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26/08/2013

JEAN d'ORMESSON.

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Jean d’Ormesson est né à Paris le 16 juin 1925. Ecrivain, chroniqueur, journaliste, il a été élu à l’Académie française en 1973. Il en est actuellement le doyen.

Elevé par sa mère jusqu’à  l’âge de 14 ans, il entre à 19 ans à l’Ecole Normale Supérieure. Licencié en lettres et histoire, il est admis ensuite à l’agrégation de philosophie.

En 1950, il devient Secrétaire Général du Conseil international de la philosophie et des sciences de l’UNESCO dont il devient président en 1992.

En 1970, il devient directeur du Figaro. L’année suivante, il publie « La gloire de l’Empire » pour lequel il obtient le Grand Prix du roman de l’académie française.

Chaque année, paraîtra un autre roman dont « Au Plaisir de Dieu » « Mon dernier rêve sera pour vous » « Histoire du Juif errant » « Le rapport Gabriel » « C’était bien » « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

(Billets du 27 février 2008 – 4 novembre 2010 – 23 janvier 2013)

UN JOUR JE M’EN IRAI SANS EN AVOIR TOUT DIT.

Le titre est un vers d’Aragon comme l’était « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

Publié comme ses autres livres comme étant un roman, c’est presque une autobiographie. Je pourrais le résumer en une phrase : Il est parti de son enfance pour arriver aux étoiles et à Dieu. »

La première partie du livre intitulée Tout passe est un rappel de son enfance mais aussi un survol historique de son époque. « Je suis tombé dans ce monde en un temps où beaucoup de choses disparaissaient et où beaucoup d’autres apparaissaient. Il y a eu le jeudi noir de Wall Street, la dépression, les banques qui sautent, le chômage, l’inflation. Il y a eu la guerre, le goulag, la Shoah, les Kmers rouges, le Rwanda. Il y a eu un progrès qui a semé en même temps l’enthousiasme et la crainte. Longtemps, demain a ressemblé à hier. Et puis, tout à coup, l’histoire a pris le mors aux dents. »

Pour l’auteur, le changement le plus spectaculaire est que la science et la technique aient remplacé la philosophie et la religion.

Lui, qui s’est tellement intéressé aux découvertes des galaxies ou des étoiles redit son étonnement que l’homme ne soit que des poussières d’étoile. Cependant, il attribue le plus grand changement de la conception du monde à Képler ou Copernic, mais surtout à Darwin, qui bien que croyant, a changé pour toujours la conception de l’homme au mépris de Dieu. « Dieu après avoir connu bien des épreuves passe son pouvoir à l’homme. »

De son enfance, il ne dira pas plus qu’il n’a dit dans « Au plaisir de Dieu » Enfance choyée, où le plus important est la famille. Il parlera pourtant de Marie dont il était très amoureux et qui a brisé sa vie en épousant Pama Karpo. Celui-ci, moine bouddhiste orphelin, avait été adopté par sa tante Françoise. Il deviendra le fermier de son père puis fera fortune après guerre.

L’argent, il n’en a jamais manqué, mais s’il le méprise, il reconnaît qu’il est indispensable à celui qui veut vivre une vie de  plaisisirs : « L’argent est un serviteur dont l’idée fixe est de devenir le maître – et il faut l’en empêcher. - Il règne avec arrogance dans le monde d’aujourd’hui ».

Sa vie, justement, lorsque Marie lui revient, sera faite de plaisirs, voyages en Grèce, Turquie, Maroc, Inde, Mexique et surtout l’Italie dont il a abondamment parlé dans ses autres romans.

Plaisirs de la lecture. Je ne reprendrai pas la longue énumération des livres qui l’ont marqué. Juste une petite vengeance en parlant de Sartre qui disait n’importe quoi avec beaucoup de talent et beaucoup de culot…

Les livres justement. Il commence le sien en parlant de la littérature actuelle qui ne vaut pas l’ancienne. « Tout le monde écrit » « L’image triomphe et l’emporte sur l’écrit en déroute » Et encore : « Le piège à éviter, c’est de se jeter dans le moderne et comme si ça ne suffisait pas, tout le monde veut être rebelle par-dessus le marché. Pour être au goût du jour, tout le monde cherche à grimper dans le train déjà bondé des mutins de Panurge. »

Ces paroles pourraient faire sourire venant d’un auteur qui a passé sa vie à écrire des romans mais je le crois quand il dit qu’il n’a jamais cherché à être à la mode. Pour lui, écrire est devenu une nécessité, presqu’un virus dont il ne peut plus se passer. Je serai la dernière à le lui reprocher moi qui l’ai beaucoup lu avec toujours autant de plaisir.

