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11/05/2011

UN ROI SANS PAYS.

Le livre de Martin Buxant et Steve Samyn a suscité une vive polémique. Je n'avais pas l'intention d'en parler mais les nombreux entretiens donnés à la radio ou à la télévision m'ont agacée. Qu'ils fassent la promotion de leur livre est normal mais le faire avec une telle arrogance est ahurissant.

 

Je reprends un petit échantillon de leurs réponses, que je cite de mémoire.

 

Vous avez rompu le colloque singulier ? – Pas nous, les politiques. (Evidemment, mais ils ont "raconté" les entretiens avec le Roi, ses sentiments.) – Leur justification ? – Nous sommes des journalistes d'investigation, c'est notre boulot. Nous sommes d'une autre génération, celle qui réclame la transparence.

 

Le moment n'était-il pas mal choisi ? – Nous avons travaillé un an, pourquoi attendre ?

 

Les politiques ont démenti : qu'en dites-vous ? – Ce sont de faux culs, des hypocrites. Ils ont d'ailleurs réagi très vite sans avoir lu le livre. (Beaucoup d'extraits étaient déjà dans la presse.)

 

Vous attendiez-vous à une réaction du Palais ? – Non, nous pensions mériter des félicitations, c'est un livre écrit par un francophone et un flamand. (Naïveté ou provocation ?) Le Palais relève deux inexactitudes, ce qui est une reconnaissance que tout le reste est vrai. (Le communiqué du Palais dit "notamment"...) Nous avons interrogé beaucoup de monde, des politiques, des gens du Palais et recoupé toutes les informations.

 

Tiens, un entretien avec le Roi, ce sont deux personnes. Comment peuvent-ils recouper les affirmations ? En se basant sur un tel a dit, un autre a dit... des personnes qui n'étaient pas là !

 

Les constitutionalistes ne sont pas d'accord avec vous. C'est bien une rupture du colloque singulier qui fragilise le Roi. Tous ne disent pas cela. Le colloque singulier est une tradition qui ne repose sur rien. (Ils maintiennent même quand un ancien collaborateur du Palais et un professeur d'université essaient patiemment de leur expliquer en quoi le colloque singulier est important.)

 

Le chapitre sur Philippe ? – Nous avons reproduit ce que nous avons entendu, c'est tout.

 

Je m'arrête là. Pour moi, c'est clair, ils ont fragilisé le Roi, jeter le discrédit sur les politiques et sur leur journal. Certains – à tort ou à raison – s'étonnent que la Libre ait promotionné leur livre.

 

Francis Van de Woestyne a essayé de défendre son collègue, c'est normal. Il ne m'a pas convaincue. J'ai remarqué que les deux articles avaient été retirés du site internet très rapidement.

 

Je pense que ces journalistes auraient pu écrire un très bon livre qui n'aurait pas suscité de polémique. Citer les faits, les analyser, sans reprendre les paroles du Roi ou des politiques, c'était très possible. Leur souci de transparence ne les obligeait pas à cela. D'autant plus, que gardant le secret de leurs sources, ce qui est normal, ils ont créé un malaise. Ont-ils trahi des confidences ? Comment les ont-ils obtenues ?

 

C'est d'autant plus navrant que beaucoup de faits étaient connus, les journaux avaient déjà publié beaucoup de choses. On imaginait bien que le Roi ne devait pas apprécier la chute du gouvernement, n'était pas enchanté par la perspective de nouvelles élections, n'était pas ravi de recevoir un nationaliste, que les socialistes avaient tenu à écarter les libéraux...

 

Ce qui m'inquiète c'est leur affirmation : nous sommes une autre génération, nous travaillons autrement, nous voulons la transparence. Pas un mot de regret sur les répercussions de leur livre. "Oyez, oyez, nous avons raison".

 

Depuis un an, on nous dit que la discrétion est indispensable pour la réussite des négociations. J'ai toujours pensé qu'elle était antidémocratique. Je vais changer d'avis car Martin Buxant m'a fait comprendre ce que certains pouvaient faire de "la transparence".

 

Un souhait : que les jeunes journalistes ne prennent pas Martin Buxant comme modèle...

