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13/09/2011

ANDREÏ MAKINE.

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Andreï Makine est né en Sibérie le 10 septembre 1957. Il a passé son enfance et adolescence dans un orphelinat sibérien. Brillant élève en philosophie et en français, il a rédigé une thèse de doctorat sur la littérature française contemporaine. Il s'est installé à Paris à l'âge de trente ans.Son premier roman "La fille d'un héros de l'Union soviétique" a été publié en 1990. (voir billet de septembre 2009). Il a reçu le prix Goncourt pour "Le testament français". En 2001 paraissait "La Musique d'une vie". (voir billet de mars 2010).

 

LE LIVRE DES BREVES AMOURS ETERNELLES.

 

Le tout premier chapitre du livre est très intéressant et inaugure ce que sera le livre. Le narrateur raccompagne son ami, Dmitri Ress, jusqu'à son domicile. Ress a passé quinze ans derrière les barbelés. Il ne critiquait pas les tares spécifiques du régime en place, dans la Russie d'alors mais "la servilité avec laquelle tout homme en tout temps renie l'intelligence pour rejoindre le troupeau."

 

Au moment de la rencontre, Ress est âgé de quarante-quatre ans mais en paraît septante. Souffrant d'un cancer, il n'a plus que quelques mois à vivre mais il n'a rien renié de ses convictions. Le narrateur repense à ce que disait un de ces familiers : "Il aimait... comme on ne peut être aimé... qu'ailleurs que sur cette terre."

 

Tous les deux regardent le défilé du premier mai et surtout les tribunes. Comme le narrateur lui fait remarquer que le peuple se fiche de ces tribunes, il réagit avec violence : "Non ! Le peuple ne s'en fiche pas. Il en a besoin." "Peu lui importe de savoir qui remplit les tribunes, l'essentiel est qu'elles soient remplies. C'est ça qui donne son sens à la vie de notre fourmilière humaine." Ress va ajouter, parlant d'un défilé imaginaire : "Dans le défilé, il y aura de nouveau ces trois catégories : des placides très majoritaires, des ricaneurs et quelques rebelles marginaux."

 

L'essentiel, il le dira un peu plus tard : "Mais il y a ... Il y a aussi ceux qui ont la sagesse de s'arrêter dans une ruelle comme celle-ci et de regarder la neige tomber, de voir un lampe qui est allumée dans une fenêtre, de humer la senteur du bois qui brûle. Cette sagesse, seule une infime minorité parmi nous sait la vivre. Moi, je l'ai trouvée trop tard, je commence à peine à la connaître".

 

C'est la première fois qu'Andreï Makine parle de l'orphelinat. Il croit en la propagande officielle du régime, le communisme sensé apporter le bonheur à tous, être un monde fraternel. Il est fier de défiler avec ses camarades. Il est bien trop jeune pour comprendre ce que signifie vraiment ces défilés à la gloire du parti. Il ressent un "état d'euphorie et même d'extase", il est heureux. Nous sommes en 1960.

 

Perdu dans un labyrinthe, (les restes des tribunes) après un défilé, avec son école, il va apercevoir une femme assise sur un bout de gradin, un livre sur les genoux. "J'arrêtais ma descente, me figeait, conscient que ce qui se passait n'appartenait pas au monde dans lequel je vivais. C'était la toute première fois que le sens de la féminité m'apparaissait avec autant d'évidence."

 

Cette première rencontre prélude à beaucoup d'autres sera une prise de conscience. "L'amour, murmura en moi une voix incrédule. Tout était prévu dans la société idéale : le travail enthousiaste des masses, les progrès fabuleux de la science et de la technique, la conquête spatiale menant l'homme ves des galaxies inconnues, l'abondance matérielle et la consommation raisonnable liée au changement radical des mentalités. Tout, absolument tout ! Sauf...

 

Le narrateur va raconter huit histoires d'amour. On voit ainsi défiler la jeune femme qui pleure dans un parc et dont la douleur marque à jamais le narrateur enfant, l'ancienne secrétaire de Lénine qui vit pauvre et se cache, sa petite fille Maïa qui lui apprendra la vraie histoire de sa grand-mère, Veka qui habite près d'une usine avec sa mère Elsa, une autre jeune fille qui l'entraînera dans une pommeraie...

 

C'est donc par des amours brèves mais dont le souvenir restera toujours vivant que le narrateur va cheminer vers une autre vision de la vie.

