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04/11/2014

J. COURTNEY SULLIVAN.

j. courtney sullivan, les débutantes, amitié, féminisme

J. Courtney Sullivan est écrivain et journaliste. Elle est née en 1982 et a fait ses études dans une université privée, uniquement réservée aux filles, le Smith Collège. Elle vit à Brooklyn et est journaliste au New York Times.

Œuvre : « Commencement » « Les débutantes » « Maine ».

Ses livres ont connu un grand succès aux Etats-Unis.

LES DEBUTANTES.

C’est l’histoire de quatre jeunes filles qui se sont connues à l’université et se retrouvent pour assister au mariage de l’une d’entre-elles, Sally, qui a lieu sur le campus de l’université.

L’auteur alterne les chapitres consacrés à chacune d’elles en mêlant leurs souvenirs universitaires et leur vie actuelle.

Célia est une irlandaise catholique qui rêve de devenir écrivain. Elle est charismatique, s’intéressant à ses autres compagnes, conseillère à l’occasion. Elle vient d’une famille aisée.

Bree vient du sud. Elle a été fiancée à seize ans mais a rompu ses fiançailles. Elle est amoureuse de Lara mais vit mal son homosexualité car elle veut se marier et avoir des enfants. Elle sera avocate.

Sally vient de perdre sa mère. Elle est riche mais n’y accorde pas d’importance. Elle va vivre des relations amoureuses et finira par se marier à vingt-cinq ans.

April est une féministe radicale. C’est la seule qui travaille pour payer ses études. Avec Ronnie, elle va monter une société pour tourner des films sur le sort des femmes : crimes d’honneur au Pakistan, mutilations génitales en Afrique, commerce du sexe en Asie et en Europe de l’Est.

L’auteur nous fait connaître l’université bien spéciale de Smith où tout est permis et où règne une grande tolérance.

Les quatre jeunes filles, très différentes, se lient d’amitié à l’université mais cette amitié perdurera même quand elles seront adultes. Elles gardent toutes un excellent souvenir de leur séjour universitaire même si la vie ne répondra pas aux attentes qu’elles avaient quand elles étaient étudiantes.

L’auteur aborde tous les sujets : mariage, grossesse, deuil, vie amoureuse, viol, ruptures, suicide. Les choix de vie des jeunes filles  ne sont pas toujours approuvés par leur entourage ou leurs parents par exemple l’homosexualité. Les parents de Bree refuseront de recevoir Lara.

Le plus intéressant est la vie à Smith. Loin des parents et des pressions de la société, véritable cocon, les jeunes filles peuvent faire leurs expériences et bâtir leurs plans d’avenir car tout semble possible. C’est un univers surprenant pour un lecteur occidental.

Le livre a remporté un grand succès. Roman sur l’amitié, sûrement, c’est le meilleur du livre.

Féministe ? Je suis plus réservée. Elles ont conquis l’indépendance, vivent sans contrainte à l’université mais si elles ont l’air de détester les hommes, elles ont des relations amoureuses…   L’homosexualité est très présente à l’université mais pas acceptée par la société. J’ajouterai qu’en 2000 elles profitent des acquis de celles qui les ont précédées.

J’aurais voulu en savoir plus sur leur réussite professionnelle qui est, selon moi, un vrai critère de l’émancipation des femmes.

Le livre est bien écrit, drôle, parfois émouvant mais je n’ai pas accroché à la deuxième partie.

Un mot sur l’université. Smith fait partie des sept universités féminines de l’Amérique, appelées les « les sept sœurs » Beaucoup de féministes engagées y ont fait leurs études comme Margareth Mitchell en 1922 et l’auteur.

Des citations tout de même du féminisme de l’auteur :

« Le féminisme est la notion radicale que la femme est un être humain. – Les hommes pris par un, on les adore, en groupe, ce sont des demeurés » (sic !)