Dans la seconde partie du livre, c’est en philosophe que Jean va discourir sur les grands thèmes : l’allégresse, l’angoisse, le chagrin, le mal, la joie, la beauté, la vérité, le temps.

Je ne peux pas tout détailler. Quelques citations : « La gaieté est la forme de ma mélancolie – Le mal est d’abord en moi – C’est peut-être parce que je suis idiot que la vie et le monde m’ont tant plu – La difficulté est qu’il y a de tout dans la vérité et qu’il y a de tout dans l’erreur – Nous ne savons rien du temps- Le présent est coincé entre le passé et l’avenir. C’est un entre-deux minuscules jusqu’à l’inexistence. »

L’inexistence, la mort, l’interrogation perpétuelle de d’Ormesson : que faisons-nous donc sur cette terre ?

C’est dans la ligne de cette interrogation qu’il consacre la troisième partie de son livre à Dieu. « Il y a au-dessus de nous quelque chose de sacré. »

Cette partie est un très long développement sur la vie vécue avec joie alors que nous nous savons mortels. Il dira même qu’il faut être heureux.

C’est la première fois qu’il affirme avec certitude qu’il croit en Dieu même s’il rejette la résurrection ce qui l’afflige car il aimerait tant retrouver Marie dans l’éternité.

Mais, paradoxe, dans sa prière à Dieu, qui termine le livre, il lui dira « Merci » et Dieu lui répondra « Je te pardonne. »

Un beau livre. Des formules qui font mouche. « Longtemps, j’ai été jeune – J’aimais beaucoup ne rien faire. Dans cette occupation suprême, j’étais presque excellent. Je ne m’ennuyais jamais. – Le travail ne m’intéressait pas. J’étais désintéressé. – Je passais le temps qui passe. »

Un roman d’amour. De Marie, des paroles, des mots, de la vie.

Un livre sans fausse modestie dans lequel l’auteur se livre en toute simplicité.

 

16/08/2013

MAREK HALTER.

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Fils d’un imprimeur et d’une poétesse yiddish, né en 1936, Marek Halter s’échappe, avec ses parents, du ghetto de Varsovie, à l’âge de cinq ans. A leur arrivée en Ukraine, une patrouille de l’armée rouge les dirige vers Moscou, puis ils sont envoyés en Ouzbékistan. La famille s’installe à Paris en 1950. En 1951, il se rend en Israël et travaille dans un kibboutz. Revenu à Paris, il s’inscrit à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Sa première exposition a lieu à Buenos Aires en 1955.

En 1976, il publie son premier livre  « Le fou et les rois ». Il en écrira beaucoup d’autres : « Jérusalem » « Les Mémoires d’Abraham » «La Bible au féminin » « Je me suis réveillé en colère ».

FAITES-LE.

Le titre du livre vient d’une réplique de Steven Spielberg. Il l’avait rencontré en Pologne, en 1993, alors qu’il écrivait un documentaire sur les Justes. Spielberg, qui tournait La liste de Schindler, lui avait prêté les trains du film. Comme il lui disait qu’il faudrait parler plus souvent du bien que du mal, il lui avait répondu « Do it ! »

Son livre, bien qu’il s’en défende est une autobiographie. Il y raconte ses combats, ses réussites, ses échecs, ses colères, ses rencontres mais sans aucune chronologie. Ce qu’il souhaite : proposer un nouveau comportement dans le monde.

Son credo est l’importance de la parole : « La violence commence là où s’arrête la parole. 

Son combat principal sera la paix israélo-arabe. Après la guerre des six jours, il va, avec Sartre notamment, réclamer dès le cessez-le-feu, l’établissement de deux Etats, juif et palestinien, vivant côte à côte.

