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16/09/2009

ALEXIS SALATKO.

 

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Né dans les années soixante, Alexis Salatko est le petit-fils d'un émigré russe. Il a passé sa jeunesse à Cherbourg, où son père s'était établi comme médecin. Au cours des années quatre-vingt et nonante, il est journaliste et chroniqueur à "Ouest France" et La Presse de la Manche". Il est aussi directeur de la collection "Rivages d'encre" aux éditions Isoète.

 

Parallèlement, il a écrit des romans, notamment : "Le Tigre d'écume", "Le Couturier de Zviska", "S'il pleut, il pleuvra"," Vingt-deux nuances de gris", "La fille qui hurle sur l'affiche"

 

Il est aussi scénariste et co-scénariste de fictions pour la télévision et le cinéma avec Roman Polanski et Didier Decoin. Dans la préface de "Horowitz et mon père" Roman Polanski raconte sa rencontre avec Alexis Salatko, en 1978, sur le  plateau de tournage de "Tess", en Normandie. Observateur assidu, curieux, très vite, Alexis s'est intégré dans l'équipe. Ils se sont retrouvés pour le tournage de "Pirates".

 

HOROWITZ ET MON PERE.

 

Dimitri Radzanov, le père du narrateur, s'est souvent battu en duel au piano avec Vladimir Horowitz, au conservatoire de Kiev. Après la révolution d'octobre, Horowitz émigre aux Etats-Unis où il deviendra un pianiste virtuose de renommée mondiale.

 

Dimitri Radzanov sert dans la Garde blanche, puis, après la capitulation, il doit fuir la Russie Son père et son frère aîné ont été massacrés. Leurs biens ont été confisqués, ils sont ruinés. Ils rejoignent la France, exil rendu possible grâce aux origines françaises, d'Anastasie, la mère.

 

Dimitri continue à jouer du piano tout en faisant des études de chimiste. Sa mère espère que son fils deviendra un grand pianiste. Mais, Dimitri se marie avec Violette, une apprentie comédienne de 17 ans et il entre aux usines Pathé Marconi où il fabrique des disques, notamment ceux de son vieux rival Horowitz, en pleine gloire.

 

Sa mère, qui n'a jamais accepté ce mariage, qu'elle considère comme une mésalliance, va monter un véritable complot, pour que son fils revienne au piano, abandonné affirme-t-elle à cause de sa belle-fille. Elle se sert de la gloire d'Horowitz, pour piquer l'orgueil de son fils. "Je découvrais ma grand-mère emmitouflée dans son renard bleu, coiffée de sa chapka aux oreilles de caribou, les mains gantées de léopard, chaussée de ses bottines à boutons, prête à monter dans sa troïka, autrement dit son vieux lit à ressorts ... Sa principale occupation était d'inventorier des coupures de presse sur Horowitz. Elle ouvrait son album et me faisait voyager dans une vie qui n'était pas la mienne et qui, petit à petit, allait me phagocyter."

 

Dimitri reviendra à sa musique, jouant tout en écoutant les disques des grands interprètes, dont ceux de son ancien rival. Les duels reprennent, à distance, pour le grand bonheur de son fils. "Tandis que le géant Horowitz bataillait en scène, en pleine lumière, son obscur compatriote rendait coup pour coup dans un pavillon de banlieue aux volets clos. De part et d'autre de l'Atlantique, les deux hommes reliés par un fil invisible, rivalisaient de brio, frappant les blanches, cognant les noires jusqu'au K.O. Horowitz, groggy, saluait un parterre en liesse. Du fond de sa bicoque en meulière, son fantomatique challenger, tout en chancelant, savourait sa victoire."

 

Le livre se terminera par la victoire de Dimitri. Son fils, devenu chirurgien, selon les désirs de son père, l'emmène à New York pour assister au jubilé d'Horowitz à Carnegie Hall. Dimitri n'assiste pas au concert mais son fils, en l'écoutant, n'a aucun doute, le meilleur, c'est son père.

 

Au-delà de la chronique familiale, Alexis Salatko dépeint la vie d'émigrés russes réfugiés en terre parisienne, leur lutte quotidienne pour s'adapter à leur nouvelle vie tout en conservant le lien avec la patrie perdue.

 

Dimitri est un personnage haut en couleurs. Ses répliques sont péremptoires. "Si les Français avaient le courage de dire tout haut, ce qu'ils pensent tout bas, nous n'en serions pas là". Et à propos de l'instituteur :"Un jour il faudra que ton instituteur passe prendre l'apéritif à la maison. Je lui expliquerai qui est Lénine.

-Il le sait.

- Non, il ne le sait pas.

