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15/07/2012

LA COMMUNICATION.

communication, vie en société, homme politique, apparence, internet

Image LFIT

 

Nous vivons dans un monde où la com semble omniprésente. Ce mot, nous l'entendons fréquemment. Avant d'en parler, j'ai consulté le dictionnaire.

"Communiquer : 1. faire connaître quelque chose à quelqu'un. 2. Faire partager. 3. Transmettre." (Le Robert de poche).

Le même mot évoque des choses différentes. Faire connaître quelque chose à quelqu'un cela peut être un renseignement : le nom d'une rue, l'heure d'un bus, l'adresse d'un restaurant, d'un ami. Si je creuse un peu, je dirais que l'enseignement d'une matière, par un prof à un élève, peut relever de cette définition.

La deuxième définition me semble d'un niveau supérieur. Je peux partager ma joie, ma déception, mon chagrin, mes espoirs. Il s'agit du partage d'émotions. Je pourrais et ce serait mieux, classer l'enseignement dans cette seconde catégorie. Je ne communique pas seulement ma science, je la partage avec mes élèves avec l'espoir que je leur rende service ou que je contribue à leur épanouissement ou encore à préparer leur avenir. A mon avis, le partage implique l'investissement personnel, proche donc des sentiments.

La troisième définition me semble, dans le cas de l'enseignement, en recul sur la seconde. Je transmets un savoir. Point. Mais je peux aussi transmettre aux enfants, les miens et ceux des autres, des traditions, des opinions, un savoir-vivre, une manière d'être, des valeurs, c'est ce qu'on appelle tout simplement éduquer. L'origine latine du mot me plaît bien : edulcarer = élever, dans le sens de "faire grandir."

Et dans la vie ? Je vis dans un village où les personnes âgées se disent bonjour même quand elles ne se connaissent pas. Je vis aussi dans un quartier où les gens ne se connaissent plus et se disent rarement bonjour, tout au plus feront-ils un vague signe de la main. Dans les immeubles à appartements, les locataires ou propriétaires se croisent dans l'ascenseur sans dire un mot. Un simple bonjour paraîtrait ridicule. (Il y a sans doute des exceptions).

La communication entre individus est, me semble-t-il, en perte de vitesse. Cela serait saugrenu de discuter avec son boulanger, son pharmacien, son épicier, les clients qui attendent vous le rappelleraient rapidement. Et que dire des grandes surfaces ? La caissière peut passer une journée, voir défiler des clients qu'elle finit par connaître, sans que personne ne lui adresse la parole. Je me souviens de l'étonnement provoqué par la déclaration d'un chauffeur de bus qui regrettait que les voyageurs ne lui disent pas bonjour. Cela lui apparaissait être un manque de respect, je dirais plutôt que c'est un manque de reconnaissance, qui m'apparaît une caractéristique de notre époque.

Et pourtant, la communication n'a jamais été aussi présente. Sur internet, dans les réseaux sociaux, dans les forums, à la télévision. D'où ce que je disais au début, nous paraissons vivre dans le monde de la communication.

Un homme politique apprend à communiquer Il a son coach, qui lui apprend les gestes, les sourires et le conseille même sur ses vêtements ou la couleur de sa cravate. Les journalistes ne se privent d'ailleurs pas d'analyser tout cela. Bonne com ou mauvaise com. Pour certains,  critère quasi absolu.

Et si cela n'était pas justement le "péché" de notre époque ? L'apparence, l'image sont souveraines. Bien plus que le message. Il me semble que ce devrait être l'inverse. Et si je suis ce raisonnement, je ne peux plus dire que notre monde est celui de la communication.

André Comte-Sponville résume bien ce que je pense dans son dictionnaire philosophique où il définit la communication :

"Echange de signes, de messages, d'informations, entre deux ou plusieurs individus. Elle ne vaut jamais par elle-même, mais seulement par son contenu ou son résultat. Une sottise répandue à des milliers d'exemplaires reste une sottise. Et une idée vraie ou forte, dans la tête d'un seul, ne cesse pas pour cela de l'être. C'est en quoi l'idée si rebattue, de "société de la communication" est inquiétante : c'est accorder trop d'importance aux médias, pas assez aux messages."

Cette idée se retrouve dans l'admirable livre de Dominique Wolton : "Informer n'est pas communiquer" qui m'avait fort impressionnée et dont j'ai essayé de parler dans un post. (billet du 8 octobre 2009)

J'avais envie de partager avec vous mes réflexions qui ne sont jamais que celles d'une blogueuse sans prétention.