En 1969, il va rencontrer Yasser Arafat en Jordanie. Il avertit Golda Meir, Premier Ministre d’Israël. Son projet la met en colère et son allusion à Moïse qui est allé trouvé le Pharaon ne la convainc pas. Mais le lendemain, elle lui téléphone et lui dit « Va ».

Mais Arafat ne veut pas la paix, il espère bien avoir raison d’Israël avec l’appui du monde arabe. « A bientôt » lui ai-je dit. – Il me répondit : L’année prochaine à Tel-Aviv !- Sur le pas de la porte, je me retournai de tout mon corps et lui lançai : Si c’est vrai, monsieur le président , un jour avant je vous aurai tué ! »

Il reverra Arafat plusieurs fois en Jordanie, à Beyrouth puis à Tunis pour préparer les négociations d’Oslo, les seules, d’après lui, qui faillirent aboutir, puis à Gaza.

Il n’est plus très sûr que ces négociations aient servi à quelque chose même s’il trouve important la poignée de main historique entre Arafat et Rabin sur le perron de la Maison Blanche.

Au moment où il écrit son livre, il ne sait pas encore que les négociations viennent de reprendre. Qui peut encore croire qu’elles aboutiront ?

Le combat pour la paix au Proche-Orient est certainement celui qui lui tient le plus à cœur mais aussi le plus difficile.

C’est avec émotion qu’il raconte comment amenant des vivres, du matériel scolaire et des jouets aux enfants palestiniens, il leur avait remis des dessins sur la paix faits par les enfants de la ville israélienne de Sdérot, eux qui restent des heures dans des abris par crainte des roquettes tirées depuis la bande de Gaza. Shalom, salam.

Sa colère contre les terroristes est toujours aussi violente : « Je hais ceux qui au nom de leur foi ou de leur croyance, se donnent le droit d’ôter la vie. » Il cite Chateaubriand qui écrivait déjà dans les Mémoires d’Outre-Tombe : « Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument de liberté. Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste. »

Il est impossible de rappeler tous ses combats. Il a encouragé la création de SOS Racisme et de Ni putes, ni soumises. Il est cofondateur de l’Action Internationale pour la paix.

Il a rencontré de nombreuses personnalités : Poutine, Marguerite Duras, Jean-Paul II, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et bien d’autres. Son livre fourmille d’anecdotes. Ainsi, sa rencontre avec Jean-Paul II à qui il conseille de mettre un message dans le Mur des Lamentations, à Jérusalem. Cette image a fait le tour du monde…

En 1979, Jacques Attali l’a entraîné dans une bataille qu’il considérait comme essentielle : celle contre la faim. L’ONG est devenue une des plus importantes du monde. (En parle-t-on ?)

Que je trouve justifiée sa colère contre ceux, qui bien nourris, arrachent le maïs transgénique et le piétinent avec rage devant les caméras de télévision ! On sait pourtant que ce maïs qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau pourrait sauver des vies dans le monde. Pourquoi cet acharnement contre la recherche ?

C’est la première fois que j’entends un scientifique, Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie, parler aussi clairement. « Les OGM sont déjà partout autour de nous. Les pommes que nous mangeons sont le fruit de mélanges centenaires organisés par l’homme. Il y a longtemps que les vaches à lait ne sont plus des vaches sauvages. Les OGM ont commencé au néolithique, dès que l’homme s’est mis à labourer la terre et à modifier la nature. Et maintenant que l’on sait contrôler ces modifications, on aurait la frousse! »

Tout cela m’amène peut-être loin du « Faites-le » Je l’ai dit, Marek Halter parle surtout de ce qu’il a réussi à faire. Son raisonnement est très simple : je n’étais rien, j’ai pu faire cela, pourquoi pas vous ?

« Si vous avez un projet, si vous y croyez, faites-le. Si vous ne le faites pas, cela ne tient qu’à vous. Car les hommes sont ainsi qu’une fois engagé, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous accompagner. »

Oui, la parole peut arrêter la violence, elle peut aussi faire mal, être impuissante et même appeler à la violence.