« En fait, quand une femme écrit un livre qui se rapporte de près ou de loin aux sentiments ou aux relations humaines, on l’estampille littérature pour filles ou romans féminins »

Je ne peux pas être d’accord avec ce jugement d’une critique dont le nom n’est pas cité, repris en quatrième de couverture : 

« Si Les débutantes est d’abord un hymne à l’amitié, c’est également une réflexion passionnante sur l’indépendance des femmes dans notre société. Une réussite. »

A chacun son opinion…

 

22/10/2014

PATRICK MODIANO.

patrick modiano, pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, prix Nobel de littérature 2014

 

Patrick Modiano, né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt, est un écrivain français, auteur d’une trentaine de romans primés par de nombreux prix prestigieux parmi lesquels le Grand prix du roman de l’Académie française et le prix Goncourt. Le 2 octobre 2014, il a reçu le prix Nobel de littérature pour son roman « Pour que tu ne perdes pas dans le quartier ».

Œuvre : « La Place de l’Etoile » « La ronde de nuit » « Quartier perdu » « Dimanches de l’oubli » « Chien de printemps » « Un pedigree » « « Dans le café de la jeunesse perdue »

Il est aussi l’auteur d’une vingtaine de chansons et de scénario de film dont « Lacombe Lucien »

POUR QUE TU NE TE PERDES PAS DANS LE QUARTIER.

Le héros Jean. Daragane vit dans la solitude. Il ne sort plus sauf pour une promenade le soir. Le téléphone n’a plus sonné depuis des mois. Son portable est sur son bureau mais il ne sait même plus depuis quand il ne l’a plus utilisé. « Il savait à peine s’en servir et se trompait souvent quand il appuyait sur les touches. »

Un jour de septembre où il fait particulièrement chaud, le téléphone sonne. Il hésite à décrocher mais le fait car il craint des sonneries à répétition.

Un inconnu lui apprend qu’il a trouvé son carnet d’adresse et lui propose de le lui rapporter. Il avait écrit son nom et son numéro de téléphone dans le carnet mais ne se souvenait plus de l’avoir perdu.

Il hésite puis se décide à rencontrer l’inconnu. Gilles Ottolini est accompagné d’une jeune fille qu’il présente comme une amie, Chantal Grippay.

Il lui avoue avoir feuilleté le carnet d’adresse et y avoir trouvé le nom de Guy Torstel, qui, lui dit-il, est un personnage de son premier livre « Noir de l’été » Il voudrait en savoir plus sur Torstel qui a été mêlé à un fait-divers sur lequel il enquête.

Daragane ne se souvient de rien. Il y a longtemps qu’il ne s’intéresse plus qu’à un seul, auteur, Buffon, regrettant de ne pas avoir écrit des livres sur les arbres et les fleurs.

Daragane se retrouve piégé par le couple qui le harcèle multipliant les rencontres et les questions.

Malgré lui, Daragane va replonger dans son enfance. Le nom Annie Astrand revient avec insistance. L’inconnu lui affirme qu’elle a fait de la prison sans donner d’autre précision.

Dans le dossier remis par Gilles, il y a une photo d’un gamin. « Cet enfant, que des dizaines d’années tenaient à une si grande distance au point d’en faire un étranger, il était bien obligé de reconnaître que c’était lui. »

Il se souvient qu’Annie l’avait emmené faire une photo qui devait servir à fabriquer de faux papiers.

L’auteur ne précise rien sinon qu’il s’agit de 1952. Gilles,lui, parle d’une affaire sordide  d’après guerre.

Modiano va nous emmener dans une longue recherche du passé de son héros. Un défilé de lieux, de maisons comme celle de Saint-Leu-la Forêt où il a vécu un temps avec Annie.

Des bribes de souvenirs qui justifient la phrase de Stendhal mise en exergue par l’auteur : « Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n’en puis présenter que l’ombre. »

Ce qui est certain c’est que Daragane ne vent pas se souvenir de ce passé. Le seul vestige de sa jeunesse consiste en une valise fermée dont il ne peut se séparer mais dont, par chance, il a perdu la clé.

C’est donc malgré lui qu’il apprendra qu’il a été mêlé à cette affaire sordide quand il avait 7 ou 8 ans.

Le titre du livre est un rappel du passé. Un mot glissé dans le poche du garçonnet avec son nom, son adresse et cette phrase : « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. »

Le passé et le présent s’enlacent. Jeunesse, passé d’écrivain, la vieillesse, une réclusion volontaire à l’ombre d’un arbre planté dans la cour d’un immeuble voisin, dont le feuillage l’apaise.

