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24/02/2011

MYTHES ET LEGENDES : EXTRAITS.

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Mon billet sur le livre d'Henri Pena-Ruiz m'a laissé une certaine frustration. Impossible de tout dire. Pour ceux que cela intéresse, je vais reprendre quelques extraits que je trouve significatifs.

 

A propos de la souffrance, l'éternel débat de l'intervention ou non intervention de Dieu ou encore quel sens lui donner quand rien ne paraît la justifier ?

 

"Cette capacité d'aimer la vie sans condition est sans doute une des formes de courage de vivre. Et l'on peut supposer, avec Emmanuel Kant, que celui qui est capable d'aimer la vie de façon désintéressée sera aussi capable de désintéressement dans ses actions morales. (...) N'est-ce pas d'ailleurs une des grandes formes de la liberté que de ne pas maudire ce qui nous atteint, d'être capable de se révolter sans abdiquer le courage de vivre ?"

 

Sur l'homme responsable de sa vie.

 

"Les aventures d'Ulysse ont façonné un nouvel Ulysse qui est à la fois le même et un autre. Comme si l'identité  personnelle se construisait au fur et à mesure des choix que l'on accomplit."

 

L'homme est mortel, quel sens peut avoir sa vie dans l'histoire du monde ?

 

"Le monde est un tout, qui transite par la succession des situations singulières, des histoires personnelles intrelacées dont se compose le devenir commun. Chaque destinée peut bien se produire comme le déroulement d'une liberté qui enchaîne action après action, la cohorte des destinées n'en esquisse pas moins la grande aventure de l'humanité entière."

 

Débat aussi sur le déterminisme, la fatalité : le scénario du monde serait-il écrit ?

 

"Admettre la différence entre le probable et le nécessaire, c'est admettre qu'il y a une possibilité pour la liberté de produire ses effets. L'initiative humaine peut enrayer ce qui se donnait comme fatal. Rien de ce qui touche les hommes ne se trouve donc déjà écrit. Le livre de l'histoire est d'abord fait de pages blanches."

 

Cette anecdote très connue de Socrate.

 

"Socrate s'était dit serviteur du dieu Apollon. Il avait répondu un jour, à l'oracle, qu'il ne savait qu'une chose, c'est qu'il ne savait rien. Et on avait dit de lui, alors, qu'il était le plus sage des hommes, car au moins être conscient de son ignorance, c'est en savoir plus que ceux qui croient savoir et déguisent un faux savoir en une connaissance."

 

Les émotions qui laissent en nous une trace comme un clou dans du bois.

 

"Les douleurs ressenties et les joies éprouvées tissent en effet une mémoire dense qui s'installe durablement dans l'intériorité de chacun. Brûlures et blessures y forment leur cicatrice, plaisirs et bonheurs y inscrivent leur trace."

 

Le piège de l'imagination qui amplifie si souvent notre angoisse.

 

"Mais ne faut-il pas chercher à s'affranchir de ces tourments de l'imagination ? Epicure avait entrepris de soigner l'homme de vaines frayeurs qui le prennent, qui l'assaillent, en le ramenant à la réalité indubitable, sobrement délimitée, de ce qu'il ressent."

 

A méditer par ceux qui détiennent le pouvoir, cette réflexion inspirée de Marc Aurèle.

 

"Le sérieux de la fonction et du pouvoir pourrait faire croire à l'homme qui le détient sous le titre d'imperator qu'il est une sorte de surhomme, voire une médiation vivante de quelque divinité. La distance intérieure, cultivée avec constance, le ramène à soi, loin des fastes. Alors le regard sur tous les autres hommes se délivre de la tentation du mépris ou de la morgue. C'est cette difficile liberté de la distance intérieure qui, en fin de compte, peut être un fondement d'humanité et de justice."

 

Je me suis plongée dans la philosophie comme antidote à la désespérance. Dans le monde arabe, des hommes courageux se battent pour la démocratie malgré la répression sanglante. Que de morts ! En Belgique, le spectacle est toujours aussi navrant. Chaque jour apporte son lot de déclarations mensongères ou suspectes, de démentis, de supputations, d'analyses de spécialistes aussitôt contestées. "Cela pourrait être pire. Le gouvernement travaille. Laissez-nous du temps. On y arrivera" entend-on. Vraiment ?

