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21/05/2010

TATIANA de ROSNAY.

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Tatiana de Rosnay est née le 28 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine d'une mère britannique et d'un père français. Mariée, elle a deux enfants. Elle a vécu à Paris, Boston puis en Angleterre. De retour à Paris, en 1984, elle est attachée de presse, puis journaliste pour Elle et critique littéraire pour Psychologies magazine.

 

Elle a publié huit romans en français et deux en anglais. Son roman "Elle s'appelait Sarah" écrit en anglais, a connu un grand succès et a dépassé les deux millions d'exemplaires vendus dans le monde. C'est l'histoire de deux familles que lie un terrible secret et l'évocation d'une des pages les plus sombres de l'Occupation.

 

BOOMERANG.

 

Traduit de l'anglais par Agnès Michaux, il a été publié en 2009 aux Editions Héloïse d'Ormesson.

 

Antoine a décidé d'offrir comme cadeau d'anniversaire à sa soeur Mélanie, un séjour à Noirmoutier, plage où, enfants, ils passaient leurs vacances. Au retour, Mélanie, qui conduit, se retourne vers Antoine et lui dit : "Antoine, il faut que je te dise quelque chose. J'y ai pensé toute la nuit dernière, à l'hôtel, tout m'est revenu. C'est à propos..." Elle ne peut terminer sa phrase. La voiture fait une embardée, Mélanie est projetée hors de la voiture. Elle est hospitalisée, inconsciente et il faudra longtemps pour qu'elle puisse dire ce dont elle s'était souvenue à l'hôtel.

 

Ce souvenir est un secret de famille qui concerne leur mère Clarisse. Qui était-elle vraiment ? Comment est-elle morte à trente ans ? Où ? La thèse officielle de rupture d'anévrisme est-elle vraie ? Antoine va se lancer dans une véritable enquête. Je ne puis dévoiler ce secret car il forme la trame même du roman qui tient le lecteur en suspens, comme dans un thriller.

 

Antoine est le personnage principal du livre. Séparé de sa femme Astrid, il va mal. Il n'accepte pas son divorce. "Ce que j'ai le plus détesté à propos du divorce, c'est la division entre nos amis. Certains ont choisi le camp d'Astrid, d'autres le mien. Pourquoi ? Je n'ai jamais compris."

 

 Son métier d'architecte l'ennuie. Il n'arrive pas à avoir de bonnes relations avec son père, avocat célèbre, remarié après la mort de sa femme mais qui n'est pas heureux :"Après la mort de Clarisse, notre père s'est refermé sur lui-même. Il est devenu dur, amer et toujours pressé. Difficile de se souvenir du vrai père, celui qui était heureux, qui souriait et riait, qui s'amusait à nous tirer les cheveux et nous préparait des crêpes le dimanche." C'est ce père-là, non celui de son enfance, qu'il voit. Il n'arrive pas à communiquer et ne trouvera même pas le courage d'aller le réconforter lorsque sa soeur lui apprendra qu'il souffre d'un cancer.

 

C'est aussi à Mélanie qu'il confiera les difficultés qu'il éprouve à comprendre ses enfants, se culpabilisant de ne pas être à la hauteur : "Pour tout te dire, en ce moment, j'ai la sensation que mes enfants sont de parfaits étrangers ! – Qu'est-ce que tu veux dire ? – Ils ont leur vie désormais,  une vie dont je ne sais rien. Les week-ends où ils sont avec moi, ils se plantent devant leur ordinateur ou la télé, quand ils ne passent pas des heures à envoyer des SMS à Dieu sait qui – J'ai du mal à te croire. – Et pourtant, c'est la vérité. On se croise à l'heure des repas, qu'on prend dans un silence de mort. Il arrive même que Margaux vienne à table avec son iPod dans les oreilles."

 

Antoine sera terrifié quand Margaux vivra un drame terrible, la mort subite de son amie Pauline. Il propose à Margaux d'appeler sa mère mais elle le prend très mal. "C'est tout ce que tu as trouvé ? me dit-elle, ulcérée. Appelons ta mère ? C'est comme cela que tu crois m'aider ? (...) Tu es pathétique ! C'est le pire jour de ma vie, et tu ne sais même pas comment m'aider, putain ! Je te déteste ! Je te déteste !"

