident survenu dans le train Namur-Bruxelles le 4 mai. Quelqu'un s'est emparé du micro pour annoncer : "Bienvenue dans ce train à destination d'Auschwitz. Tous les Juifs sont priés de descendre à Buchenwald." La SNCB s'est excusée et a porté plainte, une enquête est ouverte, mais sans généraliser, je crois qu'il faut s'inquiéter d'une possible montée de l'antisémitisme. Je ne sais plus qui a dit récemment : "Les Juifs ont peur".

 

Je rappellerai aussi les propos scandaleux tenus par Philippe Moureaux après l'émission de la RTBF. (voir billet du 19 avril) J'ai été indignée par l'invitation d'Olivier Maroy à un débat organisé dans Mise au Point. Il lui a littéralement déroulé le tapis rouge.

 

LES PAPYS FONT DE LA RESISTANCE.

 

Le Vif du 4 mai a interrogé des bourgmestres-séniors. Louis Tobback, (PS) bourgmestre de Louvain, depuis 1995, âgé de 75 ans s'accroche. Raymond Langendries, (CDH), 68 ans, ambitionne de rester bourgmestre à Tubize. Herman De Croo, (OPEN VLD), 74 ans, entend bien rester parlementaire. Philippe Moureaux, (PS) 74 ans, brigue un nouveau mandat de bourgmestre par attachement, dit-il, à sa commune. (Interdit de dire qu'il vit dans une luxueuse villa à une dizaine de kms de Bruxelles). Il imite sans doute Laurette Onkelinx, censée habiter Schaerbeek, qui parle de sa villa à Lasne comme d'une maison de campagne. (Hum !). Je ne ferai pas de commentaire, après tout, c'est l'électeur qui choisit.

 

BREVES.

 

Le mari d'Onkelinx, juriste, est devenu spécialiste du tourisme de par la volonté de la Région Wallonne...

 

Laurette Onkelinx, encore elle, a provoqué la colère des jeunes agriculteurs: "Laurette, ton plan santé, c'est des salades."

 

En France, le Conseil Constitutionnel a aboli la loi sur le harcèlement sexuel provoquant, à juste titre, la colère des femmes.

 

 

Bon, je croyais qu'il ne se passait rien. Serais-je devenue, à mon insu, une blogueuse en mal de copie ? Je préfère croire en une curiosité préférable à l'indifférence.

 

19/04/2012

PHILIPPE MOUREAUX.

 

questions à la une, rtbf, réactions, islam

 

 

Je le disais dans mon précédent billet, les occasions de s'étonner, s'attrister ou s'indigner ne manquent pas. Je ne réagis pas toujours. Les journalistes font leur travail, l'information est là, je garde mon indignation pour moi.

 

Cette fois, c'est impossible, c'est vraiment trop scandaleux. Pour mes lecteurs, qui ne sont pas Belges, un rappel des faits. Le 11 avril, la RTBF diffuse un reportage dans le cadre de ses émissions "Questions à la une". Le sujet est délicat : "Faut-il craindre la montée de l'islam". Je l'ai regardé, j'ai trouvé les journalistes bien courageux car, tout le monde le sait, parler de l'islam revient automatiquement à se faire traiter de raciste même quand on ne montre que la réalité.

 

Philippe Moureaux, vice-président du PS, bourgmestre d'une commune dite "sensible" a réagi. Je cite : "Questions à la une : des procédés dignes du nazisme". Le journaliste, qui a pourtant fait correctement son métier est qualifié "d'islamophobe." Accusation habituelle dès qu'un quidam ou même un spécialiste ose parler de l'islam mais, cette fois, il s'agissait d'une émission service public.

 

Je citerai encore ses propos repris par la Libre Belgique (art. mis en ligne le 17/04). "L'antisémitisme a fait un moment ses succès sur ce genre de méthode. C'est comme cela que Goebbels essayait d'attaquer les juifs, comme maintenant certains attaquent les musulmans."

 

Pour corser le tout, un faux profil Facebook a été créé au nom du journaliste, Frédéric Deborsu. Sous le titre "Frédéric Deborsu et la Légion wallonie" en référence à l'unité SS dirigée par Léon Degrelle, ces mots "Degrelle, c'est mon papa". Un procédé particulièrement odieux. La page a été supprimée, a réapparu, puis a de nouveau disparu.

