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03/11/2011

MARIO VARGAS LLOSA.

 

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 Né en 1936 au Pérou, Mario Vargas Llosa passe une partie de son enfance en Bolivie. Dès l'âge de quatorze ans, il est placé à l'Académie Militaire de Lima qui lui laisse un sinistre souvenir. Parallèlement à des études universitaires, il collabore à plusieurs revues littéraires et, lors d'un bref passage au Parti communiste, découvre l'autre visage du Pérou. Il se lance dans le journalisme comme critique de cinéma et chroniqueur. Il obtient une bourse et part poursuivre ses études à Madrid où il passe son doctorat en 1958.

 

L'année suivante, il s'installe à Paris. Il a écrit de nombreux romans couronnés par des prix littéraires prestigieux. Devenu libéral après la révolution cubaine, il fonde un mouvement de droite démocratique et se présente à l'élection présidentielle de 1990. Il est battu au second tour. Romancier, critique, essayiste lucide et polémique, il est considéré comme l'un des chefs de file de la littérature latino-américaine.

 

En 2010;  il a reçoit le Prix Nobel de littérature. Son discours à Stockholm est intitulé "Eloge de la lecture et de la fiction."

 

Le Point du 20 octobre publie un extrait de son discours : "Celui qui cherche dans la fiction ce qu'il n'a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu'elle est ne suffit pas." "Combien séditieuses deviennent les fictions quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s'y épanouit avec l'obscurantisme et la peur qui le guettent dans le monde réel. Qu'ils le veuillent ou non, qu'ils le sachent ou pas, les fabulateurs, en inventant des histoires, propagent l'insatisfaction en montrant que le monde est mal fait, que la vie de l'imaginaire est plus riche que la routine quotidienne."

 

Une déclaration qu'il explicite dans l'entretien donné au Point. La littérature donne au lecteur la conviction que le monde n'est pas à la mesure de ses ambitions ou de ses rêves. Et "cette insoumission au monde" fait désirer une autre vie que la vie réelle, forge, des esprits critiques épris d'idéal. "Lire c'est se mettre en état d'alerte permanent contre toute forme de tyrannie, c'est se blinder contre la manipulation de ceux qui veulent nous faire croire que vivre entre les barreaux, c'est vivre en sécurité."

 

"Lire, c'est protester." Une conception déconcertante de la littérature.

 

TOURS ET DETOURS DE LA VILAINE FILLE.

 

La vilaine fille est Lili que Ricardo rencontre à Lima, en 1950. Il en tombe éperdument amoureux. Elle lui fait croire qu'elle est chilienne alors qu'elle habite un quartier très pauvre de la ville. C'est son premier mensonge.

 

Tout le roman est le récit de l'amour fou de Ricardo pour la petite chilienne de son enfance. Il la retrouvera à Paris, devenue la camarade Arlette. Elle a réussi à quitter le Pérou par le biais d'une bourse devant aider sa formation de futur maquis révolutionnaire.

 

Que désire Lily ? Les voyages et la richesse.. Elle deviendra Madame Arnoux en épousant un diplomate qui l'a aidée à sortir de Cuba et à s'installer à Paris. Elle le quittera après avoir vidé son compte... Ricardo la retrouvera à Londres où elle est devenue une aristocrate, épouse de  David Richardson, un homme riche qui ne pense qu'aux chevaux mais avec qui elle voyage. Celui-ci apprendra qu'elle était déjà mariée et elle devra s'enfuir. Elle tombera sous la coupe d'un Japonais pervers, Fukuda, qu'elle parviendra à quitter, complètement démolie, physiquement et psychiquement.

 

Ricardo, traducteur, puis interprète, reste amoureux fou de la "vilaine fille" qui refuse de l'épouser parce qu'elle ne peut se contenter d'être une simple épouse. Il lui pardonne tout et se contente de ses brèves apparitions pendant lesquelles il lui fait l'amour avec tendresse.

 

La fin du roman est assez surprenante. Lily mourra d'un cancer peu après avoir rejoint Ricardo à Madrid. Avant de mourir, elle lui dira : "... Tu as toujours voulu être écrivain sans l'oser jamais. Maintenant tu vas te retrouver tout seul, tu peux en profiter, et ainsi tu me regretteras moins. Avoue, quand même, que je t'ai donné un sujet en or, pour ton roman, hein, mon bon garçon ?"

