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06/01/2010

L'ACCORDEUR DE PIANO.


 

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DANIEL MASON est né et a grandi à Palo Alto en Californie. Il est diplômé en biologie de l'Université de Harvard et a passé une année à étudier la malaria à la frontière de la Birmanie et de la Thaïlande. Il y a écrit une grande partie de son roman, pour lequel il a obtenu le prix du "Roman Evasion". Il vit actuellement à San Francisco.

 

En 1886, à Londres, Edgar Drake reçoit une étrange requête du Ministère de la guerre. Il doit quitter sa femme et sa paisible vie londonienne pour partir dans la jungle de Birmanie, afin d'accorder un piano Erard. L'instrument appartient au médecin-général Anthony Carroll, qui a obtenu du Ministère de la guerre qu'on lui envoie un piano à Mae Lwin, dans les états Chan. Ensuite, il a réclamé un accordeur : "On déplace beaucoup plus facilement un homme qu'un piano."  

 

Comme Edgar Drake s'étonne qu'une telle requête soit acceptée, le Colonel, qui lui demande de partir, lui répond : "Les Etats Chan sont anarchiques. A l'exception de Mae Lwin. Carroll a fait plus et mieux à lui tout seul que plusieurs bataillons. C'est un homme indispensable, à la tête de l'un des postes les plus dangereux et les plus importants de nos colonies. ... S'il faut un piano pour maintenir Carroll en place, ce n'est pas trop cher payé."

 

Edgar Drake accepte, encouragé par sa femme "c'est une très belle idée de se servir de la musique pour apporter la paix."

 

Edgar s'embarque pour un très long voyage à travers l'Europe, la mer Rouge, l'Inde pour atteindre enfin la Birmanie et les terres les plus reculées des Etats Chan. Sur le chemin, il croisera des soldats, des mystiques, des bandits, des conteurs. Il va être subjugué par l'exotisme des cultures dont il ignore presque tout, par la beauté des paysages, par la musique, des chants qu'il ne connaît pas et qui le bouleversent.

 

Il faudra longtemps avant qu'il ne rencontre Anthony Carroll, mais au cours de son voyage, il apprend que celui-ci est aussi "légendaire que la reine d'Angleterre". Un soldat lui raconte comment parti dans la jungle avec une dizaine de soldats, il est attaqué dans une clairière. Une flèche vient se ficher dans un arbre au-dessus de sa tête. Les soldats se cachent derrière les arbres, lui reste seul et commence à jouer de la flûte. Les assaillants sifflent le même air, répondant par trois fois au son de la flûte. Carroll peut repartir avec ses soldats. Il a traversé le territoire le plus dangereux sans avoir tiré un seul coup de fusil ! L'air était une chanson d'amour Chan et Carroll dira plus tard : "Un homme ne peut pas tuer quelqu'un quand il joue un air qui lui rappelle son premier amour."

 

Edgar Drake finira par connaître Antony Carroll. Médecin, il soigne comme il le peut, collectionnant les plantes. En secret, il essaie d'obtenir un traité de paix avec les chefs locaux.

 

Après avoir accordé le piano, Edgar Drake ne peut se résigner à quitter Mae Lwin. Il est tombé amoureux d'une jeune birmane, Khin Myo et du pays. Mais la fin de l'ouvrage est tragique et inattendue.

 

J'ai bien aimé le livre. L'auteur nous apprend beaucoup sur la Birmanie, le pays, les cultures mais aussi  le contexte historique : la pacification des Etats Chan a été une période critique pour l'expansion de l'Empire britannique. L'histoire se termine en avril 1887. Après une victoire militaire des Britanniques, la soumission des Etats Chan du sud fut obtenue rapidement.

 

L'auteur n'est pas tendre envers les officiers britanniques. C'est pourquoi, le personnage d'Anthony Carroll, qu'il a inventé et a réussi à nous rendre crédible est bien "une victoire de la musique sur les fusils."  Ainsi quand il invite un des chefs de la confédération du Limbin avec laquelle les forces anglaises sont en guerre, dans l'espoir d'obtenir une rencontre avec la confédération, il demande à Edgar Drake de jouer "un morceau qui éveillera chez le prince des sentiments de bienveillance et d'amitié, qui témoignera de nos bonnes intentions..."

