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13/02/2013

GUY RACHET : THEODORA.

 

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Lors d'un voyage, j'avais éprouvé une grande émotion en découvrant une mosaïque dans l'église Saint-Vital à Ravenne, représentant Théodora, impératrice d'Orient. J'ai eu envie de relire le livre que Guy Rachet lui avait consacré peut-être pour me replonger dans un tout autre monde, celui de Byzance au début du VI siècle. Si l'auteur n'est pas historien, c'est un archéologue reconnu qui a toujours eu un vif intérêt pour l'Egypte, la Grèce et le Moyen-Orient. Il a écrit plus d'une cinquantaine de livres dont "Théodora – Impératrice d'Orient". Son livre est une biographie romancée mais basée sur des documents notamment les écrits de Procope qui est d'ailleurs un des personnages du livre.

"Par ce bel été de l'an 512 de L'Incarnation, Constantinople brillait de tout l'éclat de sa splendeur encore nouvelle. Les tuiles roses et brunes des mille coupoles de ses églises et de ses thermes prenaient dans le soleil des teintes mordorées, s'harmonisaient avec les verts des jardins et des places, contrastaient avec la blancheur scintillante des marbres des monuments publics."

Byzance, comme ses habitants préfèrent l'appeler, est une ville animée, où se succèdent des fêtes, des mimes, des courses de char, des spectacles, des banquets. L'empereur est Anastase qui règnera jusqu'en 518. La langue de la liturgie et de la population est le grec.

La ville est agitée par des conflits religieux. Bien que depuis l'empereur Constantin, la religion chrétienne soit la religion officielle de l'empire, la population ne l'est, comme le dira un personnage, que parce qu'il était de bon ton de l'être. Les chrétiens sont divisés sur la nature du Christ. Comme l'empereur lui-même, certains pratiquent la religion monophysisme c'est-à-dire affirment que le Christ n'a qu'une seule nature et qu'elle est divine. Celle doctrine a été condamnée par le concile de Chalcédoine en 451 pour qui le Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, en une seule personne. De plus, beaucoup continuent à adorer les anciens dieux en secret.

De plus, superstitions et mythologie grecque sont très présentes, les jeunes gens professent leur amour des dieux et des déesses grecques. Les prêtres chrétiens abjurent les jeunes gens de renoncer à la débauche et à l'adoration des anciens dieux. Ceux-ci ne sont pas impressionnés et rappellent, avec malice, que Constantin n'a été baptisé que sur son lit de mort.

Théodora croit être née d'un père gardien d'ours à l'hippodrome et d'une mère actrice et courtisane de renom. Sa mère lui révèlera plus tard que son père est un prêtre chrétien monophysiste. Elle lui expliquera le secret de sa naissance qui sera la première révélation qu'elle aura d'un destin hors du commun. "L'heure de ta naissance, je ne l'ai pas oubliée : il était onze heures du matin selon le compte des Romains, et le soleil était près du zénith. Mais ce jour-là, il y eut un étrange phénomène. Peu après ta naissance, le ciel s'est couvert et on y a vu un éclair qui, au lieu de descendre, a semblé s'élever du sol vers la nue : il paraît que c'est un phénomène qui se produit parfois, mais c'est aussi un signe céleste et j'ai voulu l'attribuer à ta venue au monde car j'avais prié Aphrodite pour que tu aies un beau destin."

Si Théodora a demandé à sa mère l'heure de sa naissance c'est parce qu'elle désire que Jean de Stobi établisse son horoscope. Il va lui confirmer qu'elle acquerra une grande renommée. "Tu as en toi toutes les qualités pour réaliser une brillante réussite, mais il ne manquera pas , sur la route de cette gloire, ni embûches, ni moments de misère. Cependant ne sois jamais désespérée car tu es assurée du succès final."

Quand l'auteur commence son récit, Théodora a treize ans. Ce qui est très rare à l'époque, elle a appris à lire et à écrire. Elle sert de servante à sa soeur dans les mimes. et est déjà remarquée pour sa beauté. "Quand je vous aurai dit qu'elle a de longs cheveux bouclés, noirs et brillants comme une nuit étoilée, de grands yeux pétillants d'esprit et de malice, un visage à l'ovale parfait et un teint d'une éclatante pâleur vous n'aurez aucune idée du charme qui rayonne de ce visage, de la voluptueuse langueur de ses expressions, de la grâce de son corps menu."

