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02/07/2014

JEAN d'ORMESSON.

jean d'ormesson, comme un chant d'espérance, cosmologie, christianisme, existence de Dieu, foi

 

Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, philosophe, il a été élu à l’Académie française le 18 octobre 1973. Il a fait campagne pour défendre la réception sous la coupole de Marguerite Yourcenar, la première femme admise à l’Académie en 1980. Il a reçu Simone Veil le 18 mars 2010. Il est le doyen de l’Académie depuis la mort de Jacqueline de Romily en 2010.

Son œuvre est très nombreuse. Je citerai les livres que j’ai particulièrement aimés. « Au plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Le Rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde » « Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit »

Il est aussi l’auteur d’une autre histoire de la littérature française.

(Billets : 27/02/2010 – 04/11/2010 – 23/01/2013 – 26/08/2013)

COMME UN CHANT D’ESPERANCE.

L’auteur nous dit avoir voulu écrire un roman sur rien, c’est-à-dire sur l’univers qui a précédé et suivi le Big Bang, il y a 13,7 millions d’années.

Le lecteur s’apercevra très vite que le détour par la cosmologie et l’histoire sert de base à la question essentielle : l’existence de Dieu. Il raconte l’anecdote célèbre chez les Juifs de deux rabbins qui se disent « L’important, c’est Dieu qu’il existe ou non. »

Il pose les questions essentielles. Comment est-on passé d’un monde d’éternité avant le Big Bang à notre monde en expansion incessante et à notre temps ? Quelles sont les parts respectives de hasard et de nécessité ?

Les sciences nous ont appris comment est né le monde mais pas le pourquoi. Pour l’auteur, le monde ne s’explique que par le Dieu créateur. Il n’hésite pas à citer la Torah, paroles qu’il considère comme les plus célèbres de toute l’histoire des hommes.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… Il dit : « Que le lumière soit ! Et la lumière fut… Dieu appela la lumière le jour et il appela les ténèbres nuit. Ainsi il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le premier jour. »

Malgré cela, il insiste : « Il n’est pas sûr non plus que le monde où nous vivons ait surgi du néant, que notre tout soit sorti de rien. Le contraire n’est pas sûr non plus. La vérité est que l’avant-notre-monde comme sur l’après-notre-mort nous ne savons rien. Nous pouvons croire. Nous pouvons rêver. Nous pouvons espérer. Nous ne pouvons pas savoir. »

C’est l’historien ou le philosophe qui parle mais l’auteur a choisi délibérément de croire en un Dieu créateur, de croire au mystère.

C’est avec cette conviction qu’il abordera la question du mal. Le mal est venu avec l’apparition de l’homme. C’est le prix de sa liberté.

Nous savons que Jean d’Ormesson a toujours dit combien il aimait la vie, combien il admirait la beauté du monde. Il le redira : « Peut-être par tempérament, parce que j’ai aimé le bonheur, parce que je déteste le désespoir, j’ai choisi le mystère. Disons les choses avec un peu de naïveté, il me semble impossible que l’ordre de l’univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens – inconnu de nous, bien entendu, mais malgré tout, un sens. »

Jean d’Ormesson, que j’ai toujours entendu dire, qu’il était agnostique et croyant, ce qui me semblait antinomique, va plus loin. Il s’émerveille de l’Incarnation. Le Dieu des chrétiens est le seul qui s’incarne par amour Il croit en Jésus, fils de Dieu et fils de l’homme.

Il reprend, avec admiration, le commandement du Christ : « Aimez-vous les uns les autres… Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

Une question me vient : la base du christianisme est la croyance en la Résurrection. Jean d’Ormesson n’aborde pas cette question vitale pour les chrétiens qui en font la base de leur croyance ; vitale pour les athées qui ne peuvent y souscrire. Il rejette d’ailleurs l’idée d’un au-delà : « Comment pourrait-il y avoir, après la mort, pour les hommes qui sont des singes bavards et savants, des primates adonnés à la poésie et aux mathématiques, des animaux doués d’une longue mémoire et faiseurs de projets, autre chose que pour les créatures dont ils descendent en droite ligne – c’est-à-dire rien ? »

Pourquoi Jean d’Ormesson éprouve-t-il autant de difficultés à admettre les dogmes du christianisme ? Je n’ai pas la réponse sauf qu’il est très imprégné par les sciences et qu'il est philosophe, mais comme il le dit, il choisit le mystère, qui est pour lui synonyme de foi.

