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11/04/2014

POLEMIQUE A L'ACADEMIE FRANCAISE.

alain finkielkraut, élection à l'académie francaise

 

Alain Finkielkraut vient d’être élu à l’Académie française ce 10 avril 2014.

Né le 30 juin 1949 à Paris dans une famille juive d’origine polonaise il est normalien, agrégé de lettres et professeur de philosophie, notamment à l’Ecole polytechnique jusqu’à l’an dernier.

Il s’est fait connaître par en 1977 par « Le Nouveau Désordre amoureux » coécrit avec son ami Pascal Bruckner. Ont suivi « Au nom de l’Autre » « Et si l’amour durait » « La défaite de la pensée » « L’identité malheureuse » « Un cœur intelligent ».

« L’identité malheureuse » avait suscité plusieurs polémiques. Il y écrit pourtant : « La France est une nation à laquelle on peut s’attacher par le cœur aussi fortement que par les racines. »

« Un cœur intelligent » est untrès beau livre dans lequel il témoigne de son amour de la littérature et d’une solide connaissance de celle-ci. Le livre a été couronné par le prix de l’essai de l’Académie française, en 2010.

(Billets du 1 décembre 2011 – 27 mars 2012 – 10 décembre 2013)

Il a donc été élu à l’Académie française, au premier tour, par 16 voix sur 28. Huit bulletins étaient barrés d’une croix rouge en signe de désaveu. Les débats, nous dit-on, ont été vifs mais courtois.

Il était défendu par Jean d’Ormesson, Pierre Nora, Max Gallo, Michel Déon, Hélène Carrière d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie.

On l’a accusé d’être un « fourrier du FN » ce qui est vraiment scandaleux quand on connaît son amour de la France et qu’on sait que son père, juif polonais, a été déporté à Auschwitz avant d’émigrer en France.

Certes, ses écrits dérangent mais on ne peut contester qu’il soit un grand écrivain.

Je le félicite chaleureusement. Je me réjouis que l’Académie française l’ait couronné et que plusieurs académiciens aient fermement condamné certains propos de leurs confrères.

 

08/04/2014

MICHEL SERRES.

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Le parcours de Michel Serres est atypique. Né à Agen le 1er septembre 1930, il entre à l’Ecole navale en 1949, puis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm en 1952. De 1956 à 1958, il sert comme officier de marine sur divers vaisseaux de la Marine Nationale.

Auteur d’une trentaine de livres, il est élu à l’Académie française en 1991. Depuis 1982, il enseigne à l’université de Stanford.

Œuvre : « Le Tiers-instruit » « Le Trésor, dictionnaire des sciences » « Variations sur le corps » « A visage différent »

PETITE POUCETTE.

Pour l’auteur, un nouvel être humain est né qu’il baptise Petite Poucette pour sa capacité d’envoyer des SMS avec son pouce. C’est l’écolier, l’étudiant d’aujourd’hui qui vit dans un monde où tout change.

Nos sociétés occidentales ont vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies. Des révolutions accompagnées de mutations politiques et sociales mais aussi de périodes de crise.

La société est profondément bouleversée. L’espérance de vie va vers quatre-vingts ans. La paix en occident règne depuis soixante ans. Les divorces sont plus fréquents, les naissances programmées, la morale notamment issue des religions ne pèse plus autant.

L’auteur va plus loin. Pour lui, même la langue a changé. Il donne l’exemple des éditions du dictionnaire de l’Académie française : au siècle précédent 4.000 à 5.000 mots nouveaux ; entre la plus récente et la prochaine, elle sera de 30.000 mots ce qui fait dire à l’auteur que Petite Poucette ne parlera plus la même langue !

Accélération aussi des sciences. A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70 % de ce qu’il avait appris vingt ou trente ans plus tôt. Aujourd’hui 80 % de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Mais l’auteur ne s’arrête pas à ce constat mais affirme que pour les 20 % qui restent, le professeur n’est plus indispensable, on peut tout savoir sans sortir de chez soi.

