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06/01/2015

PHARES : 24 DESTINS.

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Jacques Attali, né  à Alger en 1943, est surtout connu comme économiste, conseiller de François Mitterrand, auteur de nombreux rapports mais il est aussi romancier, journaliste, biographe, chroniqueur.  

Son livre Phares contient 24 microbiographies de personnalités connues ou inconnues. Très différentes les unes des autres, elles proviennent de tous les continents, de toutes les époques.

Dans sa préface, l’auteur les présente comme ayant eu une grande influence sur sa pensée. Il rappelle qu’il avait déjà consacré une biographie à Blaise Pascal, Karl Marx, Mohandâs Gândhi et François Mitterrand.

Son choix est très clair. « Je m’intéresse au destin de ceux qui laissent une trace durable dans l’Histoire, en donnant un sens au devenir du monde, par la philosophie, l’art, la science et l’action, économique et politique. »

Les personnalités retenues répondent à une autre exigence : tous se sont évertués à devenir soi. Je pense fatalement à son dernier livre « Devenir soi ».  (Billet 22 novembre 2014).

Les noms peuvent parfois surprendre. On ne s’étonnera pas d’y trouver Confucius, Aristote, Thomas d’Aquin, le juif Maïmonide,  le mystique Maître Eckhart ou le philosophe anglais Thomas Hobbe. Ils ont tous eu une influence très grande sur leur époque et, je pourrais même dire, sur la nôtre.

Connus aussi Madame de Staël, Darwin pour sa théorie de l’évolution, récemment remise en question par certains, le scientifique Thomas Edison.

Par contre, le lecteur s’étonnera peut-être d’y trouver Giordano Bruno, accusé d’hérésie pour avoir développé la théorie de l’héliocentrisme et d’un univers infini et pas Galilée, beaucoup plus connu de nos contemporains.

Avant de lire le livre, le lecteur s’étonnera sans doute du choix d’Ahd-el-Kader, premier résistant à la colonisation au Magreb, Ho Chi Minh, fondateur de la nation vietnamienne ou Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique du sud.

Etonnant aussi d’y trouver le peintre Caravage et le musicien Richard Strauss.

J’avoue que je ne connaissais pas du tout les figures asiatiques comme Acoka, sans qui le bouddhisme aurait peut-être disparu, Shrimas Râjchandra, fondateur du jaïnisme ou l’empereur japonais Meiji, promoteur de la modernité dans un pays encore dominé par la féodalité.

Tous ne sont pas des modèles mais, dit Jacques Attali, leurs erreurs peuvent nous guider.

Je ne voudrais pas donner par cette énumération l’impression que le livre est difficile. Il se lit très facilement. Les chapitres sont courts et comme ils n’ont aucun lien les uns avec les autres, le lecteur choisira de se pencher d’abord sur ceux qui l’intéressent.

Mon billet d’aujourd’hui n’est qu’une présentation mais j’y reviendrai.

Je m’en voudrais de ne pas citer le paragraphe qui termine la préface :

« En découvrant leurs aventures on comprendra mieux, je l’espère, combien chaque vie est précieuse et comment des milliards de vies construisent, à chaque instant, la grande histoire de l’humanité. »

Parole d’espérance d’un auteur à qui on a souvent reproché son pessimisme.

 

23/12/2014

JACQUES CHANCEL.

jacques chancel

 

Jacques Chancel vient de nous quitter à l’âge de 86 ans. Une grande voix de la télévision disparaît. Ce que je retiendrai de lui est son sens de l’écoute. Il ne coupait jamais ses invités, ce qui est rare. Sa curiosité était insatiable. Il s’intéressait à tout : musique classique ou variété, art, politique, l’actualité dans tous les sens du mot. Un autre trait de sa personnalité était sa bienveillance. Il recevait de la même manière une personnalité ou un inconnu.

J’ignorais qu’il avait été correspondant de guerre en Indochine. Il parlait peu de lui. Les journaux rappellent ces années indochinoises qu’il ne révèlera que soixante ans plus tard dans un livre « La nuit attendra » Accompagnant comme correspondant de guerre des troupes de la Légion étrangère, il se trouvait à bord d’une jeep qui franchissait un pont lorsque le véhicule sauta sur une mine. Grièvement blessé, il se retrouva à l’hôpital après plusieurs jours de coma. Aveugle, il lui fallut près d’un an pour recouvrer la vue. (Source : article du Monde).