-Mais si, il porte la même barbiche que lui.
- Tout homme intelligent sachant qui est Lénine ne porte pas la barbiche de Lénine !"

 

Le narrateur nous fait voyager dans la France du siècle dernier. Si Anastasie et Dimitri, par leur carrure, dominent l'ouvrage, c'est lui qui lui donne un sentiment d'amour, de chaleur humaine qui en fait un livre attachant. L'humour est aussi un élément clé de cette autobiographie.

 

10/09/2009

BRET EASTON ELLIS.

 

 

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Ecrivain américain, il est né le 7 mars 1964, à Los Angeles, dans une famille aisée. Ses parents divorcent en 1982. Après des études secondaires dans une école privée, il suit un cursus musical à Bennington Collège et parallèlement joue dans divers groupes musicaux, dont The parents.

 

Il est toujours étudiant, a vingt ans, quand il publie son premier livre "Moins que zéro". Bien accueilli par la critique, 50.000 exemplaires sont vendus dès la première année. En 1987, il est adapté au cinéma "Less Than Zero".

 

En 1987, il s'installe à New York. C'est dans son deuxième roman "Les Lois de l'Attraction" qu'il crée le personnage Bateman qu'on retrouvera dans "American psycho". Ce dernier ouvrage est sans doute  le plus contesté. Le roman est considéré par certains comme très misogyne, son héros, Patrick Bateman comme une caricature du yuppie matérialiste. C'est un sérial-killer, le plus affreux qui n'ait jamais été imaginé. Il n'a aucun scrupule, peu lui importe la souffrance inimaginable qu'il inflige à des dizaines d'inconnus.

 

" Les Lois de l'Attraction" (The Rules of Attraction) et "American Psycho" seront  portés  l'écran en 2002 et 2000. Il publiera aussi "Glamorama" en 1998.

 

MOINS  QUE  ZERO.

 

Clay rentre à Los Angeles pour les vacances de fin d'année. Son amie Blair vient le chercher à l'aéroport et murmure "Les gens ont peur de se retrouver sur les autoroutes de Los Angeles". Cette phrase, qui, comme il le dit, ne devrait pas l'ennuyer s'incruste dans son esprit. Elle reviendra comme un leitmotiv tout au long du roman.

 

Clay retrouve ses amis, Trent, Kim, Alana, Julian et d'autres jeunes qu'il ne connaît pas. Riches, beaux, ils comblent leur ennui par des fêtes arrosées, des concerts, le cinéma, regardent des films insipides à la télévision, fument des joints, prennent de la cocaïne, boivent beaucoup, font l'amour. Ils ne ressentent plus rien, ne réagissent même pas devant le viol d'une mineure ou à la vue d'un cadavre.

 

Clay semble anesthésié, assiste à tout sans réaction, se drogue, prend du valium pour dormir, ne désapprouve pas la vie de ses amis, y participe mais comme un zombie. Il écoute de la musique, sans émotion apparente.

 

L'auteur, on l'aura compris, dresse un portrait très peu reluisant de la jeunesse californienne des années quatre-vingt. Bret Ellis a choisi des personnages qui apparaissent bien réels et sont le reflet d'une société absurde, bien loin de l'Amérique triomphante. "Des moins que zéro."

 

Le roman est une suite de dialogues, une description minutieuse des personnages, leur accoutrement, leur fausse cordialité. Aucune intrigue, des scènes souvent à la limite du soutenable mais admirablement décrites.

 

Le livre est entrecoupé par des souvenirs de Clay, des passages en italique, complètement en décalage avec le reste du livre.

 

On sent le désarroi de Clay qui est hanté par la phrase "Les gens ont peur de se retrouver" ou encore "On peut disparaître ici sans même s'en aperçevoir". On a l'impression qu'il ressent peu à peu le non-sens de la vie qu'il mène avec ses amis mais ce n'est jamais explicité. Il nous apparaît pourtant différent des autres, suivant le mouvement comme si rien d'autre n'était possible.

 

Je ne connaissais pas l'auteur. J'avais lu qu'il était considéré comme un grand écrivain. Après quelques pages, j'avais envie de m'arrêter. Et pourtant, j'ai continué, preuve sans doute que l'auteur a un sens poussé de la narration. Peut-être espérais-je aussi qu'il se passerait enfin quelque chose.

 

Je n'entrerai pas dans la polémique des critiques qui le classent comme "moraliste" ou "nihiliste". Je pense que Bret Ellis met son talent, son écriture, au service d'une description pessimiste de la société qui l'entoure.

