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22/06/2011

JEAN-CHRISTOPHE RUFIN.

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Jean-Christophe Rufin est né à Bourges le 28 juin 1952. Médecin, il est l'un des pionniers de Médecins sans frontière. Il a dirigé des missions en Afrique de l'Est et en Amérique latine.

 

Diplômé de Sciences Po, il s'expatrie au Brésil en 1989 comme attaché culturel et de coopération auprès de l'ambassade de France. En 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal. Il démissionne le 30 juin 2010.

 

Dans son premier essai "Le Piège humanitaire", paru en 1986, il examine le rôle des ONG dans les conflits. Il dénonce notamment le paradoxe des mouvements "sans frontières" qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs.

 

Son roman "L'Abyssin" paru en 1997 est couronné Prix Goncourt du premier roman. "Rouge Brésil" publié en 2001 reçoit le Prix Goncourt. Suivront notamment "Globalia"" La Salamandre" "Katiba"

 

Il a été élu à l'Académie française le 19 juin 2008 au fauteuil d'Henri Troyat.

 

LA SALAMANDRE.

 

Catherine, quarante-six ans, d'origine modeste, a exercé différents métiers. Son ambition : devenir indépendante. A vingt et un ans, elle gagne suffisamment pour pouvoir louer une chambre. Elle épouse Roger, qui travaille dans la même entreprise qu'elle, mais ils se séparent après un an.

 

Catherine est embauchée comme secrétaire dans un journal et gravit lentement les échelons. En dix ans elle devient cadre. Elle ne vit plus que pour son travail. "Sa vie s'organisa autour du travail avec la haine des dimanches, le secours de la télévision, l'affection d'un chat et l'usage fréquent de somnifères."

 

La direction la pousse à prendre des vacances. Elle décide d'accepter l'invitation de son amie Aude de se rendre au Brésil. Aude est mariée à un professeur, Richard. Celui-ci lui raconte une anecdote qui révèle ce qu'il pense du Brésil. Ayant été opéré des yeux, le taxi qui l'emmène chez lui est braqué. Il est roué de coups jusqu'à ce qu'il donne son argent, son téléphone et sa carte de crédit. "C'est le Brésil, conclut Richard avec un sourire un peu pensif, un peu méprisant aussi. Des chirurgiens formés aux dernières techniques et des types dans la rue qui tueraient un aveugle pour dix dollards."

 

Aude emmène Catherine à la plage : "Le sable formait de petites dunes plantées de cocotiers qui isolaient du bruit de l'avenue. Des cabanes de bois et de palmes, construites tous les cent mètres environ servaient d'entrepôts pour les noix de coco fraîches et de débit de boissons." Une cabane est tenue par une vieille femme, Conceiçao, qui emploie des gamins abandonnés pour vendre des sodas et des bières.

 

Aude étant partie, Catherine vient seule à la plage. "Tout à coup, un grand garçon sorti de nulle part s'assit à côté d'elle et lui sourit."

 

Cette rencontre est le début d'une histoire d'amour. Catherine tombe amoureuse de Gil, un métis, qui devient rapidement son amant. Gil l'emmène partout et Catherine le comble de cadeaux.Elle a découvert l'amour, un amour qui la transforme. Elle, qui était tellement attachée à son indépendance, ne vit plus que pour Gil."Catherine se méprisait d'avoir tenu jadis tous ces propos sur l'indépendance quand pour elle aujourd'hui la liberté véritable c'était au contraire de dépendre de la satisfaction de Gil."

 

Ses amis la mettent en garde sur Gil, probablement un trafiquant, mais elle les quitte pour vivre avec lui. Elle ne vit plus que pour le rendre heureux. Elle rentre à Paris, démissionne, vend son appartement, tout ce qu'elle a pour revenir vers lui et lui donner une somme énorme pour acheter un bar.

 

Elle ne voit plus le Brésil de la même manière. Elle côtoie la pauvreté, s'installe avec lui dans un quartier pauvre. De touriste, elle est passée de l'autre çôté, celui des truands. Mais sa relation avec Gil change. Alors qu'il avait toujours gardé une distance respectueuse, il se met à la maltraiter, à l'injurier, il est "son maître". "Une part d'elle-même se révoltait mais faiblement tandis qu'une autre se troublait à éprouver le plaisir que lui causaient ces humiliations".