 

Le livre est très poétique. Comme Edgar Drake, j'ai été envoûtée par le pays, les odeurs, la musique du vent, de l'eau, les oiseaux, les jolies birmanes maquillées au "thanaka".

 

Pour terminer, un extrait que je trouve révélateur de l'esprit du livre. Il s'agit d'une randonnée avec le médecin, à la recherche de plantes : "Au-dessus d'eux, un rapace qui volait en cercles fut pris par un courant ascendant ; Edgar se demanda ce que l'oiseau voyait de là-haut : trois silhouettes minuscules qui trottinaient sur une piste sinueuse encerclant les collines calcaires, les villages miniatures, la Salouen qui serpentait paresseusement, les montagnes à l'est, le plateau Chan, incliné jusqu'à Mandalay, et puis toute la Birmanie, le Siam, l'Inde, les armées rassemblées, des colonnes de militaires français et anglais en attente, invisibles les unes pour les autres mais que l'oiseau, lui, distinguait, et entre elles trois hommes occupés à cueillir des fleurs."

 

30/12/2009

LES RELIGIONS MEURTRIERES.

 

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ELIE BARNAVI est professeur d'histoire de l'Occident moderne à l'université de Tel-Aviv. Il a été ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002. Il dirige le comité scientifique du Musée de l'Europe, à Bruxelles. (voir le billet "Une histoire moderne d'Israël" 25/05/08)

 

Dans l'avant-propos, Elie Barnavi rappelle qu'on nous avait annoncé "la mort de Dieu". Pourtant en cette fin d'année ne constatons-nous pas son retour en force dans le fracas de bombes et la lueur des incendies ? Mais, dit très justement l'auteur, de Dieu, on ne sait rien. Le retour du religieux est en réalité le retour des religions. Ce qui est très différent.

 

Elie Barnavi nous invite à considérer la carte des religions du monde du XXème siècle. Quel bouleversement ! "Les Juifs ont émigré de l'Europe orientale vers l'Amérique, l'Europe occidentale et la Palestine/Israël, puis d'Afrique du nord et des pays musulmans de la Méditerranée orientale vers Israël, la France et le Canada. Dans le même temps, par vagues successives, des catholiques (irlandais, italiens, polonais, latino-américains) débarquaient aux Etats-Unis, jusqu'à compter pour une bonne moitié dans la mosaïque religieuse de ce pays à l'origine protestant. Hindous, bouddhistes et taoïstes ont essaimé dans le monde entier avec les fortes émigrations en provenance de l'Inde, de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, avec des concentrations particulièrement denses sur la côte des Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Enfin, avec quelque vingt millions de musulmans en Europe, l'islam y est désormais solidement implanté comme la deuxième confession en chiffres absolus. La religion s'est mondialisée."

 

La première réflexion de l'auteur porte sur ce que sont les religions. Même si on parle volontiers des trois religions monothéistes, il ne s'agit pas d'un bloc monolithique. Leur évolution a été très différente, les courants nombreux dans la même religion. Toute religion est une manière de structurer le monde, de donner une signification à l'existence humaine et d'organiser la communauté, mais elles n'ont pas le même rôle social ou le même fonctionnement. Pourtant toute religion est politique. "Toute religion révélée est une religion de combat ; seules les armes changent, et l'ardeur à s'en servir."

 

L'auteur rappelle la longue évolution du christianisme qui, en France, par exemple, aboutira à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, à la laïcité. Il rappelle aussi comment le communisme a un temps remplacé le christianisme mais en reprenant toutes les caractéristiques de religions sauf l'espérance dans l'au-delà. Une jeune femme belge, enceinte, expulsée du Parti communiste, murmurera éplorée : "Mon fils naîtra en-dehors du parti."

 

L'objectif d'Elie Barnavi est de tenter d'expliquer le fondamentalisme à fondement religieux, surtout l'islam, qui est devenu le phénomène le plus angoissant de notre temps. Pourquoi la tentation fondamentaliste révolutionnaire est-elle aujourd'hui, plus forte que dans d'autres systèmes religieux, tout aussi politiques que lui ? Comment la combattre ?

