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16/10/2013

SIMONE WEIL.

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Simone Weil est une des personnalités choisie par Mona Ozouf pour son livre « Les mots des Femmes. »

Simone Weil est née en 1909, à Paris, dans une famille juive cultivée. Elle fait de brillantes études de philosophie dans la classe d’Alain, puis à l’Ecole normale supérieure dont elle sort agrégée. Elle mourra épuisée à l’hôpital d’Ashford en 1943.

C’est de toutes les femmes dont parle Mona Ozouf la plus difficile à comprendre, la plus controversée aussi.

Sur ces photos d’adolescente, elle apparaît charmante. Très vite, elle va s’appliquer à changer son apparence : un chapeau crasseux, une pèlerine grise, des sandales qu’elle porte même en hiver, pieds nus, elle ne veut pas séduire et s’attachera à devenir comme la jugeront ses compagnons de la rue d’Ulm « imbuvable ». De plus, elle veut vivre dans l’austérité la plus complète, vit dans des chambres pauvres,  jamais chauffées, couche par terre, ne veut rien posséder.

Elle abandonne l’enseignement pour travailler comme manœuvre à l’usine d’Alsthom. Elle est maladroite, se brûle, est débordée par les normes de vitesse, ravagée par des maux de tête. Elle tirera de cette expérience un livre « La condition ouvrière » dans lequel elle décrit minutieusement ce qu’elle vit : les pièces manquées, le salaire rogné, les écorchures aux mains, les réprimandes. Elle croyait à la noblesse du travail, elle découvre une tout autre réalité. « Il (le travail) l’ouvrier à l’outil, le transforme lui-même en outil, inapte à nouer des relations avec les autres outils que sont ses camarades. ».

En 1936, elle s’engage aux côtés des républicains dans la guerre d’Espagne. Un échec, car elle manie aussi mal le fusil que la machine à fraiser. Gravement brûlée après avoir posé le pied dans une marmite d’huile bouillante posée à ras du sol, elle doit repartir pour la France. Elle dira avoir compris « que l’Espagne est devenue le théâtre mensonger d’un affrontement entre communisme et fascisme. »

Son engagement comme infirmière en 1941, à Marseille, sera aussi un échec. Elle veut apporter des soins et un secours moral aux blessés sur le champ de bataille mais a comme objectif aberrant « de faire impression sur les soldats ennemis ».

Simone Weil veut être exceptionnellement libre. Elle veut penser librement, ne veut régler son action que sur son propre jugement.

Cette conviction d’avoir toujours raison lui fera accepter la persécution des juifs pendant la guerre, ayant elle-même l’horreur d’être juive. Elle disait à Gustave Thibon « qu’elle ne savait pas ce qu’était l’essence d’être juive, en tout cas pas une race et, quant à la religion, assurément ce n’était pas la sienne. »

Dans son refus global de la personnalité, elle accorde si peu au rôle personnel des hommes dans l’histoire qu’elle va jusqu’à refuser de voir en Hitler un barbare ou un monstre mais « un simple instrument de cette logique impersonnelle qui veut que chacun commande là où il en a le pouvoir. »

Simone Weil détestait être une femme. Elle avait déjà constaté la condition humiliante des femmes ouvrières. Pour elle, à la subordination des femmes dans le travail, s’ajoute celle du mariage qui livre les femmes au bon plaisir de l’époux et l’angoisse de la vieillesse qui, d’après elle, touche plus sévèrement les femmes que les hommes : ayant perdu la fraîcheur de la jeunesse, elles deviennent « des êtres sans âge » !

Ce rejet de la féminité, fera qu’elle signera les lettres à sa mère d’un « ton fils respectueux ». Elle rejette la sexualité parce qu’elle n’y voit que soumission.