Michel Serres parle évidemment d’internet qui rend le savoir accessible à tous. C’est vrai mais il va beaucoup trop loin dans ses hypothèses.

Pour lui, l’école a comme seule mission d’être une transmission du savoir. Ce qui est évidemment faux. L’école non seulement a comme mission d’éduquer mais surtout « d’apprendre à apprendre ».

Il déforme le propos de Montaigne : «Mieux vaut mieux une tête bien faite, qu’une tête bien pleine » en affirmant que Petite Poucette, se fera « une tête bien faite » parce qu’elle a accès sur internet à un savoir illimité. Pour lui, ce n’est plus nécessaire d’apprendre ce qu’on peut si facilement trouver en tapant dans un moteur de recherche.

Il va même plus loin, en disant que si les jeunes n’ont plus d’esprit de synthèse , ce n’est pas grave. Normal aussi le bavardage pendant les cours…

Petite Poucette serait donc capable d’ordonner toutes les informations trouvées sur Internet ? D’en faire le tri et de ne rien retenir puisqu’il ne faut pas encombrer sa mémoire !

L’esprit critique ? Il n’en parle pas. La connaissance du passé qui, pour moi, est une condition essentielle pour construire l’avenir, non plus.

Et l’homme de sciences qu’il est, affirme que le cerveau de Petite Poucette sera différent du nôtre car il sera formaté par les médias et les publicités. Ce qui veut dire ?

Que Michel Serres soit ébloui par les nouvelles technologies, je le comprends, je le suis aussi. Que par un smartphone, Petite Poucette vit dans un monde plus large, oui, mais qu’en fera-t-elle ? Elle a des amis de toutes nationalités sur les réseaux sociaux, vrai, mais cela suffira-t-il à créer un monde où le « vivre ensemble » ne posera plus aucun problème. J’en doute.

Je pourrais aussi faire remarquer à l’auteur qu’en disant que Petit Poucette ne connaîtra plus la guerre, la faim, la souffrance, il s’avance beaucoup. Les progrès de la médecine ne réussiront jamais à enlever toutes les souffrances. On soigne mieux une angine ou un mal de dent mais la perte d’un être cher ? La douleur d’une séparation ?

Et que dire d’un aspect qu’il n’aborde pas du tout que sont la pauvreté et le chômage. Ce n’est pas son propos, c’est vrai. Mais je crois plus que la formation sera de plus en plus nécessaire. Que le monde restera dur, que les jeunes de demain auront des défis à relever au moins aussi importants que l’écologie comme l’affirme l’auteur.

Le livre a été un grand succès de librairie. L’optimisme dont fait preuve l’auteur devrait nous rassurer sur l’avenir de nos jeunes. Je crois pourtant qu’il peut être dangereux. Un rêve, une utopie… voilà comment je qualifierais cet opuscule.

Mon jugement est sans doute trop sévère. Mais bien moins que celui qu’il porte sur le monde d’aujourd’hui. Qu’un réel défit attende les jeunes, j’en suis persuadée. Que le monde doive être réinventé, oui encore. Mais comment ?

Les jeunes de demain seront-ils plus courageux, plus lucides, moins égoïstes que leurs aînés ? Espérons-le.

 

04/04/2014

JEAN TEULE.

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Jean Teulé est né le 26 février 1953 à Saint-Lô. Après des études de dessin, il devient auteur de bandes dessinées pendant une dizaine d’années.

Il arrête la bande dessinée pour faire de la télévision : « L’assiette anglaise » puis rejoint l’équipe de l’émission « Nulle part ailleurs » sur Canal+.

Il se lance ensuite dans l’écriture : « Darling » « Je,François Villon » « Le Magasins des Suicidés » « Le Montespan » « Charly 9 »

(Billets du 29 août 2013 – 8 octobre 2013)

FLEUR DE TONNERRE.