Nous regrettons certains silences et les échecs trop fréquents de la diplomatie.

Aujourd’hui, ce vendredi sera encore un jour de colère en Egypte. Un jour ensanglanté.

13/08/2013

FRANCOIS WEYERGANS.

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François Weyergans est né à Etterbeek (Bruxelles) le 2 août 1941. Il a suivi les cours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHES), a écrit des critiques dans « Les cahiers du cinéma » et a réalisé plusieurs films : « Statues » « Voleuses » « Un film sur quelqu’un ».

En 1973, à la suite d’une analyse il publie un compte rendu sarcastique de sa cure dans un roman « Le pitre » qui obtient le prix Roger-Nimier.

En 1981, après avoir été récompensé par le prix Rossel pour son roman « Macaire le Copte » il décide de se consacrer uniquement à la littérature.

Livres et récompenses vont se succéder : « Le Radeau de la Méduse », prix Méridien, « La démence du boxeur » prix Renaudot suivis de « Franz et François » « La vie d’un bébé » « Trois jours chez ma mère » en 2005. Pour ce roman, il obtient le prix Goncourt au terme d’une compétition avec « La Possibilité d’une île » de Michel Houellebecq qui était un grand succès.

Il est élu à l’Académie française au fauteuil de Maurice Rheims, laissé vacant par le décès d’Alain Robbe-Grillet. Jean d’Ormesson racontera qu’il avait séduit les Académiciens par ses lettres de candidature « inouïes de drôleries et d’ironie ». Il arrivera d’ailleurs quinze minutes en retard pour son intronisation et prononcera un discours qualifié par Jean « de coq-à-l’âne ».

ROYAL ROMANCE.

Le héros est Daniel Flamm, d’une soixantaine d’années, marié depuis une vingtaine d’années à Astrid. Ils ont deux filles Iris et Olga. Ecrivain, il éprouve de grandes difficultés à terminer ses livres, voyage beaucoup et multiplie les aventures amoureuses.

Il a eu la chance d’être engagé par Ari Trokkel pour un travail qui lui laisse beaucoup de loisirs, lui permet de voyager et de jouir de revenus substantiels.

Grâce à l’argent de Trokkel, il n’est plus obligé d’écrire mais il est poursuivi par une histoire d’amour très ancienne qu’il se sent obligé de raconter « pour se délivrer ».

C’est le sujet du roman. Daniel Flamm a rencontré, à Montréal, une canadienne, Justine, âgée d’une vingtaine d’années. Un vrai coup de foudre. Venu pour une semaine à Montréal, il va y rester plus longtemps. « J’avais d’autres raisons de prolonger mon séjour, des complications avec les papetiers, mais je préfère penser que ce fut à cause d’elle et pour elle que je restais. »

Je préfère penser… une phrase qui en dit long sur Daniel. Il est amoureux mais guère comme elle qui l’aime vraiment. Il ne tarde pas à la tromper avec deux autres canadiennes.

Justine est une comédienne débutante. Elle aime les films pornos, est drôle, anticonformiste  et très belle. Le titre du roman est celui d’un cocktail sont elle raffole : moitié gin, un quart Grand Marnier, un quart fruit de la Passion, un soupçon de grenadine.

Leur liaison est torride mais éphémère car Daniel rentre à Paris. Elle ne cessera cependant pas de lui téléphoner, lui écrire, lui envoyer des textos, des cassettes qu’il n’écoute pas toujours entièrement ou même pas du tout.

Un ami lui apprendra que Justine a un cancer du sein. Elle ne lui dit rien pour l’épargner mais par égoïsme il ne lui en parle pas, n’ayant même pas l’idée qu’elle pourrait avoir besoin de réconfort.

Même si tous les deux mènent chacun leur vie de leur côté, leur lien reste fort pendant des années. Ils n’ont jamais pensé à vivre ensemble et malgré la distance, Justine reste très amoureuse.

Elle débarque à Paris au moment où Daniel entretient une relation amoureuse avec Florence. Astrid l’a quitté mais il ne le dit pas à Justine qu’il voit encore mais qu’il garde à distance, refusant même de lui montrer son appartement.