On a souvent parlé de sa conversion au christianisme. Qu’en est-il ? Elle a eu des contacts avec des prêtres et des religieux afin de leur poser des questions sur la foi dans l’Eglise catholique. Le père Joseph-Marie Perrin, religieux dominicain, l’accompagnera lorsqu’elle sera à Marseille entre 1940 et 1942. Pour Mona Ozouf, elle ne s’est jamais convertie mais tous les historiens ne sont pas d’accord avec elle.

Le dernier paragraphe qui lui consacre Mona Ozouf est très éclairant sur la personnalité de Simone Weil, pleine de contradictions. Je le reproduis intégralement.

« Hérétique, a dit Bossuet, tout homme qui pense. A suivre les oscillations perpétuelles de cette pensée exigeante et obstinée, trouée d’éclairs, on se persuade que Simone Weil est profondément hérétique. Hérétique politique au milieu d’une foule de croyants. Hérétique religieuse, servante d’un Dieu caché et absent du monde, qui réservait probablement des surprises au pauvre père Perrin, si désireux de la croire prête pour la conversion. Hérétique de cette terre, être insaisissable et génial, tombé d’une autre planète. Alain, comme si souvent, l’avait laconiquement et merveilleusement exprimé : « une Martienne » selon lui.

J’avoue avoir été étonnée du portrait que fait Mona Ozouf de Simone Weil. Elle reconnaît son intelligence, son engagement mais souligne aussi son intransigeance. J’ai toujours cru qu’elle s’était convertie au christianisme mais qui peut savoir ce qu’elle pensait réellement.

Sa mort au sanatorium d’Ashford le 24 août 1943, officiellement de tuberculose, a aussi été sujet de polémiques parmi les historiens. Certains pensent qu’elle s’est suicidée. Ce qui est certain c’est que sa privation volontaire de nourriture a accéléré sa mort.

Mona Ozouf ne parle pas de son œuvre littéraire sauf de son livre « La condition ouvrière ». Elle a beaucoup écrit : « Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale » « La pesanteur de la Grâce » « Enracinement » « Attente de Dieu »

Je garderai d’elle l’image d’une personnalité complexe qui s’est épuisée dans la fidélité à ses engagements.

10/10/2013

JEAN-LOUIS FOURNIER.

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Jean-Louis Fournier, écrivain, humoriste et réalisateur de télévision est né à Calais le 19 décembre 1938. Auteur de nombreux livres à succès, il a reçu le prix Fémina pour « Où on va papa ? » (Voir billet du 2 mai 2012).

IL A JAMAIS TUE PERSONNE, MON PAPA.

« Quelquefois, il disait qu’il allait tuer maman, et moi aussi, parce que j’étais l’aîné et pas son préféré. Il n’était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait beaucoup bu. Il a jamais tué personne, mon papa, il se vantait. Au contraire, il a empêché beaucoup de gens de mourir. »

L’histoire du roman se déroule à Arras, avant, pendant et après la Seconde Guerre Mondiale. Elle nous est contée par un petit garçon, Jean-Louis, qui évoque les souvenirs qu’il a gardés de son père, décédé à l’âge de quarante-trois ans.

Le livre est en partie autobiographique, Jean-Louis Fournier raconte son enfance mais en se mettant dans la peau du petit garçon qu’il était.

Son père est médecin, adoré de tous ses patients, un homme bon mais alcoolique ce qui a des répercussions sur la famille. Quand il a bu, il dit des choses bizarres, se conduit aussi de façon étrange ce qui fait peur à sa mère, sa grand-mère et les enfants. Pas de scène violente cependant, pas de discussions, juste un climat qui fait dire à l’enfant quand il retrouve une ancienne photo de son père : « Pourquoi le papa de maintenant, il est vieux, il est triste, il nous parle plus, il n’est pas gentil avec maman et quelquefois, il nous fait peur ? Où est passé le papa de la photo ? »

Son père soignait des gens pas riches, ne s’habillait pas comme les autres docteurs, portait des souliers usés avec le bout enroulé de caoutchoucs de bocaux de conserve. Sa mère qui en avait marre de les voir finira par les jeter à la poubelle. « Après, papa, il a fait ses visites en pantoufles. »

Le livre fourmille d’anecdotes. Des chapitres très courts, un titre évocateur mais simple et une réflexion de l’enfant pour terminer.