28/04/2011

COMMENT PEUT-ON ETRE BELGE ?

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Charles Bricman pose la question dans un petit livre publié chez Flammarion - Café Voltaire. Ecrit d'abord pour expliquer la Belgique aux étrangers il intéressera aussi les Belges.

 

Juriste de formation, Charles Bricman a été journaliste à La Libre Belgique, Le Vif, Le Soir. Il est actuellement journaliste indépendant et consultant.

 

Le livre débute par une assertion amusante : "Je suis belge. C'est une drôle d'idée mais je n'y peux rien, c'est de naissance". Le ton est donné. Il ajoutera immédiatement qu'il est Wallon par sa filiation francophone, a en commun avec les Flamands notamment l'amour de Jacques Brel et de Verhaeren et est aussi Bruxellois puisqu'habitant Ixelles.

 

Dès le départ, il précise son objectif : "J'entends rester "au-dessus de la mêlée" et tenter de comprendre pour aider à comprendre. Aussi honnêtement que possible, comme disait Raymond Aron, sans jamais perdre conscience des limites de mon savoir".

 

Charles Bricman part d'un souvenir personnel. Il a dix-sept ans en 1970 et, à la télévision, il écoute Gaston Eyskens, chef du gouvernement, qui s'exprime devant la Chambre.

 

"L'Etat unitaire, tel que les lois le régissent encore dans ses structures et dans son fonctionnement, est dépassé par les faits. Les Communautés et les Régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l'Etat, mieux adaptés aux situations spécifiques du pays."

 

Pour beaucoup, la déclaration est un choc car elle porte sur un concept qui suscite bien des réserves : le fédéralisme. Mais, la réforme passe le 18 février 1970.

 

C'est le début des réformes constitutionnelles. Il y en aura d'autres et quarante après, nous sommes dans un blocage dont tout citoyen se demande quand et comment on en sortira. Ne dit-on pas, alors que nous sommes dans l'impasse, que ce ne sera peut-être pas la dernière !

 

Charles Bricman rappelle ses souvenirs mais aussi des faits importants dans l'histoire de la Belgique, donne son opinion, combat certaines idées qu'il trouve fausses.

 

Ainsi explique-t-il que contrairement à ce que l'on dit, l'Etat qui proclame son indépendance le 3 octobre 1830 "ne sort pas tout à fait de nulle part, comme il est de bon ton de l'affirmer aujourd'hui" et rappelle très à propos, que la Belgique a tenu pendant près de cent quatre-vingts-ans.

 

Je renvoie le lecteur à l'analyse, très pertinente, qu'il fait de l'évolution de la Belgique au cours du temps : opposition entre catholiques et libéraux, puis affrontement entre catholiques (la droite) et libres-penseurs (les gauches socialiste et libérale) à partir de 1958; division des grandes familles traditionnelles en un parti flamand et un parti francophone; l'importance du suffrage universel qui a changé les partis en les obligeant à ratisser large; le refus par les Wallons du bilinguisme qui les aurait obligés à apprendre le flamand pour garder leurs emplois publics; la fixation de la frontière linguistique en 1963, la bataille des Fourons, l'influence de plus en plus grande des partis politiques. Je cite pêle-mêle en priant le lecteur de m'en excuser.

 

Sous le titre "Pauvre Wallonie" il rappelle le reportage qu'il a fait au Borinage en 1985. Un métallo lui dira – paroles qu'il n'oubliera jamais – "Bientôt, j'irai pointer au chômage. Qu'est-c qu'elle va dire, ma p'tite fille, de c'papa qui n'sert plus à rin ?" L'auteur reproche aux dirigeants politiques wallons, qu'à trop vouloir restructurer l'industrie wallonne pour tenter de préserver l'emploi, ils ont laissé passer l'occasion de la reconvertir.

 

Je rejoins Charles Bricman dans la critique qu'il fait du reportage de la RTBF sur la fin de la Belgique, de la très mauvaise idée "du plan B" car, il est évident, que la scission de la Belgique serait bien difficile à négocier et se heurterait à l'Union européenne.