De son charme, elle va en user, Théodora. Elle deviendra la mime la plus célèbre, sous le nom de Panarète, collectionnant les amants pour leurs cadeaux, surtout des bijoux comme c'est l'usage pour les courtisanes.

Voici comment Guy Rachet décrit un des mimes de Théodora : "Avant de se lancer dans sa danse, elle s'était dépouillée de sa robe et de ses chaussures, ne conservant que ses bijoux pour parer sa brillante nudité. Avec un art incomparable, elle savait modeler ses mouvements sur la musique sans qu'ils perdissent leur pouvoir évocateur, et en simulant l'extase amoureuse de Léda, lorsque le cygne divin l'ensemence pour engendrer les oeufs d'or d'où naquirent Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre, elle mêlait tant de grâces à la lubricité de ses gestes que, transfigurés par l'art, au lieu d'en paraître choquants ou luxurieux, ils en devenaient plaisants tout en exaltant le désir."

Adulée, Théodora va devenir riche, acheter une maison, être invitée aux plus prestigieux banquets et même s'initier à la lutte. Hommes et femmes sont mélangés. Ils luttent nus, le corps enduit d'huile.

Théodora va rencontrer Justinien, qui n'est qu'un fonctionnaire mais aspire, en secret, à devenir empereur. Amoureux de Théodora, il ne deviendra pas son amant et lui souhaitera d'acquérir la vraie sagesse.

Le destin de Théodora va basculer. Hécébole va lui affirmer qu'il l'épousera si elle accepte de le suivre en Cyrénaïque et qu'elle connaîtra la gloire. Au grand étonnement de ses amis, elle accepte, vend tous ses biens et s'embarque avec lui.

Elle est tombée dans un piège tendu par Xénaïas à qui elle est livrée comme esclave. Il se venge de l'humiliation qu'elle lui avait infligée quand elle l'avait affronté lors d'une vente d'esclaves au cours de laquelle elle avait renchéri contre lui.

Elle finira par s'échapper et rencontrera un ermite Isidore chez qui elle vivra deux ans et apprendra la sagesse. Elle mettra au monde une petite fille, fruit de ses relations avec Xénaïas. Quand elle sera prête, elle rejoindra Byzance où elle vivra modestement en filant la laine qu'elle revendait à un tisserand.

Elle va rencontrer son ami Paul qui s'étonnera de son changement de vie. "Je pense avoir acquis une certaine sagesse." Paul lui apprendra la mort d'Anastase et que son neveu Justin a été élu empereur. Théodora lui demandera de ne pas divulguer son retour.

Le roman se termine comme un conte de fées. Justinien s'est assuré qu'elle était devenue chaste et vivait pauvrement. La loi qui interdisait d'épouser une courtisane a changé. Il lui propose le mariage et Théodora deviendra impératrice de l'Empire byzantin.

Comme elle est agréable cette plongée dans Byzance qui, pendant quelques heures, m'a fait oublier le monde réel dans lequel je vis et qui, trop souvent, me désespère. L'auteur a romancé la vie de Théodora ? Peu importe ! Historiquement, c'est bien une ancienne courtisane qui est devenue impératrice.   

01/02/2013

UNE FEMME A BERLIN.

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L'auteur est anonyme. Elle a tenu un journal du 20 avril au 22 juin 1945. Jeune allemande, elle l'a commencé lorsque les Russes ont occupé Berlin. "Chronique commencée le jour où Berlin vit pour la première fois la guerre dans les yeux"

Ce sont d'abord les bombardements, la descente dans les caves : "Derrière une porte de fer horriblement lourde, maintenue fermée par deux leviers et encadrée d'un châssis recouvert de caoutchouc, notre cave. Officiellement baptisée abri. Mais nous préférons l'appeler caverne, monde souterrain, catacombes de la peur, fosse commune."