 

Même désarroi quand il apprend par la police que son fils Arno a été arrêté après avoir, avec des amis, saccagé un appartement. Et cet aveu : "Pourquoi ai-je été un père si pâlot, si transparent ? Je n'ai jamais imposé mes règles, comme mon père le faisait. Après ma rupture avec Astrid, la chose que je craignais le plus, c'était que mes enfants m'aiment moins si je me montrais autoritaire avec eux."

 

Comme vous le constatez, Tatiana de Rosnay trace un tableau très noir d'un père d'aujourd'hui, mal adapté comme le lui dira son fils : "Laisse tomber, papa, quand t'avais mon âge, y'avais rien, pas d'Internet, pas de portable, c'était le Moyen Age, enfin, c'que je veux dire c'est que t'es né dans les années soixante, alors... j'vois pas comment tu pourrais comprendre le monde d'aujourd'hui !"

 

Il se trompe Arno. Antoine va rencontrer Angèle, une embaumeuse et son amour va le transformer. Même son métier ne lui pèsera plus. Il sera heureux.

 

Un roman facile, un peu caricatural mais passionnant. Un livre qui se lit d'une traite, qu'on n'arrive pas à quitter. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?

 

15/05/2010

STEFAN ZWEIG.

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En 2008, une nouvelle inédite "Le voyage dans le passé" publiée chez Grasset, devient très vite un best-seller. Une vraie résurrection. Comment expliquer ce succès ? Sans doute, parce que son souvenir est resté vivace dans le coeur de ses lecteurs. Je me souviens encore très bien de certains de ses ouvrages : "La confusion des sentiments" "La Pitié dangereuse" "Le joueur d'échecs" ou encore de la biographie de "Marie Stuart".

 

Stefan Zweig est né à Vienne le 28 novembre 1881. Son père est un riche fabricant de tissus. Il étudie la philosophie et l'histoire de la littérature. Il va parcourir l'Europe - Berlin, Paris, Bruxelles, Londres - puis l'Inde, les Etats-Unis et le Canada.

 

Ses premiers essais sont publiés dans une revue dont le rédacteur littéraire est Theodor Herzl mais il sera jamais attiré par le sionisme. La religion ne joue pas un grand rôle dans sa vie. Il dira : "Ma mère et mon père étaient juifs par hasard de leur naissance."

 

En 1917, il rencontre Romain Rolland à Genève, c'est le début d'une longue amitié. Il rencontrera aussi Sigmund Freud, Emile Verhaeren, dont il écrit la biographie, Paul Valéry, Jules Romains, Thomas Mann, Richard Strauss, Maurice Ravel. Il traduit Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine.

 

Pacifiste convaincu, plaidant pour une unification de l'Europe, il est désespéré par la montée du nazisme. Il fuit l'Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre, puis aux Etats-Unis, et enfin, à  Petropolis, au Brésil où il se suicide le 22 février 1942.

 

Dans son testament, il écrit : "Il fallait, à soixante ans, des forces exceptionnelles pour tout recommencer à nouveau et les miennes sont épuisées après des années d'errance sans patrie. Je salue tous mes amis ! Puissent-ils voir encore les lueurs de l'aube après la longue nuit ! Moi, je suis trop impatient Je les précède."

 

LE VOYAGE DANS LE PASSE.

 

Louis, un jeune homme pauvre, a grandi comme précepteur dans la maison de riches parvenus. "Il avait tout connu, les offenses d'enfants insolents et la pitié plus offensante encore de la maîtresse de maison, quand elle lui glissait discrètement quelques billets à la fin du mois, les regards d'une ironie railleuse des bonnes, toujours cruelles envers le serviteur mieux loti, lorsqu'il arrivait dans une nouvelle maison avec sa lourde valise en bois et qu'il devait suspendre, dans une armoire qu'on lui prêtait, son unique costume, ses habits ravaudés mille fois, ces signes évidents de sa pauvreté."

