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28/05/2014

UN PEU D'HUMOUR.

georges clemenceau, le tigre, humour

 

Clemenceau, homme politique français (1841-1929) surnommé « Le Tigre » était réputé pour son humour.

Au député Jules Ferry qui avait exalté à la chambre des députés le rôle civilisateur de la France à l’égard des « races inférieures » il répondit :

« Races supérieures, races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. »

On connaît sa trouvaille pour le titre donné à l’article d’Emile Zola en faveur du capitaine Dreyfus dans son journal L’Aurore : « J’Accuse ! »

Du général Boulanger qui se suicida sur la tombe de sa maîtresse : « Il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant » et encore, pour le même : « La guerre ! C’est une chose bien trop grave pour la laisser aux militaires. »

A un orateur ennuyeux à la Chambre des députés : « Reposez-vous ! – Mais je ne suis pas fatigué ! – Alors, reposez-nous ! »

A la mort d’un illustre savant, il proposa comme épitaphe : « Ci-gît Marcelin Berthelot. C’est la seule place qu’il n’ait jamais sollicitée. »

Clemenceau se plaignait d’un arbre, appartenant au lycée Saint-Louis, qui faisait de l’ombre à son bureau. Le principal le fit abattre « Mon Père, je peux bien vous appeler ainsi puisque vous m’avez donné le jour ! » Le principal lui répondit : « Mon Fils, je peux bien vous appeler ainsi car, grâce à moi, vous avez entrevu le ciel… »

A l’adversaire d’un duel qui recula devant l’épée de Clemenceau « Vous nous quittez déjà ? »

Lors d’une interview, observant son chien qui aboie : « On dirait un vrai ministre ! Il aboie en reculant. »

 « Une dictature est un pays dans lequel on n’a pas besoin de passer toute la nuit devant son poste pour apprendre le résultat des élections. »

« Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre ; et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. »

« Tout le monde peut faire des erreurs et les imputer à autrui : c’est faire de la politique. »

« Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c’est-à-dire moi. »

 

Un humour parfois grinçant mais qui est passé à la postérité !

16/05/2014

PASCAL BRUCKNER.

pascal bruckner, un bon fils, autobiographie, amour/haine

 

Pascal Bruckner est né le 15 décembre 1948 à Paris. Atteint de primo-infection, il passe son enfance entre l’Autriche, la Suisse puis la France. Il étudie à Paris, au lycée Henri IV puis à l’Ecole pratique des hautes études. Sa thèse a été dirigée par Julia Kristeva.

Depuis 1986, il enseigne dans des universités américaines. Il a collaboré au Nouvel Observateur et au Monde.

Son roman « Les Voleurs de beauté » publié en 1997 a été récompensé par le prix Renaudot.

Ses essais sont nombreux : « Le Nouveau Désordre amoureux » en collaboration avec Alain Finkielkraut, « La tentation de l’innocence » « L’Euphorie perpétuelle. Essais sur le devoir de bonheur » « La tyrannie de la pénitence » « Le Paradoxe amoureux » « Le sanglot de l’homme blanc »

(Billets du 27 août 2009 - 28 octobre 2010 – 15 novembre 2011).

UN BON FILS.

Le livre est une autobiographie publiée deux ans après la mort de son père.

Le livre débute par un chapitre émouvant. Pascal a dix ans, est pieux. Il abjure Dieu de provoquer la mort de son père, si possible en voiture. « Mon Dieu, débarrassez-nous de lui, je vous en prie, je serai très sage. »

A dix ans, il haïssait déjà son père et la haine ne le quittera plus.

Tout le livre lui est consacré. René Bruckner, ingénieur de l’école des Mines de Paris est violent, colérique, trompe sa femme, la bat, l’humilie. Il bat aussi son fils, l’humilie, lui répète qu’il sera toujours un raté, un imbécile. « Les châtiments physiques, sauf s’ils virent à la torture n’ont guère d’importance. On s’endurcit, le cuir devient coriace. (…) Les vraies blessures sont verbales, les jugements négatifs, les vexations qui s’inscrivent en vous en lettres de feu. Mon père voulait absolument me persuader de mon infériorité : j’allais finir clochard, j’étais un cossard, une feignasse, un raté, inapte au travail. »

En plus d’être pervers et sadique, le père de Pascal est antisémite et raciste. « Il ne s’était jamais remis de la défaite de la Wehrmacht et vouait à de Gaulle, aux Anglais, aux Américains une haine éternelle. »

En 1942, devançant le STO de quelques mois, il avait travaillé à Berlin, puis à Vienne jusqu’au printemps 1945, chez Siemens, fournisseur de matériel militaire.