 

Clay à son amie Blair, avant de la quitter pour rejoindre la fac :

"Qu'est-ce qui t'intéresse ? Qu'est-ce qui te rend heureux?
Rien. Rien ne me rend heureux. Rien ne me plaît."

19/06/2009

LA CRISE, ET APRES ?

Publié en 2008 chez Fayard, ce livre de Jacques Attali a suscité beaucoup de polémiques. L'auteur résume son livre dans son introduction. "Comment en est- on arrivé là ? Le monde semblait aller bien ... Et voilà que, sans préavis, nous sommes à l'aube d'une dépression planétaire, la plus grave depuis quatre-vingts ans."

Dans la première partie du livre, l'auteur insiste sur le fait que l'humanité a toujours traversé des crises, religieuses, morales, politiques et économiques mais la crise actuelle est la première planétaire. L'auteur se penche sur le passé, le déplacement du centre du capitalisme : Bruges, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Etats-Unis jusqu'à la grande crise de 1929 qui a duré quarante-trois mois et dont l'issue viendra malheureusement de la guerre mondiale.

Il est impossible de résumer l'analyse que fait Attali de la crise actuelle. Je retiendrai, ce qui est connu, les subprimes, soit des prêts hypothécaires accordés non en se basant sur les revenus mais sur la valeur de la maison, qui ont mis des Américains dans la rue et ont enrichi les investisseurs.

On a coutume de dire que personne n'avait vu venir la crise, ce que dément Jacques Attali en citant de nombreux experts qui se sont exprimés dès 2003 mais n'ont pas été écoutés. Tout va s'accélérer à partir de 2005, la prise de conscience en 2007 que la crise financière n'est pas qu'américaine et que les banques européennes sont mêmes plus fragiles que les banques américaines. La faillite de la banque Lehman va entraîner en quelques jours le système mondial au bord du gouffre. On connaît la suite, l'intervention des états, dont la Belgique, pour sauver les banques, ce qu'il fallait faire et n'a pas été fait pour la banque Lehman.

Jacques Attali consacre la seconde partie de son livre aux solutions non seulement pour sortir de la crise mais pour en éviter d'autres : crises financières, guerres, dégradation climatique. Je renvoie le lecteur à toutes les solutions proposées dont la plus contestée, la création d'un gouvernement mondial.

Cette seconde partie du livre est décevante car Jacques Attali ne cesse de dire : voilà ce qu'il faudrait faire, je sais qu'on ne le fera pas !

Mais, la dernière page du livre est rédigée comme un appel pour prendre conscience de quatre vérités qui nous feront vivre dans un monde où les seules crises seront celles de la vie privée :

Chacun, laissé libre de la faire, va au bout de ce qui peut servir ses intérêts, même au détriment de ceux de ses propres descendants;
L'humanité ne peut survivre que si chacun se rend compte qu'il a intérêt au mieux être des autres;
Le travail, sous touts ses formes, surtout à visée altruiste, est la seule justification de l'appropriation de richesses;
Le temps est la seule denrée vraiment rare; et celui qui contribue, par son travail, à en augmenter la disponibilité et à lui conférer sa plénitude doit être particulièrement bien rémunéré.

L'AUTEUR.

Jacques Attali est né en 1943 à Alger. Il a été conseiller de François Mitterand. Il a participé, en 1979, à la fondation d' "Action internationale contre la faim. En 1998, il a fondé PlaNet, une association présente dans 60 pays et qui forme les institutions de microfinance. Il a aussi présidé La commission pour la libération de la croissance française qui a rendu son rapport à Nicolas Sarkozy le 23 janvier 2008, rapport qui a aussi suscité bien des polémiques.

Brillant économiste, Jacques Attali est un écrivain aux multiples talents. J'ai beaucoup aimé Blaise Pascal ou le génie français (2000), un vibrant hommage, Les juifs, le monde et l'argent (2002), une lutte contre les préjugés, La confrérie des Eveillés (2005), une rencontre imaginaire entre Maïmonide et Averroès.

Je n'ai pas aimé Karl Marx ou l'esprit du monde (2005), un livre très documenté mais où je n'ai pas retrouvé le souffle de son livre sur Pascal.

 Il vient de publier le Dictionnaire amoureux du Judaïsme dans lequel il donne une interprétation originale mais pas toujours orthodoxe de certains passages du Talmud. Ce livre a pourtant impressionné Josy Eisenberg qui anime l'émission "La source de vie" sur France2.

