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28/03/2013

FEMMES DE DICTATEUR.

Diane Ducret, Femmes de dictateur, Mussolini

DIANE DUCRET est une journaliste, philosophe et historienne née à Anderlecht. Après des études de philosophie à la Sorbonne et à l'Ecole normale supérieure, elle collabore à la rédaction de documentaires historiques pour la télévision et est aussi chroniqueuse occasionnelle sur Europe 1 dans l'émission de Laurent Ruquier, On va s'gêner.

Son premier livre Femmes de dictateur a été publié en 2011 aux éditions Perrin. Le succès a été foudroyant : 100.000 exemplaires vendus. Il est sorti chez  Pocket en février 2012. Il a été classé comme meilleure vente de livres histoires de Livres Hebdo.

Le deuxième volume est déjà sorti chez Perrin et est programmé pour avril chez Pocket.

Le premier volume reprend les dictateurs du début du siècle dernier : Mussolini, Lénine, Staline, Salazar, Bokassa, Mao, Ceausescu, Hitler.

L'auteur retrace la vie de ces dictateurs et surtout de leurs épouses ou maîtresses. C'est donc une plongée dans l'histoire ce qui explique sans doute le succès du livre.

Certains critiques analysent les succès féminins des dictateurs comme un attrait du pouvoir. Je trouve l'explication un peu sommaire. Toutes les femmes ne se ressemblent pas. Certaines ont eu du pouvoir, ont pesé sur les décisions de leur amant, d'autres pas. Chaque cas est unique. Je pourrais ajouter que si les dictateurs comme Mussolini par exemple ont fasciné les femmes, les hommes l'étaient aussi ! Il suffit de penser à l'admiration suscitée par Hitler, à l'hystérie que provoquaient ses discours.

Le livre de Diane Ducret est intéressant. Elle nous dévoile des aspects peu connus de ces dictateurs, violents, tyranniques mais ayant parfois un côté humain qu'on ne soupçonnait pas. Parfois, c'est le cas pour Mussolini, c'est leurs maîtresses qui se sont efforcées de créer une autre image de leur amant.

Passionnant, le livre l'est sûrement, mais pas facile à lire. En effet, l'auteur ne suit pas toujours l'ordre chronologique si bien que ce n'est pas facile de s'y retrouver. Impossible, en tous cas pour moi, de le lire d'une traite. Il faut du temps pour digérer un chapitre avant de pouvoir passer à un autre. Honnêtement, j'ajouterai que si la partie historique pouvait me fasciner, j'avais beaucoup de difficultés à comprendre ces femmes amoureuses jusqu'à se perdre.

BENITO MUSSOLINI.

"La foule, comme les femmes, est faite pour être violée." Cette phrase résume bien la personnalité de celui qui deviendra le duce. D'origine modeste, instituteur, son ascension sera fulgurante. Il apparaît épris de son propre corps. Le livre commence d'ailleurs par la foule qui le contemple quand il va se baigner à Riccione. Ce dialogue entre lui et sa dernière maîtresse Clara est éloquent : "Tu l'aimes, mon corps ? On m'a dit que c'était un des plus beaux d'Italie. – Qui l'a dit ? lui fait-elle. – Un homme sur la plage m'a dit : "Mussolini, tu as le torse le plus parfait de la plage" et moi, je lui ai répondu "non, d'Italie".

Sa force, sa virilité, il en fera un atout pour sa réussir sa carrière. L'auteur relève les propos tenus par les femmes qui l'ont rencontré : "le sourire de Mussolini est la chose la plus fascinante du monde" "Mussolini est comme une coupe de cristal pleine de vin capiteux" Et ce témoignage d'un de ses collaborateurs : "Combien d'entre nous en ont-ils vu tomber à genoux sur son passage ?"

De toutes les nombreuses conquêtes de Mussolini, dont il se vantait souvent cyniquement, j'en retiendrai quatre.

La première, Rachele, est une de ses anciennes élèves, fille de paysan, rencontrée dans le bistrot de son père. Il emploiera la force et le chantage pour la séduire : "Si tu me repousses, je t'entraîne avec moi sous un tram". Elle acceptera de se fiancer repensant à une prédiction que lui avait fait une gitane : "Tu connaîtras les plus grands honneurs, tu seras l'égale de la reine. Puis tout s'écroulera sous tes pieds et des deuils te frapperont."

Il finira par l'épouser, aura des enfants et, devenu célèbre, se servira d'elle pour donner l'apparence d'être un "homme bien". "Avec elle, il n'y a presque jamais eu d'amour.Juste quelque chose de physique. Parce qu'elle était une belle fille, pulpeuse, bien faite et, comme on dit, un beau brin de fille. Juste des sens, seulement ça."