 

En parallèle, si je puis dire, de cette histoire d'amour, l'auteur plonge dans ses souvenirs. Lima, Paris, Londres, Tokyo, Madrid sont décrits à des époques différentes ainsi la vie à Paris, dans les années soixante, la communauté hippie à Londres dans les années septante.

 

L'histoire du Pérou  revient comme un leitmotif sur le demi-siècle que dure le roman. L'auteur revient aussi sur ses utopies de jeunesse.

 

Lily ne trouvera pas le bonheur dans sa recherche de richesses, dans sa vie mouvementée et mensongère. Elle sera pourtant plus humaine à la fin du livre. Un passage émouvant est celui où elle arrive à faire parler Ylal, un Vietnamien adopté, considéré comme muet. "Ni ses parents, ni moi n'avons jamais entendu sa voix."

 

  Ricardo se contente d'une vie simple, n'a d'autre ambition que de vivre à Paris "J'entrai bientôt dans une routine de travail qui tout en me barbant parfois, ne me déplaisait pas. Etre interprète me semblait une profession anodine, mais aussi celle qui pose le moins de problèmes moraux à celui qui l'exerce. Et elle me permettait de voyager, de gagner assez bien ma vie et de prendre autant de congés que je voulais".  Le bonheur il le trouvera essentiellement dans son amour pour sa petite Péruvienne.

 

Un roman très dense, plus de quatre cents pages, d'une écriture rapide, d'une imagination débordante. 

 

17/10/2011

HARUKI MURAKAMI.

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Haruki Murakami est né à Kyoto, le 12 janvier 1949. Il reçoit le prix "Gunzo" pour son premier roman paru en 1979. Suivront "Chroniques de l'oiseau à ressort" "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" "Les amants du Spoutnik" Kafka sur le rivage" " Le passager de la nuit.

 

Il quitte le Japon pour la Grèce, l'Italie, les Etats-Unis où il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton. Il est aussi traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons dont Scott Fitzgerald. Il est un auteur culte au Japon et son oeuvre est traduite dans plus de trente pays. La critique s'accorde à voir en lui un futur lauréat du prix Nobel de littérature.

 

Il revient au Japon après le tremblement de terre de Kobé en 1995 et publie un recueil de nouvelles "Après le tremblement de terre".

 

APRES LE TREMBLEMENT DE TERRE.

 

Le recueil comprend six nouvelles dont les personnages n'ont rien à voir les uns avec les autres. Mais tous ont subi la vague de choc qu'a été le tremblement de terre leur révélant la vacuité de leur existence. Tous sont des personnages désemparés. L'auteur ne décrit pas le tremblement de terre mais celui-ci est la toile de fond de toutes les nouvelles.

 

La première est intitulée "Un ovni a atterri à Kushiro".

 

Komura, beau garçon, est vendeur de matériel audio à Tokyo. Après avoir eu de nombreuses aventures féminines, il se marie à vingt-six ans avec une femme que l'auteur qualifie de "quelconque". "Non seulement elle avait un physique ordinaire, mais sa personnalité était dénuée du moindre charme. Elle parlait peu, avec un air particulièrement bougon. Elle était petite, avec des bras épais, et paraissait on ne peut plus lourdaude."

 

Komura trouve la paix auprès d'elle. Mais sa femme, originaire de Yamagata, n'aime pas la vie citadine étriquée qu'elle mène à Tokio. Très souvent, elle part dans sa famille quelques jours et revient de meilleure humeur qu'avant son départ.

 

Bien qu'elle n'ait aucun parent ou ami dans la région de Kobé, quand arrive le tremblement de terre, elle passe cinq jours entiers devant la télévision, contemplant les paysages dévastés. "Profondément enfoncée dans le canapé, les lèvres serrées, elle ne réagissait pas quand Komura lui parlait, ne secouant même pas la tête pour acquiescer ou répondre non."

 

Le cinquième jour, quand il revient du travail, sa femme a disparu laissant une lettre lui disant qu'elle n'avait pas l'intention de revenir, qu'elle ne voulait plus vivre avec lui. "Le problème, avait-elle écrit, c'est que tu ne m'apportes rien. Pour dire les choses plus clairement encore, tu n'as rien à donner. Tu es gentil, tendre, tu es beau, mais vivre avec toi, c'est comme vivre avec une bulle d'air."

 

Elle demande le divorce et les formulaires signés, Komura demande une semaine de congé. Un collègue, Sasaki, lui propose d'aller à Kushiro pour remettre un colis à sa soeur. Komura accepte et Sasaki lui remet une sorte de petite urne enveloppée de papier kraft. "Komura prit le paquet dans sa main, le regarda un moment, le secoua légèrement pour voir, mais il ne sentit rien, n'entendit rien bouger à l'intérieur."