Abandonnant sa démonstration, l’auteur va terminer par ce qui lui est le plus cher, l’énumération de la beauté du monde dans lequel il voit un Dieu éternellement absent mais qui se dissimule dans le monde.

Il dresse de manière assez surprenante une liste d’événements, assez hétéroclite où il mélange des textes, des monuments, des poèmes, de la musique. Etrange…

Par contre ce passage dans lequel il justifie le titre de son essai est très clair : « L’immense avantage de Dieu, qui est si peu vraisemblable, est de donner au monde, invraisemblable lui aussi, une espèce de cohérence et quelque chose qui ressemble à l’espérance. »

Je terminerai en reprenant ce qu’il dit à propos des romans : « Les livres ne survivent pas grâce aux histoires qu’ils racontent. Ils survivent grâce à la façon dont elles sont racontées. La littérature est d’abord un style qui éveille l’imagination du lecteur. »

Jean d’Ormesson me pardonnera de reprendre cette citation. Bien sûr son essai n’est pas un roman. Bien sûr il s’interroge sur des sujets sérieux, le monde, l’existence de Dieu, la foi.

Mais, puis-je dire que son livre est aussi une histoire racontée, l’histoire du monde racontée avec brio ?

 

24/06/2014

LES DESORIENTES.

Amin maalouf, les désorientés, extraits

 

Dans mon billet précédent sur le livre d’Amin Maalouf, je n’ai pas mis d’extraits comme je le fais d’habitude. A la réflexion, je crois utile de le faire. Les liront ceux qui veulent en savoir un peu plus sur le livre.

Petit rappel, le livre est un roman construit par l’auteur à partir de ses souvenirs. Les personnages sont imaginaires et – ce n’est pas innocent – issus de culture différente.

Les personnages s’expriment librement dans des mails ou entretiens avec Adam.

Adam justifie son départ un an après le début du conflit.

« Moi, je ne suis allé nulle part, c’est le pays qui est parti. » « Que le monde d’hier s’estompe est dans l’ordre des choses. Que l’on éprouve à son endroit une certaine nostalgie est également dans l’ordre des choses. De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas. »

Albert avait été enlevé par un garagiste, torturé, puis relâché. Il était devenu ami avec son bourreau qu’il appelait son père adoptif.

« Plus d’une fois il est arrivé, en ces années-là, que des familles dont un membre venait d’être enlevé réagissent en capturant elles-mêmes une ou plusieurs personnes censées appartenir à l’autre camp, pour s’en servir comme monnaie d’échange. »

Réflexion d’un musulman.

« Ce qui m’exaspère, c’est cette manière qu’on a aujourd’hui d’introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. Si je m’habille comme ça, c’est pour ma religion. Si je mange ceci ou cela, c’est pour ma religion » « La religion, c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale. »

Le pétrole.

« …pour l’ensemble des Arabes, le pétrole aura été une malédiction. Pas seulement pour les Arabes, d’ailleurs. Est-ce que tu connais un seul pays que le pétrole a rendu heureux ? Passe-les tous en revue. Partout, l’argent du pétrole a provoqué des guerres civiles, des bouleversements sanglants ; il a favorisé l’émergence de dirigeants fantasques et mégalomanes. »

Conflit israélo-arabe.

« Ne te fais pas d’illusions, bientôt il n’y aura plus aucune communauté juive dans tout le monde arabe. Aucune ! » « Si au lendemain de l’horreur nazie, il n’y avait pas eu ce conflit autour de la Palestine, le sort des Juifs dans les sociétés arabes ne se serait-il pas amélioré, au lieu de se détériorer ? Je crois que si, j’en suis même certain. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ce qui s’est passé, cest l’inverse. »

L’existence de Dieu.