L'auteur ne nous dit pas grand chose sur elle. Une anecdote donne un aperçu de leurs rapports. Frustré de ne pas avoir assisté à la naissance de leur troisième enfant, il la menace : "J'espère que tu ne vas profiter de mon absence pour mettre au monde le petit. J'en ai assez d'être le dernier informé de la naissance de mes enfants." (...) "Je t'avais dit de m'attendre, pourquoi ne l'as-tu pas fait ?" Sans un regard pour le bébé !

Angelica et Margherita feront de l'instituteur un leader politique. Toutes les deux sont juives, issues de la grande bourgeoisie, éduquées aristocratiquement et ont rompu avec leur milieu, ses codes et ses valeurs politiques. Elles sont converties aux idées socialistes d'avant-garde. Angelica quittera Benito pour Lénine, Margherita sera aux côtés de Mussolini pendant dix ans. C'est elle qui le poussera à forcer le destin et à organiser la marche sur Rome.

Elle sera considérée comme sa concubine officielle et parviendra à créer un mythe, celui du surmâle, arrivant même à le faire aimer par un peuple qui ne l'apprécie pas.

De fasciste qu'elle est devenue, elle est toujours juive. Et en 1934, après une entrevue avec Hitler, Mussolini devient antisémite et commence la persécution des Juifs. Il l'a fait licencier du journal qu'elle dirigeait. Menacée sérieusement par les lois antisémites, elle se réfugiera en Argentine. Elle lui avait pourtant tout appris...

Sa dernière conquête sera Clara Petucci. Son père est le médecin personnel de Pie XI. Elle est fiancée mais tombe éperdument amoureuse de Mussolini. Elle ira jusqu'à épouser son fiancé, Ricardo Federicci pour sauver les apparences. Elle divorcera et se consacrera entièrement à Benito.

Mais quelle conception de l'amour a ce Benito ? Jugez ce qu'il lui dit : "Je t'aime follement... et je voudrais te dévaster, te faire mal, être brutal avec toi. Pourquoi mon amour se manifeste-t-il avec cette violence ? J'ai un besoin de t'écraser, de te mettre en pièces, une impulsion violente. Je suis un animal sauvage". Ou encore : "Je suis double et le numéro deux est mauvais". A cette violence, elle ne répond que par des larmes...

La fin de Mussolini sera tragique. Il tentera de fuir après avoir supplié Clara de s'enfuir en Espagne. Ils seront tous les deux assassinés.  

13/03/2013

DOUGLAS KENNEDY.

Douglas kennedy, les désarrois de ned allen, entreprise américaine, licenciements, restructurations, vengeance, pouvoir

Douglas Kennedy est né à Manhattan en 1955. En 1994, il passe un an de sa scolarité à Dublin. Revenu à New York, il passe plusieurs mois comme régisseur de théâtre sans grand succès. Il décide de repartir à Dublin pour rendre visite à des amis et y reste.

En 1991, après un long voyage en Australie, il publie son premier roman "Cul-de-sac" qui sera un très grand succès. Il sera republié plus tard sous le titre "Piège Nuptial". (billet du 22 février 2010).

Tous ses romans sont des succès de librairie traduits en plusieurs langues. C'est probablement l'écrivain américain le plus populaire. Je l'ai beaucoup lu notamment "Rien ne va plus" (billet du 21 juin 2012) "L'homme qui voulait vivre sa vie" "Au pays de Dieu" (billet du 20 août 2008). Il vient de publier "Combien ?"

LES DESARROIS DE NED ALLEN.

Ned Allen est responsable de la vente d'espaces publicitaires pour un célèbre magazine informatique "Compu World". Il aime son métier et est considéré dans le milieu comme un excellent vendeur. "L'art de la vente, voyez-vous, se résume en un seul mot : "Persuasion". Ou encore : "Les affaires ont été bonnes, aujourd'hui. J'ai misé, attaqué, contré, jacté. Et j'ai conclu".

Nous sommes plongés tout de suite dans l'ambiance d'une entreprise américaine. La concurrence est rude. Chaque contrat perdu est vécu comme un échec. Un contrat signé, après une négociation difficile, est une réussite valorisante et un appel à en faire toujours plus.

Ned Allen, comme ses collaborateurs, ne vit que pour son métier. Il s'astreint à mener une vie saine. C'est un type bien, estimé par ses collaborateurs qu'il soutient, n'hésitant pas à intervenir lui-même quand ils sont en difficulté. Son credo : "Quand on fait le mauvais choix, on en paie toujours le prix."