Elle ira le rejoindre à Strasbourg où il s’est réfugié chez sa sœur pour voir plus facilement Florence. Elle vient d’apprendre que son cancer a récidivé et enfin ! se décide à lui parler de ce qu’il lui a fait vivre.

« Je dois t’avouer, Daniel, que j’ai déjà eu un cancer à Montréal quand on ne se voyait pas. J’ai peur, c’est une récidive, je sais que c’est peut-être grave. Mon premier cancer, je n’ai pas voulu t’en parler. (…) J’avais peur que tu disparaisses. (…)D’accord, il y a eu un bonheur que je ne renierai jamais, des sentiments que je n’avais jamais connus, jamais soupçonnés avant toi. Mais tu n’as pas su rompre avec ta vie d’avant. (…) Mais chaque nuit j’ai souhaité que tu t’endormes contre moi. »

L’histoire se terminera tragiquement. Justine est hospitalisée dans un hôpital psychiatrique, puis dès qu’elle peut sortir, sans même  rentrer chez elle, elle se jette sous le métro.

Comment réagit Daniel ? Il s’enferme chez lui, écoute les cassettes qu’elle lui avait envoyées et les recopie. Il rêve de Justine se jetant sous les rames du métro alors qu’il essaie de l’en empêcher. Trop tard !

A ce moment, le lecteur comprend qu’il ait voulu écrire l’histoire pour « se délivrer ».

Je pourrais dire que le livre n’est qu’une banale histoire d’amour entre une femme trop amoureuse et un séducteur lâche, préoccupé uniquement de lui-même et de ses conquêtes.

François Weyergans en fait autre chose. Il décrit minutieusement Montréal et Strasbourg presque comme un guide touristique. Mais il y a aussi l’actualité,  des références cinématographiques ou littéraires qui viennent un peu par hasard. C’est ce que les critiques appellent ses « coq-à-l’âne ».

Des questions sérieuses comme : « à quoi riment nos vies ? - on a beau revenir en arrière, on ne peut plus rien changer – combien de gens réussit-on à rendre heureux dans une vie ? - Pourquoi si souvent n’ose-t-on pas dire ce qu’on pense ? Ceux qui ne supportent pas qu’on leur fasse des reproches ne se privent pas de vous en faire. »

Et sur les journaux : « L’intérêt des journaux, c’est que leur lecture le mettait hors de lui et finalement le stimulait. »

Des remarques amusantes comme celle-ci en parlant de son ordinateur : « La résolution des problèmes s’est terminée sans détecter de problème. (…)Le pape ne fait pas de miracles, Windows en fait. Le miracle s’appelle la restauration du système. » 

Cet aveu qui me le rend un tout petit peu plus sympathique : « Je voudrais tant être restauré à l’état qui était le mien quand j’ai rencontré Justine, avant les bourdes, les gaffes, la souffrance… »

J’avoue avoir eu du plaisir à lire le livre même si le héros m’est tout à fait antipathique.

Décidément, François Weyergans a beaucoup de charme.  

17/07/2013

GERMAINE DE STAEL.

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Madame de Staël, née et décédée à Paris, (22 avril 1766 – 14 juillet 1817), est une romancière et essayiste française d’origine genevoise. Fille de Jacques Necker et Simone Curchod, elle a été élevée dans un milieu intellectuel, fréquentant le salon littéraire de sa mère.

Après son mariage avec le baron de Staël, ambassadeur de Suède, elle a ouvert son propre salon qui deviendra de plus en plus un salon politique.

Elle s’intéresse à la Révolution française mais après la chute de la monarchie, elle doit se réfugier en Suisse. Revenue à Paris, en 1975, elle s’est convertie à la République. Elle vivra très mal le despotisme de Napoléon. Bannie, elle se réfugie à Coppet, dans le château de Necker, en Suisse, où elle reçoit toute l’Europe cultivée. Elle voyage en Allemagne, en Italie, en Russie. C’est à cette époque qu’elle écrit ses romans  « Delphine » et « Corinne ».

Elle revient à Paris dès le retour des Bourbons où elle compose les « Considérations sur les principaux événements de la Révolution française. » Un livre qui fait encore autorité.