Jean-Louis raconte les tentatives de suicide de son père, souvent le dimanche quand tout le monde était là. Il se coupait une veine à la saignée du bras mais cela n’impressionnait plus leur mère et il partait en vitesse dans son cabinet pour se mettre un pansement. « Après quand il recommençait, on n’avait plus peur. On s’était habitués, on savait que c’était pour rire. »

Pendant la guerre et les bombardements, il ne descendait pas à la cave comme les autres : « Il avait peur de rien, papa. Il s’en foutait des bombes, il s’en foutait de mourir. »

Mais avec beaucoup de pudeur, l’auteur raconte sa honte d’être mal habillé ou encore la difficulté de se défendre lors des bagarres à l’école. Un camarade qui était fils de gendarme menaçait les autres en leur disant que leur père allait les mettre en prison. « Nous, les enfants Fournier, la seule chose qu’on pouvait répondre pour faire peur, c’était « Mon père il va te faire une piqûre. » Seulement papa, il faisait tellement bien les piqûres qu’il faisait pas mal. Quand il disait, « C’est fini », on n’avait rien senti. Alors, les piqûres de papa, ça faisait peur à personne. »

Un autre souvenir d’école. Un garçon lui montre une page d’un livre de sciences naturelles qui montre les organes sains et ceux d’un alcoolique. Il est impressionné et, le pire, c’est l’inscription : « Après, c’était écrit que les enfants d’alcooliques étaient souvent faibles, chétifs, mal conformés, prédisposés à toutes sortes de maladies. Et que parfois, ils étaient idiots ou fous. » Sa réaction ? « ça, je l’ai jamais dit à personne. ».

L’auteur nous raconte les tristes souvenirs du petit Jean-Louis et son espoir que son père arrêterait de boire. Il l’avait même demandé au petit Jésus comme  cadeau de Noël. Le jour de sa mort, il dira : « J’étais triste, pas parce que mon papa était mort, mais parce qu’il avait bu jusqu’à la fin de sa vie. Moi, je croyais qu’il allait s’arrêter un jour, qu’on aurait de l’argent, que maman ne serait plus obligée de travailler, qu’on aurait une vie normale, comme les autres. Ce jour-là, j’ai compris que c’était jamais. »

Même si l’alcoolisme de son père a pesé lourdement sur son enfance, il y a eu aussi une fierté d’avoir un père dévoué envers ses patients, un philanthrope, un grand médecin.

Jean-Louis Fournier a montré son père comme il l’avait connu. Pas pour l’accabler.

Dans la dernière page du livre, il a cet aveu :

« Je regrette de ne pas l’avoir mieux connu.

Je ne lui en veux pas.

Maintenant, j’ai grandi, je sais que c’est difficile de vivre, et qu’il ne faut pas trop en vouloir à certains, plus fragiles, d’utiliser des « mauvais » moyens pour rendre supportable leur insupportable. »

Le livre est bouleversant. Quel art a Jean-Louis Fournier de raconter ses souvenirs en parlant comme l’enfant qu’il a été !

 

08/10/2013

JEAN TEULE.

Jean Teulé, le montespan, louis XIV

Né le 26 février à Saint-Lô, Jean Teulé est un romancier et auteur de bandes dessinées. (billet du 28 août 2013)

LE MONTESPAN.

Quelle bonne idée de consacrer un livre au marquis de Montespan, né en 1640 et mort en 1691, époux de Madame de Montespan, favorite bien connue de Louis XIV !

Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin épouse en février 1963 Frnçoise Athénaïs de Rochehouart de Montemart en février 1663. Ils se sont mariés huit jours après leur rencontre. Ils sont très amoureux. Ils auront deux enfants, Marie-Christine et Louis-Antoine.

