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16/07/2009

JOE DASSIN.

 

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Joe Dassin fait partie de ces chanteurs populaires, qui presque trente ans après leur mort, ne sont pas oubliés. Ses chansons passent encore régulièrement à la radio. Pourtant, rien ne semblait le destiner à devenir chanteur. Il était attiré par le cinéma, il aimait chanter mais n'envisageait pas d'en faire une carrière.

 

Joe, Joseph Ira, est né le 5 novembre 1938 à New York. Il est le premier enfant de Jules Dassin, réalisateur hollywoodien et de Béatrice Launer, violoniste. L'enfance heureuse à Los Angeles se termine brusquement en 1950. Son père, dont les parents étaient juifs russes, est mis sur la lise noire, à l'époque de la tristement célèbre "chasse aux sorcières" du maccarthyme. Joe a douze ans quand ses parents quittent les Etats-Unis et s'installent à Londres puis en Italie. Joe est mis en pension en Suisse, où il apprend le français, puis suivra sa famille en Italie, en France avant de revenir à Grenoble où il passera son bac.

 

Profondément affecté par le divorce de ses parents, il retourne aux Etats-Unis et, pour payer ses études d'ethnologie à l'université de Michigan, il fait des petits boulots, il sera plongeur dans un restaurant, plombier, éboueur, chauffeur, garçon de café... Il chante dans les bars, en s'accompagnant de sa guitare, des chansons folkloriques américaines et celles de Georges Brassens dont il restera toujours un fervent admirateur.

 

Après ses études, en 1963, il revient en France, est un moment l'assistant de son père, puis à une soirée organisée par Eddie Barclay, il rencontre Maryse Massiera qu'il épousera. La meilleure amie de Maryse, Catherine Regnier, est secrétaire chez CBS France. Il fera un disque "juste pour voir" et c'est un bide. Idem, pour le second mais le troisième, avec la chanson "Bip-Bip" est un succès.

 

C'est en 1966, avec Les Daltons, qu'il avait écrite pour Henry Salvador, que sa carrière musicale commence vraiment. Vedette américaine d'Adamo, en 1967, il chante en chemise rouge, pantalon noir moulant, grosse ceinture, un cowboy !

 

Il va enchaîner les succès :  Siffler sur la colline, Le P'tit pain au chocolat, Cécilia, Salut les Amoureux, L'Eté indien, Et si tu n'existais pas, Ca va pas changer le monde, Il était une fois nous deux, A toi, Les Champs-Elysées, L'Amérique, Si tu t'appelles mélancolie pour ne citer que les plus connus. (1968/1979).

 

C'est au cours d'une émission de télévision "Salves d'Or" animée par Henri Salvador et Jacqueline, son épouse, qu'il s'habille tout en blanc, tenue qu'il ne quittera plus.

 

Il aura une carrière internationale, enregistrera ses chansons dans plusieurs langues, collectionnera les disques d'or, fera l'Olympia en 1974 et 1979.

 

Dandy pour les uns, trop intellectuel pour d'autres, élégant, il séduit. Travailleur acharné, perfectionniste, emmerdeur mais adorable comme disaient de lui ses deux paroliers Pierre Delanoë et Claude Demesle, qui l'avaient surnommé "atta-chiant". Lui dira souvent : "Je suis perpétuellement étonné face au succès".

 

Joe Dassin a, comme il a pu, essayer de sauvegarder son intimité. Son premier accroc de santé date du 1er avril 1969. En 1973, il perd son fils Joshua, prématuré, mort cinq jours après sa naissance. Il sombre dans la mélancolie mais se noie dans le travail : album pour Carlos, préparation de son disque et du passage à l'Olympia. Sa femme et lui divorcent, de commun accord, en 1978. Si tu t'appelles mélancolie.

 

En 1978, il épouse Christine Delvaux, qu'il lui donnera deux fils, Jonathan et Julien. Il divorce en mars 1980. Dernier passage à l'Olympia en 1979.

 

Nouvelle attaque cardiaque le 11 juillet 1980, dans sa propriété de Tahiti, où il était parti se reposer, entouré de ses amis. Le 20 août, 1980, il meurt d'une troisième crise cardiaque dans un restaurant de Pepeete.

 

FRANCOFOLIES DE SPA.