Jean Teulé a relaté dans un roman un fait divers breton du X1Xe siècle. L’auteur raconte l’histoire d’ Hélène Jégado, empoisonneuse en série, guillotinée le 26 février 1852 à Rennes.

D’après une légende, une femme était devenue venimeuse, sa langue s’était fendue après avoir composé un bouquet de fleurs de tonnerre. Comme Hélène a cueilli une de ces fleurs, sa mère lui donne ce surnom.

Hélène est élevée au sein d’une famille de nobles déchus. Au fil des veillées, elle entend les légendes racontées par les adultes. Ainsi, celle de l’Ankou, ce terrible personnage qui collecte dans une charrette grinçante les âmes des défunts. D’après la légende, celui qui entend le bruit de la charrette meurt.

Hélène va aller voir, dans une chapelle, la statue de l’Ankou. Si elle pouvait lire, elle comprendrait ce qui est gravé sous la statue :

« Je ne ferai grâce à personne. Ni pape, ni cardinal je n’épargnerai. Pas un roi, pas une reine. Ni leurs princes ou princesses. Je n’épargnerai ni prêtres, bourgeois, juges, médecins ou marchands, ni pareillement les mendiants. »

jean teulé, fleur de tonnerre, légendes bretonnes, l'ankou

Hélène contemple la statue et l’ombre de la statue se fond sur elle. Elle sera l’Ankou.

L’auteur va raconter comment de village en village, Hélène va devenir une empoisonneuse. Elle se fait embaucher comme cuisinière, dans un presbytère, puis chez des notables bretons. Elle se procure de l’arsenic sous prétexte de tuer les rats. Elle mélange l’arsenic, la poudre blanche qui ressemble à de la farine et empoisonne sa mère, ses tantes, sa marraine puis tous ceux chez qui elle est travaille. Trente-sept morts !

Les médecins n’y comprennent rien mais constatant la mort, il pense au choléra car les symptômes sont les mêmes que ceux d’un empoisonnement.

Son forfait accompli, elle s’en va.

Un jour en quittant le presbytère, elle arrive sur le marché où les gens s’écrient : « Oh, regardez ! C’est celle qui n’a pas clamé chez l’abbé. Elle est encore en vie !... – Pourquoi t’as pas canné, toi ? ! – Dieu l’a sauvée, c’est une sainte ! beugle quelqu’un. »

Elle passe donc pour un être extraordinaire mais l’opinion va changer. Après deux autres morts, quand la jolie cuisinière arrive, tout le monde l’accuse : « C’est de ta faute ce qui s’est passé, mauvais œil !... Déjà, quand tu avais treize ans, ici, ta marraine… Tu es la miraculée qui porte malheur. (…) Quand tu arrives quelque part, la mort te suit. Quand tu t’en vas, le mal s’arrête ! – Ankou ! Ankou ! »

Mais, cela n’impressionne pas Hélène. Sur la route, qui la mène à un village, elle entend le bruit de la carriole qui la suit « Wik… Wik… »

Elle trouve facilement une place de cuisinière car, pensent les gens, les bonnes cuisinières sont rares de nos jours. Elle vante les recettes qu’elle a inventées, sa soupe aux herbes et ses gâteaux.

Une seule fois, elle l’épargnera quelqu’un, un garçon dont elle est tombée amoureuse. Elle le quitte ayant peur de l’empoisonner lui-aussi.

Elle sera finalement arrêtée. Son avocat la défendra : « Avez-vous entendu ? reprend l’avocat : « Inhumaine !... Voilà ce que crie l’opinion publique ainsi que la défense en cette fin d’après-midi. Et oui, ma cliente est inhumaine et ne pourra donc être condamnée comme le seraient des humains. »

Les juges ne le suivront pas… Elle sera exécutée, à l’aube, place du Champ de Mars.

Quand j’ai commencé la lecture du livre, je pensais qu’Hélène Jegado était un personnage inventé. Hélas ! elle a bien existé. Il faut un talent exceptionnel pour que le lecteur soit fasciné par ce récit.