« Je ne suis adepte d’aucune religion, et je n’éprouve pas le besoin de le devenir. Ma position est d’autant plus inconfortable que je ne sens pas athée non plus. Je ne parviens pas à croire que le Ciel est vide, et qu’au-delà de la mort, il y a seulement le néant. »

Chrétiens d’Orient.

« Si tous les hommes sont mortels, nous, les chrétiens d’Orient nous le sommes deux fois. Une fois en tant qu’individus - et c'est le Ciel qui l’a décrété ; et une fois en tant que communautés, en tant que civilisation, et là, le Ciel n’y est pour rien, c’est la faute des hommes. »

Amin Maalouf a mis beaucoup de lui-même dans son livre. Il dira : « Cela n’a pas été douloureux mais parfois émouvant et tendu. J’avais besoin de parler de ces choses et j’ai choisi la manière qui me permettait d’en parler sans trop malmener ma pudeur. »  

 

19/06/2014

AMIN MAALOUF.

amin maalouf, les désorientés, islam, conflit israélo-arabe, identité, choc des civilisations

 

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth, au Liban. Il fait ses études primaires dans une école française de Pères Jésuites. Ses premières lectures se font en arabe. Il étudie les sciences sociales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il y rencontre Andrée, éducatrice spécialisée, qu’il épouse en 1971.

La guerre civile éclate au Liban en 1975. Amin Maalouf se réfugie en France. Il commence une carrière de journaliste dans un mensuel d’économie, puis devient rédacteur en chef de « Jeune Afrique »

En 1983, paraît son livre « Les croisades vues par les Arabes » puis en 1986, « Léon L’Africain » grand succès de librairie. Il décide alors de se consacrer entièrement à la littérature.

Romans : « Samarcande » « Les Jardins de Lumière » « Le rocher de Tanios » « Les échelles du Levant » « Le Périple de Baldassare ».

Essais : « Les identités meurtrières » « Le dérèglement du monde » 

Il a été élu à l’Académie Française en 2011.

(Billets : 16/09/2008 – 24/02/2012 – 02/07/2012 - 14/02/2014)

LES DESORIENTES.

Adam, 47 ans, marié à Solange, a quitté le pays lors de la guerre du Liban. Il est historien et enseigne l’histoire en France. Il écrit un livre sur Attila qui n’arrive pas à finir.

Un coup de téléphone de Tania, l’épouse de Mourad, ami d’enfance avec qui il est brouillé depuis des années, lui apprend que son mari voudrait le revoir. Il se rend au Liban mais arrive trop tard, son ami est mort.

Il décide de rester au Liban et de revoir ses amis connus à l’Université. Le groupe avait décidé de s’appeler «Le club des Byzantins ».Ils rêvaient de refaire le monde. Certains sont restés comme Tania et Mourad, d’autres sont partis comme Adam, Naïm, Albert.

Adam veut les réunir pour une soirée amicale. Il renoue avec eux par correspondance. Pour ne rien oublier, il décide de transcrire ses mails dans un cahier, y notant aussi ses réflexions, ses souvenirs. Il s’interroge sur ce que racontent ses amis et le fait comme l’historien qu’il est.

Ses amis ont abandonné leurs rêves de jeunesse pour le business ou la politique.

Mourad, resté au pays, est devenu ministre, ce qui a provoqué la brouille avec Adam.

Tania reproche à Adam d’avoir quitté le pays un an après le début des conflits, départ qu’elle a vécu comme une trahison. Leur relation est difficile. Adam n’a pu se résoudre à aller aux funérailles de Mourad ce qui a exaspéré Tania.

Tous ses amis étaient de confession différente ce qui à l’époque était une richesse. Les temps ont changé. La religion est devenu une appartenance, une identité ce qui désole Adam.

Naïm, le juif, a émigré au Brésil. Comme beaucoup d’autres juifs, il est parti avec toute sa famille. Même la veille de son départ, lors de la réunion avec ses amis, il n’a rien dit de son projet.

 Albert a émigré aux Etats-Unis où il travaille pour le Pentagone. Sa fonction officielle l’empêche de revenir au Liban mais il trouvera un subterfuge pour rejoindre ses amis.

Bilal est mort à la guerre. Son frère Nidal est devenu un musulman extrémiste radical.

