Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

10/12/2012

AKI SHIMAZAKI.

 

aki shimazaki, hotaru, le poids des secrets, histoire du japon

Aki Shimazaki est née au Japon en 1954. Elle a été enseignante dans une école maternelle et a donné des cours d'anglais. En 1981, elle a immigré au Canada où elle habite toujours. Elle a travaillé pour une société d'informatique à Vancouver tout en enseignant le japonais. Ce n'est qu'en 1995, qu'elle apprendra le français, langue qu'elle choisira pour écrire ses livres.

"Le poids des secrets" est une pentalogie dans laquelle l'auteur nous raconte l'histoire du Japon au vingtième siècle : difficultés des relations entre le Japon et la Corée, discrimination des Coréens installés au Japon, le rôle du Japon dans la seconde guerre mondiale, les bombes sur Hiroshima et Nagasaki et leurs millions de victimes, le tremblement de terre de 1923.

L'histoire est racontée par ses personnages de romans. "Tsubaki" (1999), "Hamaguri" en 2000 pour lequel elle a reçu le prix Ringuet de l'Académie, "Tsubane" "Wasurenagusa" Hotaru" et "Tsubaki".(2009).

HOTARU.

Je ne connaissais pas l'auteur, c'est par hasard que je suis tombée sur le cinquième livre paru en 2005.

La narratrice est une étudiante universitaire, Tsubaki. Elle a dix-neuf ans et fait ses études à Tokio mais revient souvent chez ses parents qui ont recueilli sa grand-mère, âgée de quatre-vingt-quatre ans, malade depuis qu'elle a glissé sur une plaque de verglas et très affaiblie.

Tsubaki est très proche de sa grand-mère, Mariko, à qui elle confie volontiers ses secrets. Celle-ci l'écoute volontiers, s'interdit de la conseiller ou de la juger. Un jour pourtant, elle réagit très vivement lorsque sa petite fille lui parle de son professeur d'anglais dont elle est proche. Comme elle lui apprend qu'il l'a invitée à le rejoindre dans un café, elle s'écrie : "Non, non ! Il ne faut pas accepter."

Tsubaki ne dira pas que son professeur lui a confié qu'il était très amoureux d'elle et voulait la voir seule de temps en temps. Elle ne sait pas qu'il est marié, est aussi amoureuse et prête à accepter sa proposition.

Si l'auteur commence son livre par ce récit, c'est pour établir le lien avec le secret que va lui confier sa grand-mère. Celle-ci a été séduite lorsqu'elle était jeune par un homme marié, monsieur Horibe, de qui elle a eu un enfant, Yuko, qu'il n'a jamais reconnu.

Son premier cadeau a été une luciole, "hotaru" en japonais, d'où le titre du livre.

Mariko s'est mariée, son mari a adopté l'enfant mais monsieur Horibe est constamment réapparu dans sa vie sans qu'elle trouve le courage de mettre fin à cette liaison malgré l'amour qu'elle éprouve pour son mari.

Elle n'a jamais avoué cette liaison à personne, n'a jamais dit à quel point cet amour caché avait gâché sa vie. "Il y a des choses qu'on ne peut dire aux autres".

L'histoire pourrait apparaître banale. Le vrai sens se trouve dans la transmission du secret à sa petite-fille à qui elle veut éviter que son histoire malheureuse ne se reproduise.

L'auteur insiste aussi sur le pouvoir qu'ont certains hommes, dont ils profitent pour abuser de la naïveté de jeunes filles. Ils bouleverseront leur vie sans aucun scrupule, pour satisfaire leurs besoins sexuels.

Monieur Horibe s'occupera de son fils, sans jamais dire qu'il est son vrai père, uniquement pour rendre sa maîtresse dépendante de son pouvoir.

Une histoire banale, disais-je, mais qui ne l'est plus dans ce contexte d'abus de pouvoir, de mensonges, de pressions exercées pour que sa maïtresse se taise, soit rongée par un sentiment de culpabilité.

L'auteur revient aussi sur l'horreur de la bombe de Nagasaki et sur le "gyokusaï", avaler du cyanure de potassium avant d'être capturé par les Américains pour mourir dignement.