Et comment comprendre qu’une légende puisse arriver à faire d’une enfant adorable une empoisonneuse, la plus meurtrière de tous les temps ?

 

01/04/2014

BERNARD PIVOT.

bernard pivot, oui, mais quelle est la question ?

 

Bernard Pivot est né le 5 mai 1935 à Lyon. Journaliste, animateur d’émissions culturelles à la télévision, c’est une célébrité.

Une longue carrière. Début au Figaro littéraire en 1958, créateur du magazine Lire, et surtout animateur à la télévision :

1973 -1975 : Ouvrez les guillemets
1975 -1990 : Apostrophes
1991 - 2001 : Bouillon de culture
2002 - 2005 : Double Je

Il a aussi présenté les Championnats de France d’Orthographe.

Comme livres, je retiendrai «  Remontrances à la ménagère de moins de 50 ans » un coup de colère contre l’audimat à la télévision et une autobiographie « Les mots de ma vie ».

Il préside l’Académie Goncourt depuis le 7 janvier 2014.

OUI, MAIS QUELLE EST LA QUESTION ?

Un petit livre très amusant. Roman ou autobiographie ? Autobiographie puisque le héros Adam Hirsh est un journaliste comme lui, qui anime aussi une émission télévisée mais dans laquelle il reçoit beaucoup de monde et pas seulement des écrivains comme le faisait Bernard Pivot.

Son héros avoue qu’il est un interrogateur professionnel, compulsif, atteint d’une maladie chronique qu’il appelle « la questionnite » qui va lui compliquer la vie et même souvent la rendre infernale.

Toutes les femmes qu’il rencontre sont victimes de sa manie de les harceler de questions, sans aucun tact, sans aucune retenue. Il veut tout savoir et quand pour leur malheur, ses victimes essaient honnêtement de répondre, il continue jusqu’à ce qu’elles soient exaspérées. Cela donne des scènes très amusantes. Questions indiscrètes sur leur vie sexuelle  mais aussi questions banales sur la vie quotidienne par exemple l’achat d’une machine à café !

Là, on est vraiment dans le roman. Bernard Pivot n’est pas l’exécrable Adam Hirsh mais celui-ci est plus amusant que lui.

Pourtant on reconnaît Bernard Pivot dans ces dialogues par exemple dans l’énumération de synonymes dans la même phrase et une manière bien à lui de jongler avec les mots.

Le livre commence par une confession que doit faire Adam pour sa confirmation. Le prêtre pose les questions habituelles mais Adam va renverser les rôles et devenir l’interrogateur.

« Ainsi ai-je découvert, peut-être avec l’aide du Seigneur qui aime se montrer facétieux envers ses serviteurs, que, le pouvoir étant dans les questions et la sujétion dans les réponses, il est très jouissif d’intervertir les positions. Pendant quelques secondes, de faible j’étais devenu fort. Je ne l’oublierai pas. »

De drôle, le livre va peu à peu, laisser percer une certaine mélancolie. Est-ce Adam ou Bernard qui s’interroge sur sa vie ? Bernard, sûrement : « Es-tu heureux ? » « Ne pas s’aimer, c’est refuser le bonheur ; trop s’aimer c’est refuser les autres. Ne bascules-tu pas sans cesse de cette position à celle-là sans jamais t’en tenir à un amour de toi qui serait médian et juste ? »

« Plus on vieillit, plus notre inventaire se produit. Plus les années passent, plus ces questions deviennent embarrassantes, et plus il est difficile d’y répondre. La sincérité fait mal. L’autocritique sape le moral. »

« Quand devient-on vieux ? Quand on n’a que des réponses et plus de questions. Certains posent encore des questions pendant leurs derniers jours. Ils meurent jeunes. Peut-être ne serais-je jamais vieux ? C’est plus un souhait qu’une question. »

Un chapitre est consacré à son fils Julien où il essaie de lui montrer les dangers de la drogue, même de la cigarette. Et on revient au début du livre :