 

L'auteur va faire un long détour historique, essentiel pour comprendre. Il va rappeler que le fondamentalisme révolutionnaire n'est pas spécifiquement musulman, même si c'est surtout le cas de nos jours. Pour lui "c'est une attitude d'esprit, qui, selon les époques, s'est manifestée avec plus ou moins de vigueur dans toutes les religions révélées." Les religions monothéistes sont nées à un moment donné, l'une remplaçant l'autre, mais avec la conviction qu'elle est nécessairement supérieure à l'autre. Ainsi toute religion porte la violence comme "la nuée l'orage". Mais, ajoute-t-il, c'est vrai de toute institution humaine : l'Etat, la nation, la classe, le Parti.... Il y a les textes sacrés et il y a ce que les hommes en font. "Les Ecritures sont des auberges espagnoles, on y vient avec ce qu'on a et l'on y trouve ce qu'on veut." Ainsi est-il stupide d'aller glaner dans le Coran les sourates qui prêchent la guerre sainte, d'autres versets ou sourates diront exactement le contraire.

 

Un chapitre important est consacré à la vérité. Les religions apportent des réponses diverses. Affirmation théologique  d'une vérité absolue pour le christianisme. "La vérité est, indépendamment de nous, et il nous appartient de la découvrir. Le salut consiste précisément en cette découverte." Le Juif croit à la vérité objective mais ne se soucie point de l'atteindre. Il s'intéresse d'abord à l'action. La vérité est du ressort de Dieu mais la loi est absolue. Il rappelle comment Hannah Arendt, petite fille, voulant provoquer son maître lui avait annoncé qu'elle ne croyait pas en Dieu. "Mais...qui te le demande ? lui avait rétorqué le rabbin. "Un bon juif, un bon musulman est celui qui obéit à un ensemble de préceptes ; un bon chrétien est celui qui a la foi chevillée au corps."

 

L'auteur va consacrer un très long chapitre à l'islam d'aujourd'hui travaillé par le fondamentalisme révolutionnaire. "Une internationale terroriste musulmane a déclaré une guerre sans merci à l'Occident "athée". Pour Elie Barnavi, le bonheur de l'occident a été de faire la distinction entre le spirituel et le temporel ce que ne fait pas l'islam. "D'emblée, Mahomet est prophète et chef de guerre, fondateur de religion et législateur, dirigeant d'une communauté de croyants qui est en même temps le premier Etat musulman. Religion et empire ne font qu'un." Au contraire de l'occident, en islam, seul le pouvoir religieux est pleinement légitime. "Le Coran est incréé, c'est-à-dire existe de toute éternité."

 

Je renvoie le lecteur à l'analyse que fait Elie Barnavi de l'islam classique, sa science, sa philosophie, puis son évolution, les échecs des réformateurs occidentalisés comme Mustapha Kemal Atatürk ou d'autres, la montée du désir de reconquérir le monde, de reconstituer "l'oumma musulmane, la communauté des croyants".

 

Elie Barnavi n'hésitera pas à affirmer que "le combat contre le fondamentalisme révolutionnaire musulman est la grande affaire du XXIème siècle". L'occident doit réaffirmer ses valeurs, ne souffrir aucune compromission. "Ici, on ne bat pas sa femme, on n'excise pas sa fille, on ne tue pas sa soeur sous prétexte qu'elle a souillé l'honneur de la famille en refusant le mari qu'on voulait lui imposer. Ici, la conscience est autonome et la religion relève du libre choix de l'individu. Ici, on ne tolère aucune manifestation de sectarisme religieux, l'incitation à la violence est interdite par la loi." Ou encore : "l'interdiction du voile justement compris comme une agression contre les valeurs de la république dans les lieux mêmes où elles sont censées être le mieux défendues, est un bon début, mais ce n'est que cela. L"école doit redevenir le lieu où les enfants apprennent à se reconnaître dans un passé commun... Il faut réhabiliter l'héritage des Lumières."

