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06/05/2015

SAPHIA AZZEDDINE.

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Saphia Azzedine est née le 12 décembre 1979 à Agadir, au Maroc. A l’âge de neuf ans, elle vient en France. Elle obtient un bac littéraire puis une licence en sociologie.

Sa carrière est impressionnante. Elle a travaillé comme assistante diamantaire à Genève avant devenir journaliste, scénariste, actrice et écrivain.

Son premier roman « Confidences à Allah » est adapté au théâtre d’Avignon. En 2010, elle interprète la sœur de Kad Merad dans « L’italien » d’Olivier Baroux. Un an plus tard, elle adapte pour le cinéma son second roman « Mon père est femme de ménage » avec comme acteur principal François Cluzet. Le film a reçu le prix du Public au Festival International du film comique de l’Alpe d’Huez.

Les romans se succèdent : « La Mecque-Phuket » « Héros anonyme » « Combien veux-tu m’épouser ?» « Bilqiss. »

Bilqiss.

Bilqiss est une femme qui vit dans un pays non précisé où les gens suivent les dogmes et les traditions.

Un jour, elle monte au minaret et fait elle-même l’appel à la prière. Ce qu’elle déclare choque la communauté : « Allah se réjouit surtout de voir le croyant qui accomplit quelque chose, comme toi, le boulanger, que je vois marcher vers son échoppe et qui t’en va pétrir le pain pour ta communauté, toi, le maraîcher, qui dispose le récolte sur ton étal pour être le premier et le mieux placé au marché, toi, le gardien de nos jardins qui les alimente équitablement en eau toutes les heures pour qu’ils soient luxuriants, toi, je te vois aussi, le professeur d’histoire et de géographie, qui corrige tes copies à la lumière du réverbère (…) Je vous vois tous d’où je suis et je crois qu’Allah a pour vous beaucoup d’amour même si vous oubliez de prier ce matin. Dieu est grand. »

Non seulement, elle est montée au minaret pour l’appel à la prière mais elle fait dire à Allah qu’il aime ceux qui travaillent au lieu de faire la prière.

Le livre commence le jour de son procès. D’emblée elle choque l’assistance en déclarant : «  Contrairement à vous, je ne parlerai pas en son nom. Mais j’ai une intuition. Vous adorez Dieu, mais, Lui, Il vous déteste. »

Un tonnerre de protestation se répand dans la salle d’audience et le juge est obligé d’ajourner la séance.

Elle sait qu’elle risque la lapidation mais tout au long du procès, au lieu de manifester du repentir, elle continue ses provocations. On l’avait placée dans une cage pour qu’elle ne soit pas lynchée avant la fin du procès.

Elle a refusé l’aide d’un avocat voulant se défendre seule et surtout mettre le juge dans l’embarras par toutes ses déclarations. « Monsieur le juge, puis-je vous rappeler la sourate 88, verset 21. Dieu a dit : Tu n’es qu’un messager. Et tu n’as point d’autorité sur eux. C’est à Nous de les juger et de les rétribuer sans rien omettre de leurs actions. Alors, je vous le demande, vous prenez-vous pour Dieu ? »

Elle connaissait le juge, un ancien charpentier reconverti dans le droit islamique. Pour la communauté, c’était un homme respectable et très pieux.

Entre lui et Bilqiss va se passer quelque chose d’inattendu. Tous les soirs, il la visite dans sa cellule et essaie qu’elle demande pardon pour éviter la lapidation. Il cherche aussi à savoir pourquoi elle a agi comme cela. L’absence de motif le sidère. Il ne peut pas admettre qu’on fasse des choses « juste comme cela ».

Il retarde aussi le procès tant qu’il peut remettant la séance à plus tard chaque fois que le public réagit aux propos provocateurs de Bilqiss. Les gens s’impatientent. Ils attendent la lapidation qui est toujours un spectacle apprécié.

Une journaliste américaine, Léandra, a appris le procès par internet. Une vidéo est particulièrement choquante pour les Américains, les trente-sept coups de fouet donnés à Bilqiss. « Lorsque ce fut terminé, Bilqiss fut évacuée sur une civière, allongée sur le ventre afin que le monde puisse admirer son dos meurtri, lacéré et cloqué ».

La journaliste décide de se rendre sur place malgré l’opposition de ses amis. Elle logera dans la famille de Bilqiss.

Léandra doit d’abord voir le juge pour lui demander la permission d’assister au procès et surtout de pouvoir rencontrer Bilqiss. Elle pose la question qui lui brûle les lèvres : «  Pourquoi lapider une femme pour une faute si peu grave ? » La réponse est claire : « Notre religion a un but pédagogique :elle organise notre société. (…) Bilqiss pourrait cependant invoquer Dieu publiquement pour échapper au châtiment, mais cette effrontée soutient que l’on ne partage pas le même.Que le sien n’a rien à voir avec le nôtre. »

Léandra rencontrera Bilqiss qui l’accueillera froidement : « Chez vous, on ne fait que parler de soi. Ou parler des autres pour mieux parler de soi. Vous vous épanchez, vous racontez vos déboires, vos joies, vos amours, vos traumatismes, entre amies, sur internet, chez un analyste, dans les magazines, à la télévision, vous êtes des pipelettes narcissiques. (…) Ah, vous les aimez, les femmes musulmanes opprimées…)

Bilqiss et Léandra vont pourtant s’entendre. Et Bilqiss s’avouera : « J’aurais voulu être elle pour avoir une chance d’être celle que j’aurais dû être si j’étais née ailleurs. Celle que j’aurais pu être si l’on ne m’avait privée dès mon plus jeune âge de la plus infime liberté. J’aurais voulu être celle qui éprouvait de la pitié plutôt que celle qui en inspirait. ».

Le juge s’est décidé à la lapidation. Il recherche des pierres, des petites qui font mal mais ne tuent pas, des grosses qui donnent la mort.

Bilqiss l’apprend et elle dit à Léandra qu’elle va être lapidée le lendemain. Que puis-je faire pour vous ? lui demande Léandra. La réponse est inattendue : assister à la lapidation et jeter la première pierre, une grosse qui tue rapidement et empêche la souffrance.

Saphia Azzedine a écrit un roman qui se lit d’une traite même et ce qui pourrait paraître curieux vu le sujet, avec plaisir.

Le livre refermé,  je me suis demandé quel but l’auteur poursuivait en écrivant son roman. Bilqiss est une musulmane qui se réapproprie Allah car elle juge sévèrement ce que les juges ou les hommes plus généralement en ont fait. Est-elle une héroïne qui défend les femmes ? Ce qui est sûr c’est qu’elle hait sa condition de femme. Ainsi en parlant de Léandra  : «  Je m’amusais de la voir porter une burqa alors qu’elle aurait pu se contenter d’un foulard et d’