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17/04/2013

TOUR D'HORIZON.


C’est fou ce que l’on peut parler d’enseignement ! Cela devrait être une bonne nouvelle. Malheureusement, ce sont toujours les mêmes dossiers qui reviennent sur la table sans apporter de réelles solutions au vrai problème qu’est la qualité.

Le décret d’inscription a été revu plusieurs fois, la polémique n’a pas cessé et l’objectif de mixité sociale, de l’avis de tous, n’a pas été atteint. Qu’importe ! On le maintiendra !

La réforme des titres revient sur la table. Plus de vingt ans qu’on l’a essayée sans aboutir à un accord. Marie-Dominique Simonet s’y remet ! Apparemment la seule nouveauté est la création d’un nouveau titre dit « de pénurie ». Cela pourrait être bon mais me paraît assez comique au moment où le ministre Marcourt remet en cause la formation des enseignants.

Apparemment, le ministre a compris que l’allongement des études à cinq ans plutôt que trois pèserait sur les parents des futurs enseignants et aggraverait la pénurie. Il ne renonce pas et imagine plusieurs formules, que je ne détaillerai pas, censées rencontrer l’objectif de  la CGSP  de mettre tous les enseignants au barème 501 même s’il faut plusieurs années pour y parvenir. Un coût élevé pour le budget de la communauté mais pas tout de suite. Après moi, les mouches... Et puis c’est bien une habitude de programmer des dépenses qu’on laissera aux autres !

Autre débat très ancien : la réforme des rythmes scolaires. Congé de carnaval trop court, vacances d’été trop longues. J’apprends qu’il faut quinze jours pour qu’un congé soit bénéfique : une semaine pour se déshabituer du rythme de l’école, l’autre pour se reposer ! Dit sans rire par un éminent spécialiste. Deux mois, c’est trop long, l’élève oublie ce  qu’il a appris et l’année doit commencer par des révisions. Après six semaines, non ? Je m’insurge car je pense que tout prof sérieux sait qu’il faut commencer une nouvelle année scolaire par des révisions. La durée des vacances n’y changera rien. J’irai plus loin, les révisions sont utiles toute l’année. Selon moi, les contrôles pendant l’année seraient mieux réussis s’ils étaient préparés par un rapide rappel de la matière.

Toujours en débat, le cours de philo. J’ai déjà dit ce que j’en pensais.

Pas de débat mais un constat : trois cents  professeurs en incapacité à la suite d’agressions en 2012. Dire, comme le fait la CGSP, que c’est seulement une conséquence de plaintes plus nombreuses, c’est nier le problème réel de la violence dans les écoles. A quand une recherche sérieuse sur les moyens de l’enrayer ?

Je pourrais, une fois de plus, parler de la réforme de l’enseignement professionnel qui n’est toujours pas à l’ordre du jour. Pense-t-on encore, comme il y a vingt ans, que le rôle de l’école n’est pas de répondre aux besoins des entreprises ? Tant pis pour le chômage !

J’espère que la prochaine fois que je parlerai de l’enseignement ce sera pour annoncer de bonnes nouvelles. J’aimerais telllement.

 

10/04/2013

LENINE.

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Diane Ducret consacre un chapitre de son livre  « Femmes de dictateur » à Lénine. Né le 10 avril 1870, il est décédé le 21 janvier 1924. Il s’appelait Vladimir Oulianov. Il avait fait des études de droit à l’Université de Saint-Pétersbourg. Il a participé à la Révolution russe qui a renversé le tsar, a fondé le parti bolchevik, institué le parti unique et les camps forcés ancêtres des goulags.

 L’auteur ne parle pas de sa vie de dictateur mais s’intéresse aux femmes qui ont fait partie de sa vie.

La première est sa mère. Il profitera de l’amour qu’elle lui vouait. Il lui demande continuellement de l’argent Elle accepte toujours. Elle lui envoie de la nourriture et des vêtements lors de ses séjours en prison et a même été jusqu’à déménager pour se rapprocher de lui. L’aimait-il ? L’auteur n’en dit rien.

Beaucoup de femmes ont aimé Lénine mais il n’en a véritablement aimé que deux, Nadia et Inessa.