 

03/07/2012

ACADEMIE FRANCAISE.

Académie française

 

L'Académie française a été fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu sous Louis XIII. Indépendants vis-à-vis de l'université et de toute forme de mécénat, les académiciens sont les gardiens du bon usage de la langue française. Ils se réunissent une fois par semaine pour la correction et la mise à jour d'un Dictionnaire de langue française édité par l'Académie.

La première édition fut publiée en 1694. La neuvième édition, dont la publication a débuté en 1992, est en cours.

Une autre fonction, moins connue de l'Académie, est la distributions de distinctions, de bourses et de prix littéraires. Il est bon de savoir qu'un académicien ne peut pas recevoir un prix littéraire comme, par exemple, le Goncourt.

La grande majorité des académiciens sont des hommes de lettres mais elle a très vite accueilli des hommes d'Etat, des avocats, des médecins, des hommes de sciences et des éclésiastiques.

Actuellement, ses domaines sont très vastes : littérature, poésie, philosophie, théâtre, histoire, langage, politique, sciences, art.

Je citerai quelques noms connus de personnalités, hors littérature, ayant siégé à L'Académie : Jules Favre, avocat et homme politique, Georges Clemenceau, homme d'Etat, Jean-Marie Lustiger, cardinal, Henri Bergson, philosophe, Emille Littré, lexicographe, Henri Poincaré, mathématicien, René Clair, réalisateur.

La liste des académiciens est évidemment très longue. Depuis sa fondation, elle a accueilli 722 immortels. Beaucoup d'entre eux ne sont pas passés à la postérité. Ceux qui sont encore connus actuellement sont surtout des écrivains et des poètes qui figurent dans nos livres de littérature. Ils sont trop nombreux que pour les citer tous : Jean Racine, Pierre Corneille, Alphonse de Lamartine, José-Maria de Hérédia, Alfred de Musset, Sully Prud'homme, Prosper Mérimée, Georges Duhamel, René Bazin, Paul Valéry et beaucoup d'autres.

La première femme entrée à l'Académie est Marguerite Yourcenar en 1980. Suivront Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d'Encausse (secrétaire perpétuel depuis 1999), Florence Delay, Assia Djebar, Simone Veil et Danièle Sallenave.

Parmi les académiciens actuels on retrouve notamment Jean d'Ormesson, le plus ancien, (1973), Alain Decaux, Erik Orsenna, Valéry Giscard d'Estaing, Max Gallo, Simone Veil, Jean-Loup Dabadie, François Weyergans, Michel Serres et le benjamin, Jean-Christophe Rufin.

L'Académie se distingue par la très forte part qu'y prennent les rites : le costume, l'épée, le bicorne,  le solennel discours d'intronisation. L'élection des académiciens par leurs pairs est souvent critiquée ce qui me semble une polémique assez vaine. Mais c'est vrai qu il faut plaire, il y a des refus, les places sont chères... Certains postulent plusieurs fois avant d'être élus ! Par contre, certains académiciens se battent vraiment pour leur candidat. Il suffit de penser aux confidences de Jean d'Ormesson !

La qualité d'académicien est une dignité inamovible. Nul ne peut démissionner. Des exclusions peuvent être prononcées pour de graves motifs entachant l'honneur. Ainsi, Philippe Pétain a été radié

Faire partie de l'Académie française est un grand honneur pour un écrivain. Voir son nom suivi de la mention "de l'Académie française" est une fierté même si certains affirment, sans rire, qu'ils n'y accorent pas d'importance !

Est-ce vraiment un label de qualité ? A mon humble avis, non. Du moins, pour le lecteur. De même d'ailleurs que les prix prestigieux. Qui n'a pas, un jour, acheté un Goncourt qui lui est tombé des mains ? De plus, ce ne sont pas toujours les meilleurs livres, décrétés tels par les critiques, qui sont les plus vendus. Certains écrivains populaires rencontrent un grand succès. Je trouve cela normal. Chacun cherche dans ses lectures ce qu'il a envie d'y trouver et c'est très bien.

Pourtant, l'Académie est une institution qui rend hommage à la France. Les rites peuvent paraître ridicules mais notre époque dégingandée ne manque-t-elle pas justement d'un peu de solennité ?   

02/07/2012

AMIN MAALOUF A L'ACADEMIE.