« On finit par oublier les détails de notre vie qui nous gênent et sont trop douloureux. Il suffit de faire la planche et de se laisser doucement flotter sur les eaux profondes en fermant les yeux. »

Un livre bref, intense, une mélancolie déchirante.

Je ne connais pas assez Patrick Modiano pour en dire plus. C’est le premier livre de lui que je lis sauf il y a très longtemps et dont je n’ai aucun souvenir.

J’ai été déroutée mais j’ai aimé.

 

10/10/2014

HARUKI MURAKAMI.

haruki murakami, l'incolore tsukuru et ses années de pèlerinage, japon, amitié, amour, vie

 

Haruki Murakami est né le 12 janvier 1949 à Kyoto (Japon). Il a écrit de nombreux romans et des nouvelles souvent récompensés. Depuis 2006, il est pressenti pour le Prix Nobel de littérature. Il est un des auteurs japonais le plus lu dans le monde.

Murakami est aussi traducteur de l’anglais en japonais d’une vingtaine de romans.

Fils d’un enseignant de littérature japonaise en collège, Murakami passe son enfance avec ses livres : « J’étais un enfant unique, solitaire, inquiet. Je passais mes journées, enfermé avec mes livres et mes chats. »

Œuvre : « La Course au mouton sauvage » « La Ballade de l’impossible » « Chroniques de l’oiseau à ressort » « Kafka sur le rivage » « Après le tremblement de terre »

(Billet du 17 octobre 2011)

L’INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNEES DE PELERINAGE.

Le livre débute par l’obsession que Tsukuru Tasaki a de la mort. Il est en deuxième année d’université.  Pendant plusieurs mois, il vit comme un somnambule ou « comme un mort qui n’a pas encore compris qu’il était mort. » Apparemment, il vit normalement, prend une douche chaque matin, fait sa lessive mais n’attache aucune importance à la nourriture. Il va perdre six kilos.

Pourquoi cette obsession ? L’auteur nous dit qu’un événement l’avait sans doute déclenchée. Un événement qui remonte à ses années de lycée.

Cinq adolescents s’étaient liés d’amitié en participant à un travail à vocation sociale. Le groupe s’était soudé. Tous appartenaient à la couche supérieure de la classe moyenne et vivaient dans la banlieue résidentielle de Nagoya.

« Pourtant le hasard avait voulu que Tsukuru Tasaki se distingue légèrement sur un point : son patronyme ne comportait pas de couleur. Les deux garçons s’appelaient Akamutsu – Pin rouge -, Omi – Mer bleue -, et les deux filles, respectivement Shirane – Racine blanche – et Kurono – Champ noir. Mais le nom « Tazaki » n’avait strictement aucun rapport avec une couleur. D’emblée, Tsukuru avait éprouvé à cet égard une curieuse sensation de mise à l’index. »

Après le lycée, Tsukuru décide d’aller étudier dans une université à Tokyo parce qu’un professeur spécialiste de l’architecture des gares y enseignait. Or, Tsukuru s’intéressait depuis toujours aux gares. Ses autres amis étaient restés à Nagoya mais Tsukuru les revoyait pendant les vacances.

Un drame va survenir qui pèsera très lourd sur toute la vie de Tsukuru. Revenu à Nagoya, comme il le faisait d’habitude, ses amis lui apprennent qu’ils ne veulent plus le voir sans en donner la raison. « Si tu y réfléchissait par toi-même, tu devrais sûrement pouvoir le comprendre. »

C’était la première fois de sa vie qu’il était rejeté aussi brutalement.  Il a subi un choc dont il sera incapable de se remettre. Il ne cherche pas à comprendre et ne revient plus à Nagoya.

C’est ce qu’il confie à Sara alors qu’il a déjà trente ans et travaille pour une société ferroviaire.

Sara l’encourage à rechercher ce qui s’est passé, consciente que cet événement pèse lourdement sur Tsukuru.

Elle se débrouille pour savoir ce que sont devenus ses amis et le persuade de les rencontrer pour savoir ce qui s’est passé.

Tsukuru va rencontrer ses anciens amis, l’un après l’autre, sans prévenir de peur d’être rejeté. Il ira même jusqu’en Finlande pour rencontrer Noire.