Le livre est facile à lire, agréable, poétique, imprégné de la culture japonaise que nous connaissons mal.

21/11/2012

PHILIP ROTH.

 

philip roth, némésis, camp de vacances, épidémie de polio, culpabilité, responsabilité, Dieu, condition humaine

 

Philip Roth est né à Newark, une ville portuaire proche de Manhattan dans le New Jersey, le 19 mars 1933. Petit-fils d'immigrés juifs originaires d'Autriche Hongrie, il a enseigné à l'université et a écrit de nombreux romans, dont plusieurs ont été récompensés. "Pastorale Américaine" prix du meilleur livre étranger en 2000, "La tache" prix Médicis étranger en 2002.

Considéré par les critiques comme un des meilleurs écrivains américains contemporains, il était cité cette année parmi les écrivains susceptibles d'obtenir le Prix Nobel de littérature.

Gràce à son double littéraire Nathan Zuckerman il trace un tableau de l'Amérique souvent ironique, voire provocateur. Il vient de publier "Némésis" qu'il présente comme étant son dernier roman. ( Voir billets du 8 avril 2008 - 8 avril 2010 - 1er mars 2011)

NEMESIS

Nous sommes en 1944. L'Amérique est en guerre. Bucky Cantor n'a pas pu s'engager à cause de sa vue ce qu'il regrette amèrement. Il est professeur d'éducation physique à Newark, la ville natale de l'auteur et, pour l'été, directeur d'un terrain de jeu. Il a vingt-trois ans et est spécialiste du lancement du javelot. "Surmontant son corps massif, sa tête, plutôt grosse était formée d'éléments fortement marqués à l'oblique : de larges pommettes saillantes, un front à pic, une mâchoire anguleuse, et un long nez droit à l'arrête vive qui donnait à son profil le contour bien dessiné d'un portrait gravé sur médaille."

Bucky Cantor a été élevé par des grands-parents. Sa mère est morte en couches, son père a fait de la prison pour avoir volé son employeur afin de couvrir ses dettes de jeu. Son grand-père, propriétaire d'une épicerie est un travailleur acharné qui lui apprend à faire face à tous les obstacles, à toujours assumer ses responsabilités. Venu en Amérique en 1880, il a été confronté aux agressions violentes contre les juifs, chose courante à l'époque. Il s'est forgé une conception de la vie qu'il transmet à son petit-fils. "Il l'encouragea à se défendre en tant qu'homme, à se défendre en tant que Juif, à comprendre qu'on en a jamais fini avec les combats qu'on mène, et que, dans la guérilla sans fin qu'est la vie, quand il faut payer le prix, on le paie."

Ce qui aurait dû être un été merveilleux pour les gosses du camp de vacances va se transformer en cauchemar, une terrible épidémie de polio. Les rumeurs les plus folles circulent sur la cause de la maladie, dont on ne connaît rien, et une peur immense touche toute la communauté. Bucky se demande s'il peut continuer à faire courir ses enfants dans une chaleur étouffante, s'il n'est pas responsable comme une mère qui a perdu deux enfants l'en accuse. "Vous les laissez courir comme des bêtes, là—haut, et vous vous demandez pourquoi ils attrapent la polio ? A cause de vous ! A cause d'un imbécile, d'un écervelé, d'un irresponsable comme vous."

Ebranlé, Bucky va consuler le docteur Steinberg qui lui apprend que la polio est due à un virus, dont on ne sait rien. Il lui conseille de continuer les activités sportives pour faire face à la peur et surtout de ne pas se sentir coupable. "Nous avons tous une conscience, et une conscience est quelque chose de précieux, mais pas si elle commence à vous faire croire que vous êtes coupable de ce qui dépasse de loin le champ de vos responsabilités."

Bucky continue courageusement ses activités, rassurant les enfants comme il le peut. "Les enfants, je suis content de vous voir ici. Aujourd'hui, il va faire une chaleur d'enfer – on le sent déjà. Mais cela ne veut pas dire que nous n'allons pas jouer sur le terrain. Ca veut dire qu'on va prendre certaines précautions pour que personne ne se surmène."   