Le marquis est criblé dettes. Eloigné de la Cour, il n’a d’autres ressources que de faire la guerre pour éponger ses dettes et combler sa femme. Françoise n’est pas d’accord : « Monsieur je vous interdis de mettre sur un champ de bataille un seul de vos pieds charmants. »

Le marquis, qui, comme aristocrate , ne peut pas travailler ne voit pourtant que la guerre comme moyen de sortir de leur pauvreté. Il espère aussi retrouver une place à la Cour.

Il recrute des soldats, des garçons de ferme, et, sur son cheval blanc, étendard de taffetas au poing, s’en va devant les fortifications du château de Marsal. Hélas ! la bataille n’a pas lieu. Les armées royales ont fait capituler les assiégés. L’apprenant, le marquis s’indigne : « Pourquoi se rendent-ils ? Ils n’ont pas le droit ! C’est que j’ai emprunté,moi, pour cette guerre ! Alors ils doivent se défendre, nous jeter de l’huile bouillante, nous tirer dessus, lancer leur cavalerie, me forcer à un exploit ! »

Toutes ces tentatives de faire la guerre ne feront que renforcer ses dettes. Françoise ne supporte plus de vivre dans la pauvreté : « Demain ce sera pire, après-demain pire encore. (…) Je veux de l’argent, beaucoup ! »

Invitée par la duchesse de Montausier, Françoise est remarquée pour sa beauté et son esprit. « Menton décidé, nez droit, poignets, taille et cou fins, sa chevelure blonde est épaisse et abondante. Elle a inventé un style de coiffure qu’elle a baptisé : burluberlu. Tirés sur le front en arrière et maintenus par un cerceau au sommet du crâne, ses cheveux retombent de chaque côté en cascades de boucles qui encadrent le visage. »

La duchesse arrive à ce qu’elle devienne dame d’honneur de la reine avec l’accord de son mari. Celui-ci s’étonne des cadeaux que fait le roi à son épouse mais est loin de se douter qu’elle soit devenue sa favorite.

C’est revenu de la guerre dans les Pyrénées qu’il constatera que sa femme est enceinte du roi à qui lui dira Françoise, on ne peut rien refuser.

Le marquis est toujours amoureux et va passer sa vie à essayer de récupérer Frnçoise. Tout son entourage le presse de profiter de la bonne fortune de sa femme : « Louis-Henri, vous êtes stupide. Toutes les grâces, tous les honneurs sont prêts à fondre sur vous. Il suffirait de vous taire et de fermer les yeux. Mais vous préférez crier très haut quitte à subir les violences de l’arbitraire. C’est ce que beaucoup ne vous pardonnent pas. Vous les gênez d’oser mettre un grand roi en fâcheuse posture. »

Le marquis va alors entamer une guerre sans merci contre le roi. Il va demander aux prostituées de le contaminer pour qu’après avoir violé a femme, elle contamine le roi. Il va célébrer la mort de son amour en organisant des funérailles devant un cercueil vide et même essayer de violer la reine !

Le roi fera tout pour qu’il cesse de le ridiculiser.Il va l’emprisonner puis lui donner l’ordre de retourner dans son château de Bonnefont et d’y rester.

Portant une perruque blonde, imitant la coiffure de Françoise, Montespan va parcourir la France dans son carosse orné de cornes et aura même l’idée de faire un testament qui sera vendu dans toute la France au grand contentement de la population qui rit bien de ce roi bafoué : « Je lègue et donne au roi mon château de Bonnefont, le suppliant d’y instituer une communauté de dames repenties, à la charge de mettre mon épouse à la tête du dit couvent et de l’y nommer première abbesse. »

Jean Teulé profite du voyage de Montespan pour décrire la France. Celui-ci assiste au supplice d’un noble décapité pour avoir déplu au roi, à l’embarquement pour le bagne d’un enfant pour un vol de poireaux…