 

21/02/2011

HENRI PENA-RUIZ.

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Français, agrégé de philosophie, il est professeur au lycée Fénelon à Paris. Défendant les valeurs de solidarité, il est devenu un spécialiste des questions de laïcité qu'il pose comme fondement de l'universalité. A ce titre, il a été, en 2003,  un des vingt sages de la commission sur la laïcité présidée par Bernard Stasi.

 

Il est l'auteur de nombreux ouvrages : "La laÏcité" "L'Ecole"" Le Roman du monde, légendes philosophiques""Qu'est-ce que la laïcité?" "Leçons sur le bonheur""Qu'est-ce l'école ?" "La solidarité, une urgence de toujours".

 

GRANDES LEGENDES DE LA PENSEE.

 

L'auteur a sous-titré son livre : "De la chute d'Icare à l'âne de Buridan. Mythes universels, légendes fondatrices." Il a réuni en un recueil une série d'émissions de radio faites sur France-Culure en 2005. L'objectif de l'auteur est de partir de mythes ou de légendes pour réfléchir sur la condition humaine et surtout sur le sens de la vie.

 

Les titres des chapitres illustrent bien l'objectif et les thèmes variés abordés par l'auteur.  J'en citerai quelques-uns : "Le feu de Prométhée ou Les conquêtes de la culture." "La chute d'Icare ou Les dangers de l'aventure technique." "Le rocher de Sisyphe ou Le courage de vivre." "Le choix d'Ulysse ou L'homme responsable de sa vie." "La balance de Zeus ou Le verdict du destin." "Le chant du cygne ou L'ultime réalisation de soi.""Le philtre d'amour ou La passion fatale." Don Quichotte et les moulins à vent ou La nostalgie de l'idéal." "L'aveuglement d'Oedipe ou Les détours du destin." L'âne de Buridan ou La paralysie de l'indifférence." "La traversée du Rubicon ou Les tourments de la décision".

 

L'auteur rappelle la légende, l'analyse, cite les réflexions d'autres écrivains avant d'en tirer un conseil de vie. Ainsi, le lecteur retrouvera-t-il avec plaisir des citations des Stoïciens, des Epicuriens, de Sénèque, Montaigne, Pascal, Camus, Sartre etc.

 

Le premier chapitre est consacré à Prométhée, dieu de l'Antiquité qui décide de voler le feu à Zeus pour le remettre aux hommes et leur permettre ainsi la connaissance des arts et des techniques. Il sera sévèrement puni puisque attaché à un rocher du Caucase, son foie sera dévoré par l'aigle de Zeus et renaîtra sans cesse pour permettre la perpétuation du supplice. "Ainsi, Prométhée remet aux hommes un des grands attributs de la divinité. C'est toute l'aventure de la culture humaine qui n'est au départ qu'une transformation active de la nature, qui est ainsi décrite. Grâce à Prométhée, l'homme découvre sa vocation – que l'on dira prométhéenne : il s'invente lui-même, littéralement."

 

Dédale, artisan athénien dont le nom signifie "l'ingénieux" invente un taureau. Pasiphaé, la reine du roi de Crète Minos, engendre avec le taureau, le Minotaure, moitié homme, moitié taureau. Minos, honteux de la naissance de ce monstre, oblige Dédale à construire un labyrinthe pour y enfermer le Minotaure, puis Dédale lui-même et son fils Icare. D'après Ovide, Dédale se serait exclamé : "Minos a beau gouverner toute chose, il ne gouverne pas les airs. le ciel du moins leur reste ouvert." Dédale construit donc avec de la cire et des plumes, des ailes pour lui et son fils. Il recommande à Icare de ne pas s'approcher du soleil. Mais, le

jeune Icare, dans la joie qu'il éprouve à voler, s'approche du soleil et tombe dans la mer. Ainsi comme Icare, l'homme porté par l'exigence de la liberté, peut perdre sa lucidité.

