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19/03/2010

SIMONE VEIL A L'ACADEMIE FRANCAISE.

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Cérémonie émouvante ce jeudi 17 mars à l'Académie Française. Simone Veil est intronisée en présence, de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing, son mari, plusieurs de ses petits-enfants, Bertrand Delanoë et Frédéric Mittérand.

 

Elle est revêtue d'un habit vert Chanel et ceinte de son épée d'académicienne sur laquelle sont gravés son numéro de déportée, matricule 78651, la devise de la République française "Liberté, Egalité, Fraternité"  et celle de l'Union européenne "Unie dans la diversité".

 

Elle occupe le treizième fauteuil laissé vacant par l'ancien Premier Ministre Pierre Mesmer. Un siège, comme le rappellera dans son discours Jean d'Ormesson, qui a été celui de Racine.

 

Comme le veut la tradition, elle fera l'éloge de son prédécesseur, Pierre Mesmer, saluant son sens du service de la nation, un héritage à méditer et à saluer. "Mon père, disparu dans l'enfer de Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération des camps, révérait la langue française. Plus encore que je ne le  suis, il serait ébloui que sa fille vienne occuper ici le fauteuil de Racine."

 

Avec le talent qu'on lui connaît, Jean d'Ormesson, dans son discours de bienvenue, fera le récit de la vie de Simone Veil. Il commencera par rappeler qu'elle occupe le fauteuil de Racine, ce grand poète de l'amour et récitera avec son talent habituel, des vers de Bérénice et de Phèdre.

 

Simone Jacob est née le 13 juillet 1927, à Nice, elle sera arrêtée le 30 mars 1944. Elle a seize ans et vient de passer son bac. Deux semaines après son arrestation, Simone, sa mère et sa soeur sont envoyés du camp de Drancy à Auschwitz-Birkenau. Un inconnu lui sauvera la vie en lui conseillant de mentir sur son âge. En se disant âgée de dix-huit ans, elle évitera l'extermination. Peu avant la libération du camp d'Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu'au camp de Bergen-Belsen où elle travaille dans la cuisine. Elle reviendra en France le 23 mai 1945. Sa mère est morte du typhus, son père et son frère ne sont jamais revenus des camps.

 

En 1945, elle rencontre son futur mari, Antoine Veil, pendant ses études à la faculté de droit et à l'Institut d'études politiques de Paris. Ils auront trois fils. Munie de sa licence et de son diplôme de l'IEP, elle renonce à la carrière d'avocat qu'elle avait envisagée et entre à la magistrature.

 

Ministre de la Santé, sous Valéry Giscard d'Estaing, elle fera adopter la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) qui entrera en vigueur le 17 janvier 1975. Jean d'Ormesson rappellera combien le combat qu'elle a mené a été dur, la discussion au Parlement du projet de loi, lui vaudra d'être violemment insultée.

 

Elle sera aussi la première présidente du Parlement européen , Ministre d'Etat, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville dans le gouvernement Balladur, puis de 1988 à 2007, membre du Conseil Constitutionnel.

 

Une carrière exceptionnelle pour une femme exceptionnelle. C'est parce qu'elle était indignée des dégâts causés par les avortements clandestins, qui touchaient surtout les classes populaires, qu'elle a accepté de se battre pour que le Parlement vote la loi légalisant l'IVG. Mieux que personne, elle s'est investie dans la défense des droits des femmes. Fervente européenne, elle avait été très déçue du rejet par la France du projet de Constitution européenne.

 

J'ajouterai qu'elle est Présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, grand officier de la Légion d'honneur et, d'après un sondage réalisé par l'Ifop, la femme préférée des Français. Son autobiographie Une Vie a été publié en 2007.

 

Je voudrais aussi rendre hommage à Jean d'Ormesson. Son discours, comme il l'a dit, n'était pas facile : "à la fois trop court et trop long". Simone Veil représente pour lui,  "la tradition même et la modernité incarnée" "une figure de proue en avance sur l'histoire" Il terminera par ces mots : "La clé de votre popularité (...) repose sur des principes que vous affirmez. Disons-le sans affectation : au coeur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale."