En quelques lignes, l’auteur décrit l’état de la France : « En Auvergne, la famine est telle que les femmes dévorent leurs enfants morts (…) La nouvelle persécution des protestants, la dégradation du climat, les répercussions directes sur les récoltes, le peuple écrasé par les impôts, la misère, les guerres ruineuses allumées de tous côtés aux frontières. »

Montespan aura le chagrin de voir sa fille Marie-Christine mourir à douze ans de l’absence de sa mère. Son fils lui reprochera sa conduite : « Il faut toujours obéir au roi » Il lui fera même la morale : « Père, il ne faut pas commencer par boire avant de manger : c’est le propre des ivrognes. Il ne faut pas non plus gloutonner comme vous le faites : c’est le propre des animaux. Se remplir jusqu’au gosier et souffler pour reprendre haleine, c’est faire comme les chevaux. Cessez d’avaler les morceaux tout entiers, ce sont les cigognes qui agissent ainsi. » « Père, je n’aime pas les pauvres » Il en faudrait plus pour déconcerter Montespan qui lui réplique : « Louis-Antoine, tu parles fort bien pour ton âge, mais je me demande si tu ne serais pas un petit individu vraiment révoltant. » (sic)

Françoise, chassée de Versailles et entrée au couvent demande pardon à son mari et l’autorisation de revenir près de lui.

Quelle sera la réponse de celui qui a passé sa vie à essayer de la récupérer ? « Madame, je ne veux ni vous recevoir ni plus ouïr parler de vous le reste de ma vie. »

J’ai bien aimé le livre. Certes, n’importe quelle encyclopédie pourrait retracer la vie de Montespan. Mais l’art de Jean Teulé est d’arriver à nous y intéresser, à nous faire rire, à nous faire revivre ce siècle passé dans l’histoire comme celui d’un grand roi ! Et pourquoi pas, à nous faire apprécier cet extravagant.

Le livre publié chez Pocket est illustré par Philippe Bertrand.

01/10/2013

ENQUETE D'HERODOTE.NET.

enquête d'hérodote.net, résistance, féminisme

Olympe de Gouges.
Pastel d'Alexandre Kucharski (Wikipédia) 

Le site d’histoire, Hérodote.net, a invité ses lecteurs à choisir sur une liste de 31 noms, une à trois personnes françaises dignes d’entrer au Panthéon.

4228 personnes se sont exprimées. Voici le résultat de l’enquête.

Une première surprise, en tête du classement, se trouve une personnalité peu connue : Olympe de Gouges. Née Marie de Gouges (1748-1793) elle a participé à la dénonciation de l’esclavage. Elle a combattu pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Ses idées, fort en avance sur son temps, lui ont valu la guillotine.

Le philosophe Denis Diderot occupe la deuxième place. Né le 5 octobre 1713 il a affiché  son athéisme dans ses écrits.  Il est surtout connu pour la rédaction de l’Encyclopédie « Monument de l’esprit humain ».

Une autre femme occupe la troisième place Geneviève Anthonioz de Gaulle, nièce du général de Gaulle, résistante, rescapée du camp de Ravensbrück, elle a milité dans l’association ATD-Quart Monde du père Joseph Wresinski.

Encore une femme à la quatrième place Simone Weil (1909-1943) issue d’une famille agnostique juive, normalienne et philosophe, militante active de la cause ouvrière. Elle a d’ailleurs travaillé en usine, s’est engagée à Londres dans la Résistance et est morte d’épuisement à l’âge de 34 ans.

Les femmes sont nombreuses dans le classement : Louise Michel (la Vierge rouge), Lucie Aubrac et son mari, résistants eux-aussi, l’ethnologue Germaine Tillon déportée à Ravensbrück, Emilie du Chatelet, première femme du monde à s’être vouée aux sciences à qui Elisabeth Badinter a consacré un ouvrage, Christiane Desroches Noblecourt, égyptologue médaillée de la Résistance, Georges Sand, prototype de la femme libre du XIXe siècle, la romancière Colette,  Solitude, née du viol d’une esclave africaine, popularisée par le roman d’André Schwart-Bart, « La Mulâtresse Solitude et, sans surprise, Simone de Beauvoir.