Amin Maalouf à l'académie, Discours de Jean-Christophe Rufin

 

Amin Maalouf, élu à l'Académie Française, au fauteuil de Claude Lévi-Strauss, le 23 juin 2011, a été reçu le 14 juin 2012.

Contrairement aux usages, c'est Jean-Christophe Rufin, qui a répondu au discours d'Amin Maalouf. Il explique le pourquoi de cette entorse aux usages en commençant son discours.

Ne prenez pas ombrage de ce que l'Académie ait désigné le benjamin de ses membres pour vous souhaiter la bienvenue.(...) Mes confrères m'ont délégué pour vous recevoir parce qu'ils connaissent notre proximité. Ils savent que nos routes se sont croisées bien souvent depuis notre première rencontre. C'était il y a plus de vingt-cinq ans. Vous présentiez alors un de vos plus beaux livres , Léon l'Africain, qui allait connaître un succès mondial. (...)C'est en suivant votre exemple que je suis devenu romancier."

Jean-Christophe Rufin va retracer la longue carrière littéraire d'Amin Maalouf, citant ses livres avec un commentaire très personnel.

Il insistera d'abord sur leur proximité : "Nos sources d'inspiration sont proches, quoique inverses : vous scrutez le parcours des hommes de l'Orient partis à la rencontre du monde et qui découvrent les forces et les faiblesses des civilisations occidentales. J'ai plus souvent mis en scène des personnages, qui comme moi, sont issus d'Europe et qui partent à la découverte des autres et d'eux-mêmes à travers l'expérience bouleversante de l'Orient, de l'Afrique...."

En quelques lignes, Jean-Christophe Rufin résume de manière admirable le fondamental de leurs oeuvres.

Si Amin Maalouf est un écrivain célèbre, Jean-Chritophe Rufin va déclarer que le monde le connaît mal. On ne retient de votre vie que quelques éléments biographiques infatigablement répétés d'un article à un autre. Je résume cette vulgate : né à Beyrouth en 1949, vous êtes un écrivain d'origine libanaise et de confession chrétienne, marié et père de trois enfants. Vous vivez en France depuis 1976, et vous avez d'abord exercé le métier de journaliste."

Jean-Christophe ajoutera qu'après avoir parcouru le monde, Amin Maalouf préfère une vie sédentaire, qu'il s'abstient de toute intrusion dans la politique que ce soit pour soutenir un parti ou pour commenter l'actualité à chaud, qu'il ne révèle rien de lui-même ou de ses sentiments sinon par le truchement de la littérature. "En d'autres termes, pour vous connaître mieux, il faut vous lire. Tout en vous devient alors plus riche, plus complexe et plus contradictoire que votre biographie simplifiée ne le laisse supposer."

Ainsi, en commentant les livres d'Amin Maalouf, il va mettre en lumière ses idées, ses colères, sa vision de l'occident, de l'Orient, son idée de la nécessité absolue de jeter un pont entre les deux mondes.

"Soit nous saurons bâtir en ce siècle une civilisation commune à laquelle chacun puisse s'identifier, soudée par les mêmes valeurs universelles, guidée par une foi puissante en l'aventure humaine, et enrichie de toutes nos diversités culturelles ; soit nous sombrerons ensemble dans une commune barbarie" ( Extrait du livre "Le dérèglement du monde")

Je me suis étendue sur le discours de Jean-Chritophe Rufin parce qu'il éclaire vraiment l'oeuvre d'Amin Maalouf Je dirai, que l'ayant beaucoup lu, j'ai parfois été choquée par certains propos.

 

Amin Maalouf a retracé la carrière de Claude-Lévy Strauss de manière très peronnelle. Il dira d'ailleurs s'être beaucoup documenté.

Je terminerai en citant l'épilogue de son discours.

"Quand on a le privilège d'être reçu au sein d'une famille comme la vôtre, on n'arrive pas les mains vides. Et si on est l'invité levantin que je suis, on arrive les bras chargés. Par gratitude envers la France comme envers le Liban, j'apporterai avec moi tout ce que mes deux patries m'ont donné : mes origines, mes langues, mon accent, mes convictions, mes doutes, et plus que tout peut-être mes rêves d'harmonie, de progrès et de coexistence. Ces rêves sont aujourd'hui malmenés. Un mur s'élève entre en Méditerranée entre les univers culturels dont je me réclame. Ce mur, je n'ai pas l'intention de l'enjamber pour passer d'une rive à l'autre. Ce mur de détestation – entre Européens et Africains, entre Occident et l'Islam, entre Juifs et Arabes – mon ambition est de le saper, et de contribuer à le démolir. Telle a toujours été ma raison de vivre, ma raison d'écrire, et je le poursuivrai au sein de votre Compagnie. Sous l'ombre protectrice de nos aînés. Sous le regard lucide de Lévi-Strauss."

