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09/02/2014

ANNIVERSAIRES.

En tant que fidèle téléspectatrice, je tiens à souhaiter un bon anniversaire à Controverse qui fête sa millième émission.

Je ne suis pas toujours d’accord – et c’est normal – avec ce qui est dit à l’émission mais je la trouve souvent intéressante. Le choix des invités me laisse parfois perplexe mais je comprends que l’animatrice tienne à avoir un plateau qui suscitera la « controverse ». Je n’apprécie pas toujours la mauvaise foi de certains, les dénis, les attaques de personnes mais c’est la politique !

 

controverse, l'invité, RTL

 

Je n'apprécie pas la nouvelle formule de Controverse. Trop de sujets, une course contre la montre, des journalistes qui posent une question, qui relance le débat pour... quelques minutes. L'animatrice n'aurait-elle pu poser la question elle-même ?

 

Je tiens particulièrement à remercier Pascal Vrebos qui a animé l’émission pendant très longtemps avec un professionnalisme exemplaire.

 

Aujourd’hui, il fête la 600ème émission de « L’invité » une émission dans laquelle les invités éprouvent beaucoup de difficultés à pratiquer la langue de bois. Bravo aussi pour son sérieux et pour son sourire !

controverse, l'invité, RTL

14:35 Publié dans Culture | Tags : controverse, l'invité, rtl | Lien permanent | Commentaires (0)

04/02/2014

IRENE NEMIROVSKY.

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Irène Némirovsky est née à Kiev le 24 février 1903. Fille d’un riche banquier, elle est élevée par deux gouvernantes, une française et une anglaise. La famille échappe aux pogroms contre les Juifs qui secouent la ville en 1905 et 1912.

En 1914, la famille s’installe à Saint-Pétersbourg mais en 1918 fuit la révolution russe et s’installe en Finlande. Séjour de courte durée puisque la famille quitte Stockholm pour la France en 1919. Irène y passe le bac et commence à écrire.

En 1924, elle épouse Michel Epstein, un ingénieur russe émigré devenu banquier. Mariage civil et religieux à la synagogue. Ils auront deux enfants, Denise et Elisabeth.

Irène devient célèbre après la publication de son roman « David Golder » qui sera adapté au cinéma. Un autre roman « Le Bal » sera lui aussi adapté au cinéma révélant Danielle Darieux.

Bien qu’elle soit un écrivain francophone reconnu, intégré dans la société française, le gouvernement français lui refuse la naturalisation.

Elle se convertit au catholicisme en 1939, sans doute pour échapper aux persécutions des Juifs. Mais en 1940, sous le gouvernement de Vichy, son mari ne peut plus travailler à la banque et elle est interdite de publication. Elle porte l’étoile jaune.

En 1942, elle est arrêtée par la gendarmerie française puis envoyée à Auschwitz. Son mari sera arrêté plus tard et gazé dès son arrivée à Auschwitz. Irène décèdera à Auschwitz, à l’âge de 39 ans, laissant une œuvre qui fait d’elle un des grands écrivains de l’entre-deux-guerres.

Ses enfants seront cachés sous de faux noms dans un pensionnat catholique puis chez des particuliers. Ils ont emporté le manuscrit de leur mère « Suite française ». Le prix Renaudot lui sera décerné à titre posthume en 2004.

(Billet du 16 août 2011)

DEUX.

Le roman débute après la guerre de 1914-1918 dans l’euphorie de la victoire. Les héros pensent à tous ceux qui ne sont pas revenus. « Eux, les survivants savaient enfin qu’ils étaient mortels. » « Il fallait se hâter de respirer, d’embrasser, de boire, de faire l’amour. »

Les personnages vont chercher le bonheur sans le trouver. La jeunesse est assoiffée de plaisirs. Liaisons multiples, chagrins d’amour, désir de mariage pour les filles, désir de garder sa liberté pour les hommes.