 

Il réussit des études de chimie et grâce à la recommandation de son professeur principal, il est engagé par le Conseiller G., directeur d'une grande usine de Francfort. Il devient son secrétaire particulier. Celui-ci lui propose de laisser sa chambre meublée des faubourgs et de s'installer chez lui. Il refuse, se rappelant qu'il s'était bien juré de ne plus habiter dans une maison qui n'était pas la sienne.

 

Mais, la santé du conseiller s'aggravant, il est obligé d'accepter sa proposition. Il a vingt-trois ans. Il est accueilli par sa femme, au regard chaleureux, qui le remercie d'avoir accepté l'invitation de son mari. Très vite,  il en  tombe éperdument amoureux. Amour partagé mais impossible.

 

Une autre proposition du Conseiller G. va le bouleverser. Celui-ci lui demande d'aller au Mexique pour deux ans. Il ne peut pas refuser. Quand il annonce son départ à sa bien-aimée  "leurs deux corps tremblants s'enflamment, et dans un baiser infini ils étanchèrent les heures et les jours innombrables de soif et de désir innommés."

 

Au Mexique, il se plonge dans le travail, comptant les jours, relisant les lettres que sa bien-aimée lui envoie. La guerre de 1914-1918 va tout bouleverser. Sept semaines avant son départ, l'Angleterre qui a déclaré la guerre à l'Allemagne et fermé les océans aux Allemands, rend tout retour impossible.

 

Les années passent, sans nouvelles et il finit par se marier et avoir des enfants. Mais quand la guerre est finie, il reprend sa correspondance avec celle qu'il n'a pas oubliée. Il apprend que son mari est mort. Lors d'un voyage d'affaires en Allemagne, neuf ans se sont écoulés depuis leur séparation, il la retrouve et lui rappelle sa promesse "Je n'avais pas le droit de le faire ici, pas dans ma maison, dans la sienne. Mais lorsque tu reviendras, quand tu le voudras."

 

Ils vont se retrouver mais pour constater que l'amour reste impossible. " (...) n'étaient-ils pas eux-mêmes ces ombres qui cherchaient leur passé et adressaient de sourdes questions à un autrefois qui n'existait plus, des ombres, des ombres qui voulaient devenir vivantes et n'y parvenaient plus, car ni elle ni lui n'étaient plus les mêmes et se cherchaient pourtant, en vain, se fuyant et s'immobilisant, efforts sans consistance et sans vigueur, comme ces noirs fantômes, devant eux ?"

 

Les lecteurs retrouveront dans cette nouvelle les thèmes favoris de Stefan Zweig : l'amour, la passion exclusive, la guerre et l'art de suggérer par un geste, un regard.

 

Un beau livre sur l'impossibilité de faire revivre le passé.

12/05/2010

MARIE SIZUN.

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Marie Sizun est née, en France, en 1940. Agrégée de lettres classiques, elle a enseigné la littérature en France puis en Allemagne et, pendant dix-sept ans, en Belgique. Mère de trois enfants, elle vit à Paris depuis 2001.

 

A l'âge de la retraite, elle décide d'écrire. Ses deux premiers romans sont refusés par Gallimard et Grasset. Son troisième roman "Le père de la petite" est tout de suite accepté par Arléa en 2005 et paraît dans la collection "Arléa-Poche" en 2008. Suivront "La Femme de l'Allemand" qui obtient le grand prix littéraire des lectrices de Elles puis "Jeux Croisés".

 

Elle a choisi d'écrire sous un pseudonyme qui est le nom d'un cap breton, souvenir de vacances.

 

LE PERE DE LA PETITE.

 

En couverture du livre de poche, une reproduction d'un très beau  tableau de Modigliani "Petite fille en bleu".