 

Simone Veil est la sizième femme élue à l'Académie Française. Marguerite Yourcenar avait été la première en 1980. Ont suivi : Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d'Encausse (Secrétaire perpétuelle depuis 1999), les écrivains Florence Delay et Assie Djebar.

 

J'ai été fort émue par la cérémonie. Je me suis demandé comment Simone Veil avait pu supporter le rappel de son passé douloureux. L'évocation de certains souvenirs a pu lui permettre de brefs sourires.

 

Hier, une grande dame, qui a toute mon admiration, est devenue "Immortelle".

 

09/03/2010

ELISABETH BADINTER : LE CONFLIT.

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Ce dernier livre d'Elisabeth Badinter "Le conflit la femme et la mère"  a provoqué une véritable polémique. J'avais écouté l'auteur dans plusieurs émissions et ce qu'elle disait ne correspondait pas du tout aux critiques émises. J'étais aussi étonnée que le principal sujet abordé par ses détracteurs soit "l'allaitement". Je me demandais pourquoi Elisabeth Badinter qui avait écrit ce très beau livre "L'amour en plus" qui traitait déjà le sujet dans une perspective historique avait pris la peine d'y revenir.

 

J'ai finalement décidé de lire l'ouvrage pour me faire une opinion. J'ai pu constater que l'auteur n'est, comme le disent ses détracteurs, pas contre l'allaitement mais regrette qu'il y ait de plus en plus de pressions pour que les mères allaitent et abandonnent le biberon. Impossible de vérifier puisqu'en Belgique, que je sache, le choix est toujours libre.

 

Le véritable problème n'est pas là. Ce que dénonce l'auteur c'est l'influence grandissante de La Leche League, mouvement venu des Etats-Unis,  qui préconise l'allaitement à la demande, la prolongation jusqu'à deux, voire trois ans, prône même que le bébé dorme dans le lit de ses parents. J'ignorais ce mouvement mais j'avoue avoir été très dubitative en rencontrant, en France, des jeunes mères qui suivaient ces théories allant jusqu'à allaiter n'importe où, par exemple au cours d'un repas familial ou dans les jardins publics, affirmant qu'elles étaient décidées à allaiter jusqu'à ce que l'enfant ait deux ans, rejetant une autre alimentation comme nocive... Souvent, ces jeunes mères suivent un régime strict, se nourrissent uniquement des produits qu'elles jugent bons, fruits et légumes bio par exemple et jettent un regard très désapprobateur sur ceux ou celles qui mangent autre chose... Une attitude de "missionnaires" en sorte, persuadées d'avoir raison et élevant leurs enfants suivant leurs nouvelles convictions. Je me demandais comment ces enfants allaient s'insérer dans une société qui n'est tout de même pas aussi radicale.

 

Je suppose que, même si elle ne le dit pas parce qu'elle ne veut pas parler d'elle-même, Elisabeth Badinter a dû, comme moi, être interloquée par ce comportement.

 

La Leche League  a publié un communiqué où elle tente d'expliquer qu'elle est seulement une association "d'aide à l'allaitement". Ce communiqué, selon moi, renforce la thèse d'Elisabeth Badinter. Pourquoi faut-il de l'aide pour allaiter ? Pourquoi ce prosélytisme qui fait que l'association organise des réunions d'allaitement public pour convaincre d'autres mères de la justesse de leur opinion ? Cela a pour le moins un aspect déplaisant.

 

Elisabeth Badinter rappelle aussi qu'on a parfois été très loin dans la justification de l'allaitement indispensable, allant même jusqu'à prétendre, que les enfants nourris au sein connaîtraient un meilleur développement cognitif,  théorie revue heureusement par des scientifiques qui ont réhabilité le biberon.

 

Le discours naturaliste comme le qualifie Elisbeth Badinter, va plus loin. L'accouchement à domicile est aussi prôné comme meilleur que dans un hôpital. Or, nous savons tous que l'accouchement présente des risques, bien plus importants quand il se fait à domicile qu'à l'hôpital. Attaque aussi de la péridurale et invention de modes bizarres comme l'accouchement dans l'eau...

