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01/08/2014

MORT ANNONCEE DE LCI.

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LCI (La chaîne info) est une filiale de TF1. Elle a été fondée le 24 juin 1994 par Etienne Mougeotte, vice-président de TF1 et président de la chaîne. Elle fêtait ses vingt ans d’existence cette année.

A cette occasion, elle a fait défiler tous les journalistes, qui étaient passés chez elle. Un nombre impressionnant ! Je citerait Laurent Delahousse, David Pujadas, Christine Kelly, Laurence Ferrari.

La chaîne diffuse un journal parlé, tous les quarts d’heure, mais avec une originalité, des invités qui commentent brièvement l’actualité.

Elle diffuse aussi de grandes émissions comme « Le grand Jury » et « Le oui, non » « Choisissez votre camp » « La médiasphère » « Le coup de cœur des libraires » « Chronique de l’économie »

Actuellement, ses vedettes sont, pour moi, Bénédicte Le Chatelier, Valérie Expert et Michel Field.

LCI est payante par exemple par le biais des « bouquets » comme chez Telenet où elle fait partie du bouquet de chaînes francophones comme Tvbreizh qui diffuse de vieux films.

J’aime beaucoup la chaîne. Ses JT abordent largement l’actualité internationale ce qui n’est pas toujours le cas sur les autres chaînes.

Son audience est très limitée  à cause du principe même de l’info en continu et bien entendu parce qu’elle est payante.

Elle venait de faire une demande au CSA pour pouvoir diffuser en clair. Elle a été refusée. TF1 avait annoncé qu’elle fermerait la chaîne si la demande n’était pas acceptée.

Un des arguments des concurrents est que si LCI était devenue gratuite cela renforcerait encore la prédominance de TF1 qui capte déjà plus de 40 % des recettes publicitaires télévisuelles en France.

Depuis onze ans, les pertes cumulées de LCI atteignent plus de 70 millions d’euros et stagne à 2 % d’audience.

LCI emploie 250 collaborateurs dont 140 journalistes. Que vont-ils devenir ?

En vingt ans, la chaîne affirme avoir accueilli plus de 100.000 invités de la vie politique, économique et culturelle. Je l’ai dit, c’est une des raisons qui rend la chaîne attractive, faire commenter l’actualité, même brièvement, par des spécialistes.

Donnant l’information en continu, la chaîne donne des informations qu’on ne retrouve pas sur les autres chaînes, les JT étant limités en temps.

Je comprends que son audience soit faible. A part les grands débats du soir, peu de personnes ont la possibilité de la regarder pendant la journée.

Je la regretterai. J’aimais sa convivialité, le sourire des présentateurs, les sujets abordés. Mais, l’argent est roi, les recettes publicitaires très convoitées et il faut bien le dire, la concurrence est énorme.

Je vais imiter Vincent Hervouet en disant « Ainsi va le monde ».

 

28/07/2014

LE BONHEUR EN PRIME.

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Emmanuelle de Boysson (Emmanuelle Monnier) est née à Paris en 1955. Romancière, critique littéraire, essayiste, elle a obtenu une licence en lettres modernes. Mariée, elle a trois enfants.

Œuvre : « Les Grandes Bourgeoises » « Les secrets des couples qui durent » « La Beauté des femmes mûres » « Nous les bons vivants » « Le salon d’Emilie » « Oublier Marquise ».

LE BONHEUR EN PRIME.

Jules Berlingault, millionnaire, âgé de quatre-vingt-dix ans, habite dans un immeuble à appartements. Son majordome Gaspard lui est tout dévoué. Il s’occupe de tout : entretien de la maison et du jardin, courses et repas. Il conduit aussi la voiture. Il a soixante ans et est au service de Jules depuis trente ans.

Jules Berlingault est un tout petit monsieur, un mètre soixante-deux, talonnettes comprises,  très élégant. Il est versatile, sait être généreux ou pas, selon son humeur. Gaspard a répondu à une annonce d’embauche, plutôt amusante : « Cherche homme à tout faire. Se présenter en gants blancs. Appointements corrects. Sur rendez-vous » Gaspard a appris à servir « en gants blancs » !

Une anecdote : Jules lui dit d’emporter la commode, un meuble signé. Gaspard hésite, lui fait remarquer la valeur et Berlingault change d’avis. Il ne la lui donnera pas. Anecdote qui va rester sur le cœur de Gaspard !

Alors que son neveu menace de le mettre sous tutelle, Jules annonce à Gaspard qu’il va faire de lui son légataire universel. Gaspard va fantasmer, il s’imagine habiter une des maisons de son patron, après sa mort et en attendant, parle de tout comme lui appartenant.