 

La presse s'est mobilisée pour défendre le journaliste. Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La libre titrait son édito d'hier : "Non, M. Moureaux, ce ne sont pas des méthodes de nazis." Il analyse très finement le reportage en concluant "Que ce reportage ne plaise pas à tout le monde, c'est normal. Mais que Philippe Moureaux, un professeur qui enseigne la critique historique à l'ULB, compare les méthodes journalistiques de la RTBF à des méthodes utilisées par Goebbels et par d'autres nazis de l'Histoire... Ce n''est pas simplement regrettable, c'est inacceptable. Ce dérapage mériterait des excuses publiques."

 

Autre réaction, celle de Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des Journalistes Professionnels : "L'émission ne procède ni par stigmatisation, ni par polarisation. Il n'y a pas de généralisation abusive mais au contraire, une approche volontairement nuancée du sujet.

Le reportage respecte les recommandations déontologiques en la matière."

 

Je partage tout à fait cet avis et je suis contente que l'AJP l'ait exprimé.

 

Toujours dans la Libre Belgique, ce matin, un excellent édito de Francis Van de Woestyne, intitulé simplement : "Une faute."

 

Le Soir reprenait hier l'analyse faite par l'AJP en titrant "Les propos de Moureaux sont dangereux pour les journalistes."

 

Je n'ai pas été plus loin dans ma recherche. Je suis certaine que d'autres journalistes partagent l'avis de leurs collègues.

 

Je suis indignée parce que ce n'est pas la première fois que Philippe Moureaux tient des propos injurieux notamment sur les politiques qui ne sont pas du PS. Et les réactions sont souvent les mêmes : "On connaît son franc- parler. Il est comme cela." Bref, à ma connaissance, c'est la première fois que les critiques sont unanimes. A propos du personnage, je me suis toujours demandé pourquoi il continuait à être invité à des débats télévisés, la haine qu'il diffuse est tellement violente qu'elle me dégoûte.

 

Je noterai encore que le président actuel du PS n'a pas voulu condamner les propos de Philippe Moureaux au nom de son droit à s'exprimer !

 

La violence a été un sujet fort débattu ces derniers temps. Alors, une interrogation, pourquoi les jeunes seraient-ils plus respectueux que leurs "illustres" aînés ?

 

Un souhait ? Maintenant que la RTBF a été durement attaquée, qu'elle cesse de l'inviter. Qu'il reste dans sa luxueuse villa. Qu'il cesse de nous distiller son venin comme il le fait depuis des années. Même le PS s'en portera mieux.

 

13/04/2012

REDOUBLEMENT EN 3ème MATERNELLE.

 

 

enseignement, redoublement en maternelle

 

Les sujets de s'étonner, s'attrister ou s'indigner ne manquent pas. Depuis longtemps, les études qui se succèdent affirment que notre enseignement va mal. Niveau trop bas, trop d'échecs, trop de redoublements, manque de formation professionnelle.

 

Le redoublement surtout a suscité de vives polémiques. Je précise qu'il s'agissait de l'enseignement secondaire. Certains étaient pour; d'autres contre. Argument des "pour" : indispensable pour une bonne scolarité. Arguments des "contre" dont je fais partie : échec camouflé, répercussions négatives pour l'enfant, une solution facile, un alibi en sorte qui empêche de réfléchir aux vraies solutions. En tous cas, certainement pas un remède à l'absentéisme.

 

Vous comprendrez aisément que d'apprendre qu'un élève de 3ème maternelle pouvait redoubler m'a vraiment stupéfiée. La Libre Belgique précise : "Chaque année, près d'un enfant sur vingt en Communauté française entre ainsi en 1re primaire avec un an de retard, à la suite de son maintien en 3ème maternelle." (art. mis en ligne le 12 avril).

 

Je crois rêver en lisant les arguments évoqués : manque de maturité, bénéfice d'une année supplémentaire avant d'entrer à l'école primaire. Je m'attendais plutôt à un manque de connaissance du français puisque les populations d'immigrés sont les plus touchées. Certaines rumeurs font état d'un absentéisme trop prononcé.