 

Encouragez les jeunes groupes : evanson – 18 juillet – 13 heures.

 

 

 

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08/07/2009

CATHERINE CLEMENT

 

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Catherine Clément est née le 10 février 1939, dans une famille mi-catholique, mi-juive. Ses grands-parents juifs ont été dénoncés, déportés, puis morts à Auschwitz en mai 1944.

 

Agrégée de philosophie, elle devient l'assistante de Vladimir Jankélévitch, à la Sorbonne, poste qu'elle quittera après douze ans. Elle est engagée au quotidien Matin de Paris, chargée de la rubrique culturelle et à ce titre réalise des interviews notamment de Jean-Paul Sartre et de Claude Lévi-Strauss. Elle consacrera à ce dernier son premier essai : Lévi-Strauss ou la Structure et le malheur, paru en 1970. Elle suit le séminaire de Jacques Lacan mais ne sera jamais psychanalyste.

 

Nommée au ministère des Relations extérieures, en 1982, elle est chargée de la diffusion de la culture française à l'étranger et effectuera de nombreux voyages. Elle séjournera cinq années en Inde, aux côtés de son second mari, l'ambassadeur André Lewin, cinq ans en Autriche, trois au Sénégal. Depuis 2002, elle dirige l'Université populaire du quai Branly.

 

Elle a écrit une trentaine de romans : La Sultane, La Senora, Pour l'amour de l'Inde, La valse inachevée, La Putain du Diable, le Voyage de Théo, Martin et Hannah, Jésus au bûcher, Cherche-midi  et de nombreux essais Le pouvoir des mots, Les fils de Freud sont fatigués, L'Opéra ou la défaite des Femmes, Gandhi ou l'Athlète de la liberté.

 

Pour l'amour de l'Inde est le récit de l'amour entre lady Edwina, la femme de Lord Mountbatten, vice-roi des Indes britanniques et Nehru, futur Premier ministre de l'Inde libre. Un amour fou dans un pays ensanglanté.

 

La valse inachevée est inspiré par un épisode authentique de la vie de Sissi, sa rencontre avec un jeune homme, rédacteur au ministère des affaires étrangères, au cours d'un bal, en 1874. Elle entretiendra une correspondance amoureuse sans qu'il sache qui elle est. Le prétexte sert à l'auteur pour nous faire revivre l'Europe des Habsbourgs, les guerres des Balkans et la Vienne de Strauss.

 

La Putain du Diable est une fresque extraordinairement intéressante de la vie des intellectuels français de 1945 à 1989. Le prétexte du livre est un documentaire pour Arte. Deux témoins racontent ce qu'ils ont vécu : le communisme, le structuralisme, Mai 68, le nouveau roman, les nouveaux philosophes mais aussi Freud.

 

Tout est expliqué, critiqué, l'époque défile, passionnante. Les portraits de Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacan, Michel Foucault, Roland Barthes, Bernard-Henri Lévy, pour ne citer qu'eux, sont brossés sans complaisance, mais avec un accent de vérité qui ne trompe pas. C'est du vécu.

 

J'allais oublier d'expliquer le titre : l'expression vient de Luther, qui caractérisait ainsi la Raison.

 

Le voyage de Théo est une initiation aux grands courants spirituels de l'humanité. Théo, quatorze ans, est malade. Sa tante Marthe, excentrique, cultivée, grande voyageuse l'emmène pour un long périple en Europe, Asie, Amérique et Afrique. Le suspense tient à une invention de l'auteur, l'enfant doit découvrir les destinations par des énigmes dont sa tante ponctue le voyage. L'auteur, à travers les personnages rencontrés, dresse le tableau des religions, à sa manière, pas toujours orthodoxe.

 

Jésus au bûcher va plus loin. C'est un récit tout à fait imaginaire de la vie de Jésus, faite par un Thaïlandais,  qui s'appuie sur les Evangiles, mais pour les réécrire. (Précision : Jésus ne meurt pas sur un bûcher.)

 

Martin et Hannah a été publié en 1999. Catherine Clément imagine une soirée passée en 1975, par Hannah Arendt et Elfride, l'épouse de Martin Heidegger. Les deux femmes, l'amante et l'épouse, règlent leur compte. Chacune revendique le rôle joué auprès d'Heidegger et les reproches s'enchaînent. Hannah reproche notamment à Elfride d'avoir poussé Heidegger dans le nazisme, Elfride lui rappelle le procès Eichmann et les critiques dont elle a été l'objet de la part de la part de la communauté juive.