L'auteur met l'accent sur la peur mais aussi sur les difficultés de la vie quotidienne. Rapporter de l'eau prise à la seule pompe du quartier. Cuire une pomme de terre prend des heures. Rechercher des bougies... La faim justifie les fréquents pillages et le chacun pour soi.

Parmi la population règne un sentiment unanime : "Sans Hitler nous n'en serions pas là." Au moment où les Russes atteignent la rue où Hitler a vu le jour, quelqu'un s'écrie : "Dites, qu'est-ce qu'on aurait été bien si sa mère avait fait une fausse couche! " Le héros tant admiré est déchu. "C'est au Führer que nous devons tout cela""Phrase qui pendant des années de paix, exprimait louanges et gratitude sur des panneaux peints ou dans les discours. Maintenant, et bien que la formulation soit restée la même, le sens est inversé, ne trahissant plus que mépris et dérision."

L'horreur va s'amplifier, les Russes violent les femmes. Elle décrit son premier viol qui sera suivi de beaucoup d'autres : "Je crie, je hurle (...) Un des deux types agrippe mes poignets et me traîne à travers le couloir."  Et quand un officier qui assiste à la scène proteste, la remarque est cinglante : "Quoi ? Et les Allemands, ils n'ont rien fait à nos femmes ?" Elle en arrive à supplier : "Un seul, s'il vous plaît, s'il vous plaît, rien qu'un seul. Vous, si vous voulez, mais chassez les autres."

Elle va alors chercher la protection d'un gradé qui la protégera. Et quand il partira, elle en cherchera un autre. Elle se pose la question de savoir si elle est devenue une putain "puisque je vis pour ainsi dire de mon corps et que je l'offre en échange de nourriture."

Tout le monde ne réagit pas comme elle. Les mères cachent leurs filles comme elles le peuvent mais les viols continuent, peu importe l'âge. Plus tard, à chaque rencontre, la même question se posera : "Combien de fois ?" Et cette terrible anecdote : une femme raconte ce que lui avait crié un voisin au moment où des Ivan, nom donné aux Russes, s'attaquaient à elle : :"Mais enfin, suivez-les, vous nous mettez tous en danger ici !"

Les Russes organisent l'occupation. Distribution de tickets de rationnement, retour de l'électricité, de l'eau courante. Mais pour l'auteur, un autre enfer commence. Elle est réquisitionnée pour travailler en usine puis pour laver le linge. Des journées longues, épuisantes mais un réconfort, la nourriture. "J'ai frotté à m'en écorcher les doigts, tant le linge était crasseux. Les serviettes étaient raides de graisse. C'était toutes, sans exception, des serviettes brodées de monogrammes de familles allemandes, fruits de larcins." "Femmes ! Rabota ! Un vocable russe que désormais tout le monde connaît. Nous dûmes toutes retourner dans le hangar, poursuivre le chargement des pièces de métal."

Depuis le début du livre, je me demandais ce qu'elle savait de la guerre. La réponse viendra à la page 221 : "Le courant est rétabli depuis hier. Fini le temps des bougies, des coups frappés à la porte, du silence. La radio est diffusée par l'émetteur berlinois (...) Il paraîtrait qu'à l'est, des millions de gens, pour la plupart des Juifs, ont été brûlés dans des camps, de grands camps. Il paraît aussi qu'on aurait utilisé leurs cendres comme engrais chimiques." Il paraît...

Son journal se termine au moment où la vie est presque redevenue normale. Elle a pu se promener dans la ville, constater les dégâts, partager ses émotions avec ses amies.

Une rencontre va être décisive. Un Hongrois a décidé de mettre sur pied une maison d'éditions et lui propose de l'aider. C'est son ancien métier, elle l'accepte. Une autre vie va commencer mais quand elle revoit son ami d'avant, Gerd, dont elle espérait tellement le retour et qui lui annonce qu'il ne reste pas, elle s'étonne de ne pas être triste. Elle lui remet ses cahiers qu'il lui rend immédiatement prétextant ne rien comprendre à ses gribouillis.

Le livre se terminera sur cette scène terrible entre Gerd et elle : "Par exemple, qu'est-ce que ça veut dire" me demanda-t-il en indiquant les lettres "Schdg"- Je dus rire : Eh bien, Schändung évidemment : Viol; - Il me regarda comme si j'étais folle, et se tut."