 

Quel est donc le rôle de l'école maternelle ? Pour moi, avant tout, un rôle de socialisation. Les enfants jouent ensemble, apprennent à se connaître tellement bien parfois que tout le monde a déjà entendu un môme parler de son amoureux/se avec le plus grand sérieux.

 

Autre rôle important, le développement de l'enfant qui, par des activités ludiques, va "grandir". Un "éveil",disait-on avant, pour caractériser les acquis au niveau psychomoteur ou mental avec une conséquence importante qu'est l'épanouissement de l'enfant.

 

En aucun cas, il ne s'agissait d'une préparation à l'école primaire, sinon au sens large comme je viens de l'exprimer.

 

Je me pose une question : comment un/e instituteur/trice décèle-t-il le manque de maturité d'un enfant ? Je ne vois pas. Je sais que c'est aussi la tarte à la crème dans le secondaire : votre enfant manque de maturité. - Ah ! bon, moi, sa mère, je ne l'avais pas remarqué. Un peu d'humour, c'est aussi ce que certains disent de leur conjoint...

 

Non, je ne peux pas accepter le redoublement en 3ème maternelle. Rien ne peut justifier de "marquer" un enfant, de lui infliger une blessure qui ne sera peut-être apparente que beaucoup plus tard. Le mal sera fait, de manière irrémédiable.

 

Allons, un peu de bon sens !

 

12/04/2012

MARIO VARGAS LLOSA.

 

les chiots, pérou, machisme, virilité, pression du groupe, stib, questions à la une

 

Mario Vargas Llosa est né au Pérou en 1936 mais il a passé une partie de son enfance en Bolivie. Dès l'âge de quatorze ans, il est placé à l'Académie militaire de Lima qui lui laisse un sinistre souvenir. Ayant obtenu une bourse, il poursuit ses études à Madrid où il obtient son doctorat en 1958. 

 

Romancier, essayiste, critique, Mario Vargas Llosa est considéré comme l'un des chefs de file de la littérature latino-américaine. Il a obtenu le prix Nobel de littérature en 2006.

(voir billet du 3 novembre 2011)

 

LES CHIOTS.

 

Les "chiots" sont les jeunes garçons de la banlieue de Lima. Nous sommes en 1946, ils ont dix ans. Un nouveau, Cuéllar vient rejoindre la bande. Il est différent de ses camarades car très bon élève "un petit bûcheur mais pas lèche-bottes".

 

Après l'école, la bande se retrouve sur le terrain de football jusqu'à ce que les grands, qui finissent les cours plus tard, les en chassent.Cuéllar ne les accompagne pas ce que regrettent ses amis. Mais, comme il meurt d'envie de jouer dans l'équipe, il s'entraîne tout l'été et intègre le groupe avec fierté.

 

Un jour, alors que les gamins se douchent après le foot, un gros chien, appelé Judas, s'échappe et pénètre dans les vestiaires. C'est le drame. Judas mord Cuéllar au pénis. Lalo, qui est parvenu à s'échapper, entend les aboiements de Judas et les cris de Cuéllar. "Il l'aperçoit à peine parmi les soutanes noires, évanoui ? oui, à poil, Lalo ? oui et en sang. C'était affreux : y avait du sang partout dans la douche."

 

Cuéllar est emmené à l'hôpital et toute la semaine, les prières sont consacrées à son  rétablissement. Mais les Frères se mettent en colère si les élèves parlent entre eux de l'accident. Pourtant, lorsque ses amis lui rendent visite à l'hôpital, ils ne peuvent s'empêcher de le questionner : "Raconte, Cuéllar, petit vieux, qu'est-ce qui s'est passé, il avait eu très mal , très très mal, où c'est qu'il t'avait mordu ? ben là, et il prit un air gêné, au petit zizi ? oui, tout rouge, et il rit et nous avons ri..." Ses amis promettent de ne rien dire, il a été mordu à la jambe, c'est tout.

 

Cuéllar retourne au collège et, loin d'être dégoûté du football, il devient plus sportif que jamais. Mais ses études ne l'intéressent plus. Les frères le chouchoutent, ses parents aussi. "A tout bout de champ, ils augmentent mon argent de poche, ils achètent ce que je veux, nous disait-il, il les avait mis dans sa poche, ses parents."