 

"Il me fallut aussi beaucoup d'années pour savoir discerner, derrière une brève hisoire de tendresse adolescente, le bonheur lumineux que mon amie et sa mère Elsa m'avaient si discrètement transmis. (...) Avec l'âge je comprendrais de mieux en mieux que la paix qu'elles réussissaient à faire régner dans un endroit aussi désolé, oui, cette sérénité indifférente à la laideur et à la grossièreté du monde, était une forme de résistance, peut-être plus efficace que les chuchotements contestataires que j'allais entendre dans les milieux intellectuels de Leningrad ou de Moscou."

 

Un livre dédié aux femmes et à l'amour.

 

05/09/2011

ZOË BARNES.

 

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Zoë Barnes est née à Liverpool. Après avoir exercé différents métiers, elle publie son premier roman "Jusqu'aux yeux..."  en 2002. Suivront "Mariée à tout prix" "Peinture fraîche" "Ex-appeal". Son dernier roman "Coup de foudre au zoo" a été publié en janvier 2009. Elle est traduite dans plus de dix pays.

 

COUP DE FOUDRE AU ZOO.

 

L'héroïne, Cally Storm, est cadre dans une entreprise qui vient d'être reprise par une firme italienne. Un jour de mars, elle est brutalement licenciée par le nouveau directeur des ressources humaines, un Italien, au costume chic et aux yeux marron clair, qui s'exprime très mal en anglais. Le choc est brutal. Elle ne s'y attendait pas du tout.

 

Rentrée chez elle, elle surprend son mari Rob, tranquillement adossé contre le manteau de la cheminée, en train de téléphoner à sa maîtresse. Malgré ses supplications, ses excuses "C'était juste pour m'amuser un peu" elle le met dehors.

 

Elle va s'installer chez ses parents qui ne comprennent pas qu'elle ait pu quitter Rob. Elle y restera quelques semaines, profondément déprimée. Sa mère Evie essaie de l'aider mais sans succès. Cally refuse obstinément de quitter sa chambre. Même insuccès de la part de son frère Apollon.

 

Son ami Eddie aura plus de chance usant d'un stratagème, retrouver sa "princesse Leïa". Il l'emmène dans un magasin : "Un trésor dans le grenier : livres et curiosités". Elle y retrouve une amie d'enfance, Liddy, propriétaire du magasin, qui, peu à peu, va la sortir de sa déprime.

 

Elle propose à Eddie de partager son appartement, s'installe chez lui et décide qu'il est temps de chercher du travail. Son frère l'aide à rédiger un CV un peu truqué ! Comme elle a reçu des bons de formation lors de son licenciement, son frère l'emmène dans une agence de recrutement qui organise des stages. Après un passage dans une entreprise qui livre des glaces, la responsable Christina Shaw l'envoie dans un zoo pour parfaire ce qu'elle est censée apprendre : la gestion d'entreprise.

 

Ce n'est pas vraiment dans un zoo qu'elle commence son stage. Il y a bien des animaux mais le propriétaire lui apprend que c'est "une expérience, un centre éducatif". Elle est là pour devenir "éducateur-soigneur" appellation des gardiens. Son travail va consister à s'occuper des animaux, les soigner, les éduquer, les nourrir et... nettoyer.

 

Un travail ingrat mais, à sa grande surprise, Cally va s'attacher aux animaux, au point de refuser un autre stage proposé par Christina.

 

 Plus tard, elle va même refuser un emploi proposé par son ancienne entreprise. Elle accepte l'entretien d'embauche. Son bureau est au troisième étage, son rêve antérieur synonyme de promotion, sa voiture de fonction est splendide et pourtant elle sent comme un malaise. "Vers le milieu de l'après-midi, elle en avait par-dessus la tête de ces gens dont il fallait déchiffrer les propos car ils ne disaient jamais ce qu'ils pensaient réellement. (...) Donna, Vernon, même Bob le Feignant : eux ils étaient authentiques. (...) Elle repense à Colin (un putois dont elle s'occupait) et se pose la question : "Allait-elle vraiment abandonner Colin pour ça ? Un bureau, une voiture, et une chance d'attraper un ulcère gastrique perforé avant ses trente-cinq ans ?" Elle refuse le poste et retourne au zoo.

 

Comme le suggère le titre du livre, elle y rencontrera l'amour et mettra définitivement fin à sa relation avec son mari. Celui-ci n'a jamais abandonné l'espoir qu'elle lui revienne, inventant des stratagèmes les plus farfelus : lui faire croire qu'il a une colocataire, (en réalité un cactus), la menacer de vendre la maison etc.