 

Le roman se passe pendant la guerre de 1940. L'héroïne, "la petite", vit heureuse avec sa mère qu'elle adore. Elle ne connaît son père que par une photo car il est prisonnier et sa mère ne lui en parle pas. Sa mère un peu bohème, insouciante, heureuse est très proche d'elle et lui laisse une grande liberté. Elle dessine sur les murs, dans les livres et chante très fort. Elle s'appelle "France", a quatre ans et demi, mais sa mère l'appelle toujours la petite ou ma chérie. Elle n'aime pas sa grand-mère, qui reproche à sa fille, Liliane, de lui laisser trop de liberté. "La petite n'apprécie pas beaucoup cette vieille dame grise, effacée, faussement sévère. La petite et sa mère la trouvent ennuyeuse. La petite et sa mère n'aiment rien tant que s'amuser. Rire ensemble."

 

Son univers va basculer au moment où sa mère lui annonce : "Ton père va rentrer. Ces mots-là. Vivants désormais. Comme une menace." Son père rentre en effet, "malade des nerfs"."Voilà, il était là. Elle avait un père." Une autre vie commence. Son père l'appelle France, trouve son éducation ratée et entreprend de lui apprendre la discipline. Elle ne peut plus sortir de table pour aller jouer et en promenade, il l'oblige à marcher devant eux, son père et sa mère qu'il appelle chérie, le nom qu'elle estime lui être réservé.

 

"Chose bien curieuse pour la petite, d'avoir un père. Un père qui est là. A la maison. Tout le temps. Le matin, le soir la nuit. Dans le petit appartement, on ne voit plus que lui. On n'entend plus que lui" Elle a un père mais elle n'a plus de mère car celle-ci s'efface devant son mari et proteste bien faiblement quand il la malmène. Elle lui en veut de sa passivité et se réfugie sous la table avec sa poupée et ses pensées.

 

Tout va cependant changer. Un jour, on ne sait pourquoi, alors qu'elle est seule avec lui, il aura ce geste : "Comme tu as de jolis cheveux ... Et, l'espace d'un instant, elle sent sur ses cheveux passer la grande main aux taches de rousseur en une espèce de caresse." Désormais, il lui raconte l'Allemagne, les arbres, son travail à la ferme, peint "une forêt plantée d'arbres très hauts, touffus, serrés les uns contre les autres, drus autour d'une vaste clairière." Le lendemain, il lui offre une boîte d'aquarelle, pour qu'elle puisse faire comme lui. Désormais, en promenade, c'est sa main qu'il tient et non celle de sa mère. La petite va l'adorer comme elle adorait sa mère qui estime-t-elle, l'a trahie.

 

Elle se sent si proche de lui qu'elle va lui raconter ce qu'on lui a toujours défendu de dire, sa mère et sa grand-mère la traitant de menteuse quand elle voulait en parler. Un souvenir très ancien. Lors d'un voyage en Normandie, à l'hôpital, l'infirmière lui avait montré un bébé, sa petite soeur. C'est le drame. Son père demande des explications à sa femme, ne lui pardonne rien et finit par la quitter et habiter avec sa nouvelle amie.

 

Ce roman est émouvant. La narratrice décrit admirablement ce que peut ressentir un enfant, comment elle vit ce qu'elle appelle "la trahison" de sa mère, l'amour fou qu'elle voue à son père, l'abandon de ce père qui n'est plus là et qu'elle ne voit plus que pour les "visites".

 

L'auteur s'est inspirée, pour son roman, de son enfance libre et heureuse avec sa mère, le retour de son père, la dislocation de la famille. Comme elle le dit très bien dans un entretien : "Un enfant est une personne, une personne secrète, qu'on adore ou qu'on dérange : son regard est un miroir."

 

Le style est particulier, des phrases très courtes, peu de dialogues, l'émotion naît du regard que porte la narratrice sur l'enfant. J'ai trouvé extraordinaire qu'elle ait pu, à soixante-cinq ans, faire revivre aussi bien cette petite fille.

 

21/04/2010

MOHAMED SIFAOUI.