Le livre est très émouvant mais je dois honnêtement dire que je n'ai pas pu m'empêcher d'être agacée par la supériorité constante qu'elle attribue aux Allemands. Je ne puis l'admettre que par sa méconnaissance de ce qui s'est passé pendant la guerre. Mais, je comprends qu'elle traite les Russes de "brutes" "de paysans" sans éducation, les viols étant particulièrement odieux.

Néanmoins, je crois que c'est un sentiment très profond que ce mépris des Russes. Déjà, lors de son séjour à Moscou, bien avant la guerre, elle en avait une idée très négative qu'elle reprendra tout au long du livre. "Le larcin est une manie profondément ancrée en eux. Quand j'étais là-bas, surtout au début, on m'a volé à peu près tout ce qui pouvait l'être : sac à main, serviette, manteau, gants, réveille-matin, des bas qui séchaient au-dessus de ma baignoire."

Quand elle rencontre le major, son protecteur, elle s'étonne de ce qu'elle appelle "ses bonnes manières". "Le voilà qui me prend la main, la serre fortement entre les siennes et dit, les lèvres tremblantes et les yeux emplis de tristesse : "Pardonnez-moi. Cela fait si longtemps que je n'ai plus eu de femme."

Elle s'étonnera aussi que le major apprécie sa formation, ses études de langues, ses voyages à travers l'Europe. Elle ajoutera qu'être cultivée était un désavantage pour une allemande.

Autre sujet d'étonnement, très compréhensible, sur la différence entre les Allemands et les Russes : "Les étoiles de l'officier ne semblaient guère avoir d'effet sur les soldats. J'étais déçue. Aucun ne se sentait gêné dans ses aises par le grade d'Anatol. Lui, de son côté, n'en prenait pas ombrage, il riait et discutait avec les autres, remplissait leur verre et faisait circuler sa gamelle (...) La hiérarchie à laquelle nous a habitués la Prusse militaire ne semble pas avoir cours parmi eux."

Je me suis demandé si ce sentiment de supériorité allemande, très présent chez elle, n'avait pas été un atout pour supporter les atrocités et pouvoir garder la tête haute.

Le livre a été publié en anglais chez un éditeur américain en 1954. Ce n'est qu'en 1968, que les photocopies du texte furent accueillies favorablement.L'auteur donna son autorisation pour que le livre soit édité mais seulement après sa mort et de manière anonyme.

Un très beau livre, un témoignage précieux car il en existe peu.

Un conseil : ne lisez pas le livre comme je l'ai fait, en pensant à la guerre. La discipline militaire qu'elle admire, pour moi, c'est le claquement de talons et l'obéissance à n'importe quel ordre, sans état d'âme.

Les soldats russes barbares, oui, sans aucun doute, mais l'Allemagne de 1940, une nation "civilisée" ?

16/01/2013

JOSEPH ANTON.

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Salman Rushie vient de publier son autobiographie sous le pseudonyme qu'il avait été obligé de prendre pendant les dix ans de sa clandestinité.

Il est né à Bombay le 9 juin 1947. Il a quitté son pays pour faire ses études au Royaume-Uni à l'âge de treize ans. Un choix volontaire que sa mère désapprouvait mais avec l'accord bienveillant de son père. Il se sentira étranger, déraciné, sentiment qu'il gardera toute sa vie. Ainsi se posera-t-il souvent la question du "déracinement" et des "identités multiples" car il restera toujours attaché à son pays natal.

Il a déjà écrit plusieurs livres dont "Les enfants de minuit" "La honte" lorsque sa vie basculera le 14 février 1989. L'année précédente il avait publié "Les Versets sataniques", un livre de fiction dans lequel il s'interroge sur l'islam. Son père Anis, athée comme lui mais de famille musulmane, lui avait très tôt parlé de l'islam.