Pourtant, lors d'un enterrement, alors que le rabbin loue la toute puissance de Dieu, Bucky se révolte : "Comment pouvait-il être question de pardon – sans parler d'alleluia – face à une cruauté aussi insensée?" Comment avaler le mensonge officiel de la bonté de Dieu ? Pourquoi se prosterner servilement devant cet assassin d'enfants ? Le responsable du virus !

Marcia, la fille du docteur Steinberg, qui est monitrice à India Hill, dans un camp de vacances, où il n'y a pas encore de cas de polio, le supplie de la rejoindre. Il refuse d'abord ne voulant pas abandonner ses enfants mais finit par accepter.

Et le cauchemar reprend, un cas de polio est détecté. Bucky, toujours culpabilisé d'avoir quitté le camp de vacances, se demande si ce n'est pas lui qui a apporté la polio car l'enfant touché est Donald avec qui il a passé beaucoup d'heures à lui apprendre la plongée.

Il passe un examen médical qui confirme qu'il est bien un porteur sain. Quelques jours plus tard, il est hospitalisé, il a la polio. Quand il sortira paralysé de l'hôpital, il refusera de voir Marcia, qui le supplie de l'épouser comme c'était convenu avant sa maladie. Il ne fait plus que des petits boulots pour survivre et ne voit plus personne.

Il a cinquante ans quand il rencontre le narrateur du livre, un ancien du camp de vacances de Newark, qui a aussi eu la polio mais est marié et a des enfants. Ils vont avoir de longues conversations, Alan essayant, en vain, de lui faire renoncer au sentiment de culpabilité qu'il a gardé. "J'ai été le porteur de la polio à India Hill." "Je n'avais pas le droit d'épouser Marcia puisque j'étais devenu un infirme."

Son ressentiment contre Dieu est toujours là. "Dieu a tué ma mère en couches. Dieu m'a donné un voleur pour père. Quand j'ai eu vingt ans et quelques, Dieu m'a donné la polio que j'ai à mon tour refilée à une douzaine d'enfants, sinon davantage..."

Un criminel, un pervers, un sadique, voilà ce qu'est Dieu pour Bucky qui croit encore en lui parce qu'il faut bien que quelqu'un ait créé le monde. Et pourtant, contre toute logique, il se  croit toujours responsable. "Je voulais aider les gosses à devenir forts et au lieu de ça, je leur ai fait un mal irrévocable."

Le livre se termine par une très belle scène, le rappel de ce qui avait tellement impressionné les enfants de Newark, le lancer du javelot. Le narrateur clôt le récit par cette phrase : "il nous paraissait invincible." Hélas ! personne ne l'est jamais.

Ce n'est pas la première fois que Philip Roth aborde les thèmes du mal, de la responsabilité, de la culpabilité mais, à ma connaissance, jamais avec cette virulence. Que Dieu envoie la polio à des enfants juifs peut être vu comme une allusion à la shoah qui a lieu au même moment en Europe. Le roman est ausi une réflexion sur le tragique de la condition humaine. Les choix individuels pèsent peu sur le cours des choses. Est-ce pour cela que l'auteur a choisi comme titre de son livre Némésis la déesse de la colère des dieux ?

09/11/2012

HOMMAGE A HAN SUYIN.

Han Suyin, Multiple Splendeur, La colline de l'adieu

Han Suyin vient de nous quitter. Elle est née, en Chine, le 12 septembre 1917, d'un père chinois et d'une mère belge. Docteur en médecine, sinologue, elle est l'auteur de nombreux ouvrages, essais et romans.

Son roman autobiographique "Multiple Splendeur", publié en 1952, fut le plus grand succès de sa carrière. Il a été adapté au cinéma en 1955 par Henry King sous le titre "La colline de l'adieu".

En 1935, bénéficiant d'une bourse, elle vient à Bruxelles et y fait ses études de médecine. Elle renoncera à la médecine en 1963 pour se consacrer entièrement à l'écriture. "L'arbre blessé" "Une fleur mortelle" "Un été sans oiseaux" "Ma maison à deux portes".