En 1968, il crée « Radioscopie »  sur France Inter où il reçoit des personnalités et des inconnus. 6.826 émissions !

En 1975, il participe à la création d’Antenne 2. Il animera « Le Grand Echiquier » devenue une émission phare d’Antenne 2. Il y recevra Brel, Brassens, Montand, Ferrat, Ventura et des milliers d’autres. Le dernier numéro sera celui du 7 décembre 89 dans lequel il recevra Ruggero Raimondi. Il arrêtera l’émission pour devenir directeur des programmes.

J’ai gardé un excellent souvenir de cette émission aussi célèbre qu’Apostrophe, animée par Bernard Pivot.

Journaliste, il était aussi écrivain et a publié une quarantaine de livres.

Lorsqu’il quitta France Télévision à la fin des années 1890, il deviendra conseiller du président de Canal+. Dans ce cadre, il a enseigné le métier aux jeunes recrues d’i-Tél

Je tenais à lui rendre hommage car ses émissions ont été pour moi une grande source de bonheur.

 

16:19 Publié dans Culture | Tags : jacques chancel | Lien permanent | Commentaires (2)

16/12/2014

LAURENT GOUNELLE.

laurent gounelle, le philosophe qui n'était pas sage

 

Laurent Gounelle, né le 10 août 1966, est écrivain et consultant en relations humaines.
(Billets du 17 septembre 2012 – 18 avril 2013)

LE PHILOSOPHE QUI N’ÉTAIT PAS SAGE.

Sandro, enseignant de philosophie à l’université, démissionne après avoir sollicité un congé sans solde que le président lui a refusé. Il ne s’est pas remis du décès de sa femme Tiffany, journaliste décédée lors d’un reportage en Amazonie. Il veut punir ses assassins en les faisant souffrir comme il a souffert.

Pour accomplir son projet, il recrute des mercenaires, ceux qui ont ramené le corps de sa femme et lui ont fait croire qu’elle avait été victime d’un rituel, un sacrifice humain.

Il débarque en Amazonie où vivent des Indiens en harmonie parfaite avec la nature. Ils sont heureux, Sandro décide de les rendre malheureux « chaque heure, chaque minute, chaque seconde de leur vie, jusqu’à la fin de leur vie. »

Krakus va exécuter les consignes de Sandro. Il coupe les Indiens de leur vie quotidienne en les abreuvant d’informations pour les empêcher de réfléchir, leur fait construire des huttes qui les coupent les uns des autres, les gave de sucreries et d’objets inutiles.

Krakus prend plaisir à transformer ces Indiens qui perdent leur joie de vivre, deviennent envieux et individualistes.

Elianta, jeune chamane du village, va sauver son peuple.

Sandro apprendra la vérité, ce ne sont pas les Indiens qui ont tué sa femme mais Krakus.

L’histoire est simple mais invraisemblable. Le lecteur comprend tout de suite que c’est impossible que les pacifiques Indiens aient tué sa femme. Le village aussi semble irréel mais, bien sûr, l’auteur est libre de sa fiction.

Cependant, il est difficile d’imaginer que Sandro, prof de philo, se serve de sa connaissance de l’être humain pour transformer les Indiens avec un cynisme peu acceptable.

L’objectif de Laurent Gounelle est d’opposer deux conceptions de vie différentes. La vie occidentale et celle « pure » des Indiens.

La poésie est présente, le personnage d’Elianta attachant, le livre est bien écrit mais j’ai été déçue. J’avais aimé « L’homme qui voulait être heureux » et « Les dieux voyagent toujours incognito » même si je n’apprécie pas la littérature du développement personnel.

Dois-je rappeler que les livres de Laurent Gounelle sont des best-sellers dans de nombreux pays ?  

 

26/11/2014

SIMONE VEIL.

simone veil, ivg, anniversaire, 26 novembre 1974

 

Simone Veil est née le 13 juillet 1927 à Nice.