Sa haine des juifs était incommensurable : « Ils ont tout corrompu, tout sali, tout piétiné. Ils veulent dominer le monde, ils se moquent de nos valeurs les plus sacrées. Les seuls juifs que j’apprécie sont ceux qui vivent dans la honte d’être ce qu’ils sont. »

Pascal Bruckner parle aussi de sa mère, une chrétienne soumise, qui refuse de divorcer et accepte tout. Il la chérit mais ne comprend pas qu’elle se laisse ainsi humiliée. Elle accumule les maladies et finit démente après cinquante ans de mariage. « Elle va lui jouer le pire tour qui soit, elle va sombrer dans la démence, mourir en quelques mois, le priver de son souffre-douleur favori. »

Devenu adulte, Pascal décide de vivre de sa plume. Il survit en faisant de petits boulots. A vingt-six ans, il déniche un poste de rédacteur dans une compagnie d’assurances. « Le premier matin, alors que je me rendais au bureau, j’aperçus mon reflet dans une vitrine et ce que je vis m’épouvanta : un jeune gratte-papier, sa serviette à la main, bientôt pris dans la spirale métro-boulot-dodo comme on disait alors et je tournai casaque. Plutôt me serrer la ceinture que déchoir. »

Heureusement pour lui, ses livres remportent un grand succès ce qui lui permet de vivre comme il le souhaitait. De voyager, de donner des conférences. « Les livres m’ont sauvé. Du désespoir, de la bêtise, de l’ennui. » « J’exerce une profession proche de la réclusion volontaire. Ecrire, c’est s’enfermer. »

L’auteur parle longuement de ses rencontres, Barthes, Sartre et surtout, Alain Finkielkraut. « Avec le temps, tels ces jumeaux qui finissent par dissembler l’un de l’autre, nous avons quand même réussi à trouver une divergence et de taille : Alain est profondément pessimiste sur l’avenir du genre humain, je crois à l’inverse au pouvoir de la liberté de surmonter les problèmes qui se posent à elle. Il semble avoir désespéré de l’homme alors que je ne cesse de m’en émerveiller. Il vit dans la nostalgie du passé quand je suis tout entier dans l’appétit du présent. »

Les années passent. Il ne voit plus son père pendant longtemps « relégué au rang d’antiquité ». Celui-ci a connu des revers de fortune. L’âge venant, il développe un diabète. Il décline doucement. L’auteur s’efforce de l’appeler tous les jours pour prendre de ses nouvelles. René Bruckner occupe un petit appartement qui devient un véritable taudis.

Mais la haine de l’auteur pour son père est toujours aussi vivace. La manière dont il en parle fait froid dans le dos. « Il était comme ses cafards qui rôdent autour du malheur des autres pour s’en repaître, avec une mine gourmande. Il aurait voulu que je tombe malade pour se sentir moins seul. »

Un bon fils ? « Il était devenu un fardeau, suscitant rage et mauvaise conscience. Je décidais de jouer au bon fils, malgré tout. Si je l’avais abandonné, je n’aurais pu me regarder dans la glace. »

Son père est très malade. Le diabète ronge ses jambes, il tient bon, refuse d’aller dans une maison de retraite, ne renonce pas à ses idées ce que souhaiterait Pascal Bruckner. « M’aurait-il dit une seule fois qu’il avait commis des erreurs et maltraité ma mère, je l’aurais pris dans mes bras… » « Souvent, je craquais et un jour, devant mon fils choqué, j’explosai : - Putain, il va crever quand ce vieux con ? »

Pascal Bruckner apprendra la mort de son père par un sms laconique de son fils alors qu’il était en vacances.

Que puis-je dire du livre ? Sincèrement,  je regrette de l’avoir lu. J’ai essayé de comprendre l’auteur pour qui j’avais beaucoup d’admiration. La manière dont il parle de son père m’a choquée autant que les propos de celui-ci. Je dois cependant admettre qu'il ne pouvait pas faire autrement.

Pourquoi espérer que, vieux, son père renonce à dire ce qu’il a toujours pensé ? Pourquoi espérer des regrets ? C’est humain mais est-ce possible pour quelqu’un comme son père ?  

Le récit d’un amour impossible. D’un pardon impossible.