Elle n'a jamais été publiée en Chine, pays auquel elle était pourtant très attachée.

Je me souviens avoir lu plusieurs de ses livres mais c'est trop loin pour que je puisse en parler. Peut-être une autre fois. Je voulais lui rendre hommage car je l'ai beaucoup appréciée. Elle m'a fait connaître  la Chine, Mao... C'est une partie de ma jeunesse qui me revient aujourd'hui.

Elle est décédée à Lausanne où elle résidait depuis des années.   

25/10/2012

JEAN-CHRISTOPHE RUFIN.

jean-christophe rufin, katiba, mauritanie, islamistes, services de renseignements, infiltrés

Médecin, engagé dans l'action humanitaire, Jean-Christophe Rufin  a occupé plusieurs postes de responsabilité à l'étranger. Il a été ambassadeur de France au Sénégal. Il a publié plusieurs romans pour lesquels il a reçu de nombreux prix dont le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Il a été élu à l'Académie française en juin 2007. (voir billet du 22 juin 2011).

KATIBA.

L'aventure commence dans le désert mauritanien. Quatre touristes italiens sont assassinés dans le Sahara. L'attaque est signée al-Quaida au Magreb islamique, une organisation implantée dans les anciennes zones d'influence française d'Afrique de l'Ouest. Tout laisse à penser qu'elle veut aller plus loin et rêve de frapper la France.

L'événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique qui met en alerte les services de renseignements, de Washington aux Emirats, d'Alger à Paris.

Jean-Christophe Rufin va élaborer un thriller et nous faire croiser des islamistes, des agents infiltrés dans les milieux islamistes et aussi des agents des services de renseignement.

Le lecteur croisera un médecin canadien qui renseigne une agence privée, la Providence.  Il a pris un prénom russe, Dimitri, pour mieux assurer sa couverture. "Pour rien au monde Dimitri ne se serait privé du plaisir de rentrer chez lui à Mobylette. Dans les rues poussiéreuses de Nouakchott, au milieu des taxis défoncés, des ânes, des charrettes à bras, c'était un exerce à haut risque. L'agence, bien entendu, le lui avait formellement interdit. Cela ne faisait qu'ajouter à son plaisir. Personne, à l'hôpital, ne comprenait qu'après avoir passé sa journée à soigner des accidentés de la circulation, il prenne le risque d'affronter sans protection le trafic chaotique de la capitale".

Nous ferons aussi la connaissance d'un camp de combattants islamistes, qu'on appelle "katiba" en Afrique du nord, qui change sans cesse de lieu et d'effectifs. "En dehors des actions terroristes qu'elle mène, une katiba sert à l'entraînement de nouveaux maquisards recrutés dans toute l'Afrique de l'Ouest. La plupart espèrent repartir dans leur pays, à l'issue de leur séjour, pour y mener le jihad."

Les organisations terroristes sont gangrénées par des rivalités internes et les agents secrets infiltrant les extrémistes musulmans sont à usage double ou triple. L'auteur brouille les cartes et il est impossible de savoir clairement qui ils sont. D'où l'intrigue qui ne verra le dénouement qu'à la fin du livre.

Le personnage central du livre est Yasmine. Elle travaille au quai d'Orsay, au service du protocole. Qui est-elle vraiment ? Belle, énigmatique, élégante; veuve d'un diplomate jadis en poste à Nouaskott, elle a gardé des liens mystérieux avec l'Afrique.

Ainsi, Kader viendra lui demander de retourner en Mauritanie pour un dernier service. Officiellement, son voyage s'explique par la fondation "Les enfants du Cap-Blanc" qu'elle avait fondée avec son défunt mari, Hugues. Elle part en Mauritanie mais sa mission reste secrète.

Les services de renseignement enquêtent sur son passé. Elle s'appelle Yasmine Lacretelle. Son père est Français, sa mère Algérienne. Son père l'a confiée à une tante qui la méprise car elle est arable. Son enfance est vécue dans l'humiliation jusqu'à son mariage avec Hugues, nommé consul en Mauritanie. Tous les deux s'investissent dans la fondation.