 

Je voudrais insister que mon billet est un essai de résumé du livre d'Elie Barnavi. Je n'ai pas pu reprendre toute l'analyse historique qui permet de comprendre son combat, pourquoi il considère le multiculturalisme comme un leurre ou encore pourquoi il est contre le dialogue des civilisations.

 

Le grand mérite d'Elie Barnavi est d'essayer de nous convaincre. Au lecteur, le débat posé,  de se forger une opinion. 

 

02/12/2009

LES MINARETS : QUELLE TEMPETE !

 

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La votation des Suisses pour l'interdiction des minarets a créé une véritable tempête. Les journaux ont orchestré une campagne unanime de désapprobation. En vrac : "Les minarets en Suisse par votation populaire : le choc !" "Vote de la honte." "Tremblement de terre démocratique en Suisse !" "Le vote de la peur." "Le monde musulman entre incompréhension et colère."

 

Par contre, dans les forums, les internautes, en grande majorité, se réjouissaient d'un vote démocratique et félicitaient les Suisses pour leur courage. (Réactions très vives parfois d'où la fermeture rapide des forums !)

 

Les débats se sont enchaînés et les Suisses ont été qualifiés de citoyens d'extrême droite. Rappelons que 57,5 % de la population s'est prononcée pour l'interdiction. S'il est vrai que la votation était organisée par un parti populiste, si l'affiche était provocante, en déduire que la majorité des Suisses sont d'extrême droite me semble un peu court.

 

J'aurais aimé qu'au lieu de revêtir la Suisse d'un manteau d'opprobre, les journalistes s'interrogent sur ce résultat inattendu. La Suisse a toujours pratiqué l'hospitalité. Les musulmans sont peu nombreux et, nous dit-on, bien intégrés.

 

Je suis étonnée qu'un vote démocratique, dans un pays démocratique,  ait suscité une telle campagne. Depuis quand, la France, la Belgique ou d'autres pays s'arrogent-elles le droit de s'ingérer d'une telle manière, à la limite de l'injure, dans ce qui ne les concerne absolument pas ? S'interroger, oui, critiquer de manière aussi véhémente, non.

 

Je ne suis pas qualifiée pour analyser les raisons de ce vote mais entendre parler de représailles, de demande d'annulation, me choque. J'ai suivi certains débats à la télévision et comme toujours, j'ai entendu les mêmes arguments. L'Islam est une religion qui prône la tolérance. Chaque fois qu'il s'agit de l'Islam, on fait des amalgames. On peut critiquer l'Islam, mais pas n'importe comment etc. Plus amusant : la tour Eiffel est le meilleur minaret en France !

 

Je serais plutôt d'accord avec Odon Vallet : la religion suscite toujours des passions : positives, c'est l'enthousiasme; négative, c'est le fanatisme. Ou encore : il est bien difficile de mettre la barrière entre un islam radical ou modéré.

 

J'ai retenu surtout qu'un minaret est un signe de visibilité. Comme un clocher, comme un phare. L'islam revendique cette visibilité comme les musulmanes le font en portant le voile...(dit par un musulman sur FR5).

 

Plus raisonnable, il s'agit d'architecture. Plus marrant, toujours dit par un musulman, les minarets devraient être construits comme les autres éléments architecturaux du pays, différents en Bretagne ou ailleurs. En briques rouges, par exemple...

 

Un paradoxe : la peur, nous dit-on, se trouve dans les deux camps. Je peux comprendre l'indignation des musulmans mais la peur ?

 

03/11/2009

IRINA BOKOVA.

 

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Irina Bokova vient d'être nommée directrice de l'UNESCO. Son mandat, d'une durée de quatre ans, débutera le 15 novembre. Double victoire qualifiée d'historique : elle est la première femme nommée à ce poste prestigieux et la première aussi originaire d'Europe orientale. Depuis 2005, elle était ambassadeur de la Bulgarie en France et auprès de l'Unesco. Elle a été élue au cinquième tour par 37 voix contre 27 au ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni. Initialement présenté comme favori, ses propos selon lesquels "il brûlerait lui-même les livres en hébreu qu'il trouverait dans les bibliothèques du pays", ont fait de lui un candidat contesté.