 

Autre reproche fait à l'auteur, elle ne parle pas des vrais problèmes : inégalité des salaires hommes/femmes, du partage des tâches ménagères, du temps partiel imposé aux femmes, du chômage plus important pour les femmes que pour les hommes. Elle en parle mais ce n'est pas le sujet du livre encore qu'en montrant comment la mère est appelée à ne plus s'occuper que de son bébé, elle met en danger son couple et est tentée d'abandonner sa carrière professionnelle. "On est passé de moi d'abord  à l'enfant d'abord".

 

Autre aspect du livre, la politique de natalité en Europe. "Si plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant, cela signifie qu'elles trouvent à se réaliser ailleurs que dans la maternité telle qu'on la leur impose. Pour l'heure, les Françaises ont échappé à ce dilemme de tout ou rien. Tiendront-elles tête aux injonctions des maternalistes soutenus par les plus respectables institutions ? jusqu'à quand sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?"

 

On peut penser qu'en effet, la France comme la Belgique d'ailleurs, ont une politique qui vise à privilégier les crèches, l'aide aux mères plutôt qu'une allocation qui leur permettrait de rester chez elles plutôt que de travailler. Je pense qu'il est utile de poser la question de ce que souhaitent les femmes. Et c'est un débat difficile tant la vie professionnelle est dure, souvent peu valorisante pour les femmes, tentées de trouver leur épanouissement dans la maternité. Mais les féministes avaient souligné combien l'indépendance financière était importante pour la femme, seule condition pour pouvoir s'assumer après une séparation par exemple ou pour pouvoir fuir en cas de maltraitance. Cela reste vrai.

 

Autre aspect étudié par Elisabeth Badinter, le regard qui continue à être porté sur celles qui choisissent de ne pas avoir d'enfant ou remettent à plus tard la maternité pour privilégier leur carrière professionnelle. A plus tard, parfois trop tard. Ceci aussi demanderait un long débat car la question n'est pas simple : la contraception permet le choix, mais il est souvent bien difficile. Et la mère qui travaille supporte mal la double peine : travail professionnel, travail familial qu'elle est souvent seule à assumer.

 

Je pense aussi que le discours naturaliste dont parle Elisabeth Badinter a un pouvoir insidieux mais puissant. Certaines femmes rejettent la pilule, par crainte des conséquences. Rejet aussi des médicaments, choix, pas toujours raisonné, d'une certaine alimentation.

 

Plus anecdotique mais très médiatisé, la proposition écologique de revenir aux couches lavables ! De quoi sursauter. Je dirais comme Elisabeth Badinter : pourquoi plutôt ne pas essayer de trouver des couches biodégradables ?

 

Je terminerai par un autre étonnement que j'ai sur le comportement de la génération de mes filles : la confiance absolue qu'elles ont dans leur pédiatre alors qu'elles affichent souvent une méfiance vis-à-vis de la science. Les pédiatres ont-ils toujours raison ?

 

Nous pensions que nos filles seraient plus libres que nous ne l'avions été. J'ai parfois l'impression que les diktats de la société, de la publicité, pèsent lourdement sur elles. Mais je ne voudrais pas généraliser...

 

 

25/02/2010

GUY VERHOFSTADT REPOND.

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Guy Verhofstad, dans Le Soir du 24 février répond aux critiques de son article paru dans Le Monde du 11 février sur le débat autour de l'identité nationale en France.

 

Que les réactions aient été contrastées lui paraît normal. Approbations par les lecteurs du journal, réactions très vives des autorités françaises. Une petite pique envoyée à Bernard Kouchner : "Une réaction épidermique pas tout à fait sincère, je crois, de la part de l'ancien fondateur de "Médecins sans frontières", qui en d'autres temps aurait marqué moins de compréhension pour la thèse gouvernementale." C'est vrai, Bernard Kouchner, ministre du président Nicolas Sarkozy, n'est plus, et je peux le comprendre, celui que nous avons connu avant ses fonctions ministérielles.

 

Il exprime son étonnement que sa tribune ait été considérée comme "une attaque dénigrante envers la République française." Il redit qu'il y a exprimé de l'affection pour la France. C'est vrai. Par contre, je ne sais pas s'il peut affirmer que le débat sur "l'identité nationale" avait été organisé pour récupérer les voix du Front National en vue des élections régionales. Les socialistes français le disent, c'est de bonne guerre, mais tous les politologues ne sont pas d'accord. Luc Ferry et Jacques Julliard, par exemple, trouvent utile un débat sur l'identité nationale mais déplorent la manière dont il a été organisé.