 

Peu de temps après l'accident, on commence à l'appeler "Petit-Zizi". Son surnom lui colle comme une étiquette et il en vient pourtant à l'accepter, du moins en apparence.

 

Les mômes sont devenus des adolescents. Ils "lèvent" les filles pour danser, sortir, aller au cinéma, l'essentiel est de donner de soi une image virile. Cuéllar fait semblant d'être comme les autres mais il ne peut pas. Même les médecins de New York n'ont rien pu faire pour lui.


Dès lors, Cuéllar change. Il se bagarre pour prouver qu'il "en a", nage dans les rouleaux les jours de tempête pour montrer qu'il est le plus fort, roule à cent à l'heure dans les avenues de Lima. Rien n'y fait, il ne peut pas franchir le pas qui fera de lui un homme, un vrai.

 

Il sort alors avec des gamins des "voyous de treize, quatorze, quinze ans" A vingt et un ans, il travaille dans l'usine de son père et ses amis espèrent qu'il va redevenir un garçon sérieux. Il n'en est rien. "Il sortait du bureau à six heures et à sept il était déjà à Miraflores, à sept heures et demie au Chasqui, accoudé au bar, buvant en attendant de pouvoir jouer aux dés.""Certains matins on le voyait tout égratigné, un oeil au beurre noir, une main bandée : il est fichu, disions-nous, il fréquente des pédés, des macs, des dealers."

 

Le temps passe. Ses amis se sont mariés, ce sont des hommes mûrs maintenant. Cuéllar est censé être parti à la montagne pour planter du café mais ils apprendront sa fin tragique.

 

C'est une longue nouvelle où l'auteur met en lumière la pression du groupe. Il faut être comme les autres. Cuéllar n'y peut rien s'il a eu cet accident mais il s'est coupé des autres ne pouvant faire comme eux "mater pour marier".

 

L'auteur a publié cette nouvelle à vingt-trois ans dans le recueil "Les Caïds" qui relate sa jeunesse. Il dénonce le machisme ambiant dans une langue où se mélangent des tournures familières et des dialogues directs dans la même phrase. Ce style m'a déconcertée.

 

J'ai pensé à la situation actuelle. Les "chiots" mataient les filles d'une manière bien innocente. Certains jeunes ont de plus en plus recours à la violence : menaces, agressions, viols. Le "machisme" existe toujours mais il s'est transformé. La pression du groupe entraîne certains à franchir des limites. Faire preuve de virilité reste une obsession mais entraîne des dérives dangereuses.

 

L'actualité le montre de manière évidente. Les chauffeurs de la Stib ont manifesté leur ras le bol par six jours de grève. Prendre une population en otage ne suscite qu'une peureuse indignation.

 

Le reportage de la RTBF "Questions à la une" diffusé hier montrait clairement combien le mépris de la femme est "normal" conseillé même dans certains milieux.

 

Si l'insécurité est enfin prise au sérieux par les politiques, je vois mal comment ils pourront y mettre fin. "Il faut changer les mentalités" Eh oui, mais comment ?

 

C'est triste, mais vraiment notre monde ne tourne pas rond.

 

05/04/2012

MALEK CHEBEL.

malek chebel, tueries de toulouse et mautauban, mohamed merah, le point

 

Makek Chebel est né en Algérie en 1953. Il a fait ses études primaires et secondaires en arabe, des études universitaires à Constantine, puis à Paris. Il a étudié la psychanalyse et a exercé un certain temps. En 1984, il obtient son doctorat de sciences politiques à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a exercé et donné des conférences dans des universités en Europe, au Maroc, en Tunisie, aux Etats-Unis.

 

Il a publié de nombreux livres. Je citerai : "Psychanalyse des mille et Une Nuits" "Dictionnaire amoureux de l'Islam" Manifeste pour un islam des Lumières" "Le Coran raconté aux enfants" "L'esclavage en  terre d'islam" "L'Islam pour les Nuls" et en 2009, une nouvelle traduction du Coran.

 

Il présente son "Manifeste pour un islam des Lumières" comme ceci.