 

Gil va l'abandonner. Le roman se terminera dans une horreur absolue.

 

Christophe Rufin affirme que l'histoire est vraie mais qu'il a mis longtemps à pouvoir l'écrire. Le titre est inspiré d'une croyance traditionnelle qui attribue à la salamandre la capacité de vivre dans le feu.

 

L'auteur insiste sur la haine qui animent parfois les Brésiliens pauvres, devant la richesse des touristes. Ainsi, un ami de Gil, dira à Catherine "Sais-tu comment cela s'appelle quand un pauvre prend l'argent d'un riche ? La justice, tout simplement."

 

Que penser de l'amour qu'éprouve Catherine pour Gil ? Un amour qui lui fait tout accepter, la plonge dans ce que nous qualifierions de déchéance. Au contraire, Catherine parle "d'amour pur, celui que l'on offre et qui n'attend rien."

 

J'ai beaucoup aimé le roman mais il est difficile d'accepter que Catherine aille aussi loin dans ce qu'elle accepte et y trouve un bonheur qu'elle n'avait jamais connu.

 

09/06/2011

LIONEL DUROY.

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Lionel Duroy de Suduirant est né en Tunisie, d'une famille noble mais désargentée, ayant des idées d'extrême-droite. Sa jeunesse le marquera profondément. D'abord livreur, coursier, ouvrier il sera journaliste à Libération et à L'événement du Jeudi. Son premier roman, autobiographique, provoquera la désapprobation de ses frères et soeurs (neuf) et une rupture complète avec sa famille. Il a écrit une dizaine d'ouvrages dont "Le Chagrin", paru en 2010 qui a rencontré un très grand succès et a été récompensé par plusieurs prix. Il a aussi participé à l'autobiographie de célébrités : Sylvie Vartan, Mireille Darc, Jean-Marie Bigard, Nana Mouskouri etc.

 

COLERES.

 

Le narrateur est Marc Manson mais l'auteur ne cache pas qu'il s'agit de lui. Il a eu deux enfants, Claire et David, d'un premier mariage avec Agnès qui l'a quitté pour "un gourou". Il a refait sa vie avec Hélène, elle a vingt-cinq ans, lui quarante. Ils auront deux enfants, Anne et Coline.

 

Il écrit son roman au moment de la parution du "Chagrin". Son fils David, qui a eu une adolescence difficile et ne lui a pas pardonné d'écrire sur sa famille, va lui envoyer un mail dont il ne se remettra pas :

 

"J'ai vidé et rangé l'appartement. Je pars demain à New York pour trois semaines. J'ai gagné largement de quoi payer mes loyers en retard, mais je préfère placer cet argent. Je n'ai aucun compte en banque qui porte le même nom que mon appartement, aucune adresse légale où je suis attaquable tous ces charmants huissiers vont donc se retourner contre toi."

 

C'est le début de ses colères mais aussi de ses interrogations. Pourquoi David agit-il ainsi ? A-t-il été un mauvais père ? Il va replonger dans ses souvenirs non seulement ceux qui concernent David mais aussi les souvenirs de sa jeunesse. Son père, Toto, est omniprésent et les huissiers qui viennent pour lui demander de régler les dettes de David, lui rappellent cruellement les huissiers de sa jeunesse.

 

De plus, David a laissé l'appartement dans un état épouvantable, nouvelle preuve qu'il cherche à lui faire du mal. Il apprendra aussi que David a donné de la drogue à sa soeur Claire, qui essaie vainement de défendre son frère. "Papa tu nous as dit que quoi qu'on fasse dans la vie, tu serais toujours là.- C'est vrai, ma chérie, je vous l'ai toujours dit. Mais j'aurais préféré qu'il braque une banque. Je serais allé le voir en prison, ça n'aurait rien changé entre nous. Tandis que ce qu'il m'a fait là, c'est tellement lâche, tellement dégueulasse..."