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Mohamed Sifaoui est né en Algérie, en 1967. Journaliste, écrivain, réalisateur de reportages et de documentaires, il est également conférencier. Membre du Bureau national de SOS Racisme, il est par ailleurs impliqué dans le combat contre les racismes et l'antisémitisme. Il a couvert comme journaliste, depuis 1988, plusieurs zones de conflits et travaille depuis une vingtaine d'années sur les mouvements islamistes. Il a également réalisé plusieurs enquêtes journalistiques sur la montée de l'idéologie islamiste en Europe et en France. Ses principaux ouvrages sont : "Ben Laden dévoilé" "Combattre le terrorisme islamiste" "Mes "frères" assassins" "La France malade de l'islamisme".

 

POURQUOI L'ISLAMISME SEDUIT-IL ?

 

Dans son avant-propos il tient à préciser : "L'Islam est une religion, une spiritualité, une éthique, des croyances, des traditions, des dogmes et des coutumes ; l'islamisme est une idéologie politique ou plus précisément une idéologisation de l'islam, voire une politisation de cette religion."

 

Dans son premier chapitre, il va reprendre les grandes étapes de l'islam et de l'islamisme. Dès son installation à Médine, Mahomet est prophète, guide spirituel mais aussi chef de guerre, homme d'Etat et dirigeant d'un gouvernement, mais, précise l'auteur, ce sont les circonstances de la naissance de l'islam et le contexte de celle-ci qui l'ont exigé et non le texte coranique en tant que tel. Les musulmans veulent reconquérir La Mecque, considérée comme un lieu sacré parce qu'abritant La Kaaba, dont ils ont été chassés. C'est la première "guerre sainte" autorisée pour défendre leur foi. Mais, le "jihad" allait imprégner fortement les premiers croyants : "leur religion leur permettait de se défendre, ils pouvaient remporter un combat même opposés à une troupe plus puissante et mieux équipée et les versets coraniques annonçaient le "paradis éternel" à ceux qui seraient tués "dans le sentier de Dieu". Ces conclusions seront largement utilisées plus tard par les islamistes.

 

Avant d'aller plus loin, je tiens à préciser que la religion musulmane était un progrès, une révolution même, pour l'époque. Elle s'opposait à l'injustice, instaurait un meilleur statut de la femme, plus d'équité en prônant une meilleure répartition des richesses etc.

 

Du long exposé que fait Mohamed Sifaoui de l'histoire de l'islamisme, je ne retiendrai que deux faits : la naissance du salafisme walhabite au XVIIIe siècle et de la confrérie des "Frères Musulmans" fondée en Egypte, par Hassan Al-Banna, en 1928.

 

Les salafistes appellent à un retour à l'islam d'origine qui pour eux signifie le rejet de toutes les idées humanistes et des principes philosophiques comme la démocratie, la laïcité, l'égalité entre les hommes et les femmes. La charia devient sacrée, elle ne peut être ni discutée, ni modifiée, venant d'Allah, elle ne peut être que parfaite. D'où par exemple la justification des châtiments corporels.

 

Les Frères musulmans deviendront au fil des années le principal mouvement inspirant l'idéologie islamiste. "L'islam est religion et Etat, Coran et glaive, culte et commandement, patrie et citoyenneté. Allah est notre but, le Prophète notre modèle, le Coran, notre loi, le jihad, notre voie, le martyr notre voeu." C'est la célèbre phrase doctrine d'Hassan Al-Banna.

 

D'après Mohamed Sifaoui, les Frères musulmans pratiquent un double langage. "Ses adeptes dénoncent le terrorisme tout en l'encourageant; ils se disent modernistes tout en favorisant l'archaïsme et prétendent respecter la démocratie tout en fustigeant les valeurs qu'elle renferme." L'auteur consacrera tout un chapitre à  Tariq Ramadan, petit-fils d'Hassan Al-Banna qui fait l'apologie de son aïeul et affirme ne rien renier de son enseignement. L'auteur s'étonne d'ailleurs de l'audience qu'il a en France et regrette que, très souvent, il n'a pas en face de lui, quelqu'un capable de lui apporter valablement la contradiction.