Le lecteur va le suivre dans ce long pèlerinage à la recherche de la vérité, pour pouvoir se guérir d’une blessure qui l’empêche d’aller vers les autres.

Bleu lui apprendra que Blanche l’avait accusé de l’avoir violée. Même si les adolescents éprouvaient des difficultés à la croire, elle s’était montrée très persuasive et avait obtenu que ses amis n’aient plus aucun contact avec lui.

Comme Noire lui expliquera, Blanche était très mal psychologiquement et, très proche d’elle,  Noire avait décidé de faire ce qu’elle lui demandait même si elle était persuadée que Tsukuru était incapable de faire ce qu’elle disait.

Blanche ne dira jamais qui était son agresseur. Elle mourra étranglée sans que le lecteur apprenne par qui.

Tsukuru va pouvoir vivre pleinement sa liaison avec Sara. Commencer une autre vie.

La musique est très présente dans le livre notamment « Le mal du pays » de Liszt que jouait Blanche.

« La vie ressemble à une partition compliquée, se dit Tsukuru. Elle est remplie de doubles croches, de triples croches, de tas de signes bizarres et d’inscriptions compliquées. La déchiffrer convenablement est une tâche presque impossible… »

L’histoire aurait pu être banale. Un rejet d’un groupe où règne l’harmonie. Plus que l’abandon, c’est l’harmonie qui régnait dans le groupe que regrette Tsukuru. Il devra apprendre ce qu’est la vie pour pouvoir aimer Sara.

Les noms de couleur des personnages ont une grande importance puisque Tsukuru est « l’incolore »

Cet aveu fait à Sara : « … je n’ai pas ce qu’on appelle un moi. Une personnalité. Pas non plus de couleur éclatante. Je n’ai rien à offrir. C’est le problème qui me hante depuis longtemps. Je me suis toujours senti comme un récipient vide. »

Un beau roman imprégné de mélancolie. L’auteur aurait pu en faire un thriller, la quête de la vérité de Tsukuru présenté comme une enquête. L’auteur a choisi d’en faire un pèlerinage. Tsukuru est en quête de son vrai moi qui lui permettra d’accéder à l’amour.

 

24/09/2014

AUDUR AVA OLAFSDOTTIR.

audur ava olafsdottir, l'exception, islande

 

Audur Ava Olafsdottir est née en 1958. Elle a fait des études d’histoire de l’art à Paris et est actuellement maître-assistante d’histoire de l’art à l’Université d’Islande. Directrice du Musée de l’Université d’Islande, elle est très active dans la promotion de l’art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d’artistes.

Romans : « Rosa candida » « Terre relevée » « Rigning ».

Elle vit à Reykjavik avec ses deux filles.

L’EXCEPTION.

Lors d’un réveillon du jour de l’an, après 11 ans de mariage, son mari, Floki, mathématicien lui annonce qu’il la quitte pour un collègue, qui porte le même prénom que lui. « Pardonne-moi, je t’aime. Tu es la dernière femme de ma vie. » Il lui annonce qu’il est l’amant de son collègue et qu’il a décidé d’aller vivre avec lui.

Maria ne comprend pas. Elle ne s’est jamais doutée de rien et elle l’aime son mari. Ils ont deux jumeaux de deux ans et demi. Son mari lui avoue qu’il a vécu avec elle parce qu’il voulait des enfants et que Floki n’est pas sa première liaison.

Il lui assure qu’il continuera à s’occuper des jumeaux. « Je continuerai à m’occuper d’eux, tout comme toi. – Mais pas avec moi ? – Non, pas avec toi. – C’est donc juste une question de préposition – Je saurai parfaitement être un bon père même si nous n’habitons pas sous le même toit. »

Maria n’est pas convaincue. Elle sait qu’elle devra assumer seule les jumeaux.

Seule, pas tout à fait. Une voisine, écrivaine et naine, va l’aider à surmonter la séparation. Elle est co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale. Elle écrit aussi un livre sur le bonheur matrimonial.

L’auteur va nous entraîner dans de longs entretiens entre Maria et Perla. Perla arrive à tout moment, munie de son carnet, questionne Maria, prend des notes, cherche des indices sur la séparation, expose des théories.