Nadia, il l’a épousée, contraint, si je puis dire, parce qu’elle l’avait rejoint en Sibérie où il purgeait une peine de trois ans. Cest pendant ce séjour, au bord de la Léna qu’il décida de s’appeler Lénine. Nadia avait parcouru 8000 Km en train, trois jours en traîneau pour le rejoindre. « Il prend conscience de ce qu’elle avait fait pour lui. (...). Lénine est séduit par ce coup de force et accepte sans broncher sa nouvelle condition d’homme marié. »

Nadia était issue d’une famille noble mais pauvre et, très jeune, professait des idées progressistes. Elle s’occupera de sa santé, de son bien-être, supportera ses maîtresses et jouera un rôle politique important. Elle créera un magazine féminin « Femme ouvrière » qui remportera un grand succès.

Lénine n’avait guère d’estime pour les femmes. « Lénine répète à qui veut l’entendre qu’il n’a jamais connu une femme capable de lire « Le Capital », ni de  se débrouiller d’un tableau horaire de trains, ni même de jouer aux échecs. »

Et pourtant il va leur confier des rôles importants. Au gouvernement issu de la révolution d’octobre, il place des femmes à des places stratégiques. Sa soeur, Maria, à la rédaction de son journal, La Pravda, Inessa, à la direction du Soviet de Moscou, Alexandra est ministre. Plus tard, il sera entouré d’une véritable armada de secrétaires.

Pourquoi confie-t-il des postes importants à des femmes ?  Voilà ce que dit l’auteur : « Depuis son enfance, Lénine sait s’entourer de femmes, nombreuses à s’affairer autour de lui. Lénine ne fait confiance qu’à elles. Il a besoin de s’entourer d’une intimité qui ne soit pas celle de rivaux politiques. Comprenant très tôt l’enjeu que peut représenter cette masse brimée, il se présentera comme  un féministe (...) Nous ne pouvons exercer la dictature du prolétariat sans avoir des millions de femmes de notre côté »

Féministe, il ne l’était certainement  pas.  Ainsi, trouvera-t-il  stupide qu’Inessa veuille améliorer la condition des prostituées. Il  jugera  sévèrement sa défense de l’union libre. Position bourgeoise, dira-t-il, alors qu’il a longtemps vécu, à la fois, avec Nadia et Inessa !

Féministe, Inessa l’était.  Elle sera une ardente avocate de la liberté des femmes. Sa vocation remonte à une humiliation infligée par un pope. Alors qu’elle était enceinte de son troisième enfant, on lui avait refusé l’entrée de l’église parce qu’enceinte, elle était impure !

Une personnalité curieuse que celle d’Inessa. Elle avait été dans sa jeunesse amoureuse d’un jeune rebelle, Vlady, qui mourra  de la tuberculose. Mariéé à Alexandre Arnaud, elle semblait avoir trouvé l’équilibre qui lui avait manqué dans sa jeunesse :  la richesse, un mari gentil et attentionné. C’est son frère Vlad qui lui fera découvrir les milieux révolutionnaires.

Une amie l’amènera à une réunion semi-clandestine où elle rencontrera  Lénine. Elle n’est pas impressionnée par lui, qui, comme à son habitude, est mal vêtu, parle bien mais à l’air d’un moujik. Lui est conquis par cette jeune femme de quatre ans sa cadette. Il a trente-neuf ans. « Elle est habillée très à la mode, avec un chapeau sombre sophistiqué orné d’une plume rouge. Sous une masse indomptable de cheveux châtains, il remarque ses yeux immenses, sa grande bouche sensible,ses traits finement modelés. Rapide, intelligente, Inessa dégage une confince en elle inébranlable qui attire encore plus l’ardent idéologue. »

Comme Nadia, elle fera partie de ceux qui dirigeront le premier état communiste. Elle fondera une école pour diffuser  les idées de Lénine.  Chargée de la question paysanne, elle s’épuise. Elle en mourra.  Lénine est bouleversé. A son enterrement, il marche les yeux fermés, au bord des larmes.

Lénine sera victime d’une attaque. Se sentant perdu, il dictera à sa secrétaire une lettre qui peut-être considérée comme son testament. « Je pense que la présence au CC de membres tels que Staline et Trotski est une menace pour la stabilité. (...) En devenant secrétaire général, le camarade Staline a concentré entre ses mains un pouvoir immense, et je ne suis pas sûr qu’il sache toujours l’utiliser avec suffisamment de prudence. » Seule Nadia sera autorisée à l’ouvrir après sa mort.