"Le père avait transmis à son fils cette idée que l'histoire de la naissance de l'islam était fascinante parce que c'était un événement qui s'était produit dans l'histoire, et que, de ce fait, il était manifestement influencé par les événements, les contraintes et les idées de l'époque de sa création; que considérer ce récit de manière historique, essayer de comprendre comment une grande idée était façonnée par ces forces était la seule approche possible du sujet"

Le 14 février 1989, l'ayatollah Khomeiny prononçait sa fatwa :

"J'informe le fier peuple musulman du monde que l'auteur des Versets Sataniques, livre qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l'islam, au Prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l'ont publié ou ont connaissance de son contenu, sont condamnés à mort. J'appelle tous les musulmans à les exécuter où qu'ils les trouvent."

Ce sera le début d'une longue errance qui durera 10 ans. Le gouvernement britannique impose des règles strictes à sa protection. Il doit constamment changer de maison, qu'il doit lui-même chercher et louer.

Sa tête est mise à prix plusieurs fois, des manifestations houleuses ont lieu dans de nombreux pays musulmans et il est même interdit de séjour en Inde. Il se rappellera ses paroles de Nehru, en 1929 : "C'est un pouvoir dangereux entre les mains d'un gouvernement que le droit de déterminer ce qu'on peut lire et ce qu'on ne peut pas..."

Salman Rushdie va passer par tous les sentiments : l'incompréhension, l'agacement, la peur, le doute, la tristesse.

L'incompréhension : "Quand on a passé cinq ans de sa vie aux prises avec un projet vaste et compliqué, en essayant de le terrasser, de le contrôler, de lui donner toute la beauté formelle dont on est capable par son talent et que, lors de sa publication, il est accueilli d'une manière aussi injuste et aussi laide, on se dit que peut-être cela n'en valait pas la peine."

L'agacement devant les réactions du gouvernement britannique qui lui font parfois sentir durement ce qu'il leur en coûte de devoir le protéger parce que citoyen britannique attaqué par une puissance étrangère. S'il remercie les policiers de leur protection, il doit apprendre à vivre avec eux et ce n'est pas toujours facile. Devoir constamment changer de logis, non plus.

La peur, il éprouve pour lui, pour son épouse et son fils Zalar qui vit avec sa première épouse, pour tous ceux qui le soutiennent. Des librairies sont plastiquées, ses traducteurs japonais et italien poignardés, son traducteur turc meurt dans un hôtel incendié par des manifestants.

 Le doute. Doit-il continuer à vivre comme un homme invisible ? Accepter la protection ? Une certitude ne le quittera jamais : l'absolue nécessité de se battre pour la liberté d'expression. 

Quand son livre est brûlé à Bradford, il repensera à tous ceux dont les livres ont été censurés et aux paroles de Joseph Goebbels : "Non à la décadence et à la corruption morale. Oui à la décence, à la moralité, à la famille et à l'Etat. Je livrerai aux flammes les oeuvres d'Heinrich Mann, Ernst Glâser, Erich Kastner." Les oeuvres de Bertold Brecht, Karl Marx, Ernest Hemingway furent aussi livrés aux flammes.

La tristesse, il éprouvera devant les manifestations haineuses, de voir des musulmans tués par d'autres musulmans parce qu'ils avaient exprimé des points de vue pacifique, comme le mollah considéré comme le chef spirituel des musulmans en Belgique et son équivalent tunisien. "Ils furent assassinés pour avoir déclaré que quels que fussent les propos que Khomeiny avait pu tenir dans le contexte iranien, en Europe, c'était la liberté d'expression qui prédominait."

Dans son autobiographie, Salman Rushdie parle longuement de sa famille. De son fils Zalar qui lui demandera d'écrire un livre pour lui, de son ex-épouse frappée par le cancer, des trahisons de Marianne avec qui il vit et qui l'attaque dans les médias.

Il ne cessera pourtant pas d'écrire. Le livre promis à Zalar "Haroun et la mer des Histoires" "Patries imaginaires" "Est, Ouest" "Le Dernier Soupir du Maure".

Il se battra avec acharnement pour que "Les Versets sataniques" soient publiés en livre de poche sachant qu'une fois l'édition épuisée le livre disparaîtrait.

Salman Rushdie relate aussi tous les événements de ses dix années de clandestinité. C'est donc ausi un livre d'histoire que son autobiographie.