 

Sisyphe, roi légendaire de Corinthe, est condamné par les dieux à remonter sans arrêt un rocher sur une montagne. Camus en fera un personnage heureux qui nie les dieux et arrive à trouver que sa tâche n'est ni futile, ni stérile. "La question du sens des actions s'étend très vite à celle du sens de la vie. (...) Quelle vie voulons-nous vivre et quel bien mérite d'être recherché pour lui-même ? Question essentielle qui appelle une réflexion pour aller vers la sagesse."

 

Ulysse, de retour en Ithaque, après la guerre de Troie, est un héros qui a affronté de multiples épreuves. Pourtant, dépouillé de son ambition, il fait le choix d'être un homme modeste. "Tel est le choix d'un sage qui a su méditer l'existence qu'il venait de vivre. C'est, en un sens, le choix inverse de celui d'Achille. Achille avait préféré une vie courte mais glorieuse, à une longue vie dans l'ombre ou dans la modestie. Ulysse choisit, lui, les biens qui tiennent à une vie de sagesse et de tranquille accomplissement de soi."

 

L'amour de Tristan et Yseult, l'amour passion, ne s'inscrit pas dans l'ordre des choses. "S'il conduit à la mort aussitôt qu'il s'affirme, il entre dans la belle légende qui le fait survivre pour tous ceux qui s'aimeront plus tard. Comme s'il s'agissait de rappeler que l'élan d'un être vers un autre ne se commande pas, ne se prévoit pas."

 

Le déluge est rapporté dans un texte babylonien puis dans la Bible. C'est le récit d'une faute collective des hommes mais aussi d'une renaissance. L'auteur rappelle que les Epicuriens et les Stoïciens voulaient dédramatiser la nature. Il faut, dit-il, "revenir à une lecture sereine des phénomènes naturels, pour dégager le domaine des choses qui dépendent des hommes et celui des choses qui ne dépendent pas d'eux et avec lesquelles il faut composer."

 

Jean Buridan, philosophe de l'époque médiévale, voulait démontrer l'impossibilité de décision d'un être paralysé par des motivations strictement équivalentes. Dans sa fable, il montre un âne qui, étant placé à égale distance d'un boisseau d'avoine et d'un seau d'eau, ne sait se déterminer s'il a plus faim que soif, et finit par mourir de faim ou de soif, ce que ne dit pas la fable. "Ne pas savoir quel parti prendre, hésiter, balancer entre deux choix qui semblent équivalents, et rester finalement immobile" c'est le sens de la fable. Mais pour l'auteur, la comparaison entre l'âne et l'homme, ne tient pas. Le philosophe développera longuement la notion d'indifférence mais aussi du libre-arbitre.

 

César hésite à franchir le Rubicon, à la tête de son armée. Il décidera de le faire, transgressant ainsi l'ordre de Rome. C'est le fameux "Alea jacta est !" (que le sort en soit jeté), rapporté par Suétone dans sa Vie de César. " C'est aussi son destin, devenir empereur pour être finalement poignardé par son fils adoptif Brutus. Son "Tu quoque mi fili ! (Toi aussi, mon fils) est le dernier acte sanglant d'un destin. C'est l'analyse faite par les historiens. Mais, pour le philosophe : "Le roman du monde n'a peut-être pas d'autres acteurs que les hommes eux-mêmes, inventant le sens de leur existence par le risque et s'inventant eux-mêmes par une action que nul savoir certain ne peut assurer de sa portée."

 

Le ton du livre est celui de la conversation avec un ami, jamais ennuyeux, riche d'enseignements et source de réflexions.

 

28/01/2011

JACQUELINE HARPMAN.

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Jacqueline Harpman est née le 5 juillet 1929 à Bruxelles. Elle a vécu cinq ans à Casablanca. Elle est revenue à Bruxelles en 1945 et a fait des études de médecine et de psychologie à l'ULB. Elle est aussi psychanalyste (Société belge de psychanalyse). Elle a écrit de nombreux romans : "La plage d'Ostende", "Orlanda", "La Dormitions des amants", "Du côté d'Ostende", "Ce que Dominique n'a pas su". En 1996, elle a reçu le Prix Médicis pour "Orlanda" et en 2003, le Prix triennal du roman de la Communauté Française pour "La Dormition des amants".