Son mari mort, sans ressources, elle a transporté de la cocaïne avant d'entrer au quai d'Orsay, où elle est très appréciée. Alors, pourquoi suit-elle Kader ? Les services secrets ne savent rien sur sa mission.

D'où la question : qui est-elle vraiment ? Un agent secret ? un agent double ? Nous ne le saurons qu'à la fin du livre. L'auteur tient à garder le suspense.

Sans dévoiler la fin, je peux en dire un peu plus sur elle par les confidences qu'elle fait à Dimitri, qui est devenu son amant. "Je me suis retrouvée avec deux haines en moi. Celle de l'occident, comme tu le dis. Et puis l'autre, le négatif de mon espoir perdu. (...) J'étais en Algérie le 11 septembre. J'ai compris que le monde était désormais partagé entre deux forces que je détestais tout autant l'une que l'autre. (...) Quand je regardais dans la rue, je voyais les jeunes barbus qui faisaient la fête... C'étaient les mêmes qui humiliaient ma mère, les mêmes qui me traitaient de putain."

Elle va rappeler le proverbe : un chien a beau avoir deux pattes, il ne peut suivre deux chemins à la fois. Elle doit choisir.

"C'est toujours stupide, un choix. Quand les deux plateaux de la balance sont presque égaux; quand tu sais que l'Etat, pour combattre le crime en commet d'autres, aussi atroces; quand tu as autant de raisons de défendre l'Occident que de l'attaquer, d'adhérer à l'extrémisme que de le rejeter, il suffit de rien pour faire pencher l'aiguille d'un côté."

Ce choix, elle le fera, mais nous ne l'apprendrons qu'à la fin du livre.

Le roman est bien écrit, passionnant, un peu compliqué car les personnages sont nombreux. Les points d'interrogation aussi.

 

17/10/2012

JEAN-PIERRE LUMINET.

jean-pierre luminet, l'oeil de galilée, copernic, héliocentrisme, ellipses

Né en 1951, Jean-Pierre Luminet est astrophysicien et directeur de recherche au CNRS. Récompensé par de nombreux prix pour ses travaux scientifiques, il est membre de plusieurs académies et a publié plus de cent cinquante articles pour des revues spécialisées, des dictionnaires et des encyclopédies. Il a toujours essayé d'établir des ponts entre les sciences et les lettres, d'où des ouvrages de vulgarisation scientifique et des romans traitant des grandes découvertes. Il a également publié des recueils de poésie.

La communauté astronomique a rendu hommage à son oeuvre scientifique en donnant le nom de "Luminet" à la petite planète n° 5523 découverte en 1991.

"La perruque de Nexton" (voir billet du 24 mai 2010)

L'OEIL DE GALILEE.

Le roman commence à Prague en 1601 par l'enterrement de Tycho Brahé, astronome danois. L'auteur va retracer la vie de Johannes Kepler. Il parlera longuement de ses découvertes mais aussi du climat scientifique de l'époque, de ses rapports avec Galilée, qu'il n'a jamais rencontré. Le roman est bourré d'anecdotes qui nous apportent beaucoup d'informations sur qui était Képler. Il nous deviendra vraiment familier.

Le livre est aussi une vaste fresque historique, difficile à suivre et que je ne puis retracer dans ce billet. Les personnages sont nombreux et, même si Jean-Pierre Luminet en trace une courte biographie à la fin du livre, ils nous sont pour la plupart inconnus.

Le narrateur est un diplomate anglais sir John Askew qui arrive à Prague le lendemain de la mort de Tycho. Il espérait profiter de ses observations pour un projet de fondation d'une compagnie de Virginie et surtout profiter de son génie de la mécanique pour concevoir avec lui les meilleurs instruments de navigation.

Kepler, après la mort de Tycho, dont il s'est approprié les travaux, est nommé mathematicus impérial de l'empereur Rodolphe II, empereur du Saint Empire germanique.

Il est d'abord connu pour ses horoscopes très demandés et son étude sur l'orbite de Mars qui lui prendra des années. Mais il restera dans l'histoire pour avoir vérifié et prouvé l'hypothèse héliocentrique (la terre tourne autour du soleil) de Nicolas Copernic et avoir découvert que les planètes ne tournent pas en cercle parfait autour du soleil mais en suivant des ellipses.