 

A l'aéroport, il est accueilli par Keilo Sasaki et une amie, Shimao. Il leur remet le paquet et elles le conduisent dans un "love hotel". En parlant du départ de sa femme, les jeunes filles lui demandent si son départ a quelque chose à voir avec le tremblement de terre et comme il répond qu'il n'en sait rien, elles disent : "Il y a peut-être un lien quelque part (...) un lien qui vous échappe."  Elles leur racontent comment un de leurs amis a quitté sa femme après avoir vu un ovni, sans donner la moindre explication.

 

Plus tard, il aura avec Shimao, une étrange conversation. "Une bulle d'air ? Qu'est-ce que cela veut dire ? – Ca veut dire que je suis vide à l'intérieur. Oui, vide, creux, je n'ai pas de contenu. C'est peut-être vrai. Je ne sais pas très bien. Même si on me dit cela, je me demande ce que c'est le "contenu" de quelqu'un."

 

Shimao lui donnera la réponse sans vraiment la donner en lui apprenant que dans la boîte qu'il avait apportée, il y avait son contenu. Une réponse surréaliste qui laisse perplexe.

 

Dans toutes les nouvelles, les personnages se posent des questions existentielles. Mais,  Marukami ne donne jamais de solutions, il propose seulement des pistes dans lesquelles la vie spirituelle est toujours privilégiée. Il insiste sur l'importance du rêve niché en chacun de nous.

 

Il sera un peu plus explicite dans la seconde nouvelle "Paysage avec fer". Myaké qui allume des feux sur la plage dira : "Le feu a une forme libre. Aussi ceux qui le regardent se mettent-ils graduellement à y voir tout ce qu'ils veulent. Toi, par exemple, Junko, tu te sens apaisée en le regardant, mais c'est simplement un calme qui est présent au fond de toi qui se reflète dans les flammes."

 

Le livre est assez déroutant. Sans doute parce que Murakami nous invite, mais de manière très subtile, à déceler ce que nous portons en nous.

 

13/10/2011

ELIETTE ABECASSIS.

 

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Eliette Abécassis est née en 1969 à Strasbourg. Son père, Armand Abécassis, est spécialiste de la pensée juive. Après les classes préparatoires au lycée Henri IV à Paris, elle intègre l'Ecole Normale supérieure de la rue d'Ulm et obtient l'agrégation de philosohie. Elle enseigne pendant trois ans à l'Université de Caen puis se lance dans l'écriture. Mère de deux enfants, elle vit à Paris.

 

Son premier roman "Qumram" a remporté un énorme succès. Suivront "L'or et la cendre""Petite métaphysique du meurtre" "La répudiée" inspirée du film israélien "Kadosh", dont elle a écrit le scénario, "Un heureux événement" "Le corset invisible" "Mon père" "Sépharade" (voir billets du 20 octobre 2009 et du 17 novembre 2010).

 

ET TE VOICI PERMISE A TOUT HOMME.

 

Anna qui a une petite fille, Naomi, est divorcée civilement de Simon Attal depuis trois ans. Elle travaille dans une librairie. Son ex-mari lui refuse le "guet" qui lui permettrait de se remarier religieusement. "Le guet, il n'y a que le mari qui puisse le donner à sa femme. Eh bien, sache que tu ne l'auras jamais."

 

Anna rencontre Sacha Steiner et ils tombent éperdument amoureux. Mais, elle refuse d'abord toute relation sexuelle, sans oser dire à Sacha la vraie raison. Il est photographe, juif mais non pratiquant. Elle a peur de lui avouer la vérité et qu'il ne comprenne pas. D'après la loi juive, sans le guet, elle ne peut rencontrer un autre homme, ni l'épouser, ni avoir des enfants qui seraient considérés comme des bâtards.

 

Elle va entreprendre un long combat pour obtenir le guet qui lui permettrait d'épouser religieusement Sacha. Simon lui fait un chantage odieux. Il exige qu'elle lui donne la part de son appartement, puis une grosse somme d'argent qu'elle ne possède pas. Les rabbins l'encouragent à donner à Simon ce qu'ils demandent . "Madame, me dit-il en me regardant dans les yeux, un guet ça s'achète."