Après la mort de Lénine, Nadia sera forcée de travailler avec Staline... Le jour de son anniversaire, en 1939, Staline lui enverra un gâteau qui l’empoisonnera... Elle sera rapidement incinéréé...

Je retiendrai le nom de deux féministes marxistes méconnues : Nadejda Kruhskaïo  et Inessa Arnaud Elles ne sont pas les seules femmes à ne pas être entrées dans l’histoire !

05/04/2013

CREDO POLITIQUE.

  

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ERIC de BEUKELAERE, né en 1963, est curé-doyen au centre de Liège. Il a été de 2002 à 2010, porte-parole de la Conférence épiscopale de Belgique. Historien,  il s’est toujours intéressé à la politique.

CREDO POLITIQUE.

Les thèmes abordés sont sérieux : civilisation, démocratie, spiritualité, justice, écologie, médias. L’auteur nous livre sa réflexion sur le monde d’aujourd’hui, sur ce qu’il apprécie ou regrette Il fait aussi des propositions, donne des conseil aussi bien aux hommes, croyants ou athées, qu’aux politiques ou aux journalistes. Sans pédanterie, avec le sourire et beaucoup d’humour.

Côté chrétien : des citations de Benoît XVI, admirables d’ailleurs, quelques références à l’évangile ou à la doctrine de l’Eglise mais sans appuyer. Ce n’est pas un livre polémique et si l’auteur titre son livre « credo » il a bien fait d’ajouter « politique ».

Pour l’auteur, l’avènement de la démocratie moderne date du 28 mai 1940 quand Winston Churchill a décidé de déclarer la guerre à l’Allemagne. Sans cela, Hitler aurait peut-être gagné la guerre. Et adieu la démocratie !

Ainsi le livre commence par un rappel historique et c’est, à mon avis, la partie intéressante du livre que le retour à l’histoire pour expliquer ses positions. Mais, il dit en s’adressant aux politiques, il faut connaître l’histoire pour nourrir sa réflexion, évidemment pas pour la copier.

Les exemples abondent dans ce qui a changé. La conception du bonheur par exemple, est bien différente de celles de nos grands-parents, la société de consommation a fait de notre monde un tout autre monde. Pas de condamnation mais pas non plus l’affirmation qu’elle n’est pas acceptible à tous !

 L’auteur est plus sévère sur mai 68 et la liberté sexuelle qui, d’après lui, a engendré des bouleversements de la famille où les enfants et les adultes sont souvent perdants. Je trouve son analyse un peu courte. Les divorces ne sont pas seulement imputables à mai 68 et, pour moi, la liberté de la femme est une valeur essentielle.

Le credo de l’auteur est la justice. Ce serait trop long à expliquer et hélas ! impossible à résumer.

Le plus important est un appel à la spiritualité. L’auteur cite Malraux sans le déformer comme c’est souvent le cas. Sans dogmatisme mais avec une insistance sur le droit de chacun de pouvoir s’exprimer. Ainsi, s’il admet que la foi relève d’une conviction personnelle, il revendique le droit pour les chrétiens d’affirmer leurs opinions, même de peser sur les décisions politiques tout en affirmant qu’une fois la loi votée, elle doit être respectée. Ce qui est primordial pour lui est d’agir selon sa conscience. Un exemple : l’euthanasie, il la rejette au nom de sa foi chrétienne et trouve que les médecins ont le droit de refuser de la pratiquer. Nuance importante, l’obligation d’orienter leurs patients vers un autre collègue D’accord, mais c’est théorique car une fois hospitalisé, c’est bien difficile d’aller ailleurs...

Je dirai quand même que je suis bien d’accord sur la primauté de la conscience mais je redoute les dérives. Le jihadiste qui se fait sauter obéit à sa conscience : est-ce bien ? Je pourrais donner d’autres exemples tout bêtement pratiques où la primauté de la conscience rendrait toute vie communautaire impossible... Et, il le souligne bien, les hommes ne sont pas tous des « justes » D’accord, mais je ne crois pas au péché originel. L’homme est ce qu’il est attiré par le bien ou le mal. C’est une évidence.

Comme j’ai un peu peur d’avoir d’avoir eu une lecture du livre trop personnelle, je vais lui laisser la parole.

EXTRAITS.