« C’est en cet instant que j’eus conscience que, non seulement je ne posais plus de questions à Julien, mais que c’était moi qui répondais aux siennes. Comme je l’avais fait, à treize ans avec mon confesseur, il avait échangé les rôles. Il s’était emparé de mon pouvoir. Mais sa performance était bien plus remarquable que la mienne. Je n’avais affaire qu’à un prêtre fatigué alors que lui avait mis dans sa poche un intervieweur considéré comme l’un des meilleurs de la télévision. Je ne savais pas si je devais l’admirer ou lui en vouloir. »

Comme vous le constaterez, le livre est plus complexe qu’il n’y paraît.

De la même manière, Bernard Pivot, insère des questions qu’il pose au Seigneur. Et ce n’est pas anodin car sous une apparence frivole elles démontrent que nous ne savons rien et surtout sur ce qu’est vraiment la vie.

« Seigneur, les Gaulois avaient inventé le tonneau, comment se fait-il que Diogène, dit le cynique, qui vivait à Athènes plus de trois siècles avant Jésus-Christ ait élu domicile dans un tonneau ? »

Confirmation dans la dernière question : « Seigneur, le monde a-t-il eu un commencement et sera-t-il sans fin ? »

Bernard Pivot a voulu terminer son livre en laissant la parole à son personnage : « A quoi penses-tu Alain ?- A rien. – Mais si, tu pensais bien à quelque chose ? – Non, non, je t’assure.- Ton regard était fixe, lointain, tu avais l’air très concentré, comme replié sur toi… - Non, je te promets, je ne pensais à rien. – Tu m’aimes ? – Oui, bien sûr. – Vraiment ?- Je ne me pose même pas la question. » L’intervieweur est de venu l’interviewé ! Jolie pirouette !

J’ai beaucoup aimé le livre. Bernard Pivot m’avait donné beaucoup de plaisirs avec ses émissions culturelles. Il m’en a donné autant avec son livre.

 

30/03/2014

CHRISTIAN JACQ.

christian jacq, barrage sur le nil, egypte, violence intégriste

 

Né à Paris en 1947, Christian Jacq découvre l’Egypte à treize ans à travers ses lectures et se rend pour la première fois au pays des pharaons quelques années plus tard. L’Egypte et l’écriture prennent désormais toute la place dans sa vie. Après des études de philosophie et de lettres classiques, il s’oriente vers l’archéologie et l’égyptologie. Il obtient un doctorat d’études égyptologiques en Sorbonne avec pour sujet de thèse « Le voyage dans l’autre monde selon l’Egypte ancienne ».

Christian Jacq publie alors une vingtaine d’essais dont « L’Egypte des grands pharaons » couronné par l’Académie française. Il est un temps collaborateur de France Culture pour l’émission « Les chemins de la connaissance ».

En même temps, il publie des romans historiques qui ont pour cadre l’Egypte antique et des romans policiers sous des pseudonymes.

Son premier succès est « Champollion l’Egyptien ». C’est le début d’une grande carrière d’écrivain. Ses romans passionnent les lecteurs en France comme à l’étranger. Il est traduit dans trente langues.

Impossible de citer tous ses romans. Cinq volumes sont consacrés à Ramsès II. L’ensemble de la série se vendra à 11 millions d’exemplaires à travers le monde.

BARRAGE SUR LE NIL.

C’est le premier roman qui se passe dans l’Egypte moderne. L’auteur va décrire la montée des intégristes Leur chef, Mohamed Bokar, avait fait des études de sociologie à Londres, à Paris, à New York. C’est en Afghanistan qu’il découvre les vertus du fondamentalisme musulman et l’usage des explosifs.