 

05/05/2014

CATHERINE CLEMENT.

catherine clément, le voyage de Théo, histoire des religions, appel à la tolérance

 

Catherine Clément est née le 10 février 1939 dans une famille mi-catholique, mi-juive. Ses grands-parents installés à Paris ont été dénoncés, déportés et sont morts à Auschwitz. Elle a été élevée par sa grand-mère.

Agrégée de philosophie, elle devient l’assistante de Vladimir Jankélévitch, à la Sorbonne, poste qu’elle quittera après douze ans. Elle est engagée au quotidien « Matin de Paris » et est chargée de la rubrique culturelle. Elle réalise de nombreuses interviews notamment de Jean-Paul Sartre et de Claude Lévi-Strauss à qui elle consacrera son premier essai : « Lévi-Strauss ou la culture et le malheur ».

Elle suit le séminaire de Jacques Lacan mais ne sera jamais psychanalyste.

Nommée au ministère des Relations extérieures en 1982, elle est chargée de la diffusion de la culture française à l’étranger et effectuera de nombreux voyages. Elle séjournera cinq années en Inde, au côté de son second mari, l’ambassadeur André Lewin, cinq ans en Autriche, trois au Sénégal.

Elle a écrit une trentaine de romans et de nombreux essais. « La Sultane » « Pour l’amour de l’Inde » « La valse inachevée » « La Putain du diable » « Martin et Hannah » « Jésus au bûcher » (billet du 10 juillet 2009 – Catherine ClémentII)

LE VOYAGE DE THEO.

Théo est un garçon de quatorze ans qui vit une existence heureuse entre sa famille et son amie Fatou, une jeune sénégalaise. Subitement il est atteint d’une maladie incurable contre laquelle les spécialistes occidentaux ne trouvent aucun remède.

Sa Tante Marthe, infatigable voyageuse, propose de le soigner en le faisant voyager. Elle part à la rencontre de ses amis dispersés dans le monde.

Au cours de ses voyages, Théo fera l’apprentissage des plus grandes religions de Jérusalem à New York, en passant par Rome, Bénarès, Istanbul, Moscou et Jakarta.

C’est donc une histoire des religions que nous propose Catherine Clément. L’intérêt du livre c’est que ce sont « les sages » qui expliquent leur religion. La tante Marthe n’omettant cependant pas d’y mettre son grain de sel…

Théo pose des questions pertinentes qui laissent parfois ses interlocuteurs sans voix.

Catherine Clément a ajouté une forme de jeux. Théo doit déchiffrer des énigmes pour deviner la future destination et il fera souvent appel à Fatou.

A la demande des parents de Théo, Marthe respecte les consignes : prises de sang, médicaments mais Théo est soigné aussi par la médecine non traditionnelle. Il apprendra le yoga et d’autres disciplines qui l’étonneront.

En dehors du côté religieux, nous apprendrons beaucoup sur les pays et sur leurs traditions, très vivaces dans les pays visités.

Théo, par ses multiples entretiens avec les sages de tous les pays, avance dans la connaissance en même temps qu’il s’achemine vers un destin qui doit autant à la médecine, tibétaine notamment, qu’à l’amour, revisitant ainsi le lien essentiel entre les pouvoirs du corps et celui de l’esprit.

EXTRAITS.

« Parmi toutes les villes du monde, murmura Tante Marthe avec gravité, Jérusalem est la plus sainte. La plus magnifique, la plus émouvante et la plus déchirée. »

« Jérusalem était une ville bien compliquée, que se disputaient ceux qui croyaient au Dieu unique, ceux qui croyaient au prophète et ceux qui croyaient au Fils de Dieu. – A quoi penses-tu ? dit Tante Marthe en lui posant les mains sur les épaules – A ce Dieu qui n’est pas fichu de les réconcilier, dit Théo. »

« Théo s’accouda au bord de la terrasse et regarda Jérusalem où scintillaient les lumières. On ne voyait ni Dôme du Rocher, ni le Saint-Sépulcre, ni le mur des Lamentations, mais la muraille édifiée par les Turcs baignaient dans une lueur d’or. Deux mains légères s’appuyèrent sur les épaules de Théo. Comprends-tu maintenant pourquoi on s’est tant battu pour cette ville ? souffla une voix cassée à son oreille. Ne sois pas si sévère avec nous, Théo. Ici souffle l’esprit de Dieu, peu importe qu’il s’appelle Allah, Adonaï Elohim ou Jésus. »