 

Marc Manson est très amoureux d'Hélène, un amour qui va finir par la détruire. Il a placardé ses photos près de son bureau, les examine à la loupe (!) et pourtant il n'arrive plus à dormir près d'elle. "Je me couche, mon chéri, tu viendras me rejoindre ? – Non, je vais dormir sur le canapé. – Tu ne dors pas, je t'entends marcher toute la nuit... (...) A l'instant où elle ferme la porte, la douleur est telle, parfois, que je tourne sur moi-même comme une toupie (...) Il essaie de se persuader que tout va bien mais "amenuisant ma vigilance, elle laisse l'angoisse me submerger, jusqu'à ce qu'au bord des sanglots, ou de la folie, je descende les quatre étages de notre maison en courant pour me jeter dans la rue."

 

Hélène, beaucoup plus lucide que Marc, va lui reprocher de la "fétichiser". "Tu aimes en moi une femme que tu as construite dans ta tête, dans tes livres." "Tu sais, Marc, ça commence à m'atteindre – Quoi Hélène ? – Que tu ne puisses plus dormir avec moi."

 

Marc Manson est vraiment un personnage ambigu. Bon père pour ses filles, bricoleur comme son père Toto, faisant de grandes promenades à vélo mais en ayant placé un magnétoscope dans ses chaussettes et ne cessant pas de discuter avec lui-même alors qu'il s'est précipité sur sa bicyclette pour essayer d'échapper à ses obsessions.

 

Le roman m'a laissée perplexe. Si l'auteur affirme qu'il écrit pour survivre je me demande à quel point un écrivain a le droit de se servir à ce point de la vie des autres. Bien sûr, tous les auteurs se servent de leur vécu. Ne dit-on pas que tous les romans sont un peu autobiographiques ? Mais ici, il y a un côté "destructeur" qui m'a beaucoup gênée.

 

Un moment de lucidité quand il se décrit "comme chiant, affreusement nocif, avec sa façon d'écrire sur tout, et puis de sanctifier les livres, comme si une fois finis, ils devenaient plus importants que la vie elle-même".

 

Il dira lors d'un entretien : "Je ne calcule pas du tout en écrivant. J'écris sur ce que je suis en train de vivre, sinon c'est artificiel. Je ne supporte pas l'idée de me voir fabriquer quelque chose."

 

Peut-on tout justifier ?

 

23/05/2011

ALAIN MINC.

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Alain Minc est né le 15 avril 1949. Bardé de diplômes, son parcours professionnel est sinueux. Auteur prolifique, il publie un livre par an. Intellectuel reconnu, souvent contesté, il est actuellement conseiller de Nicolas Sarkozy.

 

UN PETIT COIN DE PARADIS.

 

Le paradis d'Alain Minc n'est pas un coin de verdure, de fleurs odorantes, de soleil, non, son eden, c'est l'Europe. Son livre est un hommage même s'il admet qu'il y a bien des disparités entre les pays. La France n'est pas l'Allemagne, la Belgique n'est pas la Pologne, pour ne citer qu'eux. Il a choisi de comparer l'Europe aux Etats-Unis : "Il existe aujourd'hui une Europe des libertés auprès de laquelle les Etats-Unis font pâle figure."

 

Dans le premier chapitre du livre qu'il intitule "Le paradis des libertés" l'auteur cite la liberté d'expression, la peine de mort proscrite en Europe depuis des décennies, toujours en vigueur dans certains états des Etats-Unis, le record mondial que les Américains détiennent en nombre de prisonniers : plus de deux millions contre 1,5 millions en Chine. Alain Minc insiste évidemment sur la torture, Guantanamo, les prisons clandestines de la CIA, les traitements dégradants qui y sont pratiqués.

 

Comme exemple de la liberté des moeurs l'auteur prend l'homosexualité : mariage homosexuel, droit à l'adoption, pacs. J'ai été fort étonnée car dans son livre "Epîtres à nos nouveaux maître", paru chez Grasset en 2002, il trouvait exorbitant les demandes des gays !

Il était d'ailleurs aussi virulent envers les féministes, les communautaristes, les croisés de l'anti-mondialisation, les dévots de la pureté, dont le discours, d'après lui, omniprésent, fabriquait l'imaginaire collectif...

 

Autre avancée européenne, le droit à l'avortement de plus en plus contesté aux Etats-Unis, la Pologne résistant sous la pression de l'Eglise catholique. L'Euthanasie ne serait plus en Europe un sujet tabou alors qu'elle reste un sujet de crispation en Amérique. (Je ne suis pas tout à fait convaincue !)