« La société semble en panne de valeurs qui puissent servir de boussole dans la tempête. »

« Quand un éclésiastique est convié sur un plateau c’est plutôt à titre d’ajout...folklorique. »

« Je pense qu’il s’agit de faire de cet élan spirituel un enjeu public – une « culture d’état » à inscrire en-tête de nos constitutions et à enseigner dans nos programmes scolaires avec autant de sérieux que le calcul ou la grammaire. »

« Je suis opposé à une législation sur le blasphème. »

« N’est-il pas curieux de constater qu’à l’époque de la communication, le premier cancer ce nos sociétés soit la solitude ? »

« Le bien commun est cette notion morale qui rappelle que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. »

« Avec d’autres traditions religieuses ou humanistes, la vision chrétienne de l’homme énonce que celui-ci n’est ni ange, ni bête. Il est une créature capax Dei, c’est-à-dire capable d’avoir des actions dignes de Dieu, mais en même temps abîmée par une blessure archaïque – que la tradition chrétienne nomme le péché originel. »

 J’ai aimé le livre, je ne regrette pas ma lecture même si je n’adhère pas à tout ce que dit l’auteur. J’aurais souhaité plus de souffle, des convictions mieux affirmées, plus convaincantes. Un véritable appel à la spiritualité. L’auteur a, me semble-t-il, préféré la tolérance, voire la tiédeur qui n’était pas celle du Christ.

 

01/04/2013

COURS DE PHILOSOPHIE.

cours de philosophie

Une question débattue de puis longtemps a ressurgi dans l’actualité. Faut-il instituer des cours de philo ? Question subsidiaire : à partir de quel âge ? Le débat Controverse de ce dimanche a abordé la question mais comme d’habitude dans des affrontements entre différentes positions, pas toujours exprimées clairement.

Petit rappel. Que dit la Constitution ? « Art.24. La communauté assure le libre choix des parents. La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et élèves. Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle. »

Le pacte scolaire de 1959, compromis après la guerre scolaire, distingue l’enseignement confessionnel, qui organise des cours de religion et l’enseignement officiel qui doit offrir le choix entre les différents cours comme précisés dans la constitution.

Première difficulté rencontrée par ceux qui défendent l’introduction de la philosophie à la place du cours de morale ou de religion, la constitution ne le permet pas. Certains jouent sur les heures non précisées ce qui implique que les deux heures hebdomadaires pourraient être réduites.

Autre argument : le monde a changé. Doit-on alors maintenir l’enseignement des religions ? Ce point de vue défendu par les laïcs n’est pas acceptable par les représentants des cultes. On voit mal l’école catholique accepter la suppression des cours de religion, définis par le pacte scolaire comme sa spécificité. De même dans l’enseignement officiel, pas question de supprimer l’enseignement du Coran par exemple.

Autre argument des laïcs, la religion est une affaire privée donc ne devrait pas être enseignée à l’école. Cela paraît assez logique mais se heurte à une autre conviction : l’école est aussi un lieu d’éducation donc de transmissions de valeurs.

Voilà pour la théorie. En réalité, tout le monde sait que les cours de religion ou de morale n’étant pas soumis à un programme, même s’ils sont inspectés, ont bien évolué. J’ai enseigné dans une école catholique où il n’y avait que des étrangers en majorité des musulmans. Comment le prof de religion aurait-il pu ignorer cette réalité ? Les cours ont été adaptés. Cours d’histoire des religions, débats sur des questions de société, philo ont, bien entendu, remplacé le catéchisme d’antan.

Comme le lecteur peut s’en apercevoir, ce n’est pas simple.

J’ai, pour ma part, sans savoir comment techniquement le faire, souhaité l’introduction des cours de philosophie dans les deux dernières années du secondaire.

Plusieurs choses dans ce que j’ai entendu n’ont pas mon adhésion. La première, le cours de philo devrait se donner dès la première année primaire. Après avoir sursauté, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas de cours de philo, ni même d’histoire de la philo, mais d’un cours de civisme. Qu’est-ce que cela veut dire ? 12 ans à former des citoyens. Fort bien, comment ? Enseigner le code de la route, combattre les incivilités, enseigner les rouages de l’état ? Comme rien n’est précisé, je ne sais pas, mais même en forçant mon imagination, je ne vois pas. De plus, je reste persuadée que ce dont nos jeunes ont besoin c’est d’une transmission des valeurs : respect des autres, rejet de la violence, apprentissage de la tolérance pour ne citer que celles-là. Valeurs universelles ? Pas pour tous.