Maria épluche son passé, le recrée, la vie avec un mari parfait, qu’elle aime beaucoup et qui, aussi brutalement, lui a appris qu’il aime les hommes. Elle va tout faire pour qu’il revienne mais n’y parviendra pas.

Sa mère va lui apprendre que son père biologique, Albert, veut la rencontrer. Elle ne l’a jamais vu. Elle sait qu’il habite à l’étranger. Pour elle, son vrai père, est celui qui l’a élevée.

Elle accepte la rencontre : « Tu es belle, encore plus belle que ta maman. » « Quel choc cela a dû être pour elle, assurément, quand ta mère s’est découverte enceinte, à dix-neuf ans de retour de son stage de langues. Nous avions perdu tout contact, c’est pourquoi je n’ai appris ton existence que beaucoup plus tard – elle était alors mariée et mère de trois enfants. Pourquoi ta mère ne m’a mis au courant demeure pour moi une énigme. »

Si Albert a désiré la rencontrer c’est que, marié deux fois, il n’a pas eu d’enfant. Maria est donc sa seule héritière.

Une seule rencontre car Albert meurt peu après.

Avant d’avoir les jumeaux, Maria et son mari avaient fait une demande d’adoption. L’acceptation arrive alors qu’ils sont séparés. Maria décide d’aller chercher la petite fille même si la situation a changé : « On ne peut pas laisser tomber un enfant. »

C’est heureuse qu’elle serrera dans ses bras la petite fille qu’elle est allée chercher.

Il y a beaucoup d’autres personnages dans le livre notamment l’ornithologue qui expose à Maria la théorie du nid : il y toutes sortes de nids possibles. Ce qui compte pour les enfants c’est de leur donner de l’amour, de les respecter. Et ça, on peut le faire dans toutes sortes de familles.

Un autre thème du livre est l’hiver : « Ce n’est pas l’hiver polaire comme on voit sur les cartes postales de Scandinavie, explique l’auteur. L’hiver ici, c’est tout à fait l’imprévisibilité, c’est le temps qui change six fois par jour ! Comme la vie, imprévisible, chaotique. »

On ne peut pas réduire le livre à une histoire d’amour compliquée. Tous les personnages sauf Maria, écrivent. Son père adoptif écrit des livres pour enfants, son père biologique écrit des poèmes et des romans, son voisin ornithologue écrit de la poésie, son plombier aussi, et bien entendu, Perla qui consacre sa vie à l’écriture.

Voici comment l’auteur présente son roman : « C’est un livre sur la mémoire qui se trompe, sur les relations compliquées entre un homme et une femme, sur l’écriture aussi. Mon héroïne est une exception à plusieurs titres. Son roman n’est pas banal non plus qui mêle profondeur et fantaisie, hiver polaire et mets roboratifs, dans une ronde de personnages aussi décalés qu’attachants. »

 

12/09/2014

ERIC REINHARDT.

éric reinhardt, l'amour et les forêts

 

Eric Reinhardt est né à Nancy en 1965. Romancier, il est aussi éditeur de livres d’art français.

Romans : « Demi-sommeil » « Le Moral des ménages » « Existence » « Les système Victoria » « Cendrillon » 

L’AMOUR ET LES FORETS.

Eric Reinhardt reçoit une lettre très flatteuse d’une lectrice Bénédicte Ombredanne à propos de son dernier roman. Elle était en colère parce que le jury d’un prix littéraire décerné par les lecteurs d’un magazine avait rejeté la candidature de l’auteur.

Bénédicte est agrégée de français et enseigne dans un lycée public à Metz.

Ils vont correspondre par mails. Elle lui apprend qu’à force de le vouloir, elle parviendrait à être heureuse. « C’est la plus belle chose que ce livre lui avait permis de comprendre, le fait qu’il soit possible d’inventer sa propre vie, et qu’elle soit belle. (…)Elle allait donc, à partir de maintenant, s’inventer, s’inventer chaque jour »

Eric Reinhardt va la rencontrer deux fois. Le premier rendez-vous a lieu en mars 2008, le second quelques mois plus tard.

L’auteur est frappé par sa tenue, de couleur sombre, des dentelles, des bottines à lacets et surtout par sa bague que lui a laissée sa grand-mère. On y trouve un œil, « la peinture d’un regard » dit Bénédicte.