Gaspard habite une chambre de bonne au sixième étage. Il rencontre sa voisine Luna qui vient d’être licenciée. Il parle d’elle à Jules et celui-ci décide qu’il veut la voir. Il paiera son loyer et s’occupera d’elle.

D’autres rencontres vont suivre : Antoine, un jeune qui écrit pour des écrivains et rêve d’écrire son propre livre, Les Courtin, Rose et son mari, ancien militaire. C’est au cours d’une bagarre que Jules décide d’intégrer Antoine. Quand il apprend que Rose, couturière, veut divorcer, il l’en dissuade et elle va, avec son mari, faire partie de ses nouveaux amis.

Jules décide d’emmener tout le monde dans ses propriétés de l’île de Ré, au grand étonnement de Gaspard. « Il faut ruser, Gaspard, il faut jouer dans la vie. Soyons fou. Hum ! Hum ! Je leur prépare une surprise digne d’un Marivaux ou plutôt des Tontons flingueurs » Comme Gaspard lui fait remarquer que tous ces gens-là se détestent : « Justement, c’est ce qui s’excite, s’exalte Jules balayant l’air de sa canne sous le lustre que j’ai tant bien que mal réussi à raccrocher. Nos voisins ne sont pas heureux ? Raison de plus pour les recevoir. Mon cher ami, je veux créer du bonheur autour de moi. Je me trompe peut-êre, mais le bonheur n’est-il pas illusions, fantasmes, châteaux en Espagne ? »

 Il leur propose un curieux marché : s’ils parviennent à être heureux, il leur lèguera tous ses biens. Gaspard n’en revient pas, il va perdre son futur héritage mais Jules le rassure, c’est un jeu.

Jules demande même à Gaspard de suivre les événements et de lui rapporter tout ce qui se passe. Gaspard surveille donc les nouveaux amis, leur tend des pièges, fait tout ce qu’il peut pour empêcher les nouveaux d’être heureux.

Ceux-ci jouent la comédie à Jules mais hésitent à s’en aller et perdre ainsi l’héritage. De plus, ils profitent largement de l’argent de Jules. Ils font tous des achats insensés. Ecoeuré de voir dilapider « son héritage » l’honnête Gaspard profite de la carte de crédit que Jules lui a donnée, pour se servir.

Jules va tout faire pour que ses amis deviennent ce qu’ils ne sont pas. Antoine écrira une nouvelle, Rose deviendra styliste, Luna, peintre comme elle en rêvait. Enfin, pas tout à fait. Car Jules fait jouer ses relations pour imposer ses amis dans une maison de couture et chez un propriétaire de galeries, chez un éditeur.

Alors que plusieurs fois, ils ont décidé de tout abandonner, la tâche étant trop lourde, Jules est tellement persuasif et flatteur qu’ils arrivent à croire qu’ils ont du talent.

Jules a bien atteint son objectif : rendre tout le monde heureux.

Gaspard ne décolère pas et décide, un beau jour, de dire la vérité à Jules. Ses amis le trompent et il déballe tout. Jules ne veut rien entendre et Gaspard lui laisse les preuves, ses carnets.

Le résultat n’est pas celui qu’il escomptait. Jules meurt mais lègue toute sa fortune à ses amis. Gaspard, le fidèle qui s’est toujours occupé de lui avec beaucoup d’affection, est déshérité. Il reçoit des boutons de manchette et un coupe-papier.

Les amis sont enchantés. Luna d’écrie : « Je n’arrive pas à le croire. Il nous a tout légué, le bonheur en prime ! »

C’est le premier roman que j’ai lu d’Emmanuelle de Boysson. Elle a un vrai talent pour décrire ses personnages. Le style est familier mais alerte. L’humour est présent, le rire garanti.

Que faut-il penser de l’histoire ? Jules dans son souci de vouloir tout le monde heureux est sympathique. Mais, au début surtout, il le fait pour s’amuser. De plus, il trahit son fidèle majordome. Le seul de l’aventure qui ne sera plus heureux est ce pauvre Gaspard !

Un excellent roman. J’ai éprouvé beaucoup d’amitié pour Gaspard, continuant à s’occuper de son patron, malgré ses rancoeurs.

Ce jugement bien sympa : « S’il se toque de changer le monde, je resterai ce que je suis, un honnête homme, sans prétention. »

 

17/07/2014

LA PERLE ET LE FEU.