 

RECIT DE LA DERNIERE ANNEE.

 

La dernière année, c'est celle de l'héroïne, Delphine Maubert, qui meurt d'un cancer du poumon.

 

L'histoire commence par son anniversaire qu'elle fête avec sa mère, Pauline, sa fille Mathilde, son gendre, Louis et son fils Paul. Elle a cinquante ans. Elle fait un voyage en Italie et au retour souffre d'une mauvaise grippe qui ne guérit pas. Son médecin va diagnostiquer un cancer des poumons, avancé et irrémédiable.

 

L'auteur qui est aussi la narratrice du roman va suivre Delphine dans cette dernière année. "Qui est cette Delphine Maubert qui vient de tomber sous la plume ? J'allais tranquille vers mon vieil âge, je pensais avoir oublié l'inquiétude des cinquante ans et regarder calmement mes chevaux grisonner, est-ce un dernier remous de regret?"

 

Lorsque Delphine apprend par son médecin qu'elle n'a plus que six mois à vivre, elle ne manifeste pas d'émotion. Elle pose des questions techniques : va-t-elle souffrir ? Comment meurt-on ? Son médecin s'étonne de sa réaction : "il est plus ému que moi, se dit-elle". L'auteur se dit "confusément choquée par le peu d'émotion".

 

Delphine est surtout préoccupée par l'annonce qu'elle devra faire de sa maladie à sa mère et à ses enfants. Sa mère, qui est selon moi, le personnage le plus intéressant du roman, va être bouleversée, choquée de savoir que sa fille va mourir avant elle.  "Pauline pensa que l'ordre des choses n'allait pas être respecté, où la mère meurt avant la fille. (...) Moi, qui prenais plaisir à vivre longtemps, pensa Mme Ferrand, comme on est berné ! (...) Elle sentit poindre la douleur, comme on devine une tornade qui dévastera tout." Elle va permettre à Delphine de sortir de son "armure". D'où ce dialogue émouvant : "Je crois qu'il faut pleurer, dit-elle. – Je ne peux pas. (...) Delphine, tremblante, laissa les bras de sa mère se poser doucement sur ses époules et sentit monter une vague de faiblesse. (...) Delphine, appuyée contre elle, était toujours crispée, parcourue de sanglots secs qui s'achevaient en petits gémissements. – Là... murmurait Pauline, là... doucement... Comme jadis, pour les chagrins de petite fille, l'aidant patiemment à rejoindre sa tristesse et Delphine redit, sans l'entendre, les mots de son enfance: - Oh ! Maman ! Tu ne peux pas savoir..."

 

Mathile prendra très mal l'annonce de la maladie de sa maman. "Dans la cuisine, Mathilde sentit monter la colère : - Qu'est-ce que je fais là ? Puis retourna au salon : - Je voudrais être seule, dit-elle sans regarder Delphine. Excuse-moi. Je te téléphonerai plus tard."

 

Sa colère, elle l'exprimera à son mari : "Je veux taper, tempêter, je veux être en colère, lui crier après, lui dire qu'elle n'a pas le droit, qu'est-ce qui lui permet ?" Une réaction violente qu'elle arrivera à surmonter pour aider sa maman.

 

C'est le docteur Letellier qui se chargera de prévenir Paul, pour épargner Delphine. "Le dire à votre mère, je veux bien, elle pouvait vous consoler, mais comment voulez­-vous que vos enfants se fassent consoler par vous ?" Le docteur s'éprend de Delphine bien qu'elle dise : "On ne s'appartient pas. On est la proie de ceux dont on est aimé. Ne m'aimez pas, je vous en prie." Il l'accompagnera, faisant tout pour lui éviter de souffrir, s'étonnant de la transformation qu'opère en lui cet amour inattendu.