Irène parle aussi des parents qui n’ont jamais été heureux ensemble et sont très amers. Ils reçoivent leurs enfants mais les voient peu et ne s’intéressent absolument pas à leur vie. « Laissez-nous ! Vous nous avez assez tourmentés. Nous sommes fatigués… »

Et ce témoignage de Solange : « Moi, quand j’étais petite, chaque fois que je voulais m’approcher de ma mère, elle me disait : « Que tu es mal coiffée, ma chérie… ou : « Remets ton col en place… Ne frotte pas tes souliers l’un contre l’autre, et maintenant je t’écoute… - Que veux-tu qu’on dise ensuite ? On est figé. On se trouve, sans cesse, devant un juge… »

L’auteur va décrire longuement la vie de ses personnages, Antoine, Marianne, Solange, Evelyne, Dominique, Nicole… Ils se ressemblent dans la quête d’un amour qui pourrait leur donner le bonheur et n’apporte que chagrins et déceptions.

Les héros principaux sont Antoine et Marianne. Ils se sont aimés, ont été séparés, se sont retrouvés, se sont mariés sans joie. Marianne a été très amoureuse d’Antoine quand celui-ci ne l’aimait pas. Après le mariage, ils ont deux enfants. L’auteur insiste sur le bonheur que trouve Marianne dans la maternité mais se détache peu à peu d’un mari qui la trompe avec sa sœur, Evelyne « plus jeune, plus jolie. »

L’auteur décrit aussi les drames. Solange, enceinte d’un homme qui ne veut pas l’épouser, se fait avorter sur le conseil d’une ancienne femme de chambre de ses parents. Dialogue entre Antoine et Marianne quand celui-ci apprend la vérité non dite : « Pourquoi a-t-elle fait cela ? – Qui le lui a conseillé ?- Une ancienne domestique, je crois… - Mais elle est folle ? Est-ce qu’on joue avec ça ? – Mais que voulais-tu qu’elle fasse ? – Imagine-toi que la même chose m’arrive demain ? Je mourrais de honte avant d’en parler à ma mère ou à mon père… Et à l’amant, c’est lui forcer la main, le pousser au mariage… »

Autre drame. Après un voyage d’Evelyne avec Antoine, celle-ci comprend que le bonheur éprouvé pendant leur séjour ne se reproduira plus. Elle se suicide. Antoine ne sera plus jamais le même, il sera hanté par elle mais… sans remords.

Antoine cherche la paix dans son travail et auprès de Marianne, qu’il n’aime plus. L’auteur a cette phrase terrible quand Antoine regarde Marianne : « Vous me trouvez laide ? – Mais, non, dit-il avec sincérité car, déjà, il avait cessé de la voir. »

Quel paradoxe le mariage décrit par l’auteur ! Les filles le recherchent sans qu’il y ait comme cela arrivait, une pression des parents, de la société ou de la religion. Mais, une fois mariées, elles regrettent leur liberté et envient celles des hommes.

Je reproduis un paragraphe qui montre bien ce que pense l’auteur du mariage. « Jusqu’ici Marianne et Antoine n’avait pas connu la malédiction congénitale du mariage : les querelles sans raison, sans cause, qui éclatent en pleine paix, aussi brusquement qu’un orage dans le ciel d’été, qui, rares d’abord et dont on a honte, finissent par occuper le temps, l’esprit des époux, par leur procurer une obscure jouissance : tout amour humain doit être nourri de questions pour subsister ; la passion éteinte, il demande des aliments aux paroles de haine, aux actions hostiles, à tout ce qui est encore mouvement, chaleur, flamme dans le cœur des époux. »

Le livre renvoie à la solitude irrémédiable à laquelle conduit le mariage. C’est le point de vue de l’auteur. Ce n’est qu’un roman qui donne une idée très noire de l’époque.

Le machiste est omniprésent. Un des personnages, ne dit-il pas, qu’il recherche une épouse qui fera tout ce qu’il voudra. Une soumission parfaite !

Le livre pourrait être ennuyeux. Il ne l’est pas. L’écriture est admirable.

A lire. Au moins pour se réjouir des progrès accomplis par les femmes dont nous ne sommes pas toujours conscients.