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L’auteur est Jeannie Lin, professeur de sciences, spécialiste de livres historiques sur l’Asie. Le livre est publié par les éditions Harlequin, dans la collection Les Historiques.

L’action se situe dans la Chine impériale de 759. L’empereur fait partie de la dynastie Tang. C’est une période troublée pour la Chine. Certains veulent renverser l’empereur.

Les personnages principaux sont Dame Ling Suyin et le gouverneur Li Tao.

Ling Suyin est une ancienne concubine de l’ancien empereur, réputée pour sa beauté et son influence. Quand l’empereur meurt, elle se réfugie dans une petite maison, au bord d’une rivière. Tous ses domestiques sont partis à cause de la révolte.  Elle a voulu rester mais elle vit dans la peur. Elle sait que beaucoup veulent sa mort.

Le gouverneur Li Tao, vient l’enlever prétextant qu’elle n’est pas en sécurité et l’emmène dans son palais. Elle ne croit pas qu’il veuille la protéger et se demande quels secrets il veut lui arracher.

Elle va essayer que Li Tao la laisse partir. Un jeu de séduction va se jouer entre-eux. Lan Suyin, lui proposera même un contrat : elle passe une nuit avec lui et il la laisse partir.

Mais elle est devenue amoureuse de Li Tao, sentiment qu’elle essaie de cacher. C’est aussi ce que fait Li Tao : de maître redoutable il va se transformer en amoureux.

Nous sommes là en plein roman d’amour même si les deux amants sont embarqués dans des conflits politiques.

L’auteur revient sur le passé de Ling Suyin. A quinze ans, elle a été donnée à l’empereur et est devenue une Guiféi, une concubine importante.

L’auteur entretient le suspense puisqu’il faudra attendre longtemps avant d’apprendre que Ling Suyin servait d’alibi à l’empereur impuissant. A trente ans, elle est toujours vierge et Li Tao sera son premier amour.

Elle sera enceinte de lui et n’aura plus qu’une seule envie garder cet enfant.

L’auteur nous emmène aussi dans les conflits politiques. Li Tao se bat pour garder sa province et rester fidèle à l’empereur. Mais il est rejoint par son passé. Il a désobéi à son maître qui l’avait, quinze ans avant, chargé d’une mission qu’il n’a pas accomplie.

Roman d’amour sur un fond historique compliqué que le lecteur aura des difficultés à suivre.

Un roman de vacances qui plaira à ceux qui aiment les histoires d’amour.  

 

14/07/2014

LIBERTE POUR L'HISTOIRE.

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L’association « Liberté pour l’histoire » est née, en 2005, sous la présidence de René Rémond, d’un appel signé par un millier d’historiens. Elle est présidée actuellement par Pierre Nora, historien, membre de l’Académie française. Françoise Chandernagor en est la vice-présidente.

Pourquoi avoir créé cette association ? Les historiens étaient émus par des interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par des procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs. Ils entendaient rappeler que l’histoire n’est ni une religion ni une morale.

L’association s’est donné comme mission de faire reconnaître la dimension scientifique de la recherche et de l’enseignement historiques et de défendre la liberté d’expression des historiens contre les interventions politiques et les pressions idéologiques de toute nature et de toute origine.

Ce combat a pris en 2007 une dimension européenne, avec un projet de décision-cadre adoptée par le Parlement européen en première lecture. Elle instaure pour tous les génocides, crimes de guerre à caractère raciste et crimes contre l’humanité, un délit de banalisation et même de complicité de banalisation  passibles de peine d’emprisonnement, quelles que soient l’époque des crimes en cause et l’autorité qui les a considérés comme établis.

A première vue, le citoyen ne peut qu’approuver. Pierre Nora et Françoise Chandernagor vont démontrer qu’elle va empêcher la liberté d’expression des historiens et rendre impossible parfois jusqu’à l’absurde la discussion de certains faits d’histoire.

Ainsi, par exemple, la colonisation a toujours été un débat entre les historiens. Qu’est-ce qui était juste ? Qu’est-ce qui ne l’était pas ? Or, ce sujet est enseigné dans les écoles et imposer une manière de juger positive ou non appelle la réflexion.

La loi Gayssot, destinée en 1990 à lutter contre le négationnisme, avait créé, à propos des crimes contre l’humanité tels que définis au procès de Nuremberg, un délit de « contestation ». Cette loi, approuvée par Pierre Nora et Françoise Chandernagor, n’était pas dirigée contre les historiens mais, au contraire, contre les militants du mensonge historique.