 

Il dénonce aussi la critique faite parce qu'étant un étranger, "il n'aurait pas le droit d'avoir une opinion sur quelque chose qui ne serait en fin de compte qu'une préoccupation française". J'avais aussi trouvé cette critique plus qu'étrange quand on voit comment les Français se mêlent de ce qui se passe en Belgique, à tort et à travers, annonçant par exemple, sans aucune retenue, la scission probable de la Belgique...

 

Guy Verhofstadt va plus loin en affirmant que "l'identité" est une question qui fait polémique dans les Etats membres de l'Union européenne. Il rappelle qu'à la fin du XVIIIème siècle, une discussion avait opposé Herder, philosophe allemand, et Kant. Le premier prônant la glorification de l'identité nationale, opposée à l'esprit des Lumières. C'est la Révolution française qui marquera le triomphe des idées des lumières. "Les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité ont été exportées, y compris par la force, par la France révolutionnaire à travers toute l'Europe."

 

Guy Verhofstadt rappelle la version "identitaire" de l'Allemagne qui amènera Goebbels à affirmer "que le triomphe des Nazis marquait la fin de la Révolution française." Rappel aussi du désir de l'Alsace-Lorraine, ancienne province germanique, d'être rattachée à la France : "Une nation est une question de solidarité consciente, une véritable décision de vivre ensemble sur la base des mêmes lois et principes."

 

Guy Verhofstadt fera un long développement sur l'identité. Il fait référence à Amin Malouf qui affirmait dans son livre "Les Identités meurtrières" que l'identité d'une personne est constituée d'une foule d'éléments : appartenance religieuse, nationalité, groupe ethnique ou linguistique, une famille, une profession, un milieu social. Chacun, disait-il, doit assumer toutes ses identités. Mais, lorsqu'une identité devient prioritaire, elle pèse lourd et peut entraîner des dérives, voire devenir "meurtrières". Ainsi par exemple, la religion, la langue, l'ethnie, l'appartenance à une communauté.

 

Guy Verhofstadt le rejoint mais son raisonnement m'a paru moins clair que celui d'Amin Malouf. Ce qu'il cherche à prouver c'est "qu'une société identitaire est une société d'exclusion et de conflit".

 

Pour lui, l'avenir de l'Europe ne réside pas dans une quête d'identités nationales, une somme d'identités nationales d'où cette affirmation "l'avenir de l'Europe et de l'Union européenne sera post-national, ou ne sera pas."

 

Je ne suis pas totalement convaincue. Cette conviction, il l'avait déjà développée dans son livre "Sortir de la crise. Comment l'Europe peut sauver le monde." publié l'année dernière.

 

Je crois que l'Europe devrait certainement être plus forte. Mais n'est-ce pas utopique d'imaginer que les pays très différents qui la composent fassent l'impasse sur leurs intérêts nationaux ?

 

13/02/2010

GUY VERHOFSTADT : POLEMIQUE.

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Dans l'excellent blog "Le Causeur – Salon de Réflexion" a été publié, sous la plume de Monsieur  Luc Rosenzweig, le 12 février, un article plutôt surprenant : "Ta gueule, Verhofstadt ! sous-titré : "Ce Flamand a perdu une bonne occasion de se taire."

 

L'auteur de l'article réagit à un article, paru dans le Monde, signé par Guy Verhofstadt, sur l'identité nationale, débat qui a suscité une vive polémique dans l'Hexagone.

 

"Pour ses voisins, la France a souvent été un modèle d'inspiration et d'admiration, par l'intensité et la portée universelle des débats intellectuels dont elle a le secret. Elle est source d'accablement pour ses amis qui la voient se perdre dans une polémique stérile sur l'identité nationale. L'opportunité politicienne de ce débat, sa conduite hésitante et ses finalités floues donnent en effet l'impression désastreuse que la France a peur d'elle-même. Il y a décidément quelque chose de pourri en République française."

 

La dernière phrase est certainement regrettable mais le début ne fait que reprendre ce que beaucoup de journalistes ou politiciens ont dit en France.