 

29/01/2014

ANDREI MAKINE.

andreï makine, une femme aimée, catherine II

 

Andreï Makine est né le 10 septembre 1957 en Sibérie. Il a passé son enfance dans un orphelinat ses parents ayant disparu, sans doute déportés sous Staline.  Il a aussi été élevé en français par sa grand-mère.

Devenu spécialiste de littérature française à l’Université de Moscou, il a vécu la fin du régime Brejnev. En 1987, il profite d’un séjour universitaire à Paris pour demander l’asile politique. Il obtiendra la nationalité française en 1996 après l’obtention du prix Goncourt pour « Le testament français ».

Il vit actuellement à Paris mais se tient autant que possible à l’écart de la vie littéraire.

Œuvre : « La fille d’un héros soviétique » « Requiem pour l’Est » « La musique d’une vie » « Le Livre des brèves amours éternelles »

(Billets du 3 septembre 2009 – 25 mars 2010 – 23 septembre 2011)

UNE FEMME AIMEE.

La femme que l’auteur aime est Catherine II. Il sait que bien des livres ont été consacrés à la « Grande Catherine » Il n’écrira pas un livre historique. Il utilise un procédé astucieux. Oleg Erdmann, cinéaste, voue une vraie passion à Catherine II. Il veut faire un film sur elle mais en cherchant surtout qui elle était vraiment.

Princesse allemande, elle est mariée à quatorze ans au futur Pierre III qui finira assassiné au moment où sa femme monte sur le trône à 34 ans. Catherine II est restée célèbre à la fois pour son amitié avec Diderot et Voltaire, pour sa longévité et le nombre impressionnant de ses amants.

On oublie souvent qu’elle fut une vraie réformiste, a créé des écoles d’où les enfants de serfs ressortaient libres, a nommé une femme à l’Académie de Russie. Si elle n’a pas aboli le servage, c’est que, disait-elle, « on m’aurait assassinée bien avant »

L’histoire de Catherine est mêlée à celle d’Oleg Erdmann. Jeune cinéaste soviétique, il a trente ans quand il essaie, en 1980, de faire approuver le scénario de son film par les bureaucrates soviétiques. Comme il a fait de la tsarine une monarque progressiste, il se débat avec la censure. La nuit, il travaille aux abattoirs de la ville.

Oleg veut réhabiliter Catherine. Mais, comme lui fait remarquer son amie Léa, il devra se baser sur ce qu’il a lu. D’ailleurs, il voulait tout savoir sur Catherine : son emploi du temps (quinze heures de travail journalier) sa façon très simple de se vêtir, ses goûts culinaires sobres, le tabac qu’elle prisait, son café fort. Il connaissait ses vues politiques, ses lectures, ses correspondants, son habitude matinale de se frotter le visage avec de la glace, sa passion pour le théâtre.

Le drame de Catherine n’est-il pas qu’elle n’a jamais été aimée pour elle-même ? Elle qui ne cherchait qu’à aimer « Le vrai mal de ma vie, c’est que mon cœur ne peut vivre un seul instant sans aimer… »

Le tournage du film apporte d’autres questions. Que dire de Potemkine ? Pour les uns, un tyran. Pas pour Oleg qui citera le prince de Ligne : « Potemkine est l’homme le plus extraordinaire que j’aie jamais vu… Paresseux et travaillant sans cesse.Triste dans ses plaisirs, malheureux à force d’être heureux, blasé sur tout, se dégoûtant aisément, morose, inconstant, philosophe profond, ministre habile, politique sublime… »

Quand le film sortira, Oleg sera humilié. Ni sur les affiches, ni même au générique, son nom ne sera mentionné.

Une quinzaine d’années plus tard, il réalisera une série télévisée sur le même sujet. Il n’y a plus de censeurs mais son producteur le force à tourner des scènes érotiques.

La censure d’état a été remplacée par le diktat de l’audimat…

Le livre a été encensé par la critique et s’est très vite installé dans les meilleures ventes.