 

Jacqueline Harpman n'a pas voulu écrire un roman morbide. Le lecteur ne trouvera pas de longues descriptions de la maladie ni de la mort. Delphine s'en ira doucement, entourée des siens.

 

Ce qui est assez étrange, c'est le rôle joué par la narratrice, l'auteur elle-même. Une réflexion sur la vieillesse, sur la vie, sur la mort. Je pourrais dire qu'elle s'approprie son personnage. Ses monologues sont tragiques, comme l'est le regard désabusé qu'elle promène sur sa vie.

 

J'ai été un peu déroutée par le roman. Il se lit facilement mais les disgressions sont nombreuses. Les réflexions philosophiques sont intéressantes mais ralentissent le rythme du roman. Le parti-pris de nier la réalité de ce qu'est un cancer du poumon - Delphine s'affaiblit mais ne souffre pas - donne au livre un ton un peu superficiel. L'émotion n'est pas absente mais peut-être moins présente que je ne l'aurais souhaité.

 

18/01/2011

FRANCIS VEBER.

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QUE CA RESTE ENTRE NOUS.

 

J'avoue que je ne connaissais pas Francis Veber quand j'ai reçu ce livre.  Il est pourtant un dramaturge, dialoguiste, scénariste célèbre. "Le jouet", Le Dîner de cons", "Le Placard", "L'Emmerdeur"," Le téléphone rose", "Le grand blond avec une chaussure noire", "Le Magnifique". Il est aussi le scénariste de "La cage aux folles" d'Edouard Molinaro.

 

D'emblée, moi, qui d'habitude, n'aime pas ce genre de livres, j'ai été séduite par le ton, l'humour, les portraits parfois féroces des nombreuses célébrités, réalisateurs ou acteurs. Il faut y ajouter des anecdotes de cinéma ou de théâtre, ses réflexions sur la difficulté d'un scénariste toujours en quête d'inspiration.

 

SA FAMILLE.

 

Francis Veber est né à Neuilly, en 1937, d'un père juif et d'une mère arménienne. "Ma mère était une jolie femme. Elle avait des yeux superbes et un peu trop de nez, mais elle disait elle-même que les Arméniennes avaient les yeux qui lançaient des éclairs et le nez qui servait de paratonnerre". Elle écrit des romans à l'eau de rose pour faire vivre sa famille. Quant à son père : "Nous sommes quasi arrivés ensemble dans sa vie, les Allemands et moi. C'était trop pour lui. Les Allemands ne s'en sont pas rendus compte, moi si. Emprisonné dans sa chambre, il avait des réactions violentes de taulard et l'enfant que j'étais en souffrait. Il m'a fallu longtemps pour cesser de le détester et commencer à le plaindre." Francis Veber est l'héritier d'une longue lignée d'écrivains dont l'un des plus célèbres est son grand-oncle Tristan Bernard.

 

LES DEBUTS.

 

Il fait des études médiocres : "En fait, si j'apprenais tout par coeur, ce n'était pas seulement par peur des professeurs, mais parce que je n'aimais pas apprendre. Mémoriser, c'est juste un exercice. Ca ressemble à mâcher du chewing-gum, les mâchoires travaillent, mais on n'avale rien."  Bac en poche, il commence la médecine, son père voulait absolument lui éviter une carrière littéraire. Quatre années, qui ne le mènent à rien, il est dégoûté par la chirurgie : "En un coup de bistouri, la jeune fille a cessé d'être une statue pour devenir une pièce de boucherie." Il bifurque à la Faculté des sciences où il restera deux ans avant d'arrêter ses études. Le service militaire fera de lui un reporter. Il rencontre Philippe Labro et Jacques Séguéla. Il entrera ensuite comme stagiaire à RTL, trois années pendant lesquelles Armand Jammot, le rédacteur en chef, n'arrêtait pas de répéter :"J'attends qu'il soit près de la porte pour le virer." Il écrira pourtant un spectacle avec Jacques Martin "Petit patabon" qui sera un bide mais pour lui, une entrée dans le monde du spectacle. Philippe Labro lui présentera Gilbert Goldschmidt, un producteur de feuilletons télévisés. Echec de la série projetée puis pour d'autres feuilletons mais rencontre avec Edouard Molinaro et Alain Poiré, rencontres décisives pour sa carrière.