 

"Associer l'Islam aux Lumières : cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXème siècle et poursuivie par de nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s'appuyant sur la raison. Ces penseurs ont été taxés d'hérésie. Aujourd'hui, le débat est plus que jamais d'actualité : l'islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l'égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l'islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l'islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?"

 

Il rappelle volontiers qu'à travers les siècles, il y a eu de grandes périodes de paix, de créativité, de bonheur. "C'est au nom de ces siècles-là que je travaille, au nom d'un grand nombre de savants, de littérateurs, de juristes, de médecins et de califes ou sultans dilettantes que je m'exprime, en étant avec d'autres, le dépositaire de cet héritage."

 

Vu sa notoriété, il était logique que les journalistes l'interrogent après les tueries de Toulouse et de Mautauban. Le Point du jeudi 29 mars y consacre tout un dossier.

 

La chronique de Malek Chebel s'intitule "Les manipulateurs salafistes."  "Si les musulmans sont effarés de voir l'un des leurs les prendre en otages, ils ne se sentent pas concernés comme croyants mais comme citoyens. Ils savent que personne n'a le droit de tuer au nom de l'islam, pas plus d'ailleurs que de toute autre idéologie, à quelque degré de nihilisme où elle se situe. Où sont les fanatiques qui ont manipulé et poussé à bout ce jeune homme, qui aurait dû rester "le jeune sans problèmes" dont parlent ses voisins ? Pourquoi ne viennent-ils pas parader devant les caméras de la télévision,  tous les salafistes qui veulent vivre comme le Prophète sans avoir le courage de quitter leur pavillon de banlieue ou leur appartement avec son mitigeur d'eau chaude et froide (...) les imans manipulateurs qui déforment la parole de paix de leur propre religion pour s'octroyer un bout de reconnaissance dans un cercle étriqué de calculateurs intéressés ? Où sont-ils?"

 

Le Point a interrogé Tahar Ben Jelloun, qui s'est mis dans la tête de Mohamed Merah. "J'ai essayé de faire comme tout le monde, mais je ne suis pas tout le monde. (...) J'aime pas qu'on s'occupe trop de moi, j'aime me sentir libre, courir, épater les filles, être hors normes."

 

Marc Dugain fait le parallèle entre le tueur en série Edmund Kemper, dont il s'est inspiré pour son roman : "Avenue des Géants" et Mohamed Merah. "En quelques jours, Merah est passé sans transition de l'anonymat à la superpuissance, il est convaincu d'avoir gagné au Loto de la notoriété et de la reconnaissance, d'être entré au panthéon des exterminateurs, dans un processus éclair de transgression des règles humaines" Ce qui explique sans doute qu'il parle de l'infini plaisir qu'il a eu à tuer ses victimes, à les filmer pour se repaître du souvenir de leur massacre.

 

Comme toujours, Tariq Ramadan utilise un double langage. Il condamne mais très habilement fait allusion à la situation des Palestiniens et associe la Bible et le Coran qui, dans certains passages, ont trait à des situations de guerre. "Mohamed Merah est l'enfant de deux rencontres : celle d'une compréhension idéologique de la religion qu'il faut condamner, et celle d'une société dans laquelle il n'a jamais trouvé sa place." Son analyse est bien différente de celle des autres chroniqueurs.

 

Un père indécent titre Le Point en citant Mohamed Benalel Merah, âgé de 71 ans qui envisage de porter plainte contre la France pour avoir tué son fils. Vivant en Algérie depuis 1994, il a quitté ses cinq enfants alors que Mohamed n'avait que cinq ans et qu'il avait été incarcéré quatre ans pour trafic de stupéfiants. On sait qu'une dizaine d'avocats envisagent de défendre sa plainte dont deux seraient très connus. A désespérer !

 

Je voudrais signaler le livre de Mohamed Sifaoui, paru chez Armand Colin, en 2010 : "Pourquoi l'islamisme séduit-il ?" Je l'avais trouvé très intéressant et j'y avais consacré un billet, sur mon blog, le 21 avril 2010.

 

Notre siècle est celui des progrès techniques mais, malheureusement, pas celui des valeurs universelles. Hegel pourrait-il encore dire maintenant ce qu'il affirmait en 1830 : "La raison gouverne le monde et par conséquent gouverne et a gouverné l'histoire universelle."