« Un, le temple hindou. Doucement, Illa entreprit de guider Théo. D’abord se déchausser. Ensuite, faire sonner la cloche. Ensuite se prosterner devant chaque autel. (…) Les mains jointes devant les autels ils (les fidèles) priaient avec une intense ferveur, en silence. »

« Bon,murmura-t-il en sortant son carnet. Quand il faut y aller, faut y aller. A mesure qu’on voyageait, j’ai mis des trucs par écrit. Et puis des dessins, tu vois ? Le dernier, c’est juste un arbre. Je vais t’expliquer. Ecoute… Les religions, je les vois comme les branches d’un arbre. Un seul grand arbre avec des racines souterraines qui rampent sous la terre entière… Elles poussent toutes dans la même direction. Normal, c’est leur destin de racines. Ensuite, le tronc sort de terre, bien droit, bien propre. L’arbre est un baobab d’Afrique parce qu’on peut graver sur l’écorce ce qu’on veut. Lis toi-même : « Dieu est le bien de l’homme. »

Etrange, peut-être, que Catherine Clément, athée, écrive un livre sur les religions. Mais si elle parle longuement des trois religions monothéistes, elle s’intéresse surtout aux autres religions. Ne vient-elle pas de publier un « Dictionnaire amoureux des dieux et des déesses » ?

Très cultivée, Catherine Clément s’intéresse à tout. Elle lit toujours régulièrement les journaux, aussi bien les articles politiques ou culturels que les faits divers. 

« Le voyage de Théo » est un presqu’une encyclopédie. Tante Marthe est un personnage attachant qui ressemble fort à son auteur. Vive, ayant de l’humour, très sensible. Elle aura souvent peur de ce qu’elle a osé faire, emmener Théo, malade, dans un grand voyage.

Je peux dire aussi que le livre est un appel à la tolérance. Bien nécessaire dans le monde d’aujourd’hui mais tellement difficile.

 

 

22/04/2014

VLADIMIR FEDOROVSKI.

vladimir fédorovski, le roman de la russie insolite

 

Vladimir Fédorovski est né à Moscou le 27 avril 1950. D’origine ukrainienne, il est aujourd’hui Français. Il est l’écrivain russe le plus édité en France.

Elève à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou, il y apprend l’anglais, le français et l’arabe.

En 1972, il sert d’interprète à Léopold Brejnev dans ses rencontres avec les dirigeants arabes. En 1977, il est nommé attaché culturel à Paris et y passe un doctorat en histoire.

Revenu à Moscou, il est considéré comme l’inspirateur de la perestroïka  en 1983 puis, lassé par les incohérences de Gorbatchev, il quitte la carrière diplomatique en 1990.

Il crée alors le premier parti démocratique russe qui s’oppose à la ligne dure du parti communiste de l’Union soviétique et du KGB.

Son œuvre est nombreuse : « Le Roman de Saint-Pétersbourg » « Le Roman du Kremlin » « Le Roman de la Russie insolite » « Le Roman de Tolstoï » « Le Roman des Tsars ».

LE ROMAN DE LA RUSSIE INSOLITE.

L’auteur dans sa préface nous dit vouloir revenir dans la Russie authentique. Nous allons croiser des personnalités diverses : Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, Lénine et son égérie Inès, la tsarine Alexandra Fédorovna et le tsar Nicolas II, Raspoutine, Staline.

En même temps, l’auteur nous fait visiter plusieurs lieux célèbres notamment dans une annexe qu’il intitule « Les lieux et les gens ».

Nous parcourons ainsi l’histoire de la Russie qu’il qualifie « d’insolite » parce que différente de l’image que nous en avons. Son objectif est de nous faire comprendre « l’âme slave ».

« En Russie, les monarques peuvent devenir ermites, les fols en Christ gravir les marches conduisant au trône et les écrivains prétendre au rôle de prophètes. Si les frontières demeurent floues entre la religion, la littérature, la politique et l’érotisme, cette étonnante symbiose fut souvent éclairée à travers les siècles par la quête incessante de la spiritualité ».

C’est le cas des trois génies de la littérature russe : Gogol, Dostoïevski et Tolstoï voulant exprimer toutes les angoisses de la civilisation russe.