Ned Allen est marié à Lizzie qui travaille dans les Relations publiques. Elle lui reproche de n'avoir aucun sens de l'argent. "Tu te sens obligé de dépenser, cela te rassure" lui dit Lizzie. En effet, gagnant très bien sa vie, Ned accumule les dettes. Ils n'ont pas d'enfant. Lizzie a fait une fausse couche, qui reste une blessure ouverte d'autant plus que Ned n'avait, dans un premier temps, pas apprécié que sa femme soit enceinte.

La vie de Ned va basculer. Son chef, Chuck Zanussi, qu'il n'apprécie pas car il est brutal et sans scrupule, lui apprend que l'entreprise a été achetée par une entreprise allemande "Klang-Sanderling". Ned est chargé de rassurer le personnel, ils seront tous repris. Mais il le sait : "Le rachat d'une entreprise, c'est une invasion. Du jour au lendemain, vos nouveaux maîtres ont un pouvoir absolu sur votre avenir."

Cette annonce intervient au moment où l'entreprise a un grave problème. Un vendeur, Ivan Dolinsky, n'est pas arrivé à conclure un contrat très important avec une entreprise. Le responsable Ted Peterson avait donné son accord verbal mais l'a retiré. La revue est en difficulté à quatre jours du tirage.

Un collaborateur, Phil, lui propose de faire pression sur Peterson en lui rappelant un fait de sa vie privée, un viol qui, révélé, ruinerait sa carrière. Ned refuse puis essaie de persuader Peterson de revenir sur sa décision mais, un peu malgré lui, il fait allusion à ce fait de sa vie privée. Un chantage qu'il ne se pardonne pas et qui aura des conséquences désastreuses pour sa vie.

Ned Allen va rencontrer le nouveau patron, Klaus Kreplin. Celui-ci va lui annoncer qu'il a décidé de virer Chuck Zanussi et de le nommer directeur à sa place. Ned défend son ancien patron mais l'Allemand le coupe : je suis le boss, je décide et il ajoute : "On a toujours à rendre compte à quelqu'un plus haut que soi. Si ce quelqu'un n'est pas satisfait de vos résultats, alors... L'annonce ne se fera qu'après les vacances de Noël et Klaus Krepin exige le silence complet. Il ne peut rien dire à Lizzie.

Nel, heureux, part en vacances avec sa femme. Quand il revient pour prendre ses nouvelles fonctions, c'est le chaos à Compu World. Les employés viennent d'apprendre que l'entreprise a été reprise par une autre société. Ils sont tous virés. Il rencontre le responsable des relations humaines : "Votre indemnité de départ sera d'un demi-mois de salaire par année d'ancienneté. Vous  bénéficierez de votre assurance maladie jusqu'à la fin du trimestre en cours." C'est la loi aux Etats-Unis. Passé ce délai, il peut obtenir une couverture sociale pendant dix-huit mois en la payant lui-même !

Ned Allen n'est pas au bout de ses surprises. C'est Chuck Zanussi qui est devenu directeur de la société. Et il est très clair : "Je vais vous dire une chose : si cela ne tient qu'à moi, vous ne réussirez plus jamais à travailler dans ce secteur. Jamais."

En sortant, Ned rencontre Klaus Krepin. Il le frappe violemment et le quitte baignant dans une mare de sang, ne bougeant plus.

La première partie du livre est terminée. Ned Allen va alors vivre un véritable enfer. Il apprend que l'outplacement donne des conseils, peut le mettre en relation avec un employeur mais c'est à lui de décrocher le job.

Ted Peterson et Chuck Zanussi vont empêcher tout engagement, même dans un autre secteur. Ils se vengeront aussi d'Ivan Dolinski qui se suicidera. Sa femme le quitte. Il tombe dans un piège tendu par un ami, Jerry Schubert. Celui-ci lui fait croire qu'il doit monter, en toute légalité, une société d'investissement. En réalité, il va s'apercevoir qu'il est son "porteur de valises", il transporte de l'argent aux Bahamas.

Je n'en dirai pas plus. Le lecteur le suivra dans cette seconde vie avec une question : finira-t-il par s'en sortir ?

Le roman est passionnant. Douglas Kennedy décrit parfaitement l'entreprise américaine, les ravages causés par les restructurations. Le côté humain est abordé par les dégâts causés au personnel mais aussi par la description des détériorations du mariage de Ned et Lizzie. La vengeance de Peter Peterson, de Chuck Zanussi illustrent bien ce que peut le pouvoir. La trahison de Jerry Schubert est particulièrement odieuse. Il s'est présenté en ami, comme un sauveur pour l'attirer dans son piège.