 

Et maintenant ? La Belgique est condamnée à survivre. Entre Flamands et Francophones, il y a un large fossé, mais de l'incompréhension plus que de la haine.

 

"Il est temps de s'interroger, non pas sur ce que l'Etat fédéral doit abandonner aux entités fédérées, mais sur ce que celles-ci souhaitent gérer en commun, dans le cadre d'un Etat fédéral."

 

J'ai beaucoup aimé le livre. J'ai relu, avec intérêt, les réformes constitutionnelles successives et j'ai apprécié l'analyse qu'en fait l'auteur.

 

Des anecdotes m'ont intéressée. Ainsi, je n'ai jamais vu la tour de l'Yser. L'inscription : "Tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ" fait sourire. De même, je ne connaissais d'Henri Conscience que le titre de son livre "De Leeuw van Vlaanderen", apprendre qui il était m'a plu.

 

Bref, je conseille vivement la lecture du livre. Ecrit d'une plume alerte, il n'est jamais ennuyeux et toujours intéressant.

 

14/02/2011

MARIE-ROSE MOREL.

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"La connaissance d'autrui ne s'instaure pas sur l'analogie avec le moi, car la sympathie (ou l'amour, ou la haine) permet une compréhension lucide d'un sujet extérieur. Elle doit également comprendre les communautés au même titre que les individus." (Scheler, philosophe allemand 1874-1928 – citation reprise du dictionnaire de philosophie de Durozoi/Roussel).

 

Ce matin, j'apprenais la violence des propos des éditorialistes flamands, notamment de Luc Van der Kelen, à propos d'une séquence du journal télévisé de la RTBF diffusée samedi soir, soit le jour des funérailles de Marie-Rose Morel. Le journaliste l'aurait traitée de"xénophobe pure et dure" ajoutant qu'elle avait utilisé son cancer pour "renforcer ses idées d'extrême-droite". Ces propos ont évidemment indigné la presse flamande qui  accuse la RTBF d'avoir commis "une faute". La RTBF s'est excusée mais réfute la notion de faute et reconnaît simplement ne pas avoir saisi l'émotion qu'avait suscitée l'histoire de Marie-Rose Morel en Flandre. (d'après l'article de L'Avenir du 14/2 - "Une émotion à deux vitesses".)

 

Je trouve l'explication inacceptable. Le respect des morts est une valeur universelle et si l'émotion était plus vive en Flandre qu'en Wallonie où la plupart des citoyens ne connaissaient pas son existence, ni son combat, non seulement pour vaincre son cancer mais aussi pour aider les autres femmes victimes de cette terrible maladie, le journaliste, lui, devait être au courant.

 

Je suis d'ailleurs aussi choquée par l'exploitation des funérailles, faite par certains  journalistes francophones. Le Soir titre "L'adieu à Marie-Rose Morel, ou le nationalisme émotionnel". Olivier Mouton, qui relate la cérémonie, affirme : "Bart De Wever ému aux larmes. C'est l'image politique que l'on retiendra des funérailles de Marie-Rose Morel, samedi matin à Anvers" et encore "Le nationalisme flamand a trouvé son égérie et son martyr".

 

Ainsi, parce qu'elle a fait partie du Vlaams Belang, parce qu'un drapeau flamand recouvrait son cercueil, parce que Bart De Wever, qui l'avait connue pendant ses études et dont elle était l'amie avant une dispute politique, a fait son éloge, ayant le courage de dire "J'ai pu te dire pardon" les journalistes font une analyse politique que je trouve absolument indécente.

 

Récupération par Bart De Wever ? Il n'a pas le droit de pleurer une amie ? Ne peut-on, une seule fois, admettre qu'il puisse, sans calcul politique, éprouver des sentiments humains ? Cordon sanitaire rompu. L'accent est mis sur le politique plutôt que sur le drame qu'est la mort, pour n'importe qui. Et d'analyser le plus sérieusement du monde que la médiatisation de personnalités est un phénomène flamand, pire qu'elle est exploitée pour vendre ! Je ne peux pas nier que le people fait monter les tirages des journaux, mais vraiment, ce n'était pas à cette occasion qu'il fallait le dire. Et, affirmer sans rire qu'elle n'existe que du côté flamand, c'est vraiment du n'importe quoi. Daerden ? Noeud papillon porté ou pas, moues des politiciens, photos choisies avec soin pour rendre quelqu'un de sympathique ou le contraire, ce n'est pas une exploitation people ?