Mais, en 1992 une réforme du code pénal introduit deux catégories de crimes, « le génocide » et « le crime contre l’humanité » autres que le crime nazi défini en 1945. Cette réforme a rendu possible les lois mémorielles ultérieures : celle de 2001 reconnaissant le « génocide » de 1915 et, la même année, la loi Taubira qualifiant de crime contre l’humanité la traite et l’esclavage perpétrés à partir du XVe siècle par les nations occidentales.

Il faut remarquer que la loi va beaucoup plus loin que la loi Gayssot puisqu’elle remonte dans le temps, XVe siècle et ne vise que les nations occidentales. Il est évident que l’esclavage et la traite des êtres humains n’a pas été l’apanage des seules nations occidentales.

Remonter dans le temps ? Jusqu’où ? La Saint-Barthélemy ? Les croisades ? Ainsi en 2006, les festivités prévues pour le bicentenaire d’Austerlitz avaient été annulées, sur injonction du président de la République parce qu’on avait découvert le rétablissement de l’esclavage en Haïti par Napoléon.

Bien entendu, il ne s’agit pas pour les historiens de se barricader dans une approche scientifique du passé, insensibles à la souffrance humaine et aux plaies toujours ouvertes. Pour Pierre Nora, les historiens de par leur rôle social et leurs responsabilités civiques, se trouvent être en première ligne dans une affaire qui engage l’indépendance d’esprit et les libertés démocratiques.

Il ajoute : « La notion de crime contre l’humanité est un progrès de la conscience universelle et une saine réaction devant des crimes imprescriptibles. Mais elle ne saurait s’appliquer rétroactivement ni sur le plan intellectuel, ni sur le plan moral, ni, à fortiori, sur le plan juridique. »

L’historien dans sa recherche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

Dans une pétition, en 2005, signée notamment par d’illustres historiens comme Elisabeth Badinter, Françoise Chandernagor, Jacques Julliard, Pierre Nora, Mona Ozouf, René Rémond, Michel Winock, se trouve la déclaration suivante :

« L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’Etat, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »

Les historiens ne peuvent donc admettre que l’Etat  leur dise, sous peine de sanctions, ce qu’ils doivent chercher et ce qu’ils doivent trouver.

Il est vrai que c’est la porte ouverte à n’importe quelle revendication d’associations se basant sur la loi.

Il est évident qu’il faut faire une différence entre le « révisionnisme «  et le « négationnisme » Le premier n’est autre qu’une démarche scientifique normale, consistant à réviser en permanence les interprétations de l’Histoire à partir de nouveaux documents ou de nouvelles analyses. Le second terme décrit une attitude qui consiste à nier des faits établis sans s’appuyer sur des documents permettant de le faire.

Je terminerai en citant Françoise Chandernagor :

« Rien de plus fragile que la liberté d’expression, rien de plus constamment menacé. Il y a un siècle, d’autres députés bien intentionnés avaient voulu instaurer un « délit d’outrage à la République ». Clemenceau, républicain indiscutable, prit alors la parole et dit : « Mes chers collègues, je viens vous demander qu’on puisse impunément outrager la République. Avec les meilleures intentions du monde vous allez contre le principe de la liberté. Car je défie quelque juriste que ce soit de venir à cette tribune vous dire à quel signe le magistrat pourra reconnaître que la discussion cesse et que l’outrage commence. »

J’ai été fort intéressée par ce petit livre. Nous vivons une époque où « la repentance » a pris des proportions inconnues jusqu’ici. Si en plus, elle devient sujette à des recours devant les tribunaux, adieu la liberté d’expression.

 

09/07/2014

MONA OZOUF.

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Mona Ozouf est née en 1931. Elle a épousé en 1955 l’historien Jacques Ozouf. Philosophe de formation, elle s’intéresse à l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française.

Elle est directrice de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle écrit pour le Nouvel Observateur et participe à la revue Débat.

Ses travaux ont porté aussi sur l’enseignement.

Son œuvre est nombreuse : « L’école de la France : essai sur la Révolution, l’utopie et l’enseignement » « Dictionnaire critique de la Révolution française » « La République des instituteurs ».

Dans « Les mots des femmes : essai sur la singularité française » elle trace le portrait de femmes célèbres comme Germaine de Staël, George Sand, Simone de Beauvoir, Simone Veil dont j’ai parlé dans mon blog. (Billet du 27 juin 2013 et suivants)

JULES FERRY. LA LIBERTE ET LA TRADITION.

Jules Ferry est né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges et est décédé le 17 mars à Paris.