Douze femmes sur 31 personnes retenues dans le classement, ce n’est pas mal.

Parmi les hommes, des romanciers et des politiques très connus. Je citerai Albert Camus, Pierre Mendès France, Robert Schuman, Alexis de Tocqueville, Claude Levi-Strauss, Théodore Monod, Jules Michelet, Maurice Genevoix, Roland Dorgelès, Romain Rolland.

Aimés du grand public, le commandant Yves-Cousteau, Stéphane Hessel, l’humoriste Coluche et en tout dernier, Yannick Noah.

J’ai trouvé ce sondage très intéressant.  J’y ai retrouvé, bien placées, les trois personnalités pour qui j’avais voté. Je vous laisse deviner…

Je vous invite à vous rendre sur le site d’Hérodote.net pour avoir plus de détails sur les personnalités retenues.

25/09/2013

AMELIE NOTHOMB.

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Amélie Nothomb est née au Japon, dans la ville de Kobé, le 13 août 1967. Elle est la fille de Patrick Nothomb, ambassadeur et écrivain belge. Elle passe les cinq premières années de sa vie au Japon, puis, suivant les déplacements de son père, en Chine, New-York et Birmanie.

Elle rentre en Belgique en 1984 et fait des études de philologie romane à l’ULB.

Elle travaillera une année dans une entreprise au Japon, une expérience qu’elle décrit dans « Stupeur et tremblements » couronné par l’Académie française et adapté au cinéma. Pour ce film, Sylvie Testud a reçu le César de la Meilleure actrice.

Elle publie un roman par an mais dit en écrire plusieurs. La publication de ses romans est toujours un événement littéraire. Ils remportent un grand succès.

Quelques titres : « Hygiène de l’Assassin » « Métaphysique des Tubes » « Biographie de la Faim » « Ni d’Eve ni d’Adam » « Tuer le père » « Barbe bleue ».

LA NOSTALGIE HEUREUSE.

Le livre raconte son retour au Japon pour un documentaire de France5. Elle retourne donc où elle a vécu son enfance et vers l’âge de vingt ans. Elle est constamment filmée mais cela ne la dérange pas.

La ville de son enfance a complètement changé. La maison où elle est née n’existe plus. Elle revoit son école, apprend que c’était une école catholique. Elle avait pris les religieuses pour des infirmières ! Les puéricultrices lui montrent des photos d’époque où elle figure.

Avant de partir, elle avait téléphoné au fiancé éconduit de ses vingt ans, Rinri qui se souvient d’elle et accepte de la rencontrer. Elle s’étonne de l’entendre dire qu’il a lu tous ses livres et regarder ses interventions télévisées sur You Tube.

Elle appelle aussi Nishiosan, sa gouvernante à qui elle n’avait plus parlé depuis le tremblement de terre de Kobé, dix-sept ans auparavant. Celle-ci accepte de la rencontrer.

Elle n’avait plus été au Japon depuis décembre 1996. Grâce à la télévision, elle y retourne donc en 2012, soit seize ans plus tard.

Elle va donc, comme promis, voir Nishiosan à qui elle offre un rosier. « Le cœur oppressé, je sonne. La porte s’ouvre, je vois apparaître une vieille dame qui mesure un mètre cinquante. Nous nous regardons d’abord avec terreur. (…) Comme Nishio-san est vieille ! Elle a presque quatre-vingts ans. Elle paraît encore plus. Ses cheveux blancs sont coupés court, elle porte un pantalon et un gros cardigan de laine. L’appartement est plutôt agréable, ce qui me rassure. »

Il faudra un peu de temps pour qu’Amélie arrive à lui dire : « Moi aussi, Nishio-san, je suis votre fille. Je viens d’Europe pour vous voir. »