 

Le rabbin va même ajouter : "Soyez prudente. Si jamais vous étiez avec quelqu'un, et que cela se sache, tant que vous n'avez pas le guet, vous serez considéré comme une femme adultère. Et alors vous ne pourriez plus jamais sortir de votre état d'adultère car aucun rabbin n'aurait le droit de vous marier avec cet homme, même après avoir obtenu le guet."

 

Anna est révoltée mais ne veut pas à abandonner sa foi. Elle finira par avoir des relations sexuelles avec Sacha mais elle éprouvera un terrible sentiment de culpabilité.

 

Ses frères et soeurs la rejettent. Sa mère regrette son impuissance, son père la considère avec une inquiétude grandissante. "Je sais, murmura-t-il un soir, les yeux perdus dans le vague, cette loi est absurde. Je suis contre. Mais que faire, les rabbins ne la changeront pas. Cela fait longtemps qu'il en est question. Les rabbins refusent, avec obstination. Il ajoutera même : "C'est vrai, les rabbins trouvent toujours des solutions. C'est ainsi que le judaïsme a survécu pendant tout ce temps."

 

Désespérée, révoltée, comprenant que malgré ses promesses, Simon ne lui donnera jamais le guet, elle contacte des associations qui s'occupent de défendre les femmes. C'est une avocate qui trouvera "l'astuce" qui lui permettra de retrouver sa liberté. C'est Anna qui a acheté la bague et non Simon, c'est contraire à la loi. Avec son avocate, elle se rendra en Israël et un tribunal rabbinique prononcera l'annulation de son mariage.

 

Dans ce roman, Eliette Abécassis continue à se battre pour défendre les droits des femmes comme elle l'avait déjà fait dans d'autres romans. Mais si le combat d'Anna occupe une grande place dans le livre, Eliette Abécassis s'étend aussi longuement sur le bonheur que lui donne Sacha. Elle découvrira ce qu'elle ne connaissait pas, l'amour basé sur un respect mutuel.

 

Je ne serais pas honnête si je ne parlais pas de la situation de la femme divorcée dans le christianisme. Une femme divorcée est exclue de la communauté, elle ne peut communier, elle ne pourra jamais plus contacter un mariage religieux. Très souvent, elle sera rejetée par sa famille. Il est vrai que la situation est la même pour les hommes ce qui n'est pas le cas dans la religion juive.

 

Les récentes déclarations de Monseigneur Léonard sur les divorcés dans l'enseignement ont suscité un tollé. Mais cela ne réconfortera pas ceux qui souffrent du rejet de l'Eglise.  

 

04/10/2011

DAVID GROSSMAN.

 

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David Grossman est né en 1954 à Jérusalem. Il est considéré comme un des écrivains israéliens les plus importants. Son premier livre "Le vent jaune" l'a rendu célèbre. Plusieurs de ses romans ont été traduits dans de nombreux pays. "Le sourire de l'Agneau" Voir ci-dessous l'amour" "Le livre de la grammaire intérieure" "Dans la peau de Gisela" "Quelqu'un avec qui courir" (voir billet du 15 avril 2010)

 

Il vit près de Jérusalem, est père de trois enfants. Son fils Uri a été tué pendant la guerre du  Liban. Proche du mouvement "Camp de la paix" il a souvent critiqué la politique du gouvernement.

 

L'ENFANT ZIGZAG.

 

Amnon  "Nono" Fayenberg est le fils d'un talentueux commissaire de police de Jérusalem, Jacob.. Il n'a pas connu sa mère, Zohara, morte un an après sa naissance. Il a été élevé par Gaby, secrétaire de son père. Celle-ci voudrait qu'il l'épouse mais il refuse : "Voilà douze ans que je l'élève et que je m'occupe de vous deux et de la maison. Je te connais comme personne et je veux vivre avec toi et pas seulement être la secrétaire ou ta bonne à tout faire."

 

Une semaine avant son treizième anniversaire et de sa "bar mitzvah" qui doit marquer son entrée dans l'âge adulte, il est envoyé par son père à Haïfa, rendre visite à son oncle. Au cours du voyage, il trouve une lettre qui lui promet des surprises et la rencontre d'un personnage mystérieux auprès duquel il devra dire le mot de passe : "Qui suis-je".

 

C'est Félix Glick qu'il rencontre, un gangster qui est recherché par la police internationale et a été autrefois, arrêté par son père. Il suit Félix, dont il apprendra plus tard l'identité, croyant participer à un jeu de piste organisé par son père.