 

L'immigration. Pour Alain Minc, l'Europe est la région du monde qui accueille le plus grand nombre d'immigré légaux et de demandeurs d'asile. Je renvoie le lecteur sceptique aux chiffres qu'il cite.

 

Prudent, il terminera son chapitre par cette réflexion : "Ce florilège d'exemples n'est ni exhaustif, ni incontestable mais il témoigne d'une évolution qui n'était pas acquise il y a quelques décennies, l'Europe va vers toujours plus de libertés. (...) Les Etats-Unis eux, suivent le chemin inverse." Optimiste, il dira que si les Européens n'avancent pas tous du même pas sur les sujets sensibles "Un engrenage s'est mis en place, qui voit peu à peu les Etats membres les plus rétifs s'aligner sur les plus audacieux."

 

Dans son second chapitre intitulé "Ni dieu, ni maître"  il comparera la religiosité des Etats-Unis avec la laïcité de l'Europe : "La liberté de la recherche ne bute pas sur des préceptes religieux mais se contente de cohabiter avec une morale laïque, par définition plus malléable" Son argument principal sera le transfert des fidèles des Eglises les plus traditionnelles vers les évangélistes, la bataille entre le créationniste et le darwinisme.

 

Je me souviens du livre du romancier américain, Douglas Kennedy, "Au pays de Dieu", dans lequel il racontait son voyage hallucinant dans les Etats du sud, connus sous le nom de "Ceinture de la Bible", le pays des fondamentalistes chrétiens. Un univers effrayant.

 

A propos de religion, il pose la question de l'irruption brutale de l'islam. Bouleversera-t-elle l'édifice harmonieux religion/laïcité de l'Europe ? Nul ne le sait.

 

Alain Minc consacre un chapitre à la démocratie. S'il cite la fameuse phrase de Churchill : "Le plus mauvais système à l'exception de tous les autres." son affirmation que la démocratie fonctionne mieux en Europe qu'aux Etats-Unis, ne m'a pas convaincue. Il cite l'élection de Georges W. Bush, digne d'une République bananière, la débauche de moyens des élections américaines, le poids des lobbys, tout cela, à mes yeux, n'est guère suffisant pour attaquer l'Amérique sur le plan de la démocratie.

 

Les autres chapitres sont consacrés aux finances et à l'économie, je ne m'aventurerai pas sur ces terrains-là que je laisse aux spécialistes.

 

Si Alain Minc s'était penché sur le système judiciaire aux Etats-Unis, qui alimente la polémique actuelle, j'en parlerais mais il ne l'a pas fait. (Sujet de son prochain livre ?)

 

Le livre est bien écrit, intéressant mais j'émets des réserves. Il trace de l'Europe un tableau idyllique qui n'est peut-être pas tout à fait objectif. J'ajouterai son anti-américanisme bien français. L'actualité nous a montré comment la France, qui se targue d'être le pays de Descartes, pouvait facilement perdre son esprit rationnel.

 

Oserais-je ajouter que la Belgique actuelle n'est pas vraiment un modèle de démocratie ?

 

11/05/2011

ANNIE ERNAUX.

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Annie Ernaux est née à Lillebonne le 1er septembre 1940. Elle a été institutrice, professeur de littérature et, depuis 1974, écrivain. (voir billet du 10 août 2009).

 

UNE FEMME.

 

"Ma mère est morte le lundi 7 avril à la maison de retraite de l'hôpital de Pontoise, où je l'avais placée il y a deux ans. L'infirmier a dit au téléphone : "Votre mère s'est éteinte ce matin, après son petit déjeuner." Il était environ dix heures."

 

Dans la semaine qui a suivi, il m'arrivait de pleurer n'importe où. En me réveillant, je savais que ma mère était morte. Je sortais de rêves lourds dont je ne me rappelais rien, sauf qu'elle y était, morte. Je ne faisais rien en dehors des tâches nécessaires pour vivre, les courses, les repas, le linge dans la machine à laver. Souvent j'oubliais dans quel ordre il fallait les faire, je m'arrêtais après avoir épluché les légumes, n'enchaînant sur le geste  suivant, de les laver, qu'après un effort de réflexion. Lire était impossible."