 

Le chapitre 4 du livre est intitulé "Les idiots utiles de l'islamisme". L'expression est empruntée à Lénine qui désignait ceux qui, par complaisance envers l'idéologie bolchevique, fermaient les yeux sur les réalités les moins reluisantes de l'Union soviétique. Mohamed Sifaoui accuse certains intellectuels français d'être les "idiots utiles" de l'islamisme parfois par anti-sionisme ou anti-américanisme. Ils leur reprochent aussi de traiter "d'islamophobie" toute critique de l'islam, ce qu'il juge injurieux pour les musulmans.

 

Que veulent les islamistes ? D'après l'auteur, leur objectif n'est pas "l'islamisation de l'Europe" mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l'islam comme ils l'entendent (...) représenter, un jour, une communauté suffisamment puissante au sein des sociétés européennes pour infléchir les positions des gouvernements quant à leur soutien à des régimes arabo-musulmans qu'ils considèrent comme "apostats" et faciliter la création de Républiques islamiques, surtout dans les Etats du Maghreb."

 

Toujours d'après l'auteur, les Frères musulmans, souhaitent être assez forts pour peser sur les débats nationaux en vue d'amener les pays européens à modifier leur politique. C'est ainsi, par exemple, qu'ils sont largement intervenus dans l'affaire des caricatures danoises de Mahomet, dans les débats sur le port du voile ou de la burqua.

 

L'endoctrinement passe par les femmes qui ont un rôle important à jouer dans la diffusion de l'idéologie islamiste. Ce sont elles qui éduquent les enfants, elles, qui, par le port du voile rendent l'islam visible. "Finalement, celle qui est censée rechercher la discrétion fait tout pour se faire remarquer. Avec son voile, elle donne l'impression de vouloir dire : "Regardez-moi, je suis une musulmane pratiquante."" Un comble, dit l'auteur, quand on sait que la religion interdit de manière claire et limpide l'ostentation.

 

Je n'ai pu donner qu'un faible aperçu de ce livre très documenté, qui ne fera certainement pas l'unanimité. Le titre est un peu trompeur car l'auteur ne répond à la question de la séduction de l'islamisme que brièvement. L'islamisme sait se servir de la pauvreté et de la misère. Les jeunes peuvent être attirés par une religion qui leur donne une nouvelle "identité", par un discours qui joue énormément sur "les mots tels que fraternité, solidarité, entraide, égalité, engagement et don de soi". De plus, les islamistes utilisent abondamment les médias et internet. Les pages, les blogs, les forums se comptent par centaines et sont disponibles dans toutes les langues. On y donne des conseils et on recrute...

 

15/04/2010

DAVID GROSSMAN.

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David Grossman, né à Jérusalem, en 1954,  est considéré, aujourd'hui, comme un  des écrivains israéliens les plus importants. Il a fait des études de philosophie et de théâtre à l'Université hébraïque de Jérusalem et a commencé sa carrière comme correspondant à Kol Israël, la radio nationale. Son premier livre "Le vent jaune" l'a rendu célèbre. Il écrira plusieurs romans dont certains seront traduits dans de nombreux pays : "Le sourire de l'Agneau" "Voir ci-dessous l'amour" "Le Livre de la grammaire intérieure" "L'enfant zigzag""Dans la peau de Gisela".

 

L'auteur vit à Jérusalem, est marié, père de trois enfants. Son fils Uri a été tué au combat le 12 août 2006, au Liban. Il avait vingt ans. Proche du mouvement "Camp de la paix" David Grossman critique souvent la politique menée par son gouvernement.

 

QUELQU'UN AVEC QUI COURIR.

 

Le livre débute par la course d'Assaf attaché à un chien dans les rues de Jérusalem. "Un chien court dans la rue, un adolescent le poursuit. Ils sont reliés par une longue corde  qui se prend dans les pieds des passants furieux... " Comme il travaille à la mairie, un job de vacances, son chef lui a demandé de rendre le chien égaré à son propriétaire, partant du principe que le chien le retrouvera.

 

 La chienne le conduira dans un couvent orthodoxe, où il va rencontrer Théodora, enfermée dans le couvent depuis cinquante ans. Elle lui apprendra que la chienne Dinka appartient à une jeune adolescente, Tamar, qui n'est plus venue au couvent depuis plusieurs semaines.  Théodora lui demande de retrouver Tamar. Assaf fera de la recherche de Tamar, une véritable obsession. Il va parcourir Jérusalem et découvrir le monde de la drogue, de la violence et de la misère.