Il avait retrouvé la liberté et séjournait au Texas le 11 septembre 2001. C'est à la télévision qu'il vit le second avion s'abattre sur les tours.

Son livre se termine en citant la conclusion d'un de ses articles : "Pour que le terrorisme soit vaincu, il faut que le monde de l'islam adopte les principes laïcs et humanistes sur lesquels est basé le monde moderne et sans lesquels la liberté dans ces pays demeurera un rêve lointain."

"A l'époque, dit-il, ce point de vue paraissait une utopie,  pourtant une décennie plus tard, la jeunesse du monde arabe, en Tunisie, en Libye, en Syrie et ailleurs essayait de transformer la société en appliquant ces principes."

Nous savons tous maintenant ce qu'est devenu le printemps arabe. Nous assistons aujourd'hui même à la conquête du Mali par des islamistes qui veulent imposer la charia.

"Joseph Anton"  est un beau livre, difficile car il cite beaucoup de monde, fait référence à des écrivains pas toujours connus. Mais je ne regrette pas ma lecture.      

27/12/2012

MON ANNEE 2012.

2012, politique, michelle martin, frédéric deborsu, mohamed merad, catastrophes, événements heureux, technologie, humanité, olivier, paix

Facebook a imaginé de créer une rétrospective appelée "Rétrospective 2012" qu'il présente comme un rapport d'activités à partager. Bigre ! J'ai trouvé mon année sans intérêt. J'ai changé ma photo de profil, j'ai partagé des liens, j'ai ajouté des photos... Quelle piètre idée donne-t-elle de moi !

J'ai donc réfléchi à cette année qui se termine, non pour savoir ce que j'en ai fait, mais ce que j'en retiens.

Du point de vue personnel, je pourrais évoquer des ennuis de santé pour moi ou pour mes proches. Je m'abstiendrai car cela n'est d'aucun intérêt sauf pour moi. Un mot quand même pour ceux qui nous ont quittés comme Pierre Mondy ou Jean-Luc Delarue. Les autres, les célèbres, scientifiques, artistes, politiques, sportifs, je ne suis plus certaine de leur nom. Mea culpa.

 BHV a été scindé, l'élaboration du budget 2013 a été pénible mais le Premier Ministre l'a présentée comme un très grand succès. C'est un peu paradoxal de louer des réformes qui font mal. Le déficit de la Belgique ne s'est pas approfondi, les syndicats ont obtenu gain de cause sur le maintien de l'index...  nous devons nous réjouir même si la crise est toujours là.

Qu'est-ce qui m'a marquée le plus au niveau politique ? Bien sûr, les élections communales avec leur lot de trahisons, de rancoeurs, de règlements de compte. A oublier.

Par contre, je crois que je n'oublierai jamais la libération conditionnelle de Michelle Martin. Que les juristes affirment qu'elle était légale n'a pas empêché les déplorables manifestations à Malonne et à Bruxelles, les déclarations de haine, de demande de mises à mort, l'opprobre jeté sur les Clarisses qui n'avaient pas, disaient les manifestants, à faire preuve de charité. Je ne parlerai pas de Jean-Denis Lejeune, quelqu'un à qui paraît-il on ne peut pas toucher mais qui, pour moi, est le symbole même de ceux qui font le mal en affirmant haut et fort leur droit, en arrivant même à susciter de la sympathie pour des actes et des paroles que je réprouve. Et que dire des fuites publiées par Sudpress sur la médiation ! Je n'arrive toujours pas à comprendre que le journaliste continue à les justifier au nom du droit à l'information.

J'en viens à une autre incompréhension, le livre de Frédéric Deborsu "Questions royales" Il aurait pu faire un très bon livre mais il s'est mis dans l'esprit bien répandu hélas ! à notre époque, de rechercher le sensationnel. Inévitablement, la polémique a opposé ceux qui le défendent, la main sur le coeur, au nom de la liberté d'expression et ceux qui, comme moi,  n'aiment pas ce genre de dérive.

D'autres sujets relèvent un peu du même esprit. Que de unes consacrées à DSK ! Certains papiers étaient marqués d'une délectation presque perverse.