C'est la spécialité de Douglas Kennedy de décrire la société américaine et il le fait toujours très bien.

Je terminerai par cette remarque désabusée de Ned Allen : "Vous jouez le jeu, vous croyez en connaître les règles, jusqu'au jour où vous vous réveillez pour découvrir que c'est le jeu qui se joue de vous."

Les désarrois de Ned Allen sont ceux d'un type trop bien pour la société dans laquelle il vit. 

            

08/03/2013

CLIN D'OEIL : MES FEMINISTES.

 

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La journée internationale des droits de la femme trouve son origine dans les manifestations des femmes au début du XXème siècle en Europe et aux Etats-Unis réclamant l'égalité des droits, de meilleures conditions de travail, le droit de vote. Elle a été officialisée par les Nations-Unies en 1977 invitant chaque pays de la planète à célébrer une journée pour les droits des femmes.

Il faut bien l'avouer que la multiplication des journées consacrées aux revendications de certains droits ou même tout simplement à des problèmes de société, journée sans tabac par exemple, fait que, généralement, le 8 mars passe un peu inaperçu. Les mouvements féministes ne sont plus florissants, beaucoup de revendications ont été rencontrées même si l'égalité homme/femme n'est touours pas acquise. Et que dire de la maltraitance et du viol qui touchent de nombreuses femmes dans le monde ?

J'ai eu envie de me rappeler certaines féministes qui m'avaient influencée. J'en oublie certainement...

Impossible de ne pas commencer par Simone de Beauvoir. Le "Deuxième Sexe" a été considéré comme la bible féministe par excellence. J'avoue que je l'avais trouvé ennuyeux mais j'étais peut-être trop jeune pour l'apprécier. Par contre, j'ai beaucoup aimé ses romans quasi illisibles actuellement.

Son pendant américain est Betty Friedan née en 1921 et décédée en 2006. J'avais beaucoup aimée La femme mystifiée beaucoup plus accessible que le Deuxième Sexe. La traduction du livre a été publiée en France en 1964. En 1981, elle écrit Femmes. Le second souffle dans lequel elle s'interroge sur la difficulté de concilier vie professionnelle et familiale et cette question :  nous sommes-nous trompées en encourageant les filles à faire des études ? Non bien sûr, mais elle constate que les jeunes trouvent naturel le droit à l'avortement, à la contraception, au divorce, le droit de voter mais paient encore lourdement l'indépendance acquise qui semblait aux féministes une garantie d'un plus grand bonheur. Elle publiera aussi La révolte du 3ème Age, sous-titré, Pour en finir avec le tabou de la vieillesse. (billet du 9 mars 2009)

Suzanne Lilar née à Gand en 1901 et décédée à Bruxelles en 1992 n'a, je trouve, pas la place qu'elle mérite. Elle est la première à avoir obtenu un diplôme de droit en 1925. Elle a écrit pour le théâtre et des romans mais son oeuvre féministe est Le Couple (1963) et Le Malentendu du Deuxième siècle, une remise en question de l'oeuvre de Simone de Beauvoir, un livre courageux.(Elle est la mère de la romancière Françoise Mallet-Joris).

J'ai beaucoup aimé Evelyne Sullerot née en 1924. Sociologue, elle s'est beaucoup intéressée aux femmes notamment à la presse féminine dont elle était très critique. Je me souviens de certains de ses propos comme : pourquoi les journalistes parlent-elles toujours à l'impératif, même dans les recettes de cuisine ? Elles culpabilisent les femmes... Ou encore : pourquoi les femmes ne jouent-elles pas ? Il est vrai, qu'à l'époque, les hommes emmenaient les enfants jouer et les femmes s'acquitaient des tâches ménagères. Elle a publié de nombreux ouvrages dont Demain les femmes, Histoire et sociologie du travail féminin que j'avais beaucoup appréciés.