 

Si le livre est entièrement consacré à cette conversation imaginaire, il est entrecoupé par des retours dans le passé d'Hannah. Sa liaison avec Heidegger, entrecoupée d'absences mais dont elle restera amoureuse pendant cinquante ans, ses souvenirs d'enfance, ses mariages, sa vie en Amérique, sa période sioniste, son amitié avec Karl Jaspers, son ancien professeur, trahi par Heidegger, ses doutes, ses interrogations.

 

Le livre n'est pas une biographie d'Hannah Arendt puisque sa vie n'est évoquée que dans de courts chapitres ou dans l'affrontement auquel les deux femmes se livrent. On n'y trouvera pas une ligne sur l'oeuvre d'Hannah mais comme dans les autres romans de Catherine Clément, une description de l'époque et un essai d'explication du nazisme d'Heidegger, pour lequel il n'a jamais exprimé le moindre regret.

 

Quant au procès d'Eichmann, elle tentera d'expliquer à Elfride sa fameuse phrase : "Le mal est une banalité". Venue à Jérusalem, couvrir le procès, elle s'attendait à trouver un monstre. Or, elle se trouve en face d'un fonctionnaire discipliné, qui affirme avoir obéi, sans état d'âme. "Elle craint par-dessus tout de découvrir le pire : la banalité du mal lui-même, puisqu'il a fallu que le mal passe par ce bonhomme falot. Pas un instant non plus, elle ne croit qu'elle est en face du vrai coupable. Le vrai coupable est en tous. Sans exception."

 

Que puis-je ajouter sur l'écrivain ? Elle a une vaste culture, raconte admirablement. On ne s'ennuie jamais. Ce qui est peut-être le plus étonnant, c'est sa manière d'écrire. Un style familier, beaucoup de dialogues mais aussi de très belles descriptions. Mais, si je devais la caractériser, je parlerais de son côté humain. La manière dont elle passe d'un sujet sérieux à une scène quotidienne, comme la préparation d'un repas, est assez inattendue. On la sent passionnée mais je pense que si elle a choisi le roman, pour des sujets qui auraient pu être des essais, c'est sans doute pour être libre, être non la philosophe, l'intellectuelle, mais Catherine, tout simplement.

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19/06/2009

LA CRISE, ET APRES ?

Publié en 2008 chez Fayard, ce livre de Jacques Attali a suscité beaucoup de polémiques. L'auteur résume son livre dans son introduction. "Comment en est- on arrivé là ? Le monde semblait aller bien ... Et voilà que, sans préavis, nous sommes à l'aube d'une dépression planétaire, la plus grave depuis quatre-vingts ans."

Dans la première partie du livre, l'auteur insiste sur le fait que l'humanité a toujours traversé des crises, religieuses, morales, politiques et économiques mais la crise actuelle est la première planétaire. L'auteur se penche sur le passé, le déplacement du centre du capitalisme : Bruges, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Etats-Unis jusqu'à la grande crise de 1929 qui a duré quarante-trois mois et dont l'issue viendra malheureusement de la guerre mondiale.

Il est impossible de résumer l'analyse que fait Attali de la crise actuelle. Je retiendrai, ce qui est connu, les subprimes, soit des prêts hypothécaires accordés non en se basant sur les revenus mais sur la valeur de la maison, qui ont mis des Américains dans la rue et ont enrichi les investisseurs.

On a coutume de dire que personne n'avait vu venir la crise, ce que dément Jacques Attali en citant de nombreux experts qui se sont exprimés dès 2003 mais n'ont pas été écoutés. Tout va s'accélérer à partir de 2005, la prise de conscience en 2007 que la crise financière n'est pas qu'américaine et que les banques européennes sont mêmes plus fragiles que les banques américaines. La faillite de la banque Lehman va entraîner en quelques jours le système mondial au bord du gouffre. On connaît la suite, l'intervention des états, dont la Belgique, pour sauver les banques, ce qu'il fallait faire et n'a pas été fait pour la banque Lehman.