 

C'est donc une histoire toute simple que raconte Zoë Barnes mais elle la ponctue d'anecdotes cocasses ce qui provoque un rire permanent chez le lecteur.

 

Ce n'est certainement pas de la grande littérature mais un livre à conseiller contre la déprime... Et tout de même un message : qu'est-ce qui est important dans la vie ? L'argent, le pouvoir ou l'authenticité, l'affection, les relations vraies ?

 

J'ai beaucoup aimé le livre, je ne me suis jamais ennuyée et, je l'avoue, je l'ai lu d'une traite ne parvenant pas à le refermer même pendant quelques heures !   

 

16/08/2011

IRENE NEMIROVSKY.

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 Irène Némirovsky est née le 24 février 1903 à Kiev. Elle a commencé à écrire en français à l'âge de 18 ans. Elle a obtenu une licence en lettres à la Sorbonne en 1924. Son premier roman Le Malentendu  a été publié en 1926. "David Golder" la rendra célèbre en 1929. Elle publiera d'autres romans notamment Le Bal (1930)  adapté au cinéma et Jézabel. (1936). Ecrivain francophone reconnue, le gouvernement français lui refusera pourtant sa naturalisation.

 

Elle se convertit au catholicisme le 2 février 1939, sans doute pour se mettre à l'abri des persécutions antisémites. Considérée par la loi comme juive, elle portera l'étoile jaune et sera interdite de publication pendant la guerre. Elle sera déportée à Auschwitz et décédera, gazée, en 1942.

 

Elle recevra à titre posthume le prix Renaudot en 2004 pour son roman "Suite française".

(billet du 3 juin 2010).

 

JEZABEL.

 

Le roman s'ouvre par le procès de Gladys Eysenach accusée d'avoir assassiné son amant Bernard Martin, âgé de vingt ans. Elle a avoué l'avoir tué mais refuse toute explication. Procureur et avocat de la défense s'affrontent. C'est un procès qui passionne l'opinion car Gladys est extrêmement riche, belle, célèbre. Elle est la maîtresse d'Aldo Monti, d'une famille italienne très honorable. Elle a cependant refusé de l'épouser. Le procureur se demande comment elle pu être la maîtresse d'un jeune paumé mais elle refuse de répondre. "Que l'on ne m'interroge plus, je ne dirai plus rien... J'ai tout avoué, tout ce qu'on a voulu". Elle est condamnée à cinq ans de prison.

 

L'auteur va retracer la vie de Gladys. Elle apparaît superficielle, futile, égoïste. Elle veut être aimée mais n'aime pas. Elle cherche constamment à se prouver à elle-même qu'elle exerce une grande emprise sur les hommes. Séduire, être la plus belle, attirer les regards. Mais cette vie futile ne la rend pas heureuse.

 

Sa préoccupation la plus forte est l'obsession de l'âge. Elle a peur de vieillir. Elle ira jusqu'à falsifier son extrait de naissance pour cacher son âge ! Elle dira même à sa fille : "Oh ! Marie-Thérèse, promets-moi que le jour où tu me verras vieille, vraiment vieille, tu me tueras pendant mon sommeil."

 

Marie-Thérèse a dix-huit ans mais elle ne lui en reconnaît que quinze. "Autour d'elle, toutes les femmes faisaient ainsi. Elles retranchaient une, deux, trois années aux enfants qu'elle ne pouvaient cacher, et, peu à peu, elles-mêmes oubliaient l'âge véritable, satisfaisant ainsi une double illusion de femme et de mère..."

 

Le drame survient quand Marie-Thérèse lui apprend qu'elle veut se marier. C'est un choc, elle refuse, lui demande d'attendre, elle ne peut s'imaginer devenir grand-mère, synonyme pour elle de vieillesse. Marie-Thérèse va se révéler très lucide. "Je n'ai pas quinze ans. Et vous n'avez pas trente ans. Je ne suis pas une enfant. Vous le disiez, et moi, je le laissais dire, d'abord parce que cela m'était égal, et surtout, dit-elle en baissant la voix, parce que j'avais honte pour vous, maman, j'avais honte et pitié de vous..."