 

Ce que je trouve le plus grave, c'est d'affirmer comme ils le font, que ces funérailles montrent le fossé qu'il y a entre le nord et le sud. C'est injurieux pour les Wallons. Une telle émotion ne serait pas possible en Wallonie ? Faut-il donc rappeler toutes les manifestations de sympathie qui ont lieu quand un drame se produit ? Buizingen, morts d'enfants – encore tout récemment Amélia et Alison – la catastrophe à Liège, n'ont-elles pas suscité, dans la population, une grande émotion, des manifestations de sympathie ?

 

J'en arrive à penser que les journalistes cherchent constamment à creuser un fossé entre le nord et le sud. Ce n'est pas ainsi que nous arriverons comme ils le disent si bien "à vivre ensemble". Rien de tel pour pourrir l'atmosphère que de sauter sur chaque occasion pour en faire une analyse blessante pour les uns ou pour les autres.

 

J'userai donc de ma liberté de pensée pour rendre hommage à Marie-Rose Morel, à son courage, pour présenter mes condoléances virtuelles à son mari et ses enfants.

 

Puisse l'empathie remplacer quelquefois la méfiance constante que nous vivons actuellement ! 

 

08/02/2011

QUEL JEU JOUE ELIO DI RUPO ?

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Ce matin, RTL et la RTBF, parlent de l'entrevue Reynders/Di Rupo. Première surprise, les propos rapportés ne sont pas les mêmes. RTL montre la différence entre ce qu'a dit Elio Di Rupo avant l'entretien : pas question de changement de méthode, de page blanche, insistance sur l'immense travail accompli et la fameuse dernière idée : il FAUT un gouvernement d'union nationale. Propos beaucoup plus nuancés à la sortie, quasi contradictoires. La RTBF ne reprend que ce que le grand chef a dit avant l'entrevue.

 

Première question : la discrétion n'est plus de mise ? On parle longuement aux journalistes avant et après l'entretien. Pas innocent, évidemment.

 

On avait déjà eu le fameux document photographié devant les grilles de Laeken abondamment commenté par les journalistes. Fait exprès, bien sûr; message envoyé à ??? , les avis divergent. De toute manière, coup de bluff ou stratégie, c'est inacceptable. J'ai bien aimé la réponse de Bart De Wever : "La curiosité est un vilain défaut" avec le message de Di Rupo reproduit à l'écran. Humour mais pour moi, une belle gifle envoyée à celui qui s'affirme toujours être le champion du respect du Souverain et du colloque singulier. Entre cela et le non-port de la cravate lors de la première entrevue royale de Bart, largement commenté, il n'y a pas photo.

 

"Vu la gravité de la situation, il faut un gouvernement d'union nationale." Ainsi, après avoir volontairement tenu les libéraux à l'écart pendant des mois, le président du PS a une idée géniale : un gouvernement d'union nationale : tous les citoyens ont, tout d'un coup, le droit d'être associés ! De qui se moque-t-il ? Que cette déclaration ait été accueillie du côté flamand par des ricanements me semble logique. Mais, apparemment pas pour Elio Di Rupo, qui, puisque requinqué par ses vacances, il y revient.

 

La question essentielle : pourquoi ? Optimiste ou crédule, j'applaudirais. Mais, hélas ! je crois plus aux autres théories : souci de mouiller les libéraux avant les élections, peaux de banane glissée sous les pieds de Didier Reynders, beau rôle qu'il s'attribue devant les citoyens. Le genre connu : "Je vous ai compris". Curieusement, cela rappelle bien la trahison de De Gaulle.