Une parole forte, un constat sévère, un engagement et la fierté de faire partie de l'Académie.

L'épée d'académicien d'Amin Maalouf comporte en médaillons une Marianne et un Cèdre du Liban. Sur la lame sont gravés les prénoms de sa femme Andrée, de ses trois fils, ainsi qu'un poème de son père.

Les broderies de son costume sont relativement discrètes mais il y a aussi une touche libanaise. "Quand on regarde de près les boutons, on y voit, au lieu des rameaux d'olivier, de tout petits cèdres" fait-il remarquer.

Le Liban lui a rendu hommage en gravant une livre libanaise à son effigie.

Par l'élection d'Amin Maalouf, les immortels ont confirmé leur souhait d'accueillir parmi leurs quarante membres des auteurs d'origine étrangère. Ils avaient déjà élu Hector Biancotti, né en Argentine, François Cheng, né en Chine et Assia Djebar, née en Algérie.

21/06/2012

DOUGLAS KENNEDY.

douglas kennedy, rien ne va plus, amérique, cinéma, télévision, réussite, richesse, bonheur

Douglas Kennedy est né à New York en 1955. Dramaturge, il a été régisseur dans des théâtres de Brodway. Il quitte l'Amérique pour Dublin en 1977. En 1991, après un long voyage en Australie, il publie, en Angleterre "The Dead Heart"(Cul-de-sac) qui obtiendra un grand succès et sera porté à l'écran par Stephan Eliot.

Vu le succès du premier livre, les éditeurs anglais et américains se livreront une véritable bataille commerciale pour son deuxième livre "The Big Picture"(L'homme qui voulait vivre sa vie) qui sera traduit dans une quinzaine de langues.

Ses livres sont toujours des succès de librairie. Je citerai : "Les Désarrois de Ned Allen" "La poursuite du bonheur" "Une relation dangereuse"  "Les charmes discrets de la vie conjugale" "La poursuite du bonheur" "Quitter le monde" "Au pays de Dieu". (voir billets du 20 août 2008 et 22 février 2010)

RIEN NE VA PLUS.

David Armitage, aspirant scénariste à Hollywood, n'arrive pas à percer. Il rêve d'être célèbre mais tous ses scénarii sont refusés. "J'ai toujours rêvé d'être riche. Je sais, ça doit avoir l'air idiot de dire ça, mais c'est la vérité et j'admets, j'admets. Mon voeu s'est réalisé il y a près d'une année, après dix ans de poisse continuelle, une accumulation toxique de lettres de refus."

Un coup de fil va changer sa vie. Son agente, Alison Ellroy, lui apprend qu'elle a réussi à vendre le pilote de "Vous êtes à vendre !" la trépidante et complexe vie interne d'une agence de relations publiques à Chicago. Le feuilleton est un succès et la chaîne décide de le prolonger. David Armitage devient riche.

David vit en ce moment avec Lucy rencontrée à Manhattan. Elle a joué dans des feuilletons pour la télévision puis est devenue une star de la télévente. Ils habitent dans un petit deux pièces à Los Angeles. Ils ont une fille Caitlin.

Six mois après le début de son succès, il rencontre Sally Birmingham, chef de projet à la Télévision. Il est tout de suite sous le charme : "Grande, un visage fin et lumineux, cheveux noisette coupés court, sourire narquois"

Il a une liaison avec elle et apprend à mentir. "La dissimulation est vraiment un art, comme je m'en suis vite rendu compte, et un art très exigeant. Dès que l'on commence à broder sur le réel, on a créé une fiction dans laquelle on est obligé de rester. (...) Le mensonge appelle le mensonge et la broderie s'étend jusqu'au point où l'on se surprend souvent à se demander si la tromperie n'est pas finalement la vérité"

David quitte Lucy, divorce pour vivre avec Sally. Mais, ce qu'il n'avait pas prévu, il est séparé de sa fille qu'il ne voit plus qu'une fois par mois. "La logique implacable du succès qui me poussait en avant, sans cesse, me permettait d'esquiver momentanément les tête-à-tête avec ma culpabilité, avec ce doute muet et insistant que j'éprouvais devant les moindres aspects de cette nouvelle vie."