Dans mon souvenir,  Madame de Staël était une intellectuelle brillante et célèbre, recevant dans son salon, l’élite de l’époque.

Les deux premières lignes du chapitre que lui consacre Mona Ozouf ont été une surprise : « Deux fantômes hantent les pensées de madame de Staël : le silence, la solitude ; tous deux grimaçants et étendant leur ombre sur la chance d’être heureux. » Elle la décrit comme hantée par l’idée terrifiante de la mort et même de la vieillesse, où il faut « descendre sans appui. »

Aussi, pour elle, l’amour est, pour les femmes, l’indispensable car elles ont besoin de protection. Mais le versant noir, est la crainte de le perdre. Ainsi, dira-t-elle, les hommes, à tout âge peuvent commencer une nouvelle carrière ; les femmes, perdent leur pouvoir de séduction avec l’âge : « A la moitié de leur vie, il ne leur reste plus que des jours insipides, pâlissant d’année en année. »

Madame de Staël a entretenu une liaison avec Benjamin Constant, un amour passionnel qui la poussera pourtant a refusé le mariage qu’il lui proposait.

Quel constat pessimiste pour les femmes que la recherche de la gloire ! « Les femmes qui veulent songer à la gloire trouve devant elles la société masculine tout entière armée contre des rivales. »

Elle parlera des difficultés rencontrées par une femme auteur : les hommes sont intolérants devant une femme supérieure, rassurés quand ils trouvent chez leurs compagnes, un esprit médiocre ; les jolies femmes ne sont pas fâchées de faire la démonstration qu’elles peuvent vaincre la supériorité de l’intelligence, les mères de famille affirment que ce sont elles qui remplissent la véritable destination de leur sexe.

Même si les femmes n’ont pas toutes la même destinée, madame de Staël en est persuadée : « Il y a bien une nature féminine qui comporte des qualités spécifiques : la mobilité, la délicatesse, l’attention aux détails, le discernement que donnent la sympathie et la pitié ; et des insuffisances spécifiques : la timidité devant la calomnie, la difficulté d’exister sans appui, l’insurmontable faiblesse. » C’est ce que Mona Ozouf a découvert en étudiant la correspondance et les romans de son héroïne. Dans son roman, « Delphine », madame de Staël fait dire à un de ses personnages : « La nature a voulu que les dons des femmes fussent destinés au bonheur des autres et de peu d’usage pour elles-mêmes. »

Ses voyages conforteront madame de Staël dans ses opinions. En Angleterre, le pays interdit absolument aux femmes la gloire et même le délice de briller en société. Elle reconnaît que les hommes rendent aux femmes en respect et en fidélité ce que leur situation sociale a de subalterne. L’Angleterre est le pays des bons ménages mais aussi de l’ennui !

Les Italiens sont spirituels, gais, prêts à tomber amoureux et célèbrent le génie d’un être exceptionnel quel que soit son sexe. Le secret du bonheur italien est d’être imperméable à la vanité et à l’opinion. Les femmes peuvent avec une tranquille assurance confesser leur ignorance ou montrer leur instruction. Elles peuvent être professeurs, médecins ou avocats.

Les Allemandes trouvent chez les hommes plus de sentimentalité et de sérieux qu’en Italie, elles sont moins reléguées qu’en Angleterre, mais, défaut suprême aux yeux de madame de Staël, les hommes ont peu de séduction ! Dans une lettre à Necker, madame de Staël avoue ne rien connaître  « d’aussi lourd, de plus enfumé au moral et au physique que tous les hommes allemands. »

Madame de Staël aime la frivolité française, le brillant, la galanterie, mais elle en connaît le prix : « L’oubli et l’indifférence sont des défauts français. ( …) Là où s’affirme la liberté, la sécurité dépérit. »

J’ai trouvé assez curieux ce portrait que fait madame de Staël des femmes, en se basant sur le pays où elles habitent. Nous dirions maintenant : « Quels clichés ! » Mais, n’avons-nous pas les nôtres ?

Je préfère un autre aspect de la personnalité de madame de Staël : sa foi au changement des mœurs et des habitudes par la diffusion des Lumières. Elle se dit certaine que les femmes n’en seront pas exclues.