 

Je crois, de manière plus générale, que l'hypocrisie, j'irais même jusqu'à dire, le mensonge des politiciens n'a jamais été aussi flagrants. Ils ont tous souhaité bonne chance aux conciliateurs, tous dit qu'ils le soutiendraient, CDH et ECOLO allant même jusqu'à affirmer que s'ils devaient quitter les négociations, pour le bien du pays, ils le feraient. Mais, attention, pas question de changer de méthode, pas question de faire autre chose que ce qu'ils ont fait nuit et jour pendant des mois. Autrement dit, en langage clair : sans nous, oui, mais nous restons aux commandes.

 

Evidemment, je ne sais pas ce que Didier Reynders va faire. Ne pas tenir compte du travail effectué par les experts, serait stupide. J'imagine mal que ce soit son intention. Mais, annoncer comme Pascal Delwit, avant même qu'il n'ait commencé son boulot, qu'il avait neuf chances sur dix d'échouer, alors que sa mission est très limitée, est vraiment cynique, pour ne pas dire plus.

 

Mission difficile, certes, impossible si les autres partis ont d'emblée décider comme cela paraît être le cas, qu'elle devait échouer.

 

Lamentable de répéter que la situation est grave, qu'on ne veut pas aller aux élections, qu'on ne cherche pas à foutre le pays en l'air et dans le même temps surfer sur ce qui pourrait plaire aux futurs électeurs, si jamais on devait revoter.

 

J'ai bien des questions. Par exemple, la définition de ce que qu'est une scission pure et simple de BHV a changé aux cours des mois. Honnêtement, je ne sais plus ce que cela veut dire. Que le rattachement à Bruxelles des trois communes à facilités fasse que Bruxelles ne soit plus une menace flamande, je ne comprends pas non plus. S'acharner à demander une consultation populaire quand on en connaît les risques reste aussi pour moi incompréhensible. Que Bruxelles et la Région Germanophone soient des régions à part entière, ce n'est pas dans le périmètre défini par Di Rupo : pourquoi  alors affirmer qu'on défend Bruxelles comme région ? Pourquoi insister constamment sur la Fédération Wallonie-Bruxelles au lieu de voir comment établir des liens de coopération à égalité ? Pourquoi affirmer l'urgence de la situation économique et rester dans le schéma de départ qui, de l'avis de beaucoup d'économistes, ne peut qu'être préjudiciable à court et à long terme à la Wallonie ?

 

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? J'ai, comme tout le monde, plus de questions que de réponses. Mais, une certitude, les dégâts de ce qui se passe maintenant seront graves et irréversibles. Comme l'ont été les autres réformes constitutionnelles. Il suffit de se rappeler la fixation de la frontière linguistique, la communautarisation de l'enseignement etc.

 

Loin de moi l'idée que les politiciens ne sont pas devant d'énormes difficultés, je suis moins sûre pourtant qu'adopter d'emblée le programme flamand, comme base de discussion, était ce qu'il fallait faire et inévitable.

 

Dans dix ans, on dira encore : si on avait su !

 

28/01/2011

JACQUELINE HARPMAN.

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Jacqueline Harpman est née le 5 juillet 1929 à Bruxelles. Elle a vécu cinq ans à Casablanca. Elle est revenue à Bruxelles en 1945 et a fait des études de médecine et de psychologie à l'ULB. Elle est aussi psychanalyste (Société belge de psychanalyse). Elle a écrit de nombreux romans : "La plage d'Ostende", "Orlanda", "La Dormitions des amants", "Du côté d'Ostende", "Ce que Dominique n'a pas su". En 1996, elle a reçu le Prix Médicis pour "Orlanda" et en 2003, le Prix triennal du roman de la Communauté Française pour "La Dormition des amants".

 

RECIT DE LA DERNIERE ANNEE.

 

La dernière année, c'est celle de l'héroïne, Delphine Maubert, qui meurt d'un cancer du poumon.

 

L'histoire commence par son anniversaire qu'elle fête avec sa mère, Pauline, sa fille Mathilde, son gendre, Louis et son fils Paul. Elle a cinquante ans. Elle fait un voyage en Italie et au retour souffre d'une mauvaise grippe qui ne guérit pas. Son médecin va diagnostiquer un cancer des poumons, avancé et irrémédiable.