 

Annie Ernaux va cependant décider d'écrire un livre sur sa mère, un livre d'hommage. Sa mère était une ouvrière, aspirant à une autre vie. Elle sera heureuse quand elle sera patronne d'un café-alimentation. Elle est hantée par sa condition sociale et rêve d'une autre vie pour sa fille. Elle a vécu la guerre. Elle la racontera comme un roman, la grande aventure de sa vie

 

"La femme de ces années-là était belle, teinte en rousse. Elle avait une grande voix large, criait souvent sur un ton terrible. Elle riait aussi beaucoup, d'un rire de gorge qui découvrait ses dents et ses gencives. Elle chantait en repassant, Le temps des cerises, Riquita jolie fleur de java..."

 

L'auteur va puiser dans ses souvenirs. Elle se rappelle qu'enfant sa mère lui faisait des cadeaux, à la moindre occasion. Son obsession : "Je ne voudrais pas qu'on dise que tu es moins  bien que les autres."

 

Commerçante, elle appartenait à ses clients, qui les "faisaient vivre". Toujours souriante dans son magasin, son sourire s'effaçait le soir, quand elle était épuisée par son travail. Et pourtant, elle poursuivait son désir d'apprendre à travers sa fille, la faisait parler de son école, de ce qu'on enseignait, des professeurs.

 

Adolescente, l'auteur s'est détachée de sa mère, leurs disputes portent autour de l'interdiction de sortir, sur les vêtements... "Nous savions toutes les deux à quoi nous en tenir : elle, sur mon désir de plaire aux garçons, moi, sur sa hantise "qu'il m'arrive un malheur", c'est-à-dire coucher avec n'importe qui et tomber enceinte."

 

Plus tard, sa mère va accepter de la laisser partir, au lycée de Rouen, plus tard à Londres, prête à tous les sacrifices pour qu'elle ait une vie meilleure que la sienne.

 

Quand Annie Ernaux épouse quelqu'un d'un milieu supérieur au sien, elle a cette réflexion étrange : "Tâche de bien tenir ton ménage, il ne faudrait pas qu'il te renvoie."

 

Quand l'auteur recueille sa mère chez elle, celle-ci se comporte comme si elle était une employée, se charge de toutes les tâches ménagères, elle est heureuse.

 

Quand Annie et son mari déménagent en région parisienne et habitent un pavillon dans un lotissement neuf, où écoles et commerces sont à deux kilomètres, sa mère ne le supporte pas. "Dépendre de moi et de ma voiture pour le moindre de ses besoins, une paire de bas, la messe ou le coiffeur, lui pesait. Elle devenait irritable..."

 

Sa mère habitera un moment un studio mais elle sera rattrapée par la maladie d'Alzeimer. L'auteur décrit la lente progression de la maladie et comment elle a dû se résigner à placer sa mère dans un home où elle mourra.

 

Un tout petit livre d'une centaine de pages publié chez Folio. Un livre d'amour. Un livre émouvant qui nous apprend beaucoup sur la génération de sa mère mais aussi sur l'auteur.

 

"Ceci n'est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l'histoire. Il fallait que ma mère, née dans un milieu dominé, dont elle a voulu sortir, devienne histoire, pour que je me sente moins seule et factice dans le monde dominant des mots et des idée où, selon son désir, je suis passée."    

 

 

10/05/2011

DELPHINE de VIGAN.

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Delphine de Vigan, née le 1er mars 1966, vit à Paris. Elle est mère de deux enfants. Le succès de No et moi, récompensé par le Prix des Libraires  lui a permis de se consacrer entièrement à la littérature. Les Heures souterraines  est son cinquième roman, publié chez Lattès  en livre de poche. (Voir billet du 25 novembre 2010).

 

LES HEURES SOUTERRAINES.

 

Mathilde Debord, la narratrice, est veuve et vit avec ses trois garçons. Elle est l'adjointe du Directeur Marketing de la principale filiale Nutrition et Santé d'un groupe alimentaire international. Elle collabore activement et en bonne entente avec son directeur Jacques Pelletier depuis plus de huit ans.