 

LE THEATRE – LE CINEMA.

 

Il avait envie d'écrire, il se décide pour le théâtre. Il travaillera six mois à "L'enlèvement" dont il dira lui-même que c'était une mauvaise pièce. "Je ne connaissais rien au théâtre et je me suis vite trouvé confronté au problème le plus torturant de la dramaturgie : la construction." Echec jusqu'au miracle, une bonne critique de Jean-Jacques Gautier. Puis, ce sera "L'Emmerdeur", la création de son personnage, devenu culte, François Pignon, qui sera interprété par sept comédiens différents.

 

SON DESTIN.

 

Je trouve intéressant de reproduire ce qu'il dit de son destin, en parlant de son personnage : "Comme lui, j'ai été précipité dans une aventure qui m'a toujours dépassé. Si je n'avais pas été chassé de Radio Luxembourg, je serais devenu d'abord un vieux journaliste, puis un journaliste à la retraite. Je doute que j'aurais eu le courage d'écrire une première pièce en ayant un travail à plein temps. Je suis arrivé dans le showbiz comme Pignon dans la banque des "Fugitifs". J'étais aussi maladroit que lui et comme lui, j'ai été entraîné dans des situations imprévues. Dans mon cas, ce fut le théâtre, le scénario, la mise en scène, l'Amérique, autant d'épisodes que j'ai traversés sans avoir jamais l'impression de tenir le volant de ma vie dans mes mains."

 

SES PORTRAITS.

 

Ils sont innombrables : Lino Ventura "un homme exceptionnel mais incroyablement chiant";  Jacques Brel : "Brel a eu beaucoup de mal à entrer dans "L'Emmerdeur". N'étant pas du tout un acteur de comédie, il avançait à tâtons dans le rôle, malgré le soutien de Ventura et de Molinaro"; Philippe Labro : "un ami"; Jacques Séguéla : "un sourire de lézard dans une peau qui s'écaillait"; Jean Poiret : "un des hommes les plus drôles que j'aie rencontré"; Alain Poiré : "exceptionnellement intelligent"; Luc Besson ; "un homme très attachant qui avait l'air d'un gros nounours"; Claude Berri : "Petit, trop vite chauve, au bord du bégaiement, il n'avait rien pour plaire et c'était un séducteur"; Philippe de Broca : "mon plus mauvais souvenir de scénariste" Et tant d'autres : Pierre Richard, Gérard Depardieu, Dany Boon... Impossible de les citer tous.

 

REFLEXIONS.

 

" les producteurs n'aiment pas les auteurs, qu'ils considèrent comme des traits d'union caractériels entre leurs profits et eux-même."

 

"Ce n'est pas simple d'adapter sa propre pièce. Je l'ai fait pour L'Emmerdeur et Le Dîner de cons et, chaque fois, j'ai eu l'impression de m'emparer d'un corps vivant, l'oeuvre théâtrale, et de le dessécher pour le mettre dans cette boîte de conserve qu'est le cinéma."

 

"On sait à quel point le théâtre est une loterie."

 

Le livre de Francis Veber m'a fait entrer dans un monde que je ne connaissais pas. Un monde de showbiz, de rivalités, de jalousies mais aussi d'amitié. J'ai compris combien le métier de scénariste ou d'acteur pouvait être éprouvant.

 

Le lecteur appréciera la galerie de photos qui se trouve au milieu de l'ouvrage : affiches de films, photos d'acteurs et de sa famille. Plusieurs pages émouvantes du livre sont consacrés à sa femme Françoise, ses enfants, ses grands-parents, ses oncles qui ont joué un rôle important dans sa vie.

 

06/01/2011

LA SOTTISE : FLORILEGE.

Un bon jour pour me replonger dans le livre de Lucien Jerphagnon. Pas parce que c'est l'Epiphanie, mais le lendemain du cirque d'hier. Je ne veux pas en parler car ma colère est tellement forte que je risquerais, moi aussi, de dire des bêtises... Une citation quand même : "Qu'ils sont donc mesquins, ces pygmées qui jouent les politiques, et qui se figurent agir en philosophes... Petits morveux ! " (Marc Aurèle).