Encore une oubliée, Geneviève Gennari, née en 1920 et décédée en 2001. Le dossier de la femme paru en 1965 est une histoire du féminisme depuis 1889. J'en ai parlé dans mon billet du 20 juillet 2009 ainsi que de son roman Journal d'une bourgeoise que j'avais beaucoup aimé. Une citation faite aux Etats-Généraux du féminisme en 1929 avait fait grand bruit. "Lorsqu'une jeune fille majeure entre à la Mairie, avant d'avoir prononcé le "oui" sacramentel, elle jouit encore de ses droits civils (...) Aussitôt qu'elle a prononcé le "Oui, Monsieur le Maire" tous les droits qu'elle avait avant lui sont retirés. Mariée, la femme ne peut plus signer un contrat, elle ne peut ni acheter ni vendre sans la signature de son mari, elle ne peut pas plaider en justice au point de vue civil ni comme demanderesse, ni comme défenderesse, sans l'autorisation maritale. Elle est placée au même rang que les idiots, les fous, à qui l'on donne un conseil spécial." Sic ! On a quand même fait du chemin...

Christiane Collange, née Servan-Screiber, en 1930 a été journaliste et romancière. Une anecdote amusante : lorsqu'elle est entrée à Madame Express, fondée par Françoise Giroud, celle-ci lui aurait dit : "Surtout ne faites pas de journalisme féminin." Ses romans reflètent l'évolution de la société. Elle n'a pas vraiment milité comme féministe mais son influence était réelle. En vrac : "Madame et le bonheur, Le divorce boom, Chers enfants, Merci mon siècle, Je veux rentrer à la maison" (Ce dernier roman a été fort critiqué par les féministes.)

Voilà donc mon tour d'horizon "des anciennes" mais je vais rendre hommage aux plus connues, qui nous sont plus proches.

Françoise Giroud, née Léa France Gourdji le 21 septembre 1916, à Lausanne, est décédée le 19 janvier 2003 à l'Hôpital américain de Paris à Neuilly sur Seine. Elle avait pris officiellement le nom de Giroud par un décret paru au journal officiel du 12 juillet 1964. Elle a fondé l'Express avec Jean-Jacques Servan-Screiber, son amant, en 1953. Elle dirigera le journal, en deviendra la directrice. Parallèlement à sa carrière journalistique elle a publié plusieurs essais et romans dont La Nouvelle Vague, portrait de la jeunesse en 1958. Ce terme s'imposera pour qualifier le style des nouveaux cinéastes issus des Cahiers du Cinéma.

Elle a été Secrétaire d'Etat à la Condition féminine de 1974 à 1976. Le décret précisait que le Secrétaire d'Etat "est chargé de promouvoir toutes mesures destinées à améliorer la condition féminine, à favoriser l'accès des femmes aux différents niveaux de responsabilité dans la société française et à éliminer les discriminations dont elles peuvent faire l'objet." Projet ambitieux mais le temps était trop court que pour que le travail ait véritablement laissé des traces.

J'ai longuement parlé d'elle et de sa "rivale" Madeleine Chapsal dans mes billet du  29 juin 2010 et du 12 août 2011. Je n'en dirai pas plus pour le moment.

Gisèle Halimi, née en 1927, en Algérie, est une avocate très connue. J'en ai parlé à propos de son livre Ne vous résignez jamais dans mon billet du 15 septembre 2010.

Benoîte Groult,  née le 31 janvier 1920 à Paris est une romancière très connue. Ains soit-elle, Mon évasion, Touche étoile dans lequel elle défend l'euthanasie. (billet du 20 octobre 2008).

Elisabeth Badinter, née le 5 mars 1944, est une philosophe influente. Je noterai L'Amour en plus, Le Conflit. (billets du 9 mars 2010 et 27 octobre 2009)

Voilà donc mon clin d'oeil aux femmes qui m'ont beaucoup appris.

07/03/2013

MEMOIRES D'UNE GEISHA.

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Yuki Inoué nous raconte la vie d'une geisha, Kinu, née en 1892. Nous sommes très loin de l'idée que nous nous faisons de la geisha. En occident, nous la considérons comme une artiste, danseuse, musicienne, experte dans l'art de servir le thé. Même l'encyclopédie Wikipédia nous demande de ne pas la confondre avec une prostituée. Et pourtant !

A l'âge de huit ans, Kuni est vendue par ses parents à une "mère" c'est-à-dire une tenancière de "maison de plaisir". Elle commencera un long et très dur apprentissage pour devenir ce qu'elle considère comme son destin, une parfaite geisha.

Elle va à l'école mais sert de bonne à sa mère adoptive et aux autres geishas. Elle apprend l'art de la danse, à jouer du tambourin, à se coiffer, se maquiller, s'habiller, suivant des codes traditionnels très contraignants.

Elle ne connaît rien à la sexualité quand elle est "initiée" par un homme plus âgé, choisi par sa mère. Commence alors une vie où elle va de maison en maison pour danser, jouer du tambourin et avoir des relations sexuelles.