Ce n’est pas seulement la vie de Catherine qu’on y retrouve mais l’histoire de la moitié du XVIIIe siècle. Dans la seconde partie, Oleg nous fera découvrir la nouvelle Russie, après la chute du mur de Berlin.

Voici ce que dit l’auteur de son livre :

« Pierre le Grand a été un modernisateur mais au prix d’une violence inouïe. Saint-Pétersbourg a été construite sur 100.000 cadavres. Contrairement à ce qu’on a dit par la suite, Catherine n’a jamais été un despote cruel. Presque tous ses amants l’ont quittée après avoir été couverts de cadeaux : elle ne s’est jamais vengée d’eux. De ce point de vue, elle était fascinante : même tsarine, c’était une grande amoureuse toujours déçue. »

Makine est aussi amoureux de Catherine que son personnage principal.

Une fresque historique mais sans doute aussi un roman d’amour.

 

21/01/2014

YASMINA KHADRA.

yasmina khadre, les agneaux du seigneur, algérie, islamisme, terrorisme

 

Yasmina Khadra, pseudonyme de l’écrivain algérien Mohamed Moulessehout, est né le 10 janvier 1955, dans le Sahara algérien. Son pseudonyme est composé des deux prénoms de sa femme.

Son œuvre est nombreuse. Je citerai : « A rêvent les loups »  « L’Ecrivain » « L’imposture des mots » « Les hirondelles de Kaboul »

(Billets du 30 mars 2010 – 12 mars 2011 – 7 août 2011)

LES AGNEAUX DU SEIGNEUR.

 L’auteur nous parle de l’Algérie dans les années nonante. On y retrouve une bande d’amis dans un petit village nommé Ghachimat : Dactylo, écrivain public, Kada l’instituteur, Zane le nain, Jafer Wahab qui traîne toute la journée à ne rien faire, Mourad et son frère Boudjema, accros au kif, Lyès le ferronnier, Allal, le policier.

Tous sont amoureux de Sarah, la fille du maire. « Sarah est assise sur le lit nuptial, ses menottes frémissantes sur les genoux. Le poète ne saurait dire si c’est l’abat-jour sur la table de chevet ou bien elle, houri aux blondeurs de l’été, qui confère à la chambre, tant de féerie. Allal s’agenouille devant elle, lui prend la main. Ses lèvres effleurent les doigts brunis au henné, si maladroitement qu’elles omettent de les baiser. Il lui relève le voile, lentement de peur de voir le beau visage de la vierge s’évanouir tel un songe qu’on n’a pu cerner. Les yeux de Sarah s’épanouissent, immenses comme un pré. 

Moment de grâce dans un livre qui va raconter l’horreur.

Le retour au village du jeune Cheikh Abbas, un iman radical fanatisé va déchaîner les passions.

Kada Hilal confie au Cheikh sa souffrance de voir Sarah mariée. Le Cheikh réagit violemment. « C’est une dévergondée (…) Elle marche tête nue, le mollet dévoilé, et elle parle à haute voix dans la rue. »

Kada veut partir combattre en Afghanistan. Même si le Cheikh comptait faire de lui le prochain maire, il ne cache pas sa satisfaction. « Va, Kada Hidal, va dire aux mécréants qu’on ne muselle pas la parole, qu’aucune camisole ne peut contenir la foi. Va dire au monde que chez nous la vaillance est nature, que l’appel du Jihad nous fait longer mers et continents d’une seule enjambée… Va, je te bénis. »

Un mois plus tard, le Front Islamique du Salut rafle haut la main les élections communales. (Même victoire aux Législatives de 1991) Le maire est remplacé par un membre du Fis. Les anciens amis doivent choisir leur camp. Le village se déchire entre pro et non islamistes. Certains prennent les armes et de maquis. Les violences se multiplient : enlèvements, meurtres, viols, assassinat, massacres de familles entières.