Nicolas Gogol (1809-1852) est un enfant de la campagne ukrainienne. « Taras Boulba » décrit la lutte héroïque des Cosaques contre les Polonais, au XVIIe siècle. Sa grande œuvre est « Les âmes mortes » dont l’auteur nous apprend que l’écriture de ce livre fut pour Gogol un véritable cauchemar. « J’aime le Bien, je le cherche (…) J’ai désiré servir mon pays… Et je me suis réconcilié avec mon travail d’écrivain après avoir senti que je pouvais le servir de cette manière »

Gogol se posera éternellement la question du Bien et du Mal. Un poète devenant prophète. Il brûlera la dernière version des « Ames mortes ».

Fédor Dostoïevski (1821-1871) estné à Moscou. Il est très vite confronté à la pauvreté. Il est admis à l’Ecole des ingénieurs militaires de Saint-Pétersbourg mais n’y reste qu’un an.

Fréquentant des cercles d’étudiants, il va être accusé, à tort, de trahison, arrêté, jugé, condamné à mort. Sa peine est réduite à quatre ans de travaux forcés, suivis de l’inscription au service comme simple soldat, avec perte de la noblesse et des droits civils. Il passera quatre ans en Sibérie se rapprochant de la religion car il n’avait qu’un seul livre en sa possession : les Evangiles.

Angoissé, malade, rongé par la passion du jeu, il deviendra de plus en plus sensible au mysticisme et aux traditions russes.

Dans son œuvre, il offre un tableau de la société russe, au lendemain des réformes de 1830, à une époque où les mœurs se corrompent. Pour lui, la beauté et la vérité ne peuvent se réaliser que dans la liberté spirituelle avec le Christ.

Léon Tolstoï (1828-1910)est un aristocrate. Il combat au Caucase et en Crimée et en rapporte une aversion pour la guerre et un intérêt profond pour la nature humaine. Installé dans la grande propriété familiale de Iasnaïa Poliana, il fonde une école villageoise pour améliorer le sort des paysans.

Tolstoï fut hanté toute sa vie par son goût de la luxure, s’interrogeant sur le péché de chair, culpabilisé, ne sachant résister malgré ses prières.

Inès (1874-1920) n’a que cinq ans quand, après la mort de son père, elle suit sa tante en Russie. Elle épousera un riche industriel, Alexandre Armand, mais s’ennuiera dans ce milieu. Elle fonde une école pour l’amélioration de de la femme et devient une figure phare du mouvement féministe.

En 1910, elle rejoint Bruxelles où elle fait des études d’économie politique à l’ULB. Elle s’installe à Paris. Elle va y rencontrer Lénine qui se fait appeler ainsi en souvenir de son exil sur les rives du fleuve Léna et pour qui elle avait déjà fait des traductions.

Ils ouvrent une école destinée aux responsables du Parti bolchevique. Lénine donne des cours de politique générale, Inès, des cours d’économie.

Ils sont très proches, peut-être amants. Inès devient une véritable militante révolutionnaire clandestine. En avril 1917, elle revient en Russie avec Lénine.

Après la révolution russe, elle s’engage en faveur des revendications féminines.

L’Eglise orthodoxe va renaître après les années communistes même si la spiritualité n’a jamais vraiment disparu. Dans la Russie d’aujourd’hui comme dans celle d’hier, il n’y a pas vraiment de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Poutine va régulièrement à la messe, fait pieusement ses Pâques sous les projecteurs de la télévision…

 

16/04/2014

DAVID FOENKINOS.

david foenkinos, la tête de l'emploi, une vie actuelle, la crise, humour

 

David Foenkinos est né à Paris le 28 octobre 1974. Il étudie les lettres à la Sorbonne tout en se formant au jazz. Il devient professeur de guitare. Son premier roman « Inversion de l’idiotie : de l’influence de deux Polonais » est publié chez Gallimard, en 2001 et reçoit le Prix François Mauriac.

Son œuvre est nombreuse : « Le Potentiel érotique de ma femme » « En cas de bonheur » « Les cœurs autonomes » « Nos séparations » « Le Petit Garçon qui disait toujours non » « Les Souvenirs » « Je vais mieux ».

Il a réalisé une adaptation cinématographique de son roman « La délicatesse », avec Audrey Tautou et François Damien.

Ses romans ont été largement récompensés.

LA TETE DE L’EMPLOI.

Le héros, qui aborde la cinquantaine, raconte sa vie. Il s’appelle Bernard et n’aime pas son prénom. Il est enfant unique ce qui l’intrigue. Ses parents étaient-ils comblés par ce seul enfant ou, au contraire, dégoûtés ?