Tout est supplice. Peu nourrie, privée de sommeil, maltraitée par les professeurs, humiliée, rien ne lui est épargné. Et pourtant, elle n'a qu'un seul rêve, devenir une geisha renommée.

Elle va chercher à travailler le plus possible car elle est obligée de rembourser ce que ses parents ont reçu quand ils l'ont vendue. De plus, les cours de danse ou de musique, les kimonos, tous les frais s'ajoutent à sa dette qu'elle mettra des années à rembourser.

Elle finira par acheter une maison pour sa mère, s'endettant encore plus, puis s'enfuira. Après la mort de sa mère, elle retournera dans le quartier de sa jeunesse et deviendra elle-même patronne d'une maison de plaisir. Mais les temps ont changé, les anciennes règles ont été abolies, les nouvelles geishas ne vivront plus ce qu'elle a vécu.

Les extraits vous donneront une idée du livre car je n'ai nullement l'intention de retracer l'apprentissage de Kinu. Habillage, coiffure, maquillage sont longuement décrits dans l'article de Wikipédia, très illustré.

Je n'ai pas vu les films ou lu d'autres livres traitant du même sujet. Mais je puis cependant dire que le livre de Yuki Inoué, écrit par une japonaise, recueillant des confidences, nous donne une autre idée de ce qu'était vraiment la vie d'une geisha. C'est l'envers du décor.

Le livre est bouleversant. Les dialogues entre l'auteur et Kinu sont des témoignages de difficultés assumées, de courage, de dignité. Touchants aussi les aveux d'autres geishas cherchant parfois désespérément un protecteur qui leur assurera une vie meilleure par les cadeaux ou l'argent bien utile pour apurer leurs dettes. Et que dire de cette aspiration considérée comme un bien suprême, devenir une concubine !

EXTRAITS.

"Quand sa femme, Mine, à qui son mari imposait toujours le silence avait appris qu'il allait vendre leur fille dans une maison de geishas, elle s'était mise en travers de la porte pour l'empêcher de sortir. – M'enfin... ça sera pas une prostituée ! Ca sera une geisha. Ferme-la."

"Je me répétais jour après jour : J'ai hâte de porter un furisode, le magnifique kimono à longues manches des apprenties geishas. Je veux marcher avec légèreté et élégance. Parfois, au coin d'une rue, après avoir vérifié que personne ne me regardait, j'avançais en relevant discrètement un pan de mon kimono, comme font les grandes soeurs qui laissent voir leur vêtement de dessous coloré. J'étais fière de me prendre pour une geisha."

"Et puis, les leçons de tambour... Avant de taper l'instrument, je trempais mes doigts dans une cuvette en fer blanc remplie d'eau à ras-bords. (...) Je n'étais qu'une enfant et je ne comprenais pas pourquoi on me faisait faire telle ou telle chose... Je me contentais d'obéir aveuglément. Nous étions dressées à ne pas discuter les ordres, ni à nous révolter. Nous n'en avions d'ailleurs pas la force."

"La mère, une maniaque de la propreté, enseignait scrupuleusement le balayage, l'essuyage, l'astiquage... (...) Kinu astiquait les paliers, l'escalier... essuyait chaque traverse de shôt, les portes ou fenêtres coulissantes à lattis tendus de papier."

"Le mizu-age de Kinu, littéralement "la montée de l'eau, autrement dit le dépucelage, eut lieu au printemps de ses quinze ans. (...) Je me demandais si c'était terminé, si la séance de mizu-age était finie. Je suis restée allongée, immobile, malgré mon envie folle d'aller aux toilettes et je me retenais désespérément tant j'avais peur de voir du sang couler."

"Beaucoup de patronnes détestaient voir les geishas "celles qui excellent dans les arts" entreprendre l'étude de la lecture et de l'écriture. Il était en effet habituel d'interdire les journaux jusqu'à la fin du remboursement de la dette (...) Kinu s'entendait dire : "Tu pourrais devenir dérangeante". Et puis surtout, ne lis pas de livres. Si tu deviens savante, tu ne pourras jamais trouver un protecteur."

"Kinu faisait très attention à sa toilette. Elle devait disposer d'un très grand nombre de ceintures et de kimonos pour répondre aux multiples invitations à danser jour après jour. Les clients étaient satisfaits mais en contrepartie, "sa dette à l'okiya augmentait."