L'année a été douloureuse pour beaucoup. Fermeture d'usines, précarité accentuée, catastrophes comme l'accident de car en Suisse, les inondations, les drames familiaux, les meurtres, les cambriolages, les accidents de voiture parfois mortels, tous ces événements qui défilent sur nos écrans où l'un fait oublier l'autre. Mohamed Merad restera pourtant, je crois, dans tous les esprits. Comment peut-on si facilement basculer dans l'horrible ? La liberté qu'ont les hommes de choisir entre le bien et le mal, ce désir du mal qui est en nous plus camouflé mais bien réel que le désir du bien, ne cessera jamais de m'interpeler.

Au niveau mondial, restera l'espoir, souvent anéanti, d'un réel printemps arabe. Les combattants pour la démocratie continuent à être torturés ou tués, les femmes craignent le retour de la charia, les islamistes propagent toujours leurs discours de haine.

L'union européenne a reçu le Prix Nobel de la paix pour avoir su éviter la guerre mais quelle impuissance pour ce qui se passe dans le reste du monde !

Je n'ai pas vraiment senti une préoccupation pour ce qui est pour moi, le plus scandaleux de cette année, la faim dans le monde. Des économistes envisagent des solutions mais plutôt dans l'esprit louable de sauver la planète et de faire face à la démographie en hausse plutôt que de mettre fin aux situations les plus intolérables.

Je ne voudrais pas donner aux lecteurs l'idée que je n'ai pas suivi l'élection de Barack Obama, de François Hollande, les sommets consacrés aux problèmes climatiques, les sommets européens, tout cela est important mais touche moins ma sensibilité.

Je pourrai aussi être plus légère en parlant de la polémique du sapin de Noël à Bruxelles ou du Majordome du pape. Plus gaie en citant le succès de Jean Dujardin, la découverte du broson, Curiosity sur Mars, le saut prestigieux de Félix Bamgartner.  J'ai sans doute oublié beaucoup d'autres événements heureux.

J'ai essayé dans mon blog de parler littérature. Beaucoup de livres m'ont plu, d'autres m'ont déçue. La lecture m'apporte beaucoup de joies même si j'avoue avoir des difficultés à trouver de bons livres. Je reste nostalgique des grands auteurs.

Je terminerai en parlant des progrès technologiques avec le sentiment que l'humanité avance plus vite dans la technologie que dans l'évolution des sentiments humains. Je veux dire que la perte des valeurs me touche et que certains mots comme démocratie, respect, solidarité sont trop souvent bafoués malgré l'énorme travail accompli par certains comme les restos du coeur ou les recherches sur les traitements des maladies.

Mon année 2012. Ce n'est qu'un relevé de ce que j'ai vu, ressenti, ce qui m'a attristée, indignée, ou, heureusement, enthousiasmée. Rien d'autre que cela.

J'ai choisi pour illustrer mon post, l'olivier qui est depuis toujours l'arbre de la paix. Un espoir.

18/12/2012

MARCOURT ET L'ENSEIGNEMENT.

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Jean-Claude Marcourt est né à Awans, le 16 octobre 1958. Licencié en droit, il a exercé le métier d'avocat pendant trois ans. La ronde qu'il a effectuée dans les ministères est impressionnante. Willy Claes, Guy Mathot, Bernard Anselme, Jean-Claude Van Cauwenberg, Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx.

Il est actuellement à la Fédération Wallonie-Bruxelles avec des compétences, je dirais, multiples. Vice-Président, Ministre de l'Economie, des PME, du Commerce extérieur, des Technologies modernes et... de l'enseignement supérieur. Je ne vois pas très bien le lien entre ces différents portefeuilles. Mais, c'est comme cela.

J'avais déjà dans de précédents billets ( 4/8/2011 – 3/9/2012) critiqué son projet de prolongation des études des enseignants. Il remet le couvert avec une idée nouvelle qui m'a fait rire. Comme toute personne de bon sens souligne que la réforme coûtera cher, il répond qu'elle sera compensée par la suppression des échecs scolaires. Rien que cela.