Rescapée de la Shoah, elle entre dans la magistrature comme fonctionnaire jusqu’à sa nomination comme ministre de la santé en 1974. A ce poste, elle fait notamment adopter la « loi Veil » promulguée le 17 janvier 1975 qui dépénalise le recours par une femme à l’interruption volontaire de grossesse.

De 1979 à 1982, elle est la première présidente du Parlement européen, nouvellement élu au suffrage universel. Elle est Ministre d’Etat, ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Balladur puis siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007. Elue à l’Académie française le 20 novembre 2008, elle est reçue sous la Coupole le 18 mars 2010.
(Billet du 19 mars 2010

LOI VEIL.

C’est le 26 novembre 1974 que Ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing, président récemment élu, que Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour présenter aux députés son projet de réforme de la législation sur l’avortement. A l’époque, interrompre une grossesse est considéré comme un crime par le Code pénal.

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. (…) Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femmes. Je m’excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d’hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. »

Il y aura trois jours de débats violents. Les insultes pleuvent. « Fours crématoire » « Barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis » « Choix d’un génocide » « Abattoirs où s’entassent des cadavres de petits hommes »

Après le passage de 74 orateurs, Simone Veil reprend la parole, déplorant les analogies avec le racisme scientifique des nazis.

Il lui a fallu beaucoup de courage pour supporter toutes ces injures. Elle a été d’autant plus touchée que trente ans plus tôt, elle avait échappé aux camps de la mort, où ses deux parents et son frère ont péri.

Le 29 novembre 1974, 284 députés contre 189 votent la loi dépénalisant l’IVG. Depuis, la législation a été assouplie à plusieurs reprises.

A l’occasion de ce quarantaine, France 2 diffusera mercredi soir un téléfilm La Loi sur le débat houleux qui a agité l’Assemblée nationale, avec Emmanuelle Devos dans la peau de Simone Veil.

Simone Veil ne s’exprime plus en public depuis la mort de son mari. Elle ne devrait pas sortir de son silence pour cet anniversaire.

C’est parce qu’elle avait été touchée par les dégâts causés par les avortements clandestins, qui touchaient surtout les classes populaires, qu’elle a accepté de se battre pour que le Parlement vote la loi légalisant l’IVG.

Elle le dira dans son discours : « Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation de détresse, qui s’en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l’opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l’anonymat et l’angoisse des poursuites. »

Simone Veil : une femme exceptionnelle.

Je reprendrai les derniers mots de Jean d’Ormesson lors de son discours de réception de Simone Veil à l’Académie française : « Nous vous aimons, Madame. »

 

22/11/2014

JACQUES ATTALI.

jacques attali, devenir soi

 

Jacques Attali économiste et écrivain est né le 1er novembre 1943 à Alger. Il a été le conseiller spécial de François Mitterand. Il a fondé et en a été le premier président la « Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Il a présidé la « Commission pour la croissance française ». Il dirige actuellement le groupe « PlaNet Finances ».

Il est l’auteur de nombreux rapports sur les réformes qu’il croyait nécessaire pour le bien de la France sans, il faut bien le dire, être très écouté des Politiques.

Il est aussi l’auteur de soixante-cinq essais, de biographies et de romans. Il est actuellement éditorialiste à L’Express.

Impossible de citer tous ses livres. Je ne reprendrai que ceux que j’ai lus : « Les Juifs, le monde et l’argent » « La Crise, et après ? » « Une brève histoire de l’avenir » « Sept leçons de vie » » « La Confrérie des Eveillés » « Blaise Pascal ou le génie français »

DEVENIR SOI.

Le titre m’avait intriguée. Il existe tant de livres sur une vie réussie, être soi, le bonheur que je me demandais ce que Jacques Attali, éminent économiste, allait apporter de nouveau à ces thèmes abondamment traités par des philosophes ou des psys.

Les premières lignes du livre m’ont fait sursauter « Dans un monde insupportable et qui bientôt le sera bien plus encore… » Puis « Le monde est dangereux et le sera de plus en plus » Un constat sur la violence déchaînée par l’intolérance et les idéologies obscures, l’environnement qui se dégrade, la disparition de l’emploi, les inégalités comme la pauvreté en augmentation, un niveau de vie menacé.