David a réussi son rêve, être riche mais il n'est pas heureux. Il a cassé son mariage, regrette que ses rapports avec sa fille ne soient plus les mêmes.

David va vivre une autre expérience. Il est invité par un milliardaire, Philip Fleck, pour un séjour paradisiaque sur une île. Il va y rencontrer brièvement l'ex-femme de Philip, Martha, qui jouera un rôle dans sa seconde "nouvelle vie".

Même dans ce paradis, David est désabusé. "Alors qu'elle est censée simplifier la vie, la réussite ne fait que la compliquer. Parce que nous avons besoin de nouvelles difficultés, de nouveaux défis, de nouvelles aspirations à un plus grand succès encore."

Rentré chez lui, David est victime d'une machination. Un journal l'accuse de plagiat, les médias s'en mêlent, il perd tout, menacé même de devoir rembourser les droits qu'il a perçus pour sa série télévisée.

Très vite, c'est la descente aux enfers et Douglas Kennedy nous y entraîne, nous faisant vivre toutes les catastrophes qui frappent son personnage.

Ce n'est qu'à la fin du livre que le lecteur apprend qui est à l'origine de la manipulation.

Le livre est construit comme un triller mais parsemé de réflexions. Qu'est-ce que la réussite ? Qu'est-ce que le bonheur ? Qu'apporte la richesse ? David est-il responsable de ce qui lui arrive ? A-t-il sacrifié son mariage pour un bonheur illusoire et éphémère ?

Comme toujours, Douglas Kennedy est un maître du suspense. Il décrit minutieusement ses personnages, leur physique mais aussi leurs faiblesses. Comme dans ses autres romans, Douglas Kennedy, l'air de rien, pose les questions essentielles sur la vie.

Plusieurs de ses romans, reprennent le même thème, croire qu'un changement de vie, même s'il apparaît providentiel, n'apporte pas nécessairement le bonheur.

Certains critiques littéraires reprochent à Douglas Kennedy son côté populaire. Mais les lecteurs l'apprécient. Le style est enlevé, les dialogues percutants, les personnages tellement bien décrits qu'ils en deviennent "vivants".

Romans faciles, peut-être, mais passionnants. On ne s'ennuie jamais en lisant Douglas Kennedy. Quelques heures d'évasion n'est-ce pas appréciable ?

12/06/2012

MARC DUGAIN.

marc dugain, l'insomnie des étoiles, nazisme, eugénisme

Marc Dugain est né en 1957 au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l'âge de sept ans et, durant son enfance, il accompagnait son grand-père à la "Maison des Gueules cassées" de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats blessés de la Première Guerre mondiale.

Diplômé de l'Institut des Sciences politiques de Grenoble, il travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur dans l'aéronautique.

A trente-cinq ans, il écrit son premier roman inspiré par la vie de son grand-père "gueule cassée" de la guerre 14-18. C'est "La chambre des Officiers" qui sera un succès de librairie, adapté au cinéma.

Il écrira plusieurs romans : "Campagne anglaise" analyse la solitude d''un homme d'affaires anglais; "La malédiction d'Edgar"est  inspiré par la vie de John Edgar Hoover, chef du FBI pendant 48 ans.; "Une exécution ordinaire" décrit les rouages soviétiques du stalinisme.

L'INSOMNIE DES ETOILES.

En automne 1945, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud de l'Allemagne. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y découvrent une adolescente qui vit seule et le corps calciné d'un homme. Le capitaine Louyre décide d'emmener l'adolescente, Maria.

Maria vit péniblement dans la ferme se nourrissant de pommes de terre et d'oignons. "Chaque fois que Maria se penchait pour faire ses fagots, un filet au goût âcre, un mélange de sang et de salive lui coulait dans la bouche. Elle se relevait brusquement pour cracher."

Un jour d'orage, ses chevaux apeurés fuient en la bousculant. Ses lunettes tombent dans la boue et elle ne parvient pas à les retrouver. Or, ce qui la maintient en vie, ce sont les lettres de son père, parti à la guerre, qu'elle classe dans un secrétaire. Elle ne peut plus les lire.

Deux policiers allemands débarquent dans la ferme, inspectent les lieux, reviennent plus tard  vider la ferme de tout son contenu sauf le secrétaire et un vieux fauteuil. Maria, qui a peur d'être violée, se cache. Un des policiers l'aperçoit mais ne dit rien, il lui sauve la vie. Pourtant, son sauveur abat un des policiers. Maria, n'arrivant pas à l'enterrer, le brûle et entasse les os dans une caisse.