 

Irina Bokova est née à Sofia le 12 juillet 1952. Elle a suivi des études à l'Institut d'Etat des relations internationales de Moscou, à l'Université du Maryland et à Harvard.  Elle a été nommée conseillère aux Nations Unies en 1980, mais sa carrière politique a commencé après la chute du mur en 1989. Elle sera députée de 1990 à 1991 et de 2000 à 2005. Elle s'était engagée dans l'adhésion de son pays à l'OTAN et à l'Union européenne.

 

Son passage dimanche chez Catherine Ceylac, dans "Thé ou Café" m'a permis de mieux la connaître. D'emblée elle déclare que la campagne a été éprouvante mais ne cache pas sa fierté d'avoir été choisie. Elle s'exprime clairement, n'élude aucune question. Elle dira l'importance qu'elle attache à la condition de la femme, à l'égalité homme/femme, à l'éducation et plus surprenant, parce que moins connu comme préoccupation de l'Unesco, au problème de l'eau et du climat. En riant, elle confirme qu'à l'Unesco peu de femmes ont des postes à responsabilité et qu'elle le regrette. A la question piège de Catherine Ceylac : "Choisiriez-vous une femme plutôt qu'un homme à compétence égale ? elle répond : la compétence est importante ! Autre piège tendu par l'animatrice, le soutien obtenu de Simone Veil, Bernard-Henri Lévy et Elie Wiesel, sa réponse : ce sont des personnes que j'estime. A la question rituelle : "Quel est le mot de la langue française que vous préférez ? Elle répond sans hésitation "partage". C'est beau.

 

Les journaux avaient dit qu'elle était pour l'interdiction de la burqua. Elle va nuancer ses propos : elle est personnellement contre, parce qu'atteinte à la dignité de la femme, mais elle est consciente de la diversité des pays.

 

J'avais lu qu'elle était surnommée "la dame au visage d'acier", moi, je l'ai vue souriante, simple et je l'ai trouvée sympathique.

 

Le jour de son élection, accueillie avec "une grande joie et une grande responsabilité" elle avait témoigné son "respect et son amitié" à Farouk Hosni, dont elle a salué les idées proposées. "Je vais prendre toutes les bonnes idées dans les visions des différents candidats".

 

Son élection, on s'en doute, n'a pas plu aux pays arabes et Khattar Abou Diab, chercheur en sciences politiques à l'Université de Paris III avait déclaré à la télévision égyptienne que "le camp radical avait, avec ce résultat, entériné un conflit de civilisation". Sa réponse est claire : "Je n'ai jamais cru à l'idée du clash des civilisations" ajoutant qu'elle mènerait son mandat à la tête de l'Unesco sur la base de la compréhension mutuelle et du dialogue culturel : "L'Unesco, c'est la tolérance."

 

UNESCO.

 

L'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture a été créée le 16 novembre 1945. Son siège est à Paris. Elle est surtout connue pour son répertoire du patrimoine mondial qui classe ce patrimoine en diverses catégories. En 1992, elle a créé le programme "Mémoires du monde" qui vise à sensibiliser la communauté internationale à la richesse du patrimoine communautaire, à la nécessité d'assurer sa conservation pour les générations futures et à le rendre accessible à un large public.

 

Dans le cadre du programme MaB (the Man and the Biosphere) elle a établi un réseau de biosphères qui se propose de protéger la nature tout en préservant l'activité humaine sur toute la planète.

 

L'Unesco publie des périodiques spécialisés, notamment le Bulletin du droit d'auteur, Perspectives, Revue internationale des Sciences sociales, Museum.

21/09/2009

LE MONDE EST UN ENFANT QUI JOUE.

 

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"J'emprunte cette phrase à Héraclite. Le monde est innocent et naïf. Il titube, hésite, frappe, détruit. Il oublie sa propre histoire. Mais chacun de ses gestes est aussi une création et un apprentissage."

 

Ces quelques lignes résument bien le travail accompli depuis des années par Alexandre Adler. Observer, analyser, pointer les erreurs, voire les mensonges de ceux qui nous gouvernent puis proposer des hypothèses pour que le monde aille mieux.