Safinaz est très claire sur les objectifs des intégristes : « Nous les musulmans fidèles imposeront sa loi à l’Egypte et au monde. (…) Demain règnera la charia, la loi coranique. Nous chasserons les touristes et les étrangers, exterminerons les Coptes, fermerons les banques impies, interdirons l’alcool, rétablirons les châtiments corporels et maintiendrons l’ordre établi par le prophète. »

Le héros du livre, Marek Halter, égyptologue américain, se bat contre les ravages que pourrait causer le barrage d’Assouan. A la tête d’une immense fortune, il a créé sa propre fondation archéologique dont le but est la sauvegarde des monuments pharaoniques. « Il devait vaincre la haute digue d’Assouan, ce monstrueux barrage qui condamnait la mère des civilisations à disparaître. » Il voudrait obtenir la construction d’un canal de contournement afin de rétablir la crue, au moins en partie.

Marek Halter va tomber dans la violence intégriste. Au départ, il apprend l’assassinat de sa fiancée Hélène et jure de trouver les assassins et de la venger. C’est un tout autre combat qu’il va devoir mener.

Il ira de surprise en surprise, servira d’agent de liaison, rencontrera beaucoup de monde, sera manipulé, trahi, ses amis seront tués. Le livre est d’une violence inouïe.

Attentats, explosions d’immeubles, meurtres, les intégristes, remarquablement organisés, ne reculent devant rien au nom d’Allah.

Trois femmes vont jouer un rôle important. Il apprendra qu’Hélène était une terroriste, spécialisée en explosifs. Son mariage était une couverture idéale et un moyen précieux d’avoir des renseignements sur le barrage pour y placer des bombes.

Safinaz est une superbe Egyptienne qui a été sa maîtresse. Elle s’est convertie à l’Islam et est mariée à Mohamed Bokar. Elle est devenue une redoutable terroriste « La femme aux élégants souliers rouges. » La police la recherche et ce n’est qu’à la fin du livre, au moment où elle s’est réfugiée dans une école coranique, dans un petit village, que la police tentera de l’arrêter. Elle n’hésitera pas à prendre un enfant en otage, à le tuer, à en prendre un autre tué lui aussi. Une scène horrible.

Mona aussi s’est aussi convertie à l’Islam. Fille d’un diplomate, elle luttait depuis son adolescence pour la reconnaissance des droits de la femme et de sa dignité. Elle avait été fouettée, en rue,  par de jeunes intégristes parce qu’elle portait une jupe trop courte.

Quand Mark vient demander son aider pour retrouver les assassins d’Hélène, elle va le conduire chez son mari, le colonel Zakaria. Pendant le trajet, une trentaine de jeunes barbus arrêtent la voiture et lui font remarquer qu’elle ne peut pas conduire ni se trouver avec un homme qui n’est pas son mari. Il la traite de prostituée puis lui lance une pierre qui la blesse gravement.

Malgré cela, elle persiste dans la foi musulmane. Son destin sera pourtant différent. Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop dévoiler le livre.

Les enquêtes de Mark font du livre un thriller dont on se demande comment tout cela finira. Il ne veut pas quitter l’Egypte comme on lui conseille, sa vie étant souvent en danger. «Ne plus pouvoir vivre en Egypte était pire que la mort. »

Mais l’essentiel du livre se trouve dans la description des violences commises par les intégristes. Les touristes ne viennent plus ce qui nuit à l’économie du pays.

L’auteur va tout de même insérer des passages où Marek fait visiter à Mona des sites épargnés et décrit avec amour « son » Egypte.

J’avoue n’avoir jamais lu de livre de Christian Jacq. J’en lirai peut-être d’autres sur l’Egypte ancienne, cette fois, car il est un écrivain remarquable.

Pour terminer ce joli passage :

« Une vingtaine d’années auparavant, découvrir Le Caire du jardin en terrasse situé derrière la mosquée de Méhémet-Ali procurait un émerveillement. Non seulement le regard dominait la ville, mais encore découvrait-il, dans le lointain, la chaîne sacrée des pyramides édifiées dans le désert. En un instant, la contemplation de cette immensité, où la peine des hommes s’ouvrait sur l’éternité, délivrait l’âme de ses attaches mortelles. »