Pour Jacques Attali la plupart des hommes politiques se préoccupent uniquement du quotidien et de leurs électeurs ; les chefs d’entreprise, de leurs actionnaires.

Un jugement sévère justifié sans doute par le souci qu’il a eu constamment de proposer des réformes utiles et d’être rarement suivi.

Il va longuement décrire ce qu’il appelle « L’irrésistible ascension du Mal ».

Face à cela, les citoyens qu’il appelle « Les résignés-réclamants » « Malgré ces désastres à nos portes, et en dépit de l’impuissance croissante des Etats, les hommes et les femmes politiques continuent de faire comme si tout  dépendait d’eux » Et les citoyens de feindre de les croire…

Heureusement, me suis-je dit, le chapitre suivant annonce une renaissance en marche. « Bien des mouvements d’idées poussent à revendiquer la liberté sous toutes ses formes. Bien des individus ont commencé à ne rien attendre des pouvoirs, à se prendre en main, à se débrouiller, à choisir leur vie. Bien des « devenir-soi »sont en cours : ceux-là osent ne pas se laisser dicter leur vie par le désir des autres ; ne pas se contenter de consommer, que ce soit des objets, des services, des prothèses ou de la politique »

Un petit détour dans l’histoire pour revenir à notre monde et l’aspiration à la liberté et à la démocratie.

Pour prouver que le devenir-soi est possible pour tous, l’auteur va très longuement citer ceux qui y sont parvenus. Un chapitre consacré aux artistes, un autre aux entrepreneurs. L’intérêt de ces très longues énumérations est de nous apprendre ou de nous remettre en mémoire ce que certains ont réussi à faire de leur vie, d’où ils sont partis, où ils ont arrivés.

Des artistes connus comme Vivaldi, Mozart, Rossini, Marx, Picasso, Diderot, Hölderlin, Matisse, Rimbaud, Camille Claudel, John Lennon et beaucoup d’autres.

Dans les entrepreneurs, Thomas Edison ou Henri Ford. Plus surprenant, de nombreuses entreprises qui tiennent compte de l’intérêt des générations suivantes, comme la maison Hermès. Plus attendu, ceux qui créent des fondations comme Bill et Melinda Gates ou encore de nombreuses associations comme « Les petits frères des Pauvres » Coluche et « Les Restos  du cœur » «  Médecins sans frontière. »

Jacques Attali ne s’arrêtera pas là, citant Mathieu Ricard, Mohandas Gandhi, Abraham Lincoln et même Mikhaïl Gorbatchev.

Toutes ces personnalités sont classées dans des catégories que je ne reprendrai pas car ce serait vraiment trop long.

J’en arriverai donc tout de suite aux étapes du devenir-soi  sans passer par le chapitre consacré aux philosophes :

1/ Comprendre les contraintes imposées à sa vie par la condition humaine, par les circonstances et par les autres.
2/ Se respecter et se faire respecter ; réaliser qu’on a droit à une belle vie, à du beau et du bon temps.
3/Admettre sa solitude ; ne rien attendre des autres, même de ceux qu’on aime ou qui nous aiment ; et grâce aux étapes précédentes, la vivre comme une source de bonheur.
4/ Prendre conscience que sa vie est unique, que nul n’est condamné à la médiocrité, que chacun a des dons spécifiques. Et qu’on peut même, au cours de sa vie, en mener plusieurs, simultanément ou successivement.
5/ On est alors à même de se trouver, se choisir, prendre le pouvoir sur sa vie.

Tout ce « chemin » est commenté par l’auteur.

J’ai lu le livre avec intérêt pour sa partie historique. Je ne vais pas émettre de jugement sur le « chemin » proposé par l’auteur pour le « devenir-soi. »

J’apprécie le « devenir soi » en opposition au classique « être soi » Je suis bien sûr d’accord sur l’importance que représente le choix de vivre sa vie sans être influencé par ce que nous propose la société actuelle. Est-ce possible ?

Je soulignerai un paradoxe : les principes que défend l’auteur semblent nous amener à l’égoïsme. Or, Jacques Attali les présente comme un moyen de changer le monde.