Ramzi, architecte, a quitté une entreprise florissante de construction pour devenir moine. Adam cherchera à savoir pourquoi il a fait ce choix.

Amin Maalouf par le biais des réflexions d’Adam sur ce que sont devenus ses amis, revient sur l’identité, l’appartenance à une communauté religieuse on non, en contradiction avec l’art de vivre ensemble avec d’autres communautés que la sienne, qui était en vigueur dans sa jeunesse.

Amin Maalouf aborde aussi d’autres sujets comme le conflit israélo-arabe ou le radicalisme islamique. Pour Adam, le conflit israélo-arabe est une tragédie qui empêche le monde arabe de s’améliorer, qui empêche l’occident et l’Islam de se réconcilier, qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’affrontement des civilisations ».

Adam porte aussi un regard sur l’islamisme radical notamment par le biais de son dialogue avec Nidal. Il développe l’idée selon laquelle si le communisme et l’anti-communisme ont été les deux fléaux du XXème siècle, l’islamisme et l’anti-islamisme sont ceux de ce début du XXIème siècle.

Une touche de romantisme dans le livre, l’amour de Séminaris qui accueille Adam dans son hôtel et qu’il appelle « sa châtelaine ». Comme pour Amin Maalouf, rien n’est simple, Adam se torturera sur sa relation charnelle avec Séminaris alors qu’il est toujours très attaché à sa femme. Mais comment résister au charme de Séminaris ?

Le livre se termine de manière tragique mais je ne dévoilerai pas la fin.

« Les désorientés » sont les exilés partagés entre deux cultures, deux visions du monde. Adam est arabe mais enseigne en France et dans les conversations avec ses amis, il mélange les deux langues, l’arabe et le français.

Tous les personnages du livre sont imaginaires mais créés à partir des souvenirs de l’auteur. Il n’a pas voulu citer le Liban comme son pays natal. Le nom n’apparaît jamais mais le lecteur ne s’y trompera pas.

Le livre est très riche comme tous ceux d’Amin Maalouf. L’écriture est simple, presque familière. Le procédé choisi par l’auteur - les lettres, les entrevues retranscrites par Adam dans son livre des souvenirs - en fait une lecture très agréable.

Le livre est surtout pour Amin Maalouf l’occasion de reprendre les idées défendues dans ses autres livres notamment dans le très célèbre essai « Les identités meurtrières » Le lecteur ne s’en plaindra pas.

 

09/06/2014

YASMINA KHADRA.

yasmina khadra, qu'attendent les singes, algérie

 

Yasmina Khadra est le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohamed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 dans le Sahara algérien.

Il a effectué toutes ses études dans des écoles militaires avant de servir comme officier dans l’armée algérienne pendant 25 ans.

Pour éviter la censure, il a écrit sous un pseudonyme, composé des deux prénoms de sa femme, en reconnaissance pour son aide.

Il ne dévoilera sa véritable identité, qu’après avoir quitté l’armée en 2000, dans deux livres « L’Ecrivain » et « L’Imposture des mots ».

Son œuvre est très nombreuse. Je citerai « Les agneaux du Seigneur » « Les Hirondelles de Kaboul » « L’Attentat » « Les Sirènes de Bagdad » « Ce que le jour doit à la nuit ».

Il a reçu de nombreux prix. L’Académie française lui a décerné le Grand Prix de Littérature Henri Gal pour l’ensemble de son œuvre.

Trois de ses livres ont été adaptés au cinéma : « Ce que le jour doit à la nuit » « L’Attentat » « Les Hirondelles de Kaboul »

Il a été candidat à l’élection présidentielle algérienne en 2013.

(Billets du 30/03/2010 -15/03/2011 – 7/08/2012 – 21/01/2014)

QU’ATTENDENT LES SINGES.

Une jeune étudiante est découverte assassinée dans la forêt de Baïnem, près d’Alger. Elle est belle, nue, merveilleusement maquillée, les cheveux constellés de paillettes, les mains rougies au henné. « On dirait que le drame l’a cueillie au beau milieu d’une noce. »

La commissaire Nora Bilal est chargée de l’enquête. C’est une dame d’une cinquantaine d’années, jalousée par ses collaborateurs, qui n’admettent pas d’être commandés par une femme.