Jacques Attali est brillant mais il ne plaît pas à tout le monde et peut se montrer cassant. Ainsi, lors de la polémique sur la Commission qu'il avait présidée, il n'hésitait pas à dire à ceux qui l'interrogeaient :"Si vous dites cela, c'est que vous n'avez pas lu le rapport, donc je ne répondrai pas" ! Et pour La crise, et après ? il a quitté le plateau de Laurent Ruquier où il s'ennuyait... (voir la vidéo de You Tube)

Heureusement, il a aussi ses admirateurs, comme Jean Daniel par exemple et.... ses admiratrices !

 

28/05/2009

MICHEL GURFINKIEL ET ISRAEL.

Michel Gurfinkiel.jpg

Michel Gurfinkiel est un historien, écrivain. Il est président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un institut européen d'études et de recherches spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Il a été rédacteur en chef de Valeurs actuelles et éditorialiste au Wall Street Journal. C'est un expert mondialement reconnu du Proche et Moyen Orient.

Parmi ses ouvrages récents La Cuisson du Homard, Réflexions intempestives sur la Nouvelle guerre d'Israël (2001), Le Retour de la Russie (2001), Un Devoir de Mémoire (2008). Dans ce dernier livre, il parle de son père, déporté à Auschwitz en 1942 et libéré par les Américains le 6 mai 1945. Il explique combien il était difficile de le faire parler de la Shoah et comment c'est seulement après sa mort qu'il a pu reproduire ses confidences et les réponses aux questions qu'il lui posait. Par exemple, comment avait-il pu garder la foi ?

LE ROMAN D'ISRAEL.

Ce livre a été publié en 2008. Le titre est particulièrement bien choisi. En effet, il comprend une partie historique, bien documentée mais aussi des dialogues imaginaires entre des personnages historiques ou fictifs.

L'auteur retrace l'histoire du peuple juif depuis ses origines. Il s'appuie, pour les événements très anciens, sur la bible, dont, dans une de ses conférences, il reconnaît qu'on n'est pas obligé d'y croire.

Le livre est très documenté mais vous n'y trouverez pas de longues descriptions sur l'histoire juive comme on les trouve dans d'autres essais par exemple les dominations des Assyriens, des Perses, d'Alexandre le Grand ou des Romains.

L'auteur ne s'étendra pas davantage sur les événements de l'ère chrétienne, les accusations comme la "diffamation du sang" en 1144, les expulsions d'Angleterre (1290) d'Espagne (1391) ou de France (1394) ou les pogroms du dix-neuvième siècle.

Il consacre un chapitre à Théodor Herzl connu comme père du sionisme. J'ai trouvé intéressant de me concentrer sur cette partie du livre.

Herzl est né à Budapest en 1860, dans une famille aisée mais peu pratiquante. C'est en ce moment que la Hongrie s'émancipe au sein de la monarchie des Habsbourgs et devient un royaume autonome, associé à l'Empire d'Autriche. Les Herzl se veulent autrichiens. En 1878, la famille s'installe à Vienne et Theodor s'inscrit à la faculté de droit. Il obtient son doctorat mais comme Juif, il ne peut accéder aux fonctions publiques. (Gustave Mahler devra se convertir pour être nommé à la tête de l'opéra de Vienne). Herzl devient journaliste, puis auteur de théâtre. En 1885, il s'enflamme un instant pour un projet délirant : la conversion des Juifs au christianisme ! Projet sans suite dont il aura honte. Il ne prête aucune attention au premier sionisme des années 1870-1880, du baron Rothschild notamment. Il se passionne plutôt pour la révolution technologique et industrielle : électricité, téléphone, automobile, avion, cinéma.

En 1891, il est le correspondant parisien d'un quotidien d'Autriche-Hongrie. En 1894, la dégradation publique de Dreyfus, est un choc, qui le décidera à estimer que la solution de la question juive est le regroupement des Juifs dans un seul pays. Il rédige "L'Etat juif".

Suivront une longue série d'entretiens. Appuyé par Frédéric Ier de Bade, il est reçu dans toutes les cours ou chancelleries d'Europe. Un congrès sioniste est prévu à Munich, mais la communauté juive s'y oppose, "par patriotisme allemand". Il aura lieu à Bâle, en 1897. Il est élu président de l'OSM. (Organisation sioniste mondiale). C'est à la requête de l'empereur allemand Guillaume II qu'il se rend en Terre Sainte. Le pays lui apparaît pauvre, sans verdure. Les communautés juives sont rongées par la fièvre venant des marais. Quand il se rend à Jérusalem, il écrit dans son journal : "Quand je me souviendrai de toi, Jérusalem, ce ne sera pas avec plaisir". Bien qu'ils forment plus de la moitié de la population, les Juifs endurent quotidiennement le mépris des musulmans et des chrétiens.