Jacques Attali consacre la seconde partie de son livre aux solutions non seulement pour sortir de la crise mais pour en éviter d'autres : crises financières, guerres, dégradation climatique. Je renvoie le lecteur à toutes les solutions proposées dont la plus contestée, la création d'un gouvernement mondial.

Cette seconde partie du livre est décevante car Jacques Attali ne cesse de dire : voilà ce qu'il faudrait faire, je sais qu'on ne le fera pas !

Mais, la dernière page du livre est rédigée comme un appel pour prendre conscience de quatre vérités qui nous feront vivre dans un monde où les seules crises seront celles de la vie privée :

Chacun, laissé libre de la faire, va au bout de ce qui peut servir ses intérêts, même au détriment de ceux de ses propres descendants;
L'humanité ne peut survivre que si chacun se rend compte qu'il a intérêt au mieux être des autres;
Le travail, sous touts ses formes, surtout à visée altruiste, est la seule justification de l'appropriation de richesses;
Le temps est la seule denrée vraiment rare; et celui qui contribue, par son travail, à en augmenter la disponibilité et à lui conférer sa plénitude doit être particulièrement bien rémunéré.

L'AUTEUR.

Jacques Attali est né en 1943 à Alger. Il a été conseiller de François Mitterand. Il a participé, en 1979, à la fondation d' "Action internationale contre la faim. En 1998, il a fondé PlaNet, une association présente dans 60 pays et qui forme les institutions de microfinance. Il a aussi présidé La commission pour la libération de la croissance française qui a rendu son rapport à Nicolas Sarkozy le 23 janvier 2008, rapport qui a aussi suscité bien des polémiques.

Brillant économiste, Jacques Attali est un écrivain aux multiples talents. J'ai beaucoup aimé Blaise Pascal ou le génie français (2000), un vibrant hommage, Les juifs, le monde et l'argent (2002), une lutte contre les préjugés, La confrérie des Eveillés (2005), une rencontre imaginaire entre Maïmonide et Averroès.

Je n'ai pas aimé Karl Marx ou l'esprit du monde (2005), un livre très documenté mais où je n'ai pas retrouvé le souffle de son livre sur Pascal.

 Il vient de publier le Dictionnaire amoureux du Judaïsme dans lequel il donne une interprétation originale mais pas toujours orthodoxe de certains passages du Talmud. Ce livre a pourtant impressionné Josy Eisenberg qui anime l'émission "La source de vie" sur France2.

Jacques Attali est brillant mais il ne plaît pas à tout le monde et peut se montrer cassant. Ainsi, lors de la polémique sur la Commission qu'il avait présidée, il n'hésitait pas à dire à ceux qui l'interrogeaient :"Si vous dites cela, c'est que vous n'avez pas lu le rapport, donc je ne répondrai pas" ! Et pour La crise, et après ? il a quitté le plateau de Laurent Ruquier où il s'ennuyait... (voir la vidéo de You Tube)

Heureusement, il a aussi ses admirateurs, comme Jean Daniel par exemple et.... ses admiratrices !

 

28/05/2009

MICHEL GURFINKIEL ET ISRAEL.

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Michel Gurfinkiel est un historien, écrivain. Il est président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, un institut européen d'études et de recherches spécialisé dans les questions stratégiques et géopolitiques. Il a été rédacteur en chef de Valeurs actuelles et éditorialiste au Wall Street Journal. C'est un expert mondialement reconnu du Proche et Moyen Orient.

Parmi ses ouvrages récents La Cuisson du Homard, Réflexions intempestives sur la Nouvelle guerre d'Israël (2001), Le Retour de la Russie (2001), Un Devoir de Mémoire (2008). Dans ce dernier livre, il parle de son père, déporté à Auschwitz en 1942 et libéré par les Américains le 6 mai 1945. Il explique combien il était difficile de le faire parler de la Shoah et comment c'est seulement après sa mort qu'il a pu reproduire ses confidences et les réponses aux questions qu'il lui posait. Par exemple, comment avait-il pu garder la foi ?

LE ROMAN D'ISRAEL.

Ce livre a été publié en 2008. Le titre est particulièrement bien choisi. En effet, il comprend une partie historique, bien documentée mais aussi des dialogues imaginaires entre des personnages historiques ou fictifs.