 

La guerre éclate et le fiancé de Marie-Thérèse est envoyé au front. Il meurt. Sa fille lui apprend qu'elle est enceinte, bien décidée à garder son enfant malgré les demandes de sa mère qui veut qu'elle avorte. "Quand elle comprit que l'enfant allait naître elle songea. Je n'appellerai pas. J'attendrai que l'enfant naisse ou que je meure. Et quand l'enfant sera né, personne au monde n'aura la force de me l'enlever. Je le serrerai si fort, je le tiendrai si serré contre moi, contre mon coeur, que personne ne pourra me le prendre. Et si je meurs, il mourra avec moi."

 

Le roman se terminera dans l'horreur absolue. Marie-Thérèse meurt en mettant son enfant au monde. Gladys ne veut pas le voir, c'est une servante qui l'emportera et Gladys fera croire que sa fille est morte de la poitrine.

 

Même la mort de sa fille ne changera pas Gladys. Elle continuera ses frivolités mais sera rattrapée par la vie. Un autre drame surgira, qui la conduira à commettre un meurtre.

 

Je laisse le lecteur dans le suspense pour ne pas déflorer le roman. Qui est donc ce jeune homme qu'elle a tué ?

 

L'histoire se passe en 1930. L'auteur a centré son roman uniquement sur le personnage de Gladys. L'auteur la décrit sans complaisance mais sans critique. Le talent de l'auteur fait que l'on continue sa lecture malgré l'horreur qu'inspire le personnage.

 

En refermant le livre, j'ai d'abord eu un sentiment de soulagement. Une telle mère ne pourrait pas exister à notre époque. Et pourtant ? Les drames qui surviennent encore de nos jours montrent que l'optimisme n'est pas de mise. L'homme sera toujours capable du pire comme du bien. C'est la condition humaine.

 

Le titre du livre est emprunté aux très beaux vers de Racine "Le songe d'Athalie"

 

"C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.

Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage."

 

12/08/2011

FRANCOISE GIROUD.

 

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Françoise Giroud de son vrai nom Lea France Gourdji est née le 21 septembre 1916 à Lausanne, en Suisse. Journaliste, écrivain, femme politique, elle a marqué son époque. Elle est décédée à Paris, le 19 janvier 2003. (Voir billet du 29 juin 2010).

 

LOU : HISTOIRE D'UNE FEMME LIBRE.

 

Lou Andreas-Salomé est née le 12 février 1861 à Saint-Pétersbourg, décédée à Göttingen le 5 février 1937. Elle est écrivain et psychanalyste.

 

Elle a intrigué tous ses biographes parce qu'elle est restée vierge jusqu'à ses trente-six ans malgré les multiples demandes en mariage et l'incompréhension de sa mère. Françoise Giroud émet l'hypothèse d'un inceste dans sa jeunesse mais rien ne le prouve.

 

Elle est surtout connue pour l'amour fou qu'elle a inspiré à Friedrich Nietsche, au philosophe Paul Rée, au poète Rainer Maria Rilke. Tous les trois l'ont demandée en mariage mais elle a refusé. Elle sera une amie très admirée de Sigmund Freud, mais il dira n'avoir jamais eu d'attirance sexuelle pour elle.

 

FRIEDRICH NIETSCHE.

 

Elle a 21 ans quand elle le rencontre, il en a 38. Il en tombe éperdument amoureux mais elle refuse de l'épouser. Il l'initie à la philosophie. Il est connu mais pas encore célèbre. Souffrant de maux de tête violents,  il a dû renoncer à sa chaire d'enseignement. Accompagné de son ami Paul Rée, il rencontre Lou à Rome, chez une amie Malwida. Le séjour sera idyllique.

 

Paul Rée est aussi épris de Lou, avec qui il parle philosophie, métaphysique et d'une question qui poursuivra Lou toute sa vie, l'existence de Dieu.

 

Lou lui proposera de vivre platoniquement à trois, Nietsche, lui et elle. Un projet fou. Nietzche accepte mais il finit par rompre, profondément blessé. Il tombe en pleine dépression. C'est après la rupture qu'il écrira Ainsi parlait Zarathoustra où apparaît  la notion de "surhomme".

 

François Giroud rappelle comment la soeur de Nietzsche, Elisabeth, trafiquera plus tard l'oeuvre de son frère la transformant en bible de la pensée allemande.