Le hijab est imposé et la barbe exigée. Le jeu très prisé par les Anciens est interdit. Certains finissent même par se ranger derrière les jeunes. Ils ont perdu leur pouvoir. Les jeunes ne les respectent plus. Le monde a changé.

Mais les jeunes veulent aller plus loin. Ils vont trouver l’iman Haj Salah, qu’ils ont enlevé, et lui demandent de décréter une fatwa. « Tu es juste et éclairé. Nous voulons que tu décrètes la guerre sainte. – Et qui est donc l’ennemi ? – Tous ceux qui portent le képi : gendarmes, policiers, militaires… »

« Haj Salah reste silencieux pendant une minute, prostré, la tête dans les mains comme s’il refusait de croire à ce qu’il vient d’entendre. Le moment qu’il redoutait est là. L’ogre se réveille en l’enfant qui ne comprend plus pourquoi, soudain, le besoin de châtier supplante celui de pardonner. Le poète avait raison : il y a immanquablement une part pour le Diable en chaque religion que Dieu propose aux hommes ; une part infime, mais qui suffit largement à falsifier le Message et à drainer les inconscients sur les chemins de l’égarement et de la barbarie. Cette part du Diable, c’est l’ignorance. »

Haj Salah est assassiné…

Quelques amis décident de rechercher les terroristes. Allal est parmi eux. Il ne vit plus depuis que Sarah a été enlevée. Ils partent à sa recherche. Sur la route, de nombreux cadavres laissés par les terroristes. Ils arrivent dans une clairière.

 « La clairière paraît rassérénée. Malgré un soleil implacable, la pénombre des arbres y déverse une fraîcheur d’oasis. Tapi dans les branchages, un merle siffle. Sarah est là, étendue sur le sol duveteux. Elle est nue. Sa chevelure blonde, que taquine par endroits la brise, se ramifie autour d’elle comme une coulée d’or. Son dos arrondi conserve les traces du fouet, elle a les poings ligotés avec du fil de fer et les chevilles enchaînées. »

Allal s’écroule devant sa femme. Une formidable explosion les projette en l’air. Le cadavre avait été piégé…

Le livre comporte beaucoup de scènes violentes. Il faut tout le talent d’écriture de l’auteur pour que le lecteur continue sa lecture.

Des adolescents tranquilles, des agneaux devenus des tueurs. Tragique.

 

15/01/2014

PAOLO GIORDANO.

paolo giordano, la solitude des nombres premiers

 

Paolo Giordano est né à Turin en 1952. Il prépare actuellement un doctorat en physique théorique. La Solitude des nombres premiers, son premier livre a reçu le prix Strega. Il a été vendu à plus d’un million d’exemplaires en Italie et a été traduit dans de nombreux pays.

LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS.

 Les deux personnages principaux sont marqués par une blessure de l’enfance qui ne les quittera pas.

Mattia a abandonné sa jumelle, handicapée mentale, dans un parc alors qu’il se rendait à un anniversaire. « Il se tourna vers sa jumelle, qui avait les mêmes yeux que lui, le même nez, la même couleur de cheveux et un cerveau à jeter, et pour la première fois il éprouva une véritable haine à son égard. » Après bien des hésitations, il l’abandonne dans le parc mais il ne la retrouvera pas. Michela a disparu. Malgré les recherches, on ne la retrouvera jamais, pas plus que son corps.  

Alice a été victime d’un accident de ski qui lui abîmera définitivement la jambe gauche et fera d’elle une boiteuse.

Mattia rencontre Alice au lycée. Comme lui, elle vit dans le rejet des autres souvent violent.

Ils sont cependant différents. « Les années de lycée avaient constitué une blessure ouverte, que Mattia et Alice avaient jugée trop profonde pour qu’elle se cicatrise. Ils les avaient traversées en apnée ; lui, refusant le monde ; elle se sentant refusée par le monde ; et ils s’étaient aperçu que cela ne faisait pas grande différence. » 

Mattia est un surdoué, passionné de mathématiques. Il vit dans un autre monde. Son amour des maths devient obsessionnel. Mais il reste attaché à Alice, même après le lycée.