 

Je ne vais pas citer tout l'article, je dirai qu'il est bien dans la ligne de Guy Verhostadt, européen convaincu qui craint le repli nationaliste ce qu'on peut trouver étrange pour un Belge. Mais, je rappelle que le Guy Verhofstadt, Premier ministre, n'était plus le politicien qu'il avait été dans sa jeunesse; le président du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux au Parlement européen, n'est plus le Premier Ministre de la Belgique....

 

D'autres phrases peuvent heurter : "Apprendre La Marseillaise à l'école ? L'absurde le dispute au grotesque."  On peut aussi ne pas être d'accord avec son analyse, je ne le suis pas non plus, du moins pas sur tout. J'admets aussi qu'il ait  pu choquer mais la violence des réactions m'étonne. Sur Europe 1, Bernard Kouchner a déclaré : "Le ridicule tue un peu, j'espère qu'il ira bien. Il n'a jamais été facile mais là..." Pas très élégant...

 

L'article de Monsieur Luc Rosenzweig est d'une rare violence : "Ce papier n'aurait mérité qu'un haussement d'épaule distrait avant d'être confié à son destin de contenu de poubelle de tri sélectif, s'il n'émanait pas d'un ressortissant d'un peuple dont le rapport à l'identité nationale se manifeste de manière brutale et provocatrice, avec des excès racistes et xénophobes plus violents, en paroles, que partout ailleurs en Europe occidentale."

 

Rien que cela ! Et encore : "J'ai appris à connaître suffisamment les Flamands lors d'un long séjour à Bruxelles au début de ce siècle pour savoir qu'ils préfèrent qu'on leur dise sans détour ce qu'on a sur la patate (à frites) plutôt que de tourner autour du pot." Et cet avertissement : "il n'est pas interdit de conseiller (aux Belges) qu'ils s'occupent de leurs oignons. Ou de leurs chicons. Et pour bien enfoncer le clou : "il ne s'agit en fait que d'une prise de position d'un voisin belge, sous-catégorie flamande". "de celui qui a une tête de grand Duduche à la Cabu."

 

Quelle rage ! Il justifie son titre par les propos de Dany Cohn-Bendit au parlement de Strasbourg, lors de la validation de la nouvelle commission Barroso. (Entre parenthèses, c'est la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne qui ont préféré Barroso à Verhofstadt !)

 

Guy Verhofstadt n'aurait peut-être pas dû s'immiscer dans le débat sur l'identité nationale. Il faut tout de même préciser que l'article avait été écrit beaucoup plus tôt et que Le Monde a choisi de le publier maintenant ce qui n'est peut-être pas innocent.

 

Moi, j'en ai marre des déclarations d'intellectuels français qui ne cessent de prédire la scission de la Belgique affirmant qu'ils nous accueilleraient bien volontiers. Je pense à Jacques Julliard, Luc Ferry, Jacques Attali (je n'ai pas les références, c'est trop loin) et plus récemment BHL.

 

Je regrette d'autant plus cet article, qui a d'ailleurs suscité beaucoup de réactions, que le Causeur – salon de réflexion est un site que j'aime beaucoup. Elisabeth Lévy en est la rédactrice en chef et j'ai pour elle, une très grande admiration, depuis très longtemps. J'appréciais beaucoup ses chroniques littéraires qui étaient toujours de grande qualité.

13/01/2010

IL ESSAYAIT AVEC FORCE D'ENFONCER LA PORTE...

 

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KURT WESTERGAARD qui avait publié en 2005, une caricature représentant le prophète Mahomet coiffé d''une bombe, a été agressé le vendredi 1er janvier par un homme armé d'une hache et d'un couteau, criant "vengeance" et "sang" dans un danois approximatif. Il était entré dans la maison en brisant une vitre de la porte d'entrée. Le dessinateur a pu, avec sa petite fille, se réfugier dans une pièce sécurisée pour appeler la police. L'agresseur, un Somalien de 28 ans, qui se revendique d'Al Quaïda, s'en est pris à la police et a été blessé de deux balles. Il est inculpé de tentative d'acte terroriste et de tentative de meurtre.

 

Il faut rappeler qu'en 2005, les réactions dans les pays musulmans avaient été très violentes :manifestations haineuses, drapeaux brûlés, appels au boycott des produits danois, appels à mort et de nombreuses déclarations de dignitaires islamistes : "Le blasphème de l'Islam est puni de mort."