 

L'auteur qui est aussi la narratrice du roman va suivre Delphine dans cette dernière année. "Qui est cette Delphine Maubert qui vient de tomber sous la plume ? J'allais tranquille vers mon vieil âge, je pensais avoir oublié l'inquiétude des cinquante ans et regarder calmement mes chevaux grisonner, est-ce un dernier remous de regret?"

 

Lorsque Delphine apprend par son médecin qu'elle n'a plus que six mois à vivre, elle ne manifeste pas d'émotion. Elle pose des questions techniques : va-t-elle souffrir ? Comment meurt-on ? Son médecin s'étonne de sa réaction : "il est plus ému que moi, se dit-elle". L'auteur se dit "confusément choquée par le peu d'émotion".

 

Delphine est surtout préoccupée par l'annonce qu'elle devra faire de sa maladie à sa mère et à ses enfants. Sa mère, qui est selon moi, le personnage le plus intéressant du roman, va être bouleversée, choquée de savoir que sa fille va mourir avant elle.  "Pauline pensa que l'ordre des choses n'allait pas être respecté, où la mère meurt avant la fille. (...) Moi, qui prenais plaisir à vivre longtemps, pensa Mme Ferrand, comme on est berné ! (...) Elle sentit poindre la douleur, comme on devine une tornade qui dévastera tout." Elle va permettre à Delphine de sortir de son "armure". D'où ce dialogue émouvant : "Je crois qu'il faut pleurer, dit-elle. – Je ne peux pas. (...) Delphine, tremblante, laissa les bras de sa mère se poser doucement sur ses époules et sentit monter une vague de faiblesse. (...) Delphine, appuyée contre elle, était toujours crispée, parcourue de sanglots secs qui s'achevaient en petits gémissements. – Là... murmurait Pauline, là... doucement... Comme jadis, pour les chagrins de petite fille, l'aidant patiemment à rejoindre sa tristesse et Delphine redit, sans l'entendre, les mots de son enfance: - Oh ! Maman ! Tu ne peux pas savoir..."

 

Mathile prendra très mal l'annonce de la maladie de sa maman. "Dans la cuisine, Mathilde sentit monter la colère : - Qu'est-ce que je fais là ? Puis retourna au salon : - Je voudrais être seule, dit-elle sans regarder Delphine. Excuse-moi. Je te téléphonerai plus tard."

 

Sa colère, elle l'exprimera à son mari : "Je veux taper, tempêter, je veux être en colère, lui crier après, lui dire qu'elle n'a pas le droit, qu'est-ce qui lui permet ?" Une réaction violente qu'elle arrivera à surmonter pour aider sa maman.

 

C'est le docteur Letellier qui se chargera de prévenir Paul, pour épargner Delphine. "Le dire à votre mère, je veux bien, elle pouvait vous consoler, mais comment voulez­-vous que vos enfants se fassent consoler par vous ?" Le docteur s'éprend de Delphine bien qu'elle dise : "On ne s'appartient pas. On est la proie de ceux dont on est aimé. Ne m'aimez pas, je vous en prie." Il l'accompagnera, faisant tout pour lui éviter de souffrir, s'étonnant de la transformation qu'opère en lui cet amour inattendu.

 

Jacqueline Harpman n'a pas voulu écrire un roman morbide. Le lecteur ne trouvera pas de longues descriptions de la maladie ni de la mort. Delphine s'en ira doucement, entourée des siens.

 

Ce qui est assez étrange, c'est le rôle joué par la narratrice, l'auteur elle-même. Une réflexion sur la vieillesse, sur la vie, sur la mort. Je pourrais dire qu'elle s'approprie son personnage. Ses monologues sont tragiques, comme l'est le regard désabusé qu'elle promène sur sa vie.

 

J'ai été un peu déroutée par le roman. Il se lit facilement mais les disgressions sont nombreuses. Les réflexions philosophiques sont intéressantes mais ralentissent le rythme du roman. Le parti-pris de nier la réalité de ce qu'est un cancer du poumon - Delphine s'affaiblit mais ne souffre pas - donne au livre un ton un peu superficiel. L'émotion n'est pas absente mais peut-être moins présente que je ne l'aurais souhaité.