Revenu en France, il reprend son combat et accepte même la proposition de Chamberlain d'établir un Etat provisoire en Ouganda. Elle sera rejetée par son mouvement. Herzl est terrassé par une crise cardiaque le 3 juillet 1904, il venait d'avoir quarante-quatre ans. Ses restes seront réinhumés à Jérusalem, en 1949, quelques mois après l'indépendance d'Israël.

Les derniers chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la période précédant la déclaration d'Indépendance du 14 mai 1948. Le lecteur découvre des pages trop souvent ignorées de l'histoire de la communauté juive sous le mandat britannique, (1922/1948) depuis le double jeu des Anglais en passant par les conflits internes des mouvements sionistes et le refus de plus en plus violent des Arabes contre la présence juive en Palestine. (ghettos, émeutes). Jusqu'en 1939, les Britanniques n'accordent aux Juifs que des visas limités d'immigration. Tout le monde connaît l'odyssée de l'Exodus en 1947, le paquebot qui conduit 4500 rescapés de la Shoah vers la Palestine. La Royal Navy embarque les passagers sur des paquebots chargés de les ramener en Europe. Ils seront internés dans des camps près de Hambourg.

Quatre mois plus tard, l'Assemblée générale de l'ONU prend la décision de partager la Palestine en deux Etats : un Etat arabe et un Etat juif. Le Conseil de la ligue arabe s'oppose à cette décision et très vite les affrontements commencent entre Juifs et Arabes. Début d'une série de guerres et d'efforts pour la paix, jamais aboutis.

Il est intéressant en ce moment où il y a polémique sur Pie XII à propos de son silence sur la Shoah, de rapporter ce que dit Michel Gurfinkiel :"Le monde savait, Churchill, Roosevelt aussi, mais aucun n'envisageait de bombarder les voies de chemin de fer qui menaient vers les camps de concentration. Le seul moyen de sauver une partie du peuple juif était de gagner la guerre, fût-ce en oubliant, les Juifs qui mouraient".

Michel Gurfinkiel termine son livre en rappelant les droits des Palestiniens d'avoir un état, y compris la Palestine arabe mais rappelle que s'il y a beaucoup de pays arabes souverains, il n'y a qu'un pays juif, Israël.

L'auteur, sur son site internet, commente l'actualité. Dans un de ses articles, il se félicite de la déclaration de Benoît XVI, faite en Jordanie :"L'ancienne tradition du pèlerinage nous permet de nous rappeler le lien intangible qui existe entre l'Eglise et le peuple juif".

Le livre a été publié aux éditions du Rocher, dirigé par Vladimir Fédoroski qui vient de publier "Les amours de la Grande Catherine".

 

04/11/2008

PIE XII.

Le père Gumpel, postulateur de la cause de Pie XII dans le processus de béatification, a affirmé que la procédure était achevée et qu'il ne manquait que la signature du Souverain Pontife. Benoît XVI a jugé opportun de s'accorder un temps de réflexion.

Rappelons que Giovanni Pacelli est né à Rome, le 2 mars 1876 et a été élu pape le 2 mars 1939, sous le nom de Pie XII. Il avait été nonce apostolique en Allemagne. Il connaissait donc très bien l'Eglise catholique allemande.

La polémique sur son "silence" à propos des Juifs n'a pas commencé à la fin de la guerre. A sa mort, en octobre 1958, Golda Meir, par exemple, déclarait pleurer un grand serviteur de la paix et s'associer au deuil de l'humanité.

Rolf Hochhuth fut le premier à accuser publiquement Pie XII de n'avoir pas fait tout ce qu'il pouvait et devait faire pour défendre les Juifs dans la pièce Le Vicaire, publiée en 1963. Différentes publications accusant ou défendant Pie XII se sont succédé.

Actuellement, la thèse la plus retenue est que le pape était bien au courant des persécutions et que son silence était inspiré par la crainte qu'une dénonciation officielle aurait provoqué une colère des nazis plus féroce encore. On sait aussi qu'il a protesté contre la persécution de gens innocents à cause de leur race, mais sans jamais citer les Juifs. Tout le monde admet que le Vatican, comme de nombreux catholiques, ont sauvé des Juifs, parfois au péril de leur vie.

On pourrait se demander ce qui se serait passé si Pie XII avait "parlé". On ne le saura jamais. L'histoire traite des faits non des hypothèses.

L'annonce de sa possible béatification a relancé la polémique. Ainsi, au cours du synode consacré à "La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise" avec une première participation judaïque, le rabbin de Haïfa, Yashouv Cohen, a demandé que Pie XII ne soit pas béatifié. Mais, il n'y a pas d'unanimité sur la question, pas plus chez les Catholiques que chez les Juifs.