 

Deux hommes avaient déjà été arrêtés en 2006, pour avoir planifié le meurtre de Kurt Westergaard, qui est l'objet de très fréquentes menaces et a été placé sous protection policière rapprochée. Il a été contraint en trois ans de changer plusieurs fois de domicile. Il a reçu le Prix Sappho 2008 pour son courage et pour "sa défense intraitable de la liberté d'expression, du droit à la critique des religions et des libertés fondamentales danoises."

 

La tentative d'assassinat a, bien entendu, suscité l'indignation en occident notamment de la part de "Médecins sans frontière". Le gouvernement danois a multiplié les appels au calme. Cela n'a pas empêché le porte-parole des shebads (groupe islamiste somalien) de déclarer : "Nous saluons l'incident dans lequel un garçon musulman somalien a attaqué le diable qui a injurié le prophète Mahomet ... Il est du devoir de tous les musulmans de défendre leur religion et le prophète ... Nous appelons tous les musulmans, de part le monde, à cibler des gens comme ce Danois diabolique ou d'autres comme Salman Rushdie qui ont injurié notre religion et notre prophète Mahomet." Un appel au meurtre, on ne peut plus clair.

 

J'ai voulu savoir qui était Kurt Westergaard. Ancien professeur d'allemand, âgé de 74 ans, il a depuis 1983, entamé une carrière d'aquarelliste et de dessinateur. Les caricatures de Mohamet, dont il était loin d'imaginer les conséquences, ont bouleversé sa vie et celle de sa famille. "Jamais je n'aurais imaginé que ces caricatures allaient déclencher une telle tempête" déclarait-il en septembre 2006, lors d'un débat sur une chaîne de télévision danoise, soulignant que son dessin "n'était pas dirigé contre l'islam en tant que tel." Il avait d'ailleurs déjà dessiné un Mahomet avec une bombe dans son turban en 1994, pour dénoncer les attentats commis par les islamistes contre les Algériens sans provoquer de scandale.

 

Social-démocrate, plutôt de gauche, ayant été correspondant à Moscou, pendant des années, il était revenu viscéralement attaché à la défense des libertés et ne supportant plus la censure. Il avait d'ailleurs dénoncé le business chrétien au nom de Jésus et les créationnistes de la droite américaine comme d'ailleurs la politique israélienne. Ses dessins publiés dans le Jullands-Poste, un journal plutôt de droite mais ouvert, ont parfois choqué mais sans provoquer le tsunami des caricatures de Mohamet.

 

Que penser de tout cela ? Une fois de plus, toucher à l'Islam, c'est risquer la mort. Les intégristes sont très clairs. "Prochoix", (www.prochoix.org) dans son soutien à Kurt Westergaard, rappelle les menaces que continuent à subir des femmes comme Ayann Hirsi ou Tasima Nasreen.

 

Comment ne pas regretter qu'une fois de plus, les intellectuels musulmans se taisent dans toutes les langues ? En Belgique, les journalistes ne se privent pas de rapporter les propos du pape parfois de manière bien critique. Rappelons par exemple la récente polémique sur la béatification de Pie XII. Mais, que je sache, personne n'est excommunié. Dans les forums, les internautes s'expriment librement, (dans le respect de la charte du journal) sur tous les sujets, mais dès qu'il s'agit de l'islam, même dans un sujet qui nous concerne tous comme par exemple le port du voile dans la fonction publique, les messages sont censurés, le forum rapidement fermé. Et que dire des accusations de "raciste""  lancées constamment à la tête des interlocuteurs qui défendent un autre point de vue que ceux qui se présentent comme légitimes pour parler de l'islam ?

 

Chez nous aussi, les journalistes, les caricaturistes, les humoristes ne sont pas tendres avec les politiques. La liberté d'expression est respectée. Hélas ! dans d'autres pays, les journalistes sont emprisonnés. Même sans caricature...

 

Député et représentant de la communauté musulmane au Danemark, Naser Khader, a déclaré : "Il est très important que le monde musulman accepte les critiques faites à sa religion. Vous savez une religion qui accepte les critiques est une religion très puissante."

 

Dimanche dernier, l'émission "Islam" sur France2 avait comme thème : le pardon et la miséricorde...