 

Quant à Nietzche, il finira par détester Lou et écrira sur elle des choses horribles. Devenu célèbre, il sera le philosophe de la mort de Dieu. Lou va profiter de sa notoriété pour écrire des articles donnant le sentiment qu'il a existé une grande intimité entre eux. Mais certains ne lui pardonneront jamais d'avoir rejeté Nietzche. Sa mort en 1900, à cinquante-cinq ans, ne l'affectera pas, elle l'a admiré pas aimé.

 

Paul Réé se tournera vers la médecine et après des années d'amitié finira par rompre avec Lou. Il lui laissera un papier plié sur lequel il a écrit : "Soyez bonne, ne me cherchez pas."

 

FRIEDICH CARL ANDREAS.

 

C'est en 1887, qu'elle rencontrera Friedich Carl Andreas. Il passe à Berlin pour le meilleur spécialiste de la culture persane. Il a des relations intenses avec la nature. Lou va accepter de l'épouser, mais un mariage blanc, pour l'éternité. Ils finiront cependant leur vie ensemble dans une maison à Gôttingen. On ne saura jamais pourquoi Lou a décidé d'associer son nom au sien.

 

RENE MARIA RILKE.

 

Lou le rencontre en 1897 à Munich. Il a quatorze ans de moins qu'elle. Il la surnomme "mon buisson ardent". Leur amour durera trois ans, mais leur amitié, plus de trente. Elle est sa muse. Ils font un voyage en Russie, mais après bien des accros, elle le jette. "Tu dois partir... Va-t-en".

 

SIGMUND FREUD.

 

Elle a cinquante ans et est installée avec Andreas à Gottingen, quand elle rencontre Freud. Elle suivra ses séances de travail du mercredi et participera au IIIe Congrès de psychanalyse de Weimar. Freud sera fasciné par son amour de la vie et son intelligence. Lou n'est pas une grande figure de la psychanalyse mais elle n'hésitera jamais à marquer son désaccord avec Freud notamment sur le narcissisme. Il l'encouragera à pratiquer la psychanalyse.

 

UNE FEMME LIBRE.

 

 

Françoise Giroud parle des nombreux amants de Lou après sa période virginale. Cela a peu d'intérêt. Je mentionnerai seulement qu'elle n'a jamais ressenti aucun sentiment de culpabilité et malgré sa croyance en Dieu, la notion de péché lui est totalement étrangère.

 

Françoise Giroud terminera son livre en disant : "Ni modèle, ni exemple, Lou Adreas-Salomé fut simplement pionnière dans l'art d'être soi."

 

Au début de sa vie, écoeurée des demandes en mariage, elle dira :  "Nous devons faire ceci, nous devons faire cela. Je n'ai aucune idée de ce qui est ce nous. C'est seulement de moi que je sais quelque chose. Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis très certainement vivre ma propre vie et je le ferai quoi qu'il advienne. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe, mais quelque chose de beaucoup plus merveilleux, quelque chose qui est en moi, quelque chose qui est tout chaud de vie, plein d'allégresse et qui cherche à s'échapper."

 

"Mais qu'est-ce qu'ils ont, ces hommes, incapables d'amitié, oui, d'amitié tout simplement."

 

On peut trouver sa vie scandaleuse. Néanmoins, il fallait du courage et une grande confiance en soi pour résister à toutes les pressions sociales qui, à l'époque surtout, poussaient les femmes à ne voir leur salut que dans le mariage. Elle n'a jamais dépendu de quelqu'un financièrement. Elle a choisi sa vie. Elle a montré que l'amitié entre un homme et une femme était possible, dans l'égalité, mais on comprend combien pour un homme ce principe était difficile à accepter.

 

08/08/2011

BERNARD PIVOT.

Mots de ma vie, confidences, humour, réflexions, émissions littéraires

LES MOTS DE MA VIE.

 

J'avoue avoir hésité avant d'acheter le livre. Ecrire ses mémoires en forme de dictionnaire me semblait original mais étrange. De plus, je connaissais l'amour de Bernard Pivot pour les mots inconnus et je craignais de lire une énumération de mots bizarres comme ceux qu'il avait plaisir à placer dans ses dictées.

 

J'ai donc surmonté mon appréhension et j'ai lu le livre. J'ai été, le mot est faible, enthousiasmée. Quel régal ! Je croyais d'abord le feuilleter, picorer mais j'ai décidé, je ne le regrette pas, de le lire de la première à la dernière page comme je le fais d'habitude.