La vie va faire qu’ils vont s’éloigner l’un de l’autre pour se retrouver plus tard sans que rien ne soit changé entre eux. « Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. »

Mattia fera des études brillantes à l’université et sera engagé dans une université étrangère, poste qu’il n’acceptera quand il comprendra qu’il ne peut rien attendre d’Alice.

Brillant, Mattia n’est pourtant pas à l’aise dans la vie. Ainsi, lorsqu’il apprend qu’il a réussi son mémoire de maîtrise : « Il entra dans la bibliothèque et alla s’asseoir à sa place habituelle, près de la fenêtre. Il posa le papyrus sur la chaise voisine et mit les main à plat sur la table. Il se concentra sur sa respiration, qui continuait de s’échouer dans un ressac entre la gorge et le fond de ses poumons. Cela lui était déjà arrivé, mais pas aussi longtemps. »  

Alice est anorexique. Petite, elle cachait la nourriture dans des serviettes pour aller la jeter. Au lycée, elle va essayer de se faire aimer de Viola, un jeune perverse qui tire son plaisir du mal qu’elle fait aux autres.

Dans l’espoir de lui plaire, elle se fait tatouer, voulant lui ressembler et ce, malgré l’interdiction de son père mais en faisant du chantage à Soleda qui s’occupe d’elle. Comme elle se réjouit de montrer son tatouage à Viola, celle-ci la rejette. Une nouvelle blessure qu’elle essaiera d’effacer en enlevant le tatouage, demandant même l’aide de Mattia dont elle sait qu’il s’est enfoncé un couteau dans le bras à un cours de biologie.

Au contraire de Mattia, elle va abandonner ses études et se plonger dans la photographie. Au cours d’une hospitalisation, elle va rencontrer un médecin, Fabio, qu’elle épousera. Il va apprendre qu’elle ne veut pas avoir d’enfant. « Qu’est-ce que tu aimerais ? Que je m’empiffre ? Que je me déforme pour avoir ton enfant ? (…) Je peux suivre un traitement si tu y tiens tant. Je peux prendre des hormones, des médicaments, toutes les saloperies qu’il faut pour te donner cet enfant. Comme cela, tu arrêteras de m’épier »

La rupture est violente. Elle lui demande de lui donner la boîte de riz, trop haut pour elle, dans l’étagère. « Il saisit le paquet de riz qui était déjà ouvert. Il l’agita . Puis il eut un sourire qu’Alice jugea sinistre. Il inclina le paquet, et le riz se déversa par terre, telle une pluie fine et blanche. – Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda Alice. Il éclata de rire. Tu veux du riz ? Le voici. – Il agita la boîte avec plus de vigueur et les grains se répandirent dans toute la cuisine. (…) Comme à notre mariage, tu te souviens ? Notre putain de mariage ! »

La vie continue. Un jour, Alice croit reconnaître Michela. Elle envoie une photo d’elle et de Mattia, lui demandant de revenir. Elle est persuadée qu’elle doit la vérité à Mattia, sa sœur est toujours vivante.

Mattia n’hésite pas. Il rentre. Mais, Alice a changé d’avis. Elle ne dira rien. De manière assez surprenante, elle l’emmène en voiture et l’oblige à conduire alors qu’il ne sait pas. Une scène surréaliste ! Rentrés, il lui demande ce qu’elle voulait lui dire. « Le mot que tu m’as envoyé… Tu voulais me dire quelque chose. Alice sourit. – Ce n’était rien. – Tout à l’heure tu as dit que c’était important. – Non. Ca ne l’était pas. – Cela me concernait ? Elle hésita un instant. -  Non, Ca ne concernait que moi. »

Mattia repartira. Alice se retrouvera seule.

Le livre est assez surprenant.  Mattia et Alice se rencontrent, se quittent, se retrouvent… mais pas vraiment. 

Un livre sur l’amitié, sur la difficulté de vivre sa différence. Un roman envoûtant mais qui m’a laissé une sensation de malaise. 

Je ne sais pas pourquoi…