Ainsi, une fois de plus, ce sont les enseignants qui sont les responsables de l'échec scolaire, beaucoup trop important, dans notre enseignement. Ce ne sont pas les programmes, les différentes réformes, les consignes données par les inspecteurs, les difficultés rencontrées par les élèves qui, parfois, ont directement accès au secondaire en venant d'un pays où ils ne parlaient pas la même langue, le manque d'attrait pour des études qui ne garantissent plus l'accès à l'emploi comme dans les "bonnes" années, non, ce sont les enseignants qui sont tellement mal formés qu'ils ne savent plus enseigner. Merci, Monsieur le ministre.

Une question me taraude : ces enseignants dont le ministre a une si piètre opinion deviendront-ils des super enseignants parce qu'ils seront restés deux années de plus dans... l'enseignement ?

Une autre question très simple : le problème de l'échec scolaire ne se situe-t-il pas d'abord dans l'enseignement primaire et secondaire avant de l'être dans l'enseignement supérieur ? Malgré ses multiples compétences, ce n'est pas lui qui est en charge de cet enseignement mais Marie-Dominique Simonet. Un détail ! Je serai de bon compte, il propose la réforme mais elle sera discutée collégialement et devra être votée par des élus.

Je ne vais pas redire tout ce que j'ai déjà dit mais tout de même. Cinq ans d'études au lieu de trois, c'est une charge financière pour les contribuables et pour les parents. Tout le monde n'a pas envie d'aller à l'université, certes, mais rendre la formation d'enseignant aussi longue et aussi coûteuse que les études universitaires fera certainement réfléchir les jeunes et leurs parents. Le prestige d'un diplôme universitaire existe bel et bien. Tous les enseignants seront  payés au barème 501 comme les licenciés actuellement mais seront-ils considérés par la société comme ceux qui sortent de l'UCL ou de l'ULB ? J'en doute. Le métier d'enseignant sera-t-il revalorisé pour autant ? J'en doute aussi. Ce sera plutôt une injustice de plus.

Un autre argument du ministre Jean-Claude Marcourt m'a vraiment choquée : les vétérinaires font bien cinq ans d'études, les jeunes ne sont-ils pas aussi précieux que les animaux ? Vous ne rêvez pas, il l'a dit !

Le ministre ne présente plus sa réforme comme un remède contre la pénurie de professeurs mais je crois qu'elle va l'aggraver sérieusement. J'irai même plus loin, les stages répétés toute la dernière année (si j'ai bien compris) risquent de dégoûter les jeunes car les conditions d'un stage sont souvent pénibles, bien plus que d'enseigner dans "sa classe".

Enseigner actuellement est beaucoup plus difficile qu'il y a vingt ans parce que la société a changé. Mais, ne peut-on réfléchir à la formation des enseignants non par la durée des études mais par le contenu ? Ne peut-on pas combattre l'échec scolaire en étudiant sérieusement les causes et les moyens d'y remédier ?

J'ai toujours pensé et dit que la liberté de pédagogie était très importante. L'enseignant doit pouvoir tenir compte de son public. C'est indispensable bien plus que le programme. Chaque enseignant pourrait pouvoir l'examiner comme il l'entend, établir des priorités, des hiérarchies. Or, la seconde réforme prévue par le ministre gomme cette liberté pédagogique. C'est un des arguments avancés par ceux qui la combattent. Elle vaut aussi pour l'enseignement primaire et secondaire.

Une autre réforme cette fois de Laurette Onkelinx suscite la polémique. Elle concerne aussi l'amélioration de l'enseignement puisqu'il s'agit de limiter la séance de logopédie. Trente minutes au lieu d'une heure. Pourtant ces professionnels essaient de remédier aux lacunes de certains élèves et font du bon travail.

Décidément, après avoir clamé que l'enseignement était une priorité, voilà deux ministres socialistes qui prouvent le contraire.

Je reconnais que je suis en colère comme chaque fois que je suis en désaccord avec les réformes envisagées pour l'enseignement. Je l'ai été pour le fameux décret d'inscription qui a fait de nombreux dégâts, a suscité beaucoup d'opposition mais que nos ministres refusent de supprimer pour de mauvaises raisons. Quel mal une certaine idéologie ne commet-elle pas !

Je n'en dirai pas plus aujourd'hui. Différents débats doivent être menés, dit-on. Idéologiques ? Réalistes ? A suivre !