 

En parallèle, si je puis dire, aux aventures d'Assaf, nous découvrons Tamar. Elle a décidé de vivre dans la rue: "Coupez-moi tout ça, dit-elle au coiffeur. – Tout ?! – Tout – C'est dommage. – Je vous ai demandé de tout couper." Et comme le coiffeur proteste, il est coiffeur pour homme, elle réplique : "Alors vous n'avez qu'à me raser la tête."

 

Nous apprenons qu'elle s'est fait raser la tête pour ne pas être reconnue par ses parents et qu'elle recherche quelqu'un dont nous découvrirons, assez loin dans le roman, qu'il s'agit de son frère Shaï. Celui-ci, drogué, est enfermé dans une communauté gérée par un malfrat, Pessah. Il lui a lancé un appel au secours et Tamar a décidé de le retrouver.

 

Un jour, qu'elle chante dans la rue comme elle le fait d'habitude, elle est accostée par un couple, Joseph et Hénia, qui lui proposent de l'emmener chez Pessah. "Moi, c'est mamie et lui, c'est papy. Des vieux! Et un fils, Pessah, qui est directeur là-bas. (...) Tamar les regarda, désespéreé. C'était ça. Le nom que Shaï lui avait dit quand il avait téléphoné de là-bas. Pessah. L'homme qui l'avait roué de coups, presque tué."

 

Tamar se laisse emmener par le couple et découvre des adolescents, exploités par Pessah, qui les oblige à chanter ou à jouer de la guitare, pour lui rapporter de l'argent. Il faudra plusieurs jours avant que Shaï n'apparaisse. "Dès qu'elle l'aperçut, un frisson la parcourut. Si maigre, si défait. Une pâle copie de lui-même. Elle avança tout droit, passa devant lui comme une automate, les yeux baissés, le visage blême. Shaï la regarda sans la voir. Etait-il distrait ou drogué, une chose était sûre : il ne l'avait pas reconnue... "

 

Au cours d'un repas, elle va utiliser un subterfuge, pour se faire reconnaître par Shaï, le langage de leur enfance, le langage des doigts. Et c'est le miracle. Shaï déchiffre le message de Tamar : "Je suis venue te sortir d'ici" mais ses doigts répondent : "Ils vont nous tuer tous les deux."

 

Tamar va arriver à contacter une amie Léah à qui elle demandera de venir les chercher dans une rue où ils se produisent tous les deux. La coccinelle de Léah les emmène et Tamar conduit son frère dans la grotte qu'elle avait préparée pour le désintoxiquer

 avant le retour dans la famille.

 

L'histoire se terminera par l'arrestation de Pessah, la rencontre de Tamar et d'Assaf, qui lui rendra le chien qu'elle avait perdu lors de sa fuite avec Shaï.

 

Un beau roman. Un vrai suspense. Certaines scènes sont violentes, d'autres émouvantes. L'histoire paraît invraisemblable mais le talent de l'auteur est tel que le lecteur n'a pas envie d'abandonner la lecture.

 

La musique est omniprésente. Chacun des chapitres est le titre d'une chanson de Jean-Jacques Goldman. Tamar éprouve de grandes difficultés à chanter dans la rue, ce qu'elle n'avait pas prévu. "Chanter dans la rue, c'était se montrer jusqu'au fond d'elle-même."

 

Mais quelle joie quand elle y parvient : "Elle finit sur des sons presque inaudibles qui s'étirent et s'effilochent dans l'agitation de la roue, qui tourne autour d'elle, de la rumeur de la vie qui s'amplifie à mesure que le chant s'éteint. Le cercle applaudit très fort, quelques-uns poussent un profond soupir. Tamar ne bouge pas. Son cou est rouge, ses yeux éclairés d'une lueur tranquille, lucide. Elle est debout, les bras relâchés le long du corps. Elle a envie de sauter de joie, soulagée d'avoir réussi."

 

Mais : "Long is the road".