"L'après-guerre vit apparaître une nouvelle race de jeunes geishas à Higashi-Kuruva. Dans le quartier réservé où avaient été abolies les anciennes règles, les femmes semblaient contentes de leur sort. Nombre d'entre elles sortaient de l'école supérieure de filles. Beaucoup comme autrefois, devenaient geishas en raison de la pauvreté de leurs parents, mais pour celles-ci, la vie s'était améliorée. Plusieurs cependant entraient dans ce milieu par choix personnel et venaient de familles aisées."

L'histoire est pleine de femmes sacrifiées dans toutes les civilisations. Maintenant encore nous savons que la maltraitance des femmes est une réalité. Bien sûr, il y a eu d'immenses progrès dans la condition des femmes même si l'égalité homme/femme si souvent revendiquée n'est pas réalisée. Assumer un travail professionnel, l'éducation des enfants, la gestion du ménage est souvent une tâche très lourde. La liberté conquise se paie parfois très cher. Assumer tout après un divorce, même souhaité, n'est pas facile.

Je voudrais être optimiste. Malheureusement, l'actualité ne me le permet pas. Le printemps arabe, la liberté revendiquée par les femmes dans les manifestations, n'apparaît plus comme allant de soi. La menace de la charia comme source de droit est une réalité et une trahison de la lutte des femmes pour la dignité.  

21/02/2013

VOYAGE AU CENTRE DE LA CHINE.

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FREDERIC BOBIN, chef adjoint du service étranger au Monde, a été correspondant du journal à Pékin de 1998 à 2004. Il a parcouru la Chine des gens ordinaires, des campagnes. Le livre est son carnet de voyage.

L'intérêt du livre est de nous faire découvrir une autre Chine que celle dont parlent nos médias : une grande puissance entachée par le non respect des droits de l'homme

L'auteur recueille les témoignages souvent avec difficulté car la peur est très présente. Ses interlocuteurs parlent de ce qu'est devenu leur village et de leur vie. Ils s'expriment parfois avec colère mais aussi avec un certain fatalisme même devant les plus grandes injustices.

La première étape est à Shenyang, une première rencontre avec la pauvreté et une nostalgie de l'ère Mao. "Sous Mao, une personne pouvait nourrir huit membres de la famille. Aujourd'hui, je ne peux même pas me nourrir tout seul." Anciennement prospère, la ville a été l'objet de restructurations, de licenciements, de démolition en règle de tout un monde ouvrier. Les indemnités de chômage sont payées au compte-gouttes, les retraites à peine versées ou pas du tout. Les trottoirs sont inondés de chômeurs reconvertis dans l'écoulement de pacotille : peignes, jouets, transistors. Dans certaines entreprises, on conseille aux licenciés de devenir cireurs de chaussures  Certains acceptent le visage voilé d'un masque antipollution pour cacher la honte.

Pire, sur les trottoirs on croise des chômeurs, espérant un travail : "Ils sont là prostrés, à offrir leurs bras à qui voudra bien les louer quelques heures. On les identifie à la petite pancarte annonçant leur métier – peintre, vernisseur, perceur, plombier, artisan de bois, manoeuvre... – qu'ils portent en sautoir. Scène quotidienne : une voiture de luxe – Volskswagen Passat -, d'un noir rutilant, s'approche du groupe. Elle est aussitôt encerclée par ces miséreux brandissant leur pancarte. Un patron vient lever son contingent de "bras".

De village en village, l'auteur nous fait découvrir les injustices qui frappent la population dominée par les pouvoirs locaux souvent corrompus. On rase les villages, on déplace les populations pour construire des routes !  Un exemple parmi beaucoup d'autres, à Xiaping. "Huang Jiu s'est cabrée de chagrin le jour – c'était en 1997 – où elle a appris qu'une pelleteuse venait de raser la tombe de son mari. La sépulture, située non loin de la route, gênait les bureaucrates du district en quête de nouveaux espaces pour installer une menuiserie et une distillerie." Elle a porté plainte mais a reçu une indemnité dérisoire pour qu'elle la retire. Et la parcelle cultivable promise lui a été enlevée !

Autre réalité, le travail dans les mines. La réglementation instaure un travail de sept jours par semaine. Prendre un congé est possible mais à ses frais, donc souvent impossible vu la faible rémunération. S'ajoute le risque d'accident : "Chaque année, environ 8.000 "gueules noires" périssent dans les mines à travers la Chine".

Ce n'est pas tout. Les hôpitaux sont en piteux état, les villageois se soignent comme ils peuvent sans consulter de médecin. "Denig Haiyan, lui, ne mâche pas ses mots. La corruption fait partie du système en Chine. On la trouve partout, dans les mines de charbon comme ailleurs. Mais le pire, le secteur le plus corrompu, c'est la santé." Il affirme que les hôpitaux refusent parfois d'admettre des malades.