La vie de Bénédicte est tragique, même si elle ne le dit pas. Ainsi, un soir, en rentrant chez elle, elle trouve ses enfants terrorisés par l’attitude de leur père, réfugiés dans leur chambre. Il leur a dit : « Laissez-moi crever. »

Bénédicte apprend que son mari avait écouté une émission à la radio et qu’il s’était reconnu comme un harceleur certifié. Il reconnaissait qu’il lui avait gâché les plus belles années de son existence puisqu’elle n’avait que trente-six ans.

Ebranlée par l’attitude de son mari, la prise de conscience de ce qu’avait été sa vie, elle quitte son mari larmoyant, en colère. Elle allume son ordinateur et s’inscrit sur un site de rencontre.

L’auteur consacre plusieurs pages très amusantes aux conversations de Bénédicte sur le site. Elle finit par accepter un rendez-vous avec Christian qui habite une maison ancienne dans une forêt, à quelques kilomètres de Strasbourg où elle a dit qu’elle habitait lors de son inscription pour éviter de donner sa vraie localité, Metz.

Elle est secouée d’avoir accepté l’invitation mais se dit que ce n’est qu’un jeu dont elle pourrait se retirer quand elle le voudrait.

Elle se rend chez Christian. Comme prévu, il lui apprend le tir à l’arc, ils vont se promener dans la forêt, il l’embrasse et ils font l’amour.

Rentrée chez elle, très tard, elle invente une histoire peu vraisemblable à son mari mais ne lui parle pas de Christian. Sa fille lui reproche de n’être pas rentrée comme d’habitude, avec les courses qu’elle faisait généralement ce jour de congé.

Elle va vivre un enfer. Son mari la harcèle de questions, la réveille même la nuit parce qu’il veut connaître la vérité. Elle finit par la lui avouer et le harcèlement devient de plus en plus pénible.

Christian, avec qui elle correspond, la presse de quitter son mari mais elle refuse.

« - Pourquoi vous ne le quittez pas, votre mari ? 
- Il le refuserait. Mais alors catégoriquement. Je pense aussi aux enfants. Je le ferai quand ils auront grandi. Peut-être. Si les choses ne s’arrangent pas. Pour le moment, c’est impensable.
- C’est ce que vous croyez.
- Je suis une sorte de prisonnière. Il me reste mon fils va avoir cinq ans en octobre, treize ans à tirer.
- On ne peut pas raisonner comme ça, c’est absurde.
- Rien ne dit que les choses ne vont pas s’arranger. Cet amour est épuisant, il me met à rude épreuve, mais c’est, je crois, un vrai amour, une histoire authentique. »

« Je crois » Bénédicte se ment à elle-même pour protéger l’espoir que sa vie n’a pas été une erreur. On retrouve ce qu’elle disait au début « s’inventer une vie ».

Elle va pourtant être hospitalisée dans une clinique psychiatrique après avoir avalé deux plaquettes de Xanax. Elle insistera pour rester plus longtemps mais les médecins lui permettront seulement d’aller dans une maison de convalescence une quinzaine de jours.

Elle refusera pourtant de dire au psychiatre pourquoi elle a avalé ces comprimés.

Elle a connu avec Christian un après-midi de bonheur absolu mais elle reste avec son mari, de plus en plus violent, manipulateur et pervers.

Elle dira : « Je n’ai pas capitulé,  je suis toujours vivante. Je suis seule à diriger ma vie, contrairement aux apparences. »   

Dans une interview, Eric Reinardt confiera aux journalistes « J’ai toujours été profondément touché par les destins empêchés. Cela remonte à ma propre angoisse de passer à côté de ma vie, la peur de ne pas être reconnu. Et cela remonte à mon enfance, au spectacle de mon père meurtri par ses échecs professionnels. »

Le livre est très beau. Le style est très différent des romans actuels. Cela m’a frappée car c’est le premier livre que je lis de l’auteur.

Je ne suis pourtant pas d’accord avec le quatrième de couverture : « Récit poignant d’une émancipation féminine. L’amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement. »

Je ne peux pas considérer Bénédicte comme une femme émancipée. Certes, elle choisit sa vie mais elle s’enferme dans les barrières qu’elle-même se dresse. Ce n’est pas ma conception de la liberté.