Je suis encore plus perplexe devant la proposition de Marie-Dominique Simonet. Un tronc commun pour apprendre le fameux « vivre ensemble » cours dans lequel on mélangerait  toutes les religions. Je suis sceptique.

Si, officiellement ce cours existait, je suis quasi certaine qu’il deviendrait vite un lieu d’affrontement comme on le voit en politique. « Je défends ma religion. – Tu ne peux pas attaquer la mienne. – Je te défends de dire cela. – Tu ne comprends rien à ce que je dis » Pauvre prof qui devra affronter tout cela !

Vous me direz qu’actuellement, les échanges ont lieu dans les cours de morale ou de religion maisi ils ne sont pas officialisés, le prof sait bien jusqu’où il peut aller.

Une autre proposition de la ministre m’a fait frémir. Elle annonce qu’elle va rendre un décret pour établir les programmes. Pour son nouveau cours ou pour les cours existants ? Quid de la liberté pédagogique qui permet de s’adapter à son public ?

Certains, dont je suis, souhaitent une meilleure formation des imans. Qu’il y ait des dérives est une réalité trop souvent niée. L’islam enseigné dans les écoles n’est pas toujours l’islam des lumières de Malek Chebel.

J’ai tenu à m’exprimer comme d’autres, mais ce n’est qu’une première réflexion sur ce qui se dit. On verra…

                                                                                                  

 

28/03/2013

FEMMES DE DICTATEUR.

Diane Ducret, Femmes de dictateur, Mussolini

DIANE DUCRET est une journaliste, philosophe et historienne née à Anderlecht. Après des études de philosophie à la Sorbonne et à l'Ecole normale supérieure, elle collabore à la rédaction de documentaires historiques pour la télévision et est aussi chroniqueuse occasionnelle sur Europe 1 dans l'émission de Laurent Ruquier, On va s'gêner.

Son premier livre Femmes de dictateur a été publié en 2011 aux éditions Perrin. Le succès a été foudroyant : 100.000 exemplaires vendus. Il est sorti chez  Pocket en février 2012. Il a été classé comme meilleure vente de livres histoires de Livres Hebdo.

Le deuxième volume est déjà sorti chez Perrin et est programmé pour avril chez Pocket.

Le premier volume reprend les dictateurs du début du siècle dernier : Mussolini, Lénine, Staline, Salazar, Bokassa, Mao, Ceausescu, Hitler.

L'auteur retrace la vie de ces dictateurs et surtout de leurs épouses ou maîtresses. C'est donc une plongée dans l'histoire ce qui explique sans doute le succès du livre.

Certains critiques analysent les succès féminins des dictateurs comme un attrait du pouvoir. Je trouve l'explication un peu sommaire. Toutes les femmes ne se ressemblent pas. Certaines ont eu du pouvoir, ont pesé sur les décisions de leur amant, d'autres pas. Chaque cas est unique. Je pourrais ajouter que si les dictateurs comme Mussolini par exemple ont fasciné les femmes, les hommes l'étaient aussi ! Il suffit de penser à l'admiration suscitée par Hitler, à l'hystérie que provoquaient ses discours.

Le livre de Diane Ducret est intéressant. Elle nous dévoile des aspects peu connus de ces dictateurs, violents, tyranniques mais ayant parfois un côté humain qu'on ne soupçonnait pas. Parfois, c'est le cas pour Mussolini, c'est leurs maîtresses qui se sont efforcées de créer une autre image de leur amant.

Passionnant, le livre l'est sûrement, mais pas facile à lire. En effet, l'auteur ne suit pas toujours l'ordre chronologique si bien que ce n'est pas facile de s'y retrouver. Impossible, en tous cas pour moi, de le lire d'une traite. Il faut du temps pour digérer un chapitre avant de pouvoir passer à un autre. Honnêtement, j'ajouterai que si la partie historique pouvait me fasciner, j'avais beaucoup de difficultés à comprendre ces femmes amoureuses jusqu'à se perdre.

BENITO MUSSOLINI.