 

La table des matières est éloquente : La fin du califat de papier et de cassettes vidéo – La guerre perdue de l'Amérique – L'islamisme en crise – Vers "le monde à l'envers" – Le piège – Le Janus iranien.

 

Ce que j'ai trouvé de plus intéressant dans le livre est qu'Alexandre Adler remonte parfois très loin dans l'histoire pour expliquer ce qui se passe actuellement. J'ai cru, et c'est nouveau chez lui, déceler des motifs d'espoir. Bien entendu, il n'est pas naïf, donc il émet des hypothèses et, pour chaque thèse, il donne le pour et le contre, et surtout les conséquences des décisions qui seraient prises.

 

J'ai aussi été très intéressée de constater quel poids ont ceux qui nous gouvernent. Comment, les décisions qu'ils prennent ne sont pas toujours innocentes, qu'elles sont prises parfois en toute bonne foi mais aussi hélas ! il faut bien le dire sans aucune vision de l'avenir ou sans compréhension du monde.

 

Je dirais que ce n'est pas le monde qui joue mais bien les gouvernants qui oublient les leçons de l'histoire, décident de ce qu'ils trouvent bien pour leur pays sans se préoccuper réellement de ce qu'est devenu le monde, un vaste puzzle où chaque pièce a une importance qui n'apparaîtra que quand il sera trop tard.

 

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, Alexandre Adler est chroniqueur sur France Culture et membre du comité éditorial du Figaro. Il est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique. Intellectuel brillant, il se distingue par son refus de parti pris, par son absence d'a priori moral et par sa volonté de cerner le monde tel qu'il est. Il ne cherche pas à plaire à l'opinion politique mais préfère l'hypothèse aux affirmations péremptoires.

 

Ses livres ont tous été des succès car il écrit bien et parvient facilement à nous intéresser à des sujets qui ne nous sont pas familiers. Les plus connus sont, je crois, "L'Odyssée américaine" (2004) et "J'ai vu finir le monde ancien" paru en 2002, qui a obtenu le prix du livre politique et coédité avec Gilles-William Goldnadel, en 2008, "Conversation sur les sujets qui fâchent".

 

D'origine juive allemande, sa famille maternelle réside en Turquie depuis le début du XXième siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. Par contre, tous les membres de sa famille paternelle à l'exception de son père, sont morts en déportation.

 

Je ne serais pas complète si je ne mentionnais pas qu'il est l'objet de critiques, parfois même de haine, de la part des islamistes puisqu'il est très attaché à Israël. Il a eu des mots très durs sur l'attitude des pays arabes ou sur Arafat, ce qui, on le sait, en France, est péché mortel. Ajoutons à cela son attachement à l'Amérique et on comprendra qu'il est  pour certains  "un individu peu recommandable" comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut ou Jacques Attali...

 

On lui reproche aussi son parcours politique, SFIO, PCF puis la droite. Pour ma part, je trouve qu'il est bien plus "glorieux" de quitter un parti dans lequel on ne se retrouve plus et de mettre ses actes en conformité avec ses convictions.

 

Il me semble intéressant de transcrire une grande partie de l'interview donnée à Gilles Sitruk :

"... L'opinion généralement exprimée et défendue par la diplomatie française selon laquelle toutes les difficultés du Moyen-Orient seraient dues à l'absence de solution du problème israélo-palestinien, est totalement fausse. De 1992 à l'an 2000, nous assistons au contraire à une montée en puissance et à une pression de l'islamisme qui a empêché précisément une solution du conflit."

 

"Il y a une évolution enthousiasmante d'Israël. En premier lieu, cette extraordinaire aptitude du pays à jouer du melting pot, c'est-à-dire cette assimilation de populations immigrées de diverses origines en une société homogène. Assimiler en effet un million d'immigrés russes représente près de 9 millions d'immigrés en France !"

 

J'ai tenu à présenter Alexandre Adler en étant bien consciente qu'il n'a probablement pas raison dans tout ce qu'il dit. Mais, l'insupportable, ce n'est pas de dire des choses qui fâchent, c'est de les présenter comme étant des vérités absolues auxquelles tout le monde doit souscrire. Ce n'est pas ce qu'il fait.