Ce qui intrigue la commissaire, c’est une blessure sur la poitrine, un sein a été arraché. Le légiste lui apprendra qu’il ne s’agit pas d’une morsure de chien mais d’une morsure humaine.

Nora mènera son enquête avec obstination mais se heurtera au pouvoir, notamment à celui d’un vieillard Haj Hamerlaine. « Occupé à peaufiner ses pièges avec la patience implacable d’une araignée, Hamerlaine ne sort que très peu (…) Il ne se contente pas d’être un super-citoyen exonéré d’impôts, il s’autorise à racler le fond du Trésor public autant de fois qu’il le souhaite. »

Ce qui devait être un simple thriller devient un livre politique. Les meurtres se succèdent, même Nora finit assassinée.

Le lecteur prévoit le dénouement dès le début du livre mais celui-ci est vraiment invraisemblable.

Yasmina Khadra décrit une Algérie gangrénée par la corruption, les abus de pouvoir, une société machiste et immorale.

Les personnages sont nombreux : l’inspecteur Zine devenu sexuellement impuissant suite à une opération sanguinaire menée par des terroristes, le lieutenant Gerd, macho, Sid Ahmed, ancien journaliste qui a perdu sa femme tuée par des terroristes et d’autres.

Roman très noir, on l’aura compris.

Le personnage principal, Haj Hamerlaine, règne sur Alger. Un despote qui ne recule devant rien.

Le titre est complété assez tard dans le livre « Qu’attendent les singes pour devenir des hommes » renvoie le lecteur à toutes les horreurs décrites par l’auteur.

Je ne m’attendais pas à cela. Je mentirais en disant que je n’ai pas aimé le livre, Yasmina Khadra écrit vraiment très bien. Mais le côté politique du livre m’a gênée. Sa noirceur, aussi.

« En Algérie, les génies ne brillent pas, ils brûlent. Lorsqu’ils échappent à l’autofadé, ils finissent sur le bûcher. Si par mégarde, on les met sous les feux de la rampe, c’est pour mieux éclairer les snipers. »

Pour terminer sur une note moins noire, je reprendrai les premiers mots du livre :

« Dans la forêt de Baïnem, tout est enchantement ; la brume qui remonte du ravin, les moucherons qui virevoltent dans un halo de lumière, indissociables des étincelles gravitant autour d’eux ; la rosée sur l’herbe ; le bruissement des fourrés ; la fuite au ralenti d’une belette… »

 

02/06/2014

DOMINIQUE VENNER.

dominique venner, l'imprévu dans l'histoire, treize meurtres exemplaires

 

Dominique Venner, né à Paris en 1934 est un historien et essayiste auteur de nombreux ouvrages sur la période de 1914 à 1945.

A dix-sept ans, il s’engage comme volontaire dans la guerre d’Algérie et est décoré de « La croix du combattant. »

Revenu en Métropole, il s’engage en politique. Sa période de militantisme s’achèvera en 1967. Il quitte Paris afin de se ressourcer au plus près des forêts et entame une carrière d’écrivain.

Après avoir fondé et dirigé la revue « Enquête sur l’histoire » disparue à la fin des années nonante, il fonde « La Nouvelle Revue d’Histoire » qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

Le 21 mai 2013, il se donne la mort par arme à feu devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Dans la lettre qu’il laisse il dit avoir choisi le lieu par admiration pour l’édifice qu’il respecte.

« Je suis sain de corps et d’esprit, et suis comblé par ma femme et mes enfants. (…) Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. (…) Je demande pardon par avance à tous ceux que ma mort fera souffrir, et d’abord à ma femme, à mes enfants et petits enfants, ainsi qu’à mes amis et fidèles. »

Sa mort sera un choc pour sa femme et ses amis qui ne s’y attendaient pas du tout.

Parmi ses nombreux ouvrages, je citerai « Le Blanc Soleil des vaincus » « Histoire de la collaboration » « Histoire du terrorisme » « Histoire critique de la Résistance » « Histoire de l’Armée rouge » récompensé par un prix de l’Académie française. Il a aussi consacré de nombreux livres aux armes et à la chasse.