 

Félix l'emmène dans des aventures rocambolesques. Nono conduira la locomotive, verra Félix obliger le conducteur à arrêter le train en pleine campagne pour rejoindre une Bugatti, noire, avec des portières jaunes, aller dans un restaurant de luxe en laissant un portefeuille plein de sable en guise de paiement, détruire un mur qui cache la vue de la mer d'une amie, actrice célèbre, Lola Chiperolla, se déguiser en fille pour échapper à la police...

 

Nono va éprouver bien des sentiments. La curiosité : qui est donc ce mystérieux individu ? Comment connaît-il son père ? Que sait-il de lui celui qui l'a appelé tout de suite par son nom :  "Vous êtes Amnon Fayenberg"  finit-il par dire en souriant. Il avait une surprenante voix de tête et un accent roumain. "Mais, à la maison, monsieur votre père vous surnomme Nono", ajouta-t-il."

 

Dès leur rencontre, dans la locomotive, il est partagé entre son sens moral : "J'étais révolté"  et l'admiration : "Je restais là paralysé. Emerveillé. Malgré moi. Frissonnant de dégoût et écoeuré par son culot. Eperdu d'admiration."

 

Nono se posera encore bien des questions en voyant les agissements de Félix dont il finit par apprendre l'identité. A-t-il raison de le suivre ? Ne devrait-il pas abandonner un jeu aussi dangereux ? Peut-il approuver sa malhonnêteté, devenir en sorte son complice : "Alors nous deux, vous et moi..., balbutiai-je tant j'avais peur de la réponse, nous sommes des... hors la loi ?"

 

Des liens d'amitié vont peu à peu se nouer entre Nono et Félix. Celui-ci va lui parler de sa mère qu'il a bien connue, une voleuse dont son père était devenu éperdument amoureux. Il apprendra aussi que l'actrice tant admirée par Gaby, Lola Chiperolla, est sa grand-mère.

 

Ce roman qui débute par une question "Qui suis-je" n'est pas comme s'attendait le lecteur un roman d'initiation au sens strict du terme. Mais, la connaissance du passé de son père, la découverte de sa famille, les aventures vécues dans la peur parfois mais surtout avec fierté, va faire de Nono un "initié".

 

La fin du roman est tout à fait inattendue, pleine d'émotion et d'amour.

 

Ce n'est pas un triller qu'a écrit David Grossman, c'est un très beau roman même si le suspense est constant. La personnalité de Nono, les questions qu'il se pose, les sentiments qu'il éprouve rendent  le livre attachant.

 

25/09/2011

HOMMAGE A LUCIEN JERPHAGNON.

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Dans la revue Le Point de cette semaine, je tombe sur l'hommage que Michel Onfray rend à Lucien Jerphagnon, décédé le 16 septembre. Ma première réaction a été : "Comment est-ce possible ?" Tout les sépare. Michel Onfray est un athée auteur notamment du livre "Traité d'athéologie" qui m'avait choquée vu la violence des propos et les contre-vérités sur les religions. Lucien Jerphagnon se dit agnostique mais de l'avis même de Michel Onfray, il est "mystique, proche de Dieu et des chrétiens".

 

La réponse est toute simple : Michel Onfray a été l'élève de Lucien Jerphagnon et a  gardé de la reconnaissance pour ce professeur exceptionnel :"Il m'a tout appris : ne rien tenir pour vrai qu'on ne l'ait vérifié expressément. Lire, beaucoup lire, encore lire,  toujours lire, travailler sans cesse."

 

Il trace un portrait très vivant de son ancien professeur. Je ne résiste pas à le citer : "Quand il arrivait dans la salle, grand, maigre, la moustache d'un officier de la coloniale toujours impeccablement symétrique, il posait son cartable, sortait son volume de Budé, posait une grosse montre sur le bureau et commençait un spectacle extraordinaire. Seul, il jouait tous les rôles du théâtre antique : il fulminait, susurrait, ricanait, délirait, le tout avec une érudition époustouflante. Drôle, malin, ironique, vachard, intelligent, cultivé... "

 

Et cet autre passage : "Une fois sur le campus, on avait beaucoup appris, tout compris et, surtout, tout retenu".

 

Un très bel hommage que Michel Onfray termine par ces mots émouvants : "Adieu mon vieux maître, adieu – je vous aimais."

 

Michel Onfray : billets du 29 avril 2008 et 25 mars 2009.
Lucien Jerphagnon : billets du 4 janvier 2011 et 6 janvier 2011.