Autre scène à Pékin, cette fois, au printemps 2003, la terrible épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) a répandu la peur. Certains fuient Pékin, d'autres y restent dans une situation surréaliste. L'Etat a décrété que la vie doit rester normale. Ainsi ce témoignage d'un professeur : "Tous les matins, je viens faire acte de présence. Je m'installe dans la salle vide, j'attends cinq minutes, puis je repars chez moi." Ceux qui ont décidé de quitter Pékin n'arrivent pas à s'installer ailleurs. Les paysans pétris de peur les chassent : "Partez, partez ! Vous venez nous polluer avec le SRAS ! Partez !"

Le Sida va provoquer un autre scandale que les autorités révéleront sous la pression internationale mais que les autorités locales du Henan s'efforceront de censurer. La plupart des habitants du village ont vendu leur sang pour améliorer leur ordinaire de paysan pauvre. "J'ai deux enfants, il fallait bien que je paie leur école". Mais, ils ont été transfusés par un sang contaminé. Si les médecins apprennent aux patients qui viennent consulter qu'ils sont séropositifs, rien n'est mentionné dans le rapport officiel. Il ne faut pas laisser de preuve ! Conseil cynique du médecin : "Améliorer la nutrition et bien se reposer" !  A Houyang, 300 morts sur une population de 3.800 personnes ! Heureusement, le gouvernement de Pékin, sous la pression internationale a réagi, de nouveaux médecins ont été envoyés, le gouvernement a subventionné les soins et ironie ! les frais scolaires ont été diminués.

L'auteur consacre aussi quelques pages au Tibet. Ici, pas de misère noire comme dans d'autres campagnes. Pourtant ce témoignage d'un moine :"Les touristes qui traversent la région en coup de vent disent souvent : "Comme c'est beau ! Comme c'est développé ! Les routes, les infrastructures. Et le spectacle des monastères en prière ! Comment pourraient-ils soupçonner notre tristesse, notre désespoir ?"(...) C'est vrai, les Chinois développent le Tibet. Mais à quel prix ! Regardez autour de vous, la déforestation des montagnes. Il y a aussi les mines d'or, qui profitent principalement aux Chinois de l'extérieur." L'auteur n'en dira pas plus mais soulignera l'impossibilité de compréhension entre les Chinois et les Tibétains.

Du 15 avril au 4 juin 1989, Pékin, mais aussi d'autres villes chinoises, avait vécu une formidable insurrection pacifique, la répression sanglante est encore dans toutes les mémoires. La sympathie pour les étudiants avait été immédiate, la répression fut une surprise : "Quand les chars entrent en action, c'est donc la stupeur, la rage et la haine. J'ai regretté de ne pas avoir d'armes à la main, j'aurais tiré." dit un participant, dix ans après. Mais, bien sûr, ils ont fait carrière mais n'ont rien oublié. Un spécialiste affirme : "Le drame de ce "printemps", c'est qu'il a paradoxalement brisé toute une dynamique de réforme politique qui avait débuté. Sans Tiananmen, sans la panique que le mouvement a inspiré au régime, la Chine serait aujourd'hui beaucoup plus avancée sur la voie de la démocratisation."

La démocratie ? La Chine est restée une dictature, le parti unique est toujours très puissant. Elle s'est développée jusqu'à devenir une des premières puissances mondiales. Le Pékin d'aujourd'hui ressemble à n'importe quelle autre grande ville mondiale. L'auteur termine d'ailleurs son livre par la description de la nouvelle culture qui s'est imposée.

Je terminerai par cette réflexion ? : "Vous, Occidentaux, vous devez comprendre que cela doit se faire très lentement, très lentement. Nous en avons assez des révolutions en Chine. On n'importe pas la démocratie comme ça du jour au lendemain. Nous pourrions vite rebasculer dans le chaos."

Le livre est un carnet de voyages qui se termine en 2004. Il ne faut pas perdre cela de vue car ce qui était vrai à cette époque ne l'est peut-être plus maintenant. Je me suis contentée d'essayer de donner envie de lire ce carnet de voyages aussi agréable qu'un roman. Je tiens aussi à préciser que l'auteur se penche aussi sur le changement de mentalité des jeunes. Par exemple l'instauration d'un pseudo mariage religieux, la multiplicité des agences matrimoniales ou l'émancipation des femmes. L'enfant unique reste la règle mais les filles ne sont plus abandonnées au bord de la route...