L'auteur retrace l'histoire du peuple juif depuis ses origines. Il s'appuie, pour les événements très anciens, sur la bible, dont, dans une de ses conférences, il reconnaît qu'on n'est pas obligé d'y croire.

Le livre est très documenté mais vous n'y trouverez pas de longues descriptions sur l'histoire juive comme on les trouve dans d'autres essais par exemple les dominations des Assyriens, des Perses, d'Alexandre le Grand ou des Romains.

L'auteur ne s'étendra pas davantage sur les événements de l'ère chrétienne, les accusations comme la "diffamation du sang" en 1144, les expulsions d'Angleterre (1290) d'Espagne (1391) ou de France (1394) ou les pogroms du dix-neuvième siècle.

Il consacre un chapitre à Théodor Herzl connu comme père du sionisme. J'ai trouvé intéressant de me concentrer sur cette partie du livre.

Herzl est né à Budapest en 1860, dans une famille aisée mais peu pratiquante. C'est en ce moment que la Hongrie s'émancipe au sein de la monarchie des Habsbourgs et devient un royaume autonome, associé à l'Empire d'Autriche. Les Herzl se veulent autrichiens. En 1878, la famille s'installe à Vienne et Theodor s'inscrit à la faculté de droit. Il obtient son doctorat mais comme Juif, il ne peut accéder aux fonctions publiques. (Gustave Mahler devra se convertir pour être nommé à la tête de l'opéra de Vienne). Herzl devient journaliste, puis auteur de théâtre. En 1885, il s'enflamme un instant pour un projet délirant : la conversion des Juifs au christianisme ! Projet sans suite dont il aura honte. Il ne prête aucune attention au premier sionisme des années 1870-1880, du baron Rothschild notamment. Il se passionne plutôt pour la révolution technologique et industrielle : électricité, téléphone, automobile, avion, cinéma.

En 1891, il est le correspondant parisien d'un quotidien d'Autriche-Hongrie. En 1894, la dégradation publique de Dreyfus, est un choc, qui le décidera à estimer que la solution de la question juive est le regroupement des Juifs dans un seul pays. Il rédige "L'Etat juif".

Suivront une longue série d'entretiens. Appuyé par Frédéric Ier de Bade, il est reçu dans toutes les cours ou chancelleries d'Europe. Un congrès sioniste est prévu à Munich, mais la communauté juive s'y oppose, "par patriotisme allemand". Il aura lieu à Bâle, en 1897. Il est élu président de l'OSM. (Organisation sioniste mondiale). C'est à la requête de l'empereur allemand Guillaume II qu'il se rend en Terre Sainte. Le pays lui apparaît pauvre, sans verdure. Les communautés juives sont rongées par la fièvre venant des marais. Quand il se rend à Jérusalem, il écrit dans son journal : "Quand je me souviendrai de toi, Jérusalem, ce ne sera pas avec plaisir". Bien qu'ils forment plus de la moitié de la population, les Juifs endurent quotidiennement le mépris des musulmans et des chrétiens.

Revenu en France, il reprend son combat et accepte même la proposition de Chamberlain d'établir un Etat provisoire en Ouganda. Elle sera rejetée par son mouvement. Herzl est terrassé par une crise cardiaque le 3 juillet 1904, il venait d'avoir quarante-quatre ans. Ses restes seront réinhumés à Jérusalem, en 1949, quelques mois après l'indépendance d'Israël.

Les derniers chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la période précédant la déclaration d'Indépendance du 14 mai 1948. Le lecteur découvre des pages trop souvent ignorées de l'histoire de la communauté juive sous le mandat britannique, (1922/1948) depuis le double jeu des Anglais en passant par les conflits internes des mouvements sionistes et le refus de plus en plus violent des Arabes contre la présence juive en Palestine. (ghettos, émeutes). Jusqu'en 1939, les Britanniques n'accordent aux Juifs que des visas limités d'immigration. Tout le monde connaît l'odyssée de l'Exodus en 1947, le paquebot qui conduit 4500 rescapés de la Shoah vers la Palestine. La Royal Navy embarque les passagers sur des paquebots chargés de les ramener en Europe. Ils seront internés dans des camps près de Hambourg.

Quatre mois plus tard, l'Assemblée générale de l'ONU prend la décision de partager la Palestine en deux Etats : un Etat arabe et un Etat juif. Le Conseil de la ligue arabe s'oppose à cette décision et très vite les affrontements commencent entre Juifs et Arabes. Début d'une série de guerres et d'efforts pour la paix, jamais aboutis.