Homme politique, on retient surtout de lui les lois sur l’instruction obligatoire, gratuite et laïque. Il est aussi à la base de l’adoption des lois qui rétablissent le mariage civil, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté syndicale. Il est le père de la loi de 1884, toujours en vigueur, qui organise l’élection des maires et du conseil municipal.

Si, pour certains d’entre nous, il est devenu une icône par ses lois sur l’enseignement, il a pourtant été haï par ses contemporains. Détesté au point d’avoir été molesté dans la rue et victime d’une tentative d’assassinat.

Mona Ozouf trace le portrait d’un homme politique attaché à la liberté et aux traditions.

Jules Ferry est né dans une famille de moyenne bourgeoisie. Son père avait vécu la Révolution et avait été maire de la ville sous le Directoire. Jeune homme, venu à Paris faire son droit, Jules Ferry vit une immense désillusion : la révolution de février 1848, qui l’avait enthousiasmé, débouche sur l’élection du prince Louis-Napoléon à l’Elysée, puis sur le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Le jeune républicain ne veut pas rallier le second Empire, ce qui lui barre la route de la haute fonction publique. Devenu avocat, il étudie méthodiquement les grands auteurs : Condorcet, Auguste Comte, Tocqueville et voyage.

Jules Ferry constate qu’en France le régime républicain ne parvient pas à s’enraciner. Il veut réconcilier l’idée républicaine avec le sens de la durée, les égards dus au passé et le respect des traditions.

Après la chute de l’empire, les Républicains arrivent au pouvoir. Jules Ferry sera ministre de l’Instruction publique, puis président du Conseil. Il gouvernera de 1879 à 1884.

En 1880, la grande majorité des enfants fréquentaient déjà l’école, mais par intermittence, les plus pauvres, par exemple, étaient absents pour les travaux des champs. D’où la nécessité pour Jules Ferry de rendre l’enseignement obligatoire. Une manière d’établir une justice sociale. Cela concerne aussi les jeunes filles,  les programmes scolaires sont identiques pour les matières fondamentales. Il conserve pourtant la couture pour les filles, futures mères.

Jules Ferry sépare l’école publique de la religion catholique. On cesse d’ouvrir la classe par la prière, le catéchisme n’est plus dispensé par l’instituteur, on enlève les crucifix.  Il remplace la religion par l’enseignement de l’histoire de France, l’instruction civique et la morale. Il introduit la géographie qui doit permettre aux jeunes Français une représentation concrète de leur pays.

Plus de censure dans l’histoire de France, elle ne commence pas à la Révolution. Il est soucieux de saisir l’histoire de France dans sa globalité.

Jules Ferry interdira l’enseignement des Jésuites et autres congrégations mais il maintiendra le Concordat et les parents seront toujours libres de choisir une école catholique pour leurs enfants. Dans l’école publique, les instituteurs étaient invités à observer la plus grande prudence dans l’évocation du sentiment religieux. Plus surprenant, il prêche l’entente avec le pape Léon XIII attentif à la question sociale.

Jules Ferry a aussi été le promoteur de l’empire colonial français. Il veut casser l’isolement de la France, en faire un grand pays. C’est l’aspect le plus contesté de son œuvre et Mona Ozouf ne dissimule aucun de ses aspects condamnables. (notion de race supérieure et inférieure, violences de la colonisation.) Il accorde peu d’importance aux questions économiques et sociales des pays colonisés et pense que l’éducation est la solution de tous les problèmes. Jules Ferry sera l’homme qui a créé les écoles algériennes qui seront magnifiquement décrites par Albert Camus dans Le Premier homme.

Jules Ferry souffrira de la comparaison avec Clemenceau plus lucide et plus prophétique. Mona Ozouf met aussi en garde contre l’anachronisme qui consisterait à juger avec les critères d’aujourd’hui une situation et des actions anciennes de près d’un siècle et demi.

Un homme complexe qui sait qu’il doit avancer « à petits pas ».

Une anecdote confiée à un journaliste. A ceux qui lui reprochent de donner la faculté de lire aux jeunes filles,  il répondra : « Peu importe ce qu’elles lisent. La liberté c’est la capacité d’errer entre le bien et le mal au risque de l’erreur. »

Mona Ozouf trace un portrait sans complaisance mais avec humanisme d’un homme politique important. Elle s’interroge sur ses échecs, ses prises de position parfois contestables. Elle a à cœur de le remettre dans son temps ce qui permet sinon d’approuver au moins de comprendre.

Un petit livre lourd d’enseignement. Passionnant.