"La foule, comme les femmes, est faite pour être violée." Cette phrase résume bien la personnalité de celui qui deviendra le duce. D'origine modeste, instituteur, son ascension sera fulgurante. Il apparaît épris de son propre corps. Le livre commence d'ailleurs par la foule qui le contemple quand il va se baigner à Riccione. Ce dialogue entre lui et sa dernière maîtresse Clara est éloquent : "Tu l'aimes, mon corps ? On m'a dit que c'était un des plus beaux d'Italie. – Qui l'a dit ? lui fait-elle. – Un homme sur la plage m'a dit : "Mussolini, tu as le torse le plus parfait de la plage" et moi, je lui ai répondu "non, d'Italie".

Sa force, sa virilité, il en fera un atout pour sa réussir sa carrière. L'auteur relève les propos tenus par les femmes qui l'ont rencontré : "le sourire de Mussolini est la chose la plus fascinante du monde" "Mussolini est comme une coupe de cristal pleine de vin capiteux" Et ce témoignage d'un de ses collaborateurs : "Combien d'entre nous en ont-ils vu tomber à genoux sur son passage ?"

De toutes les nombreuses conquêtes de Mussolini, dont il se vantait souvent cyniquement, j'en retiendrai quatre.

La première, Rachele, est une de ses anciennes élèves, fille de paysan, rencontrée dans le bistrot de son père. Il emploiera la force et le chantage pour la séduire : "Si tu me repousses, je t'entraîne avec moi sous un tram". Elle acceptera de se fiancer repensant à une prédiction que lui avait fait une gitane : "Tu connaîtras les plus grands honneurs, tu seras l'égale de la reine. Puis tout s'écroulera sous tes pieds et des deuils te frapperont."

Il finira par l'épouser, aura des enfants et, devenu célèbre, se servira d'elle pour donner l'apparence d'être un "homme bien". "Avec elle, il n'y a presque jamais eu d'amour.Juste quelque chose de physique. Parce qu'elle était une belle fille, pulpeuse, bien faite et, comme on dit, un beau brin de fille. Juste des sens, seulement ça."

L'auteur ne nous dit pas grand chose sur elle. Une anecdote donne un aperçu de leurs rapports. Frustré de ne pas avoir assisté à la naissance de leur troisième enfant, il la menace : "J'espère que tu ne vas profiter de mon absence pour mettre au monde le petit. J'en ai assez d'être le dernier informé de la naissance de mes enfants." (...) "Je t'avais dit de m'attendre, pourquoi ne l'as-tu pas fait ?" Sans un regard pour le bébé !

Angelica et Margherita feront de l'instituteur un leader politique. Toutes les deux sont juives, issues de la grande bourgeoisie, éduquées aristocratiquement et ont rompu avec leur milieu, ses codes et ses valeurs politiques. Elles sont converties aux idées socialistes d'avant-garde. Angelica quittera Benito pour Lénine, Margherita sera aux côtés de Mussolini pendant dix ans. C'est elle qui le poussera à forcer le destin et à organiser la marche sur Rome.

Elle sera considérée comme sa concubine officielle et parviendra à créer un mythe, celui du surmâle, arrivant même à le faire aimer par un peuple qui ne l'apprécie pas.

De fasciste qu'elle est devenue, elle est toujours juive. Et en 1934, après une entrevue avec Hitler, Mussolini devient antisémite et commence la persécution des Juifs. Il l'a fait licencier du journal qu'elle dirigeait. Menacée sérieusement par les lois antisémites, elle se réfugiera en Argentine. Elle lui avait pourtant tout appris...

Sa dernière conquête sera Clara Petucci. Son père est le médecin personnel de Pie XI. Elle est fiancée mais tombe éperdument amoureuse de Mussolini. Elle ira jusqu'à épouser son fiancé, Ricardo Federicci pour sauver les apparences. Elle divorcera et se consacrera entièrement à Benito.

Mais quelle conception de l'amour a ce Benito ? Jugez ce qu'il lui dit : "Je t'aime follement... et je voudrais te dévaster, te faire mal, être brutal avec toi. Pourquoi mon amour se manifeste-t-il avec cette violence ? J'ai un besoin de t'écraser, de te mettre en pièces, une impulsion violente. Je suis un animal sauvage". Ou encore : "Je suis double et le numéro deux est mauvais". A cette violence, elle ne répond que par des larmes...

La fin de Mussolini sera tragique. Il tentera de fuir après avoir supplié Clara de s'enfuir en Espagne. Ils seront tous les deux assassinés.