Elles s’étreignent et pleurent. Amélie se rend compte que son ancienne gouvernante ne sait rien du tremblement de terre de 2011. « Si son cerveau n’a pas enregistré le drame, c’est que sa capacité de souffrance était saturée. »

La seconde rencontre importante sera celle de Rinri. Il a quarante-trois ans, dirige une école de joaillerie qu’il lui fait visiter. Elle le trouve aussi beau qu’en 1989. Il lui propose « un pèlerinage à pied dans Tokyo » Une promenade sur le traces de leur passé commun. « La répétition, le rituel des souvenirs, tout me transforme en personnage de Tchekhov. J’éclate en sanglots. Mon comportement est aussi peu nippon que possible. »

Il lui raconte le séisme de Fukushima et la peur qu’il a éprouvée. Mais il ajoute : « Nous avons la réputation d’être un peuple raisonnable. Sans doute en avons-nous l’apparence. Pourtant, j’ai été sidéré et je le suis encore par les réactions irrationnelles de mes compatriotes. Je suis le premier à me montrer solidaire avec les sinistrés. Mais savez-vous qu’à Tokyo, je connais de nombreuses personnes qui, au nom de ce qu’ils appellent la solidarité, se nourrissent exclusivement de légumes qui ont poussé à Fukushima ? (…) Pour ma part, je trouve cela imbécile et ridicule. »

Pourtant, plus tard, il dira : « Depuis le 11 mars 2011, la vie a changé. Beaucoup de gens ont quitté le Japon et même si je ne le ferai jamais, je peux les comprendre. Nous sommes hantés. Nous avons perdu l’insouciance. Nos existences nous pèsent. »

Ils se quitteront sur ces mots : « Tu m’as appris, il y a plus de vingt ans, un adjectif utile, déclare Rinri avec sérieux et concentration – Ah ? – Indicible. Aujourd’hui est indicible. »

Le voyage est terminé. Elle quitte le Japon sans regret. Dans l’avion, elle est éblouie par le survol des sommets de l’Himalaya. En pleine exaltation, elle se dit : « Jure-toi, Amélie, que tu n’auras plus jamais de chagrin ni même de mélancolie ; qui a frôlé l’Everest n’en a pas le droit. Le maximum que je t’autorise, désormais, c’est la nostalgie heureuse. »

Que puis-je dire du livre ? Il se lit facilement en une heure mais, je l’avoue, il ne m’a pas passionnée.

J’ai été agacée par certaines réflexions sur elle-même dont je ne sais ce que je dois en penser.

Un exemple : « Je ne sais d’où me vient cette conviction que mon retard serait un crime inexpiable. Lorsque d’autres se permettent d’être en retard, cela m’agace et pourtant je ne trouve pas qu’ils méritent la cour martiale. Seul mon retard est passible de mort. »

« Dans le taxi, je me pétrifie. (…) Il faut que j’évite de trembler. Quand le tremblement s’empare de moi, c’est que le nerf est atteint : à ce moment, il n’y a plus rien à faire, je ne peux que trembler, non pas comme une feuille, mais comme une machine sur le point d’exploser. »

Je pense que ce qui me gêne est que l’émotion qu’elle dit ressentir ne passe pas. Elle ne m’a pas émue quand elle parle du chagrin qu’elle éprouve devant les lieux profanés ou quand elle pleure. Seule sa rencontre avec sa gouvernante est émouvante. J’ai été aussi fort intéressée par les propos de Rinri sur son pays.

J’avais beaucoup aimé « Stupeur et tremblements ». J’attendais peut-être trop de ce livre autobiographique, de son retour au Japon dont elle dit toujours qu’il est sa seconde patrie.

Mais, ne dit-elle pas à la fin du livre : « Tant de gens me demandent de raconter. J’essaie de répondre et ce que je dis sonne faux. »

Pour moi aussi, son livre sonne faux et c’est bien dommage.