Le capitaine Louyre, insatisfait des réponses de Maria sur le cadavre calciné, décide de mener une enquête. Que faisait-elle là ? Où étaient ses parents ? Comment s'appelait-elle ? Il l'enferme dans une chambre et charge l'adjudant de la nourrir et de la surveiller. Maria parviendra à convaincre son garde d'aller récupérer ses lettres "en échange de ce qu'il voudra".

Louyre mène son enquête auprès du maire mais il s'intéresse surtout à un bâtiment vide qui domine la ville et que le maire affirme avoir été une maison de repos dirigée par le docteur Halfinger.

Le capitaine, qui s'ennuie dans ce coin perdu, va mettre toute son énergie pour comprendre ce qui s'est réellement passé dans ce village. Le docteur finira par lui avouer qu'il s'agissait d'un un hôpital psychiatrique où se pratiquait la stérilisation des malades mentaux.

La conversation est hallucinante. L'objectif de cette odieuse pratique est l'amélioration de la race allemande en empêchant les malades de se reproduire. Il pratiquera même l'euthanasie, ordonnée par le pouvoir, autorisant les médecins "à accorder la mort par faveur aux malades qui, selon le jugement humain, et à la suite d'une évaluation critique de leur maladie, auront été considérés incurables." Il ajoutera : "Il était clair que le programme d'euthanasie par faveur, s'il était mené à terme puisque, à ce moment-là vous vous en doutez nous n'en étions qu'à leur évaluation, ne devait profiter qu'aux Allemands. Les Juifs en étaient exclus (...) le Reich ne voulait pas leur consentir cet honneur et qu'il valait mieux les transférer dans les camps de concentration mieux adaptés aux exigences de leur race."

Comme tous les nazis, le docteur oublie vite ses scrupules, rejette toute culpabilité, est persuadé que ce qu'il fait est bien, même l'extermination des malades."Nous pensons que les familles seront un peu désorientées  au début mais, que, très vite, elles nous rendront grâce de les avoir débarrassés d'un fardeau. Les principes moraux ne résistent pas longtemps au soulagement matériel. En prenant la vie de ces inaptes, nous leur rendons la leur."

J'en reviens à Maria. Louyre va peu à peu s'attacher à elle, qui est toujours persuadée que l'Allemagne sera victorieuse et que son père reviendra. Il ne lui rendra pas ses lettres mais les résumera, citant un passage :"Il dit aussi que tu dois apprendre à ne pas confondre ton pays, ta patrie, avec la bande de criminels qui les dirigent. Il a pris beaucoup de risques pour t'écrire cela. Si la lettre avait été interceptée, il aurait pu être fusillé."

Louyre va s'installer dans une maison avec Maria et après l'armistice il demandera sa démobilisation et partira avec elle.

L'auteur a dans ce roman étudié les ressorts qui avaient poussé les Allemands à adhérer au nazisme. Ainsi, ce passage de la conversation avec Halfinger "Avant 33, nous avions une vie de reptiliens bourgeois d'une consternante médiocrité. Notre expérience, même si elle se termine aujourd'hui, nous devons pas la regretter, peu d'hommes dans l'histoire de l'humanité ont eu ce sentiment de plénitude qui était le nôtre. Le sentiment de vivre une grande ambition collective, vous ne savez pas ce que c'est, se lever le matin transporté par une vision du monde au lieu de faire allégeance à la médiocrité et à la légion de ses promoteurs."

Je rappellerai ce que disait Hannah Arendt : cette incapacité à distinguer le bien du mal, cette banale condition de renoncer au jugement personnel." J'ajouterai : la gloire de la nation mise au-dessus du respect de la vie humaine.

Cet épisode de l'histoire est peu connu. Il éclaire très bien que dès 1933, les germes du nazisme étaient vivants.

Le titre du roman, très joli, est énigmatique. L'esplication est donnée par Louyre, astronome :"Des étoiles par millions, toutes plus mortes les unes que les autres. Comme si elles attendaient que la nôtre les rejoigne dans le grand concert du silence sidéral."

Le talent de Marc Dugain fait qu'il entraîne ses lecteurs dans un roman à suspense, l'oblige à réfléchir sur des sujets graves, qu'au début du livre, il ne s'attendait pas à trouver.