 

Un jour, tout va basculer. Jacques et elle accueillent un institut renommé, venu leur présenter les résultats d'une étude commandée deux mois plus tôt. Mathide trouve l'étude excellente; Jacques, de manière inattendue, la critique. Mathilde, qui d'habitude est d'accord avec lui, ne comprend pas. "Mais cette fois, l'attitude de Jacques lui avait paru d'une telle injustice qu'elle n'avait pas pu s'empêcher de reprendre la parole. Sur le ton de l'hypothèse, sans le contredire directement, elle avait expliqué en quoi il lui semblait que les orientations proposées (...) méritaient d'être étudiées." Jacques l'avait regardée longtemps puis avait quitté la salle sans la saluer.

 

Depuis ce jour, l'attitude de Jacques à l'égard de Mathilde se modifie. Si bien qu'elle s'interroge et demande à un collaborateur, Eric, son avis. "A voix basse, Eric lui avait répondu qu'elle avait agi ce jour-là, comme aucun d'entre eux n'avait osé le faire, et c'était bien."

 

Tout aurait pu en rester là. Mais, sans qu'elle comprenne pourquoi, Jacques va enclencher une véritable persécution tout en refusant de s'expliquer.

 

Delphine de Vigan va décrire minutieusement la stratégie du directeur. Il ne l'invite plus aux réunions, lui enlève ses dossiers et va même profiter de son absence pour la remplacer. Il la relègue dans un cagibi, appelé "les chiottes", le local 500-9, sans fenêtre, situé à côté des toilettes et de la photocopieuse. Il va justifier cette décision par une soi-disant réorganisation au sein de l'entreprise.

 

Mathide tombe en pleine dépression. "Elle a cru qu'elle pouvait résister. Elle a cru qu'elle pouvait faire face. (...) Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence" "Avant, elle prenait des nouvelles de ses amis. Elle téléphonait. (...) Aujourd'hui, elle n'appelle plus. Elle ne sait plus quoi leur dire. Elle n'a rien à raconter. Elle refuse les dîners, les soirées, elle ne va plus au restaurant, ni au cinéma, elle ne sort plus de chez elle."

 

Elle a cherché l'appui du syndicat, qui lui a conseillé de construire un dossier et surtout de ne pas démissionner. Eric, à qui elle demande de témoigner de la manière dont elle est traitée, refuse : "Je ne peux pas, Mathilde. Tu sais que je ne peux pas me permettre de perdre mon boulot. Je suis désolé, je ne peux pas."

 

Mathide se rend compte qu'elle a laissé Jacques construire un système d'exclusion, système efficace contre lequel elle ne peut rien.

 

Elle fait appel à la DRH, Patricia Lethu, qui affirme qu'elle va l'aider. Mais, elle finit par lui avouer que Jacques Pelletier s'est plaint de ce qu'elle était agressive à son égard, qu'elle n'adhérait plus aux orientations de l'entreprise etc. Il a rédigé une note qui figure dans son dossier.

 

 Patricia va lui proposer de postuler dans une autre filiale du groupe. Ce qu'elle fait. Sa candidature est acceptée mais Jacques Pelletier refuse de la laisser partir. "Selon lui, aucune mutation ne peut être envisagée avant quatre ou cinq mois".

 

Sa vengeance, il la pousse jusqu'au bout. Il a décidé qu'il aurait sa "peau", il a réussi.

 

Mathilde se décidera à démissionner...

 

En parallèle, Delphine de Vigan, décrit la vie d'un médecin généraliste, Thibaud, déprimé par une déception amoureuse et qui n'arrive plus à assumer son métier.

 

Mathide et Thibaut se rencontreront...

 

Le harcèlement au sein d'une entreprise, l'abus de pouvoir, la volonté de déstabiliser, voire de détruire quelqu'un est malheureusement, parfois, une réalité. Sans aller aussi loin que ce que décrit Delphine de Vigan, directeur ou collègue peuvent pourrir la vie de n'importe qui. Parfois, insidieusement et faire face est toujours difficile. Combien " de victimes"se culpabilisent, arrivent à perdre toute estime de soi ?

 

Que dire ? La vie professionnelle est souvent difficile. Nous ne sommes, tout compte fait, que des hommes, comme le disait Alain, des animaux énigmatiques !