Si ses propos sur les femmes m’ont étonnée, elle, si brillante, je suis heureuse d’apprendre que malgré tout, elle avait foi en l’éducation, croyait à une évolution qui ferait que le mariage n’apparaîtrait plus comme le seul destin féminin.

Elle ne s’est pas trompée. Dommage pour elle, qu’elle ait vécu au dix-huitième siècle. Dommage qu’elle ait accordé autant d’importance à l’amour au point d’être malheureuse parce qu’une lettre n’arrive pas…

Mona Ozouf s’est surtout attaché à la conception de ce que nous appelons le féminisme dans le portrait qu’elle fait de Germaine. C’est le sujet de son livre.

Mais, si elle n’a pas été reconnue de son vivant comme elle le méritait, elle est entrée dans l’histoire comme celle qui a fait connaître le romantisme allemand en France. Son influence sur la conception de la littérature est indéniable.

C’est bien la femme de lettres qui reçoit les honneurs de la nation en 1850, lorsque son éloge est fait à l’Académie française. Cette consécration, qu’elle est la seconde femme à recevoir après madame de Sévigné, montre bien que, malgré les hésitations et les réticences, madame de Staël est reconnue comme une des grandes figures littéraires de son siècle.

27/06/2013

LES MOTS DES FEMMES.

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MONA OZOUF est l’auteur du livre « Les mots des femmes » suivi d’un essai  « Essai sur la singularité française. »

Mona Sohier est née en 1931 à Plourivo (Côtes-du-Nord). En 1955, elle a épousé Jacques Ozouf, historien ami de François Furet.

Agrégée de philosophie, elle s’est dirigée vers l’histoire et est devenue spécialiste de la Révolution française. Elle y a consacré de nombreux livres.

LES MOTS DES FEMMES.

Mona Azouf fait le portrait d’une dizaine de femmes en s’appuyant sur leurs écrits, livres et surtout correspondance. Elle s’intéresse à ce qu’elles disent du combat féministe et de leur féminité. Elle veut ainsi se distinguer de ses prédécesseurs comme Michelet ou Sainte-Beuve par exemple.

Elle illustre ainsi la condition féminine entre le XVIIIe et XXe siècle. Marie de Deffand, Isabelle Charrière, Manon Roland pour le XVIIIe, Germaine de Staël et Claire de Rémusat, au tournant du XIXe, George Sand et Hubertine Auclert, Colette qui ouvre le XXe siècle, enfin Simone Weil et Simone de Beauvoir.

Chaque chapitre est précédé d’une courte biographie. Elle qualifie aussi les femmes choisies par un adjectif qui, en somme, les résume. Madame du Deffand – Marie ou la féminité ; Madame de Charrière : Isabelle ou le mouvement ; Madame Roland – Manon ou la vaillance ; Madame de Staël – Germaine ou l’inquiétude ; Madame de Rémusat – Claire ou la fidélité ; George Sand – Aurore ou la générosité ; Hubertine Auclert – Hubertine ou l’obstination ; Colette – Gabrielle ou la gourmandise ; Simone Weil – Simone ou l’ascétisme ; Simone de Beauvoir – Simone ou l’avidité.

Certaines sont plus connues que d’autres mais les portraits sont toujours passionnants. Difficile parfois de suivre son raisonnement car elle fait appel aux personnages de ses héroïnes et même si elles citent leur livre, tout le monde n’a pas sa culture. Moi, je n’ai pas lu tous les livres qu’elle cite ou n’en ai plus qu’un vague souvenir.

L’auteur raconte aussi des rencontres, des jugements portés sur leurs contemporains, des anecdotes. C’est tout un monde que nous parcourons en lisant ses portraits.

J’ai l’intention d’en présenter plusieurs dans les semaines qui suivent. Une anecdote pourtant sur Simone de Beauvoir, bien à l’aise, on le sait, dans un monde dominé par les hommes.