Il est intéressant en ce moment où il y a polémique sur Pie XII à propos de son silence sur la Shoah, de rapporter ce que dit Michel Gurfinkiel :"Le monde savait, Churchill, Roosevelt aussi, mais aucun n'envisageait de bombarder les voies de chemin de fer qui menaient vers les camps de concentration. Le seul moyen de sauver une partie du peuple juif était de gagner la guerre, fût-ce en oubliant, les Juifs qui mouraient".

Michel Gurfinkiel termine son livre en rappelant les droits des Palestiniens d'avoir un état, y compris la Palestine arabe mais rappelle que s'il y a beaucoup de pays arabes souverains, il n'y a qu'un pays juif, Israël.

L'auteur, sur son site internet, commente l'actualité. Dans un de ses articles, il se félicite de la déclaration de Benoît XVI, faite en Jordanie :"L'ancienne tradition du pèlerinage nous permet de nous rappeler le lien intangible qui existe entre l'Eglise et le peuple juif".

Le livre a été publié aux éditions du Rocher, dirigé par Vladimir Fédoroski qui vient de publier "Les amours de la Grande Catherine".

 

22/05/2009

FOULEK RINGELHEIM.


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L'auteur est né en 1938, à Ougrée. Après des études de droit à Liège, il obtient une licence en criminologie à l'ULB et exerce le métier d'avocat jusqu'en 1977, avant de devenir magistrat. Membre du Conseil supérieur de la Justice, il est l'auteur de plusieurs romans et de nombreux articles traitant du droit et de la Justice.

LA SECONDE VIE D'ABRAM POTZ.

Abram Potz est psychanalyste. Il participe toujours aux voyages organisés par les Voyages Hippocrate où il rencontre toujours les mêmes personnes, des médecins et leurs conjoints. A quatre-vingt-six ans, il supporte mal la vieillesse dont il décrit les ravages. Au cours d'un voyage dans les Andes, il décide d'assassiner quelqu'un au hasard. "Derrière le rocher, une plate-forme surplombait le lac et la couronne de volcans qui l'entoure. Un grand type se tenait debout au bord du gouffre, les jambes écartées, les mains sur les hanches. ... J'ai fait deux pas en avant, la respiration suspendue. Le type a murmuré : merde, que c'est beau...J'ai levé ma canne à deux mains et je lui ai donné bourrade au creux des reins. Il s'est cabré, ses bras ont exécuté deux moulinets et il a basculé dans le vide sans crier. J'ai entendu le corps rebondir sur la paroi et quelques secondes plus tard un bruit lointain suivi d'un faible écho."

Il revient au car et participe aux recherches, avec les autres. Il n'est pas soupçonné et commence sa seconde vie, celle d'un tueur en série.

L'auteur nous rend Abram Potz, sympathique alors qu'il devrait susciter en nous de l'aversion non seulement pour ses crimes gratuits, mais aussi pour la haine qu'il éprouve envers tous ceux qu'il côtoie et qu'il décrit, minutieusement, avec une méchanceté qui fait froid dans le dos.

Le livre est aussi un regard implacable sur la société et le sort qu'elle réserve aux vieux. Abram Potz se voit comme quelqu'un qui est regardé avec dégoût, à qui on reproche de coûter trop cher à la collectivité. L'image négative qu'il a de lui-même, il la projette dans le regard des autres.

L'humour est féroce, noir. Cependant, même si sa parano est bien palpable, Abram Potz apparaît paradoxalement comme le témoin d'une société aux vieux oubliés, maltraités, vivant dans une solitude sidérale.

Le roman a obtenu le Prix des lycéens en 2005. Cela bien que certaines phrases que l'auteur met dans la bouche de son personnage aient heurté les jeunes. "Je hais les jeunes autant que je leur fais horreur. Eux et moi sommes faits pour nous haïr : ils sont ce que je fus et je suis ce qu'ils seront."

Un petit livre passionnant, bien écrit. La fin est un peu surprenante. Abram Potz rêve d'un procès d'Assise, il n'aura pas lieu. Mais ce rêve donne à l'auteur l'occasion de parler de ce qu'il connaît bien, la justice.