 

Bernard Pivot donne une double explication à son choix. Il a lu le Dictionnaire Larousse" avant de lire les livres. "J'ai vagabondé dans le vocabulaire avant de me promener dans la littérature". La seconde est que la mémoire n'est jamais chronologique. "Elle est vagabonde, capricieuse. Elle ne livre que ce qu'elle veut, quand elle le veut".

 

Son livre nous apprend peu de choses sur sa vie. Il dissimule les événements sous un paragraphe consacré à un mot qui, à priori, n'a rien à voir avec son vécu. Ainsi "Je suis devenu un homme quand j'ai commencé d'admirer". Il confie qu'adolescent, il n'avait rien qui ressemble à de l'ambition. C'est une modestie qu'il conservera toute sa vie. Au sommet de son succès, il refusera la direction d'une chaîne de télévision pour "incompétence". Il est journaliste. Il ajoutera que son impatience cadre mal avec une fonction de direction. Il n'hésitera jamais à refuser de participer à des débats dont le sujet lui était étranger.

 

Le lecteur trouvera pourtant des détails intimes. A quatorze ans, le baiser énigmatique d'une femme dont il admirait la beauté, le rappel ému d'un amour d'adolescent. Il confesse son  amour des femmes alors qu'il se demande s'il n'a pas été un macho, pris entièrement par ses lectures. " "La lecture isole, sépare. Le lecteur fuit, il est toujours ailleurs." Il a  peu de temps à consacrer à sa famille. Cela ne l'empêchera pas de faire l'éloge de sa femme : "Son équilibre fortifiait le mien. Son énergie alimentait la mienne. (...) De nombreuses années se sont succédé, et je suis devenu peu à peu un lecteur plus pressé qu'un mari empressé." Pourtant, il confiera dans un autre chapitre, le poignant d'une séparation. "Je restais, mais je devrais maintenant cohabiter avec une squatteuse : la mauvaise conscience."

 

A-t-il été un bon père ? Pas dans le sens où on l'entend aujourd'hui : "Ca m'arrangeait bien de penser que j'étais plus utile à ma famille dans la culture que dans la puériculture." Mais il a bien légué à ses filles le goût de se cultiver, de s'instruire, d'aimer la vie.

 

Il nous fait d'autres confidences par exemple sur sa manière de lire. "Je ne sais lire qu'assis sur une chaise, dans un fauteuil ou un canapé. (...) Le corps bien calé, sur du dur, de préférence devant un bureau ou une table pour prendre des notes, voilà ma meilleure position pour lire."

 

Plus connu peut-être son amour des chats, du football, de la gastronomie, les demi-lunes... S'il ne parle pas du vin c'est parce qu'il lui a consacré un autre dictionnaire. Il fait un grand éloge de l'amitié et avec humour dit : "Pourquoi analogue à l'expression "faire l'amour", n'existe-t-il pas l'expression "faire l'amitié" ?

 

Autres confidences : le chiffre 5 porte-bonheur et le marron qu'il a toujours dans la poche, son regret  de ne pas avoir étudié le latin et le grec, sa préférence pour les émissions en direct. Plus inattendu, il regrette de ne pas être désinvolte, voire rock' n' rock

 

Pas de confidences sur ses parents, sauf l'épicerie familiale à Lyon. Ses débuts ? Un lointain parent par alliance, le voyant souvent lire des quotidiens ou des revues lui suggère de devenir journaliste. Il réussit le concours d'entrée du Centre de formation des journalistes, devient un étudiant brillant et sort deuxième de sa promotion. Par une chance extraordinaire, il entrera au Figaro Littéraire, à France Culture, Europe 1 puis à la télévision pour une émission littéraire. "Ouvrez les guillemets" "Apostrophes"" Bouillon de Culture" "Double-Je" :  un succès qui ne se démentira jamais. Il parle peu de ses émissions car il a publié en 2001 : "Le Métier de lire, d'Apostrophes à Bouillon de Culture, réponses à Pierre Nora."

 

Je serais incomplète si je ne mentionnais pas les mots, qu'il triture, analyse. Cela nous fera plaisir, à nous Belges, qu'il cite "Carabistouille", qui n'existait pas en France et qu'il a repris dans "100 mots à sauver."

 

Son livre est plein d'humour, truffé d'analyses ou de réflexions sur les écrivains, les livres, la foi, la vieillesse et bien d'autres sujets.

 

De manière irrévencieuse je terminerai par sa réflexion : "Vieillir, c'est chiant" en lui souhaitant de garder longtemps son amour des livres et de la vie.