« Le livre qui a fait sa réputation, l’énorme Deuxième Sexe est donc une œuvre de hasard. Elle admirait L’Age d’homme, le livre où Michel Leiris avait eu le courage de s’exposer, tel un torero, à la corne du jugement d’autrui, souhaitait prendre elle aussi le risque de l’autobiographie. Sartre qui s’entretient du projet avec elle, a l’intuition qu’une question préalable se pose et s’impose : qu’a signifié pour elle le fait d’être une femme ? Rien du tout, « ça n’a pour ainsi dire pas compté ». Comme il insiste, l’élève consciencieuse s’enferme pour deux ans à la Bibliothèque nationale. Elle y vole de surprise en surprise – la première, la plus forte, est de découvrir que toute femme qui entame son autoportrait doit commencer par ce truisme : « Je suis une femme », alors qu’un homme peut paisiblement passer outre. A mesure qu’elle progresse dans ses lectures se modifie aussi, car elle ne fait rien à moitié, sa vision du monde. De tout cela, elle émerge avec ce monument, à travers lequel le monde entier va la juger, et qui confirme, paradoxalement le « rien » dont elle était étourdiment partie. Etre femme, ce n’est rien, en effet, ni essence, ni destin. Mais pour la grande majorité des femmes, ce rien est tout, et voilà de quoi justifier huit cents pages. »

Un livre écrit par hasard comme celui de Benoîte Groult « Ainsi soit-elle » qui a apporté des révélations sur la situation des femmes comme l’excision et a été un véritable choc. Benoîte Groult reconnaissait récemment dans une interview qu’elle était devenue féministe très tard.

Je n’ai pas aimé « Le Deuxième Sexe » Je lui ai préféré « La femme mystifiée » de Betty Friedan, moins intellectuel, plus près de la réalité vécue par les femmes.

Dans son « Essai sur la singularité française » Mona Ozouf parle de ce qui oppose ces deux féministes : « Toute attachée qu’elle soit à la vision universaliste d’un féminisme de l’équité, Friedan est préoccupée par les aspects concrets de l’existence – la vie quotidienne des femmes est, il est vrai, plus difficile en Amérique qu’en France, le système d’assistance sociale beaucoup moins efficace. Toute séduite qu’elle soit par la différence, Beauvoir ignore les femmes réelles et tient un langage qui paraît à l’autre complètement désincarné. Dialogue de sourdes. »

Dans son essai, Mona Ozouf parle de la spécificité française au niveau du féminisme. D’après elle, la révolution française a donné tellement de droits aux femmes que même la revendication du vote n’était pas importante. (France : 1944). Elle insiste aussi sur le travail fait par l’école laïque  qui mettait les garçons à l’égalité avec les filles. La France a été longtemps le seul pays à accepter des institutrices mariées.

Mona Ozouf le dit clairement, elle n’aime pas le féminisme anglo-saxon même si elle trouve sommaire l’opposition  faite par certains entre le féminisme à la française, qui serait celui de l’égalité, et l’anglo-saxon, qui serait celui de la différence.

J’aurai l’occasion d’y revenir en parlant de certaines des femmes qu’elle a choisi de présenter dans son livre. Mais, il est clair qu’il a existé et existe encore plusieurs conceptions du féminisme.

Je ne résiste pas à citer l’allusion qu’elle fait aux « Lettres persanes » de Montesquieu.

« Ils débarquent en France sans avoir imaginé une seconde que l’esclavage des femmes puisse n’être pas fondé en nature. Ils reçoivent leur premier choc du spectacle que leur offre la vie parisienne : ici, une manière d’égalité entre les sexes, et la liberté. Pas de voiles, ni de grilles, ni d’eunuques. Des maris ruinés, déshonorés, bernés par leurs femmes. »

J’ai beaucoup aimé le livre de Mona Ozouf. Je n’ai pas très bien compris sa conception du féminisme. Elle cite tellement de monde (Montesquieu, Rousseau, Hume, Tocqueville) qu’il en devient difficile de comprendre en quoi elle adhère. Je sais que son livre a été mal accueilli dans certains milieux féministes.

Comme je le crois, il y a féminisme et féminisme. Les revendications des femmes européennes ne sont pas celles qui vivent dans d’autres pays du monde et se battent pour des droits précieux dont nous ne nous rendons plus compte de la chance que nous avons de les avoir. Et pourtant, la véritable égalité homme/femme n’est pas encore acquise, même chez nous.