Kepler vient d'une famille modeste ce qu'il considère comme une injustice : "L'injustice commise par la nature, qui avait fait de lui un fils de rien, pauvre et souffreteux." Il cherchera toute sa vie à se faire aimer au contraire de Galilée qui aimait se faire haïr. Il se moquait souvent de son physique mais, le comble pour un astronaute, il était myope comme une taupe.

Quand il est en possession de la lunette astronomique perfectionnée par Galilée, il organise une séance d'observation demandant aux participants d'écrire ce qu'ils ont vu, sans se parler pour ne pas s'influencer. Voilà ce que dit sir Askew : "Passés les premiers instants d'émotion, je pus distinguer trois petits points brillants situés près de la planète, et disposés selon une ligne exactement droite : les lunes de Jupiter, forcément ! Bien qu'égales aux autres étoiles en grandeur, elles étaient plus resplendissantes. Me mordant les lèvres pousser un cri d'admiration devant tant de beauté, je tentai de graver cette vision dans ma mémoire." Les découvertes de Galilée étaient confirmées.

"Maintenant que j'ai vu tout cela, me voici en paix."Dans les jours qui suivirent , Kepler répéta souvent cette phrase. Et il ne mentait pas. Sa puissante imagination, son regard tourné vers l'intérieur, son esprit visionnaire, sa lucidité coupante comme un rasoir avaient su voir ce que ses pauvres yeux n'avaient pas pu contempler, bien mieux que tous ceux qui avaient eu le privilège de regarder derrière le télescope avant lui ou avec lui, bien mieux même que Galilée."

Il est important de souligner que Kepler, protestant, avait la liberté d'exprimer ce que Galilée, catholique et Copernic avant lui, n'avaient pas pu faire même sous la forme d'hypothèse. Il pourra ainsi publier les trois relations mathématiques qui régissent les mouvements des planètes sur leur orbite. (lois de Kepler). Elles seront exploitées plus tard par Isaac Newton pour élaborer la théorie de la gravitation universelle. Kepler sera bien le seul homme au monde qui aura, par la preuve mathématique, put faire de la théorie héliocentrique une réalité indubitable.

Il mènera un autre combat, bien dans l'esprit du temps, pour défendre sa mère Catherine, accusée de sorcellerie. Elle restera quinze mois en prison, malgré ses dénégations."Je ne suis pas une sorcière, je n'ai jamais jeté un sort à quiconque, ni empoisonné autrui (...) Faites de moi tout ce que vous voudrez, brisez-moi les membres, arrachez toutes mes artères une à une, pelez-moi la peau comme à une pomme...) Défendue par son fils, elle fut sauvée in extrémis du bûcher.

Kepler s'intéressait aussi à la théologie. Il vivra très mal son excommunication par un pasteur rabique. Il avait beaucoup d'humour parfois proche du cynisme. Ainsi, apprenant la naissance de son garçon, il s'exclame : "Comme si je n'avais que ça à faire, moi ! Ce garçon manque vraiment d'éducation pour s'inviter ainsi à l'improviste, alors que j'étais sur le point de découvrir l'orbite de Mars. Une bonne fessée en guise de baptême et il ne recommencera pas de sitôt à déranger son père en plein travail."

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, il était tout autre. Ainsi ce passage : "A le relire aujourd'hui, je crois l'entendre et me surprends à sourire de ses pitreries, la main claquant le front, l'oeil brumeux du myope brillant d'une lueur de malice, un fin sourire soigneusement disissimulé derrière la barbe drue." Il s'est marié deux fois, a eu de nombreux enfants. Il mourra à Ratisbonne le 15 novembre 1630.

Galilée s'est 'humilié devant l'Eglise en abjurant ses convictions. Il fut assigné en résidence et mourut en 1642.

Au début de son livre, Jean-Pierre Luminet écrit : "Le livre que vous tenez en main a été écrit pour divertir mais aussi pour instruire." Pari réussi.