 

J'avais, un moment, regretté que Lucien Jerphagnon n'ait pas suivi l'ordre chronologique pour ses citations. A la relecture, je trouve qu'il a choisi la bonne méthode en les regroupant d'après des thèmes. Je mettrais quand même un bémol. Il est clair que chaque auteur est influencé par son temps, par ce qu'il est. Ainsi, même si Lucien Jerphagnon retrouve des citations sur le même thème de l'antiquité à nos jours, il faut garder à l'esprit les différences temporelles. La vision de la sottise qu'ont des auteurs aussi différents qu'Aristote, Saint Augustin, Cicéron ou Chateaubriand, Céline, Mauriac, Jean d'Ormesson, est bel et bien à remettre dans leur contexte. Par contre, beaucoup de citations anciennes restent tellement actuelles que je les qualifierais d'universelles. "Innombrable est le peuple des sots" (Ecclésiaste, I, 15) "On a rarement à traiter avec des personnes parfaitement raisonnables"  (Descartes).  "Ainsi, au lieu de se donner la peine de rechercher la vérité, on préfère généralement adopter des idées toutes faires." (Thucydide). "Ce qu'il y a précisément de fâcheux dans l'ignorance, c'est que quelqu'un qui n'est pas intelligent se figure l'être dans la mesure voulue." (Platon) "Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire." (Boileau)

 

C'est le chapitre consacré à l'opinion, qualifiée de sottise atmosphérique, qui m'a le plus intéressée par son actualité. "Si on te demande, ne va pas répondre : "C'est de ce côté-là que paraît aller le plus grand nombre, car c'est justement pour cela que c'est le moins bon avis !" (Sénèque). Fameux débat sur la vérité que croient toujours détenir les majorités ! "Soixante-deux mille quatre cents répétitions font une vérité". (Huxley). "La fausseté n'a jamais empêché une vue de l'esprit de prospérer quand elle est soutenue et protégée par l'ignorance" (Jean-François Revel)

 

Hélas, toujours actuelle, cette citation de Chateaubriand : "Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu'un terroriste."

 

Sévère et polémique sans doute cette remarque désabusée de François Mauriac : "Que d'enfants bourgeois ont eu par leur naissance accès à une culture dont ils étaient indignes ! Que d'ânes qui n'avaient pas soif et que les maîtres ont forcé à boire ! En est-il beaucoup parmi eux qui, au cours de leur vie, auront rouvert un seul des livres que le maître essayait de leur faire aimer ?" Pas tendre non plus, cette fois pour les adultes, cette citation : "Il existe une sottise d'époque à laquelle tous les contemporains, grands et petits, et eussent-ils du génie, participent."

 

"Si nos écoles crétinisent la jeunesse, à mon avis, c'est à cause de ca : on n'y voit ni n'y entend rien de la vie de tous les jours."  Dit par un contemporain? Non, par Pétrone !

 

Amusante cette définition du sot : "Et à quoi peut-on reconnaître un sot ? A ceci, qu'il n'explique pas quand il faudrait et qu'il explique quand il ne faudrait pas." (Alain). Ou de Paul Valéry : "Un état bien dangereux : croire comprendre." Encore plus fort, Céline : "Pour que dans  le cerveau d'un couillon la pensée fasse un tour, il faut qu'il lui arrive beaucoup de choses et des bien cruelles." Et toujours la férocité de François Mauriac : "Moins les gens ont d'idées à exprimer, plus ils parlent fort."

 

Le lecteur aura compris. Le livre de Lucien Jerphagnon est une source inépuisable de réflexions. A mettre entre toutes les mains, à méditer !

 

Je ne résiste pas à l'envie de terminer par un de mes auteurs préférés, Jean d'Ormesson :

"J'admire beaucoup les imbéciles qui de doutent pas d'eux, qui avancent tout droit sans regarder ni à droite ni à gauche, enfermés dans leurs certitudes."