Son père Raymond, veilleur de nuit dans un hôtel est marié à Martine. Ils ont quatre-vingts ans. Ils vivent leur vie paisiblement. « Le secret de la longévité, c’est sûrement ça : ne pas faire de bruit. Et, il ne faut pas hésiter à utiliser des patins. ».

Lui est marié à Nathalie, psychologue, dont il est toujours très amoureux. Ils ont une fille, Alice.

Après des études de commerce, il entre dans une banque. « Dans les années 80, banquier c’était vraiment une belle profession. Cela imposait le respect, on voyait en vous l’éclat de la réussite. »

Il gravit rapidement les échelons et devient conseiller financier. Il a été embauché parce qu’il avait « la tête de l’emploi », « une bonne tête ».

 Après l’âge d’or de la banque, arrive la crise partie des Etats-Unis avec les subprimes. Tout s’effondre.  Sa banque doit faire des économies et licencie. Il n’est pas viré mais son patron lui demande d’être au guichet une vingtaine d’heures par semaine.

Même s’il conserve son bureau et ses clients, c’est la déchéance. Il est abasourdi, dévasté  mais accepte.

Sa vie va devenir un enfer. Son patron augmente ses heures de guichet, ses clients, qui le voient à cette place, ne lui font plus confiance.

Il n’a rien dit à sa femme mais leurs rapports se détériorent jusqu’à ce qu’elle arrive à lui dire : « C’est cassé entre nous » « Depuis longtemps, ce n’est plus pareil. » Elle parvient à lui faire accepter une séparation temporaire et il s’installe à l’hôtel.

Une nuit, il décide de parler à Nathalie et il constate qu’elle est avec un autre homme. « On venait de me voler ma vie. Je n’avais plus rien. Et ce n’était que le début. »

Le lendemain, il arrête un de ses clients, qui refuse de traiter avec lui puisqu’il est au guichet. Et c’est le drame : « Pinaud m’a fixé un instant, avant de faire demi-tour en silence, et de se diriger vers le bureau du directeur. Que faire ? J’ai essayé de le retenir par son manteau. Il a dérapé, s’est retrouvé par terre. Quand j’ai tenté de le relever, il semblait comme fou. » Une heure plus tard, il est licencié pour faute grave.

Plusieurs semaines passent et il doit bien admettre qu’il ne peut plus payer l’hôtel. Il cherche de l’aide chez des amis mais ceux-ci le remballent.

Une seule solution : retourner chez ses parents. Il retrouve sa chambre où rien n’a été changé : « Je venais de pénétrer dans le mausolée de mon enfance. »

Tout se passe mal. Il n’arrive pas à trouver du travail. Ses parents le traitent comme s’il était un enfant : « Bernard tu n’oublies pas de te brosser les dents ? »

Il déprime et surtout a honte de se retrouver chez ses parents à son âge. Il se rend compte aussi qu’ils ne sont guère enchantés de l’avoir chez eux. Il dérange leur tranquillité.

Il apprend que sa fille, partie à l’étranger, revient et qu’elle a l’intention de venir voir ses grands-parents. Dans sa folie, il décide de lui cacher qu’il a perdu sa situation et invente qu’il se trouve à Poitiers.

Alice vient et, malgré la forte envie qu’il a de la serrer dans ses bras, il reste dans sa chambre.

Son subterfuge va être découvert car parlant à Alice sur Skype, elle se rend compte qu’il est dans sa chambre où un poster est encore accroché. Elle accourt et il lui avoue tout.

Elle va l’aider à refaire son CV mais rien à faire, il ne trouve toujours pas de travail.

Ses parents lui font rencontrer Sylvie, la fille d’un de leurs amis, séparée elle aussi et avec qui il pourrait « refaire sa vie ». « Ca voulait dire quoi refaire sa vie ? Ca voulait dire que la première avait été ratée, et qu’il fallait donc la refaire. »

Ils deviendront amants. Sylvie reprend la quincaillerie de ses parents et ensemble, ils décident d’en faire un coin sex-toys.

L’auteur a décidé de ne pas terminer son livre par un happy end comme on pouvait s’y attendre dans ce genre de livre. Sylvie retourne chez son mari et il se retrouve seul dans l’appartement qu’ils occupaient ensemble et… dans les clous. Pauvre Bernard !

C’est un roman facile, sans trop de mélo même si la vie de Bernard est tragique. Bien actuel, car beaucoup de gens ont tout perdu avec la crise.

Ce qui est difficile à rendre, c’est l’humour, très présent. J’ai beaucoup ri !