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26/03/2015

CE QUE JE PEUX TE DIRE D'ELLES.

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Anne Icart est née en 1968. Elle est rédactrice juridique. Son premier livre « Les lits en diagonale » est une autobiographie dans laquelle elle raconte sa vie avec son frère handicapé. Son premier roman « Ce que je peux te dire d’elles » a été un gros succès de librairie.

CE QUE JE PEUX TE DIRE D’ELLES.

Le livre commence par un coup de fil qui apprend à Blanche qu’elle va être grand-mère. Sa fille Violette a rompu avec elle parce qu’elle ne voulait rien lui dire sur le secret de sa naissance. « Maman, je pars à Paris. Est-ce que tu vas me laisser m’en aller sans me dire d’où je viens, qui je suis ? »

Blanche ne savait même pas que sa fille était enceinte. C’est son gendre qui lui apprend la naissance d’un garçon, le premier dans un univers entièrement féminin. Un événement !

La naissance de Gabriel va pousser Blanche à raconter la vie de sa famille. Elle peut au moins faire cela pour sa fille qui est partie à cause de son silence.

Blanche va retracer la vie de sa famille de 1960 à aujourd’hui. Une vie dont les pères sont absents : Charles est mort, Henri est parti. Sa mère, Angèle, a vécu toute sa vie avec ses sœurs Justine et Babé.

C’est la grand-mère Anna qui a élevé ses trois filles. Elle meurt tout au début du livre comme le grand-père. Nous savons seulement que ses filles l’aimaient beaucoup.

Angèle était très amoureuse de Charles. Il est mort avant la naissance de Blanche, dans un accident. Parti faire un reportage, il s’est noyé dans la rade de Sète en tombant du bateau. Angèle va s’enfermer dans son chagrin dont même la naissance de Blanche ne la sortira pas.

Blanche aime sa mère et supporte ce qu’elle appelle « ses hauts et ses bas » Ce sont ses tantes qui s’occupent d’elle. Angèle travaille dans un journal « La Dépêche » où elle avait rencontré Charles.

Justine travaille chez un grand couturier « Ridel » Elle est très douée mais même si elle est associée par son patron à la confection de la collection, elle aspire à être plus qu’une employée. Elle ne réussit pas à être chef d’atelier. Avec l’aide financière de ses sœurs et de la banque, elle va fonder son entreprise de haute couture et rencontrer le succès.

L’auteur en fait une féministe à l’époque du MLF. L’occasion pour Anne Icart de nous parler du combat féministe. C’est chez Ridel que Justine a entendu pour la première fois le mot féministe ou du moins qu’elle comprend ce que cela veut dire. Elise lui parlera de contraception, d’avortement, de la liberté que revendiquent les femmes. (1970). Elle revient enchantée d’une manif.

Pourtant, elle sera enceinte, elle qui vante la pilule ! Un oubli mais elle ne veut pas d’enfant. Elle hésitera puis se fera avorter. Son travail, la poursuite de la réussite l’occuperont complètement.

Babé souffre de ne pas avoir eu d’enfant. Elle n’a pas voulu suivre son mari à l’étranger préférant rester avec ses sœurs. Cela paraît assez étrange pour l’époque mais je soupçonne l’auteur d’avoir voulu à tout prix rester dans un univers où l’homme est absent.

 Je reprends un des passages où Blanche parle d’elle :

« Son drame le plus entier est de ne pas avoir eu d’enfant. Mais elle aussi elle m’a, moi. Je crois qu’elle est vraiment la seule qui ne m’ait jamais oubliée. Moi qu’elle surveille comme le lait sur le feu, ce qui met souvent ma mère en pétard, trop couver cet enfant ce n’est pas lui rendre service, elle doit se préparer à affronter la vie, cette vie qui leur en a fait baver, à toutes, cette putain de vie qui leur a enlevé ceux qu’elles aimaient, et leur innocence et leurs illusions comme si elle leur faisait payer quelque chose d’infâme. Cette vie qui ne laissait aucun choix. Ou tant. Ou trop »

Ce passage rend bien l’atmosphère du livre. Une vie faite de moments de bonheurs et de chagrins, de désillusions et de succès,  et surtout de l’amour très fort qui lie les trois sœurs.

Blanche a choisi d’avoir « un bébé toute seule » Elle le répète : « Je suis incapable de m’attacher à un homme. Trop dur, trop mou du genou, trop ambitieux, trop lâche, trop coureurs de jupons, trop sangsues, trop beau, pas assez. Pas un qui me convienne, pas un qui reste. » « Peut-être que je veux un enfant, mais en tous cas, je ne veux pas de mari ! »

Jugement sans appel. Une thèse défendue à l’époque par certaines féministes. Pas toutes, heureusement !

Le début du livre, la naissance de Gabriel, Blanche l’appellera une autre histoire, toute neuve.

Un premier roman avec des longueurs, des dialogues parfois agaçants. L’évolution de l’indépendance des femmes rappellera des souvenirs à celles qui l’ont vécue, étonnera sans doute les plus jeunes. Car c’est bien un autre monde que nous décrit l’auteur.

On aimera ou pas.