L’IMPREVU DANS L’HISTOIRE. TREIZE MEURTRES EXEMPLAIRES.

A l’origine des conflits mondiaux, il y a souvent le meurtre d’un homme dont dépendait le destin collectif. Dominique Venner analyse treize meurtres exemplaires qui ont forgé l’histoire.

1.     Kiev, 14 septembre 1911 -  Pierre Stolypine - Le meurtre de la Sainte Russie.

2.     Paris, 16 mars 1914 – Gaston Calmette – Un drame personnel dans un drame historique.

3.     Sarajevo, 28 juin 1914 – François Ferdinand – Un coup de pistolet, neuf millions de morts.

4.     Petrograd, 30 décembre 1916 – Raspoutine – Le suicide d’une société moribonde.

5.     Berlin, 24 juin 1922 – Walther Rathenau – Ouvrir la brèche et disparaître.

6.     Marseille, 9 octobre 1934 – Alexandre de Yougoslavie – La vengeance croate.

7.     Mexico, 20 août 1940 – Deux ans d’approche, vingt ans de silence.

8.     Paris, 21 août 1941 – Aspirant Moser – La logique du terrorisme.

9.     Alger, 24 décembre 1942 – Amiral Darlan – La stratégie du billard.

10.  Wolfsschanze, 20 juillet 1944 – Les derniers feux de l’Allemagne secrète.

11.  Dallas, 22 novembre 1963 – John Kennedy – Une mort pour rien ?

12.  Rome, 9 mai 1978 – Aldo Moro – Le paradoxe des conséquences.

13.  Paris, 7 avril 1994 – François de Grossouvre – La mort de l’Elysée

 

« L’assassinat politique fut de tous les temps et de tous les pays. Les hommes ont toujours fait usage de ce procédé expéditif pour assouvir une vengeance, faire place nette d’un concurrent, frapper un ennemi ou se débarrasser d’un quidam encombrant. »

« Il en est de l’assassinat politique comme du terrorisme. Il est de bon ton d’en condamner hautement le principe tout en se réjouissant secrètement quand des gens que l’on n’aime pas sont frappés. »

L’auteur souligne que les meurtres dont il parle n’auraient pas pu avoir lieu sans une défaillance du système de protection des victimes. Notre époque a retenu la leçon et a mis l’accent sur la sécurité. Il ajoute que ces assassinats ont souvent été justifiés moralement.

Les treize meurtres choisis par l’auteur sont analysés en profondeur, impossible de les raconter sans le trahir.  

Quelques précisions tout de même.

L’assassinat de Pierre Stolypine, Premier ministre impérial d’exception dont les réformes spectaculaires accordaient enfin la prospérité à l’immense population paysanne, a déstabilisé le pouvoir des Romanov. Celui de Raspoutine ouvrira la voix à la révolution bolchevique de 1917.

Quand l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, tombe sous les balles des fanatiques serbes, l’Europe manque cruellement d’hommes d’Etat capables de défendre la cause de la paix contre celle de la guerre. L’attentat de Sarajevo engendrera une guerre mondiale qui fera neuf millions de morts.

Claus von Stauffenberg aurait pu tuer Hitler le 20 juillet 1944. L’épaisseur du bois d’une table qui a protégé le Führer a été un instrument du destin pour quelques mois.

L’assassinat de Kennedy reste encore une énigme. A-t-elle changé le cours de l’histoire ?

« Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas toujours quelle histoire ils font.

Je terminerai par cette citation que l’auteur place en épilogue de son livre :

« L’Histoire nous surprend. Telle est bien la conclusion que l’on peut tirer des treize évocations dans ce livre. Les périodes de calme apparent ont tendance à faire oublier la grande et constante réalité historique. Puis, soudain, comme un coup de canon, l’inattendu s’impose, renversant les certitudes et les plans les mieux établis. »

Je ne connaissais pas l’auteur. Le titre du livre m’avait intriguée,  je n’ai pas été déçue. Ce billet est trop court pour en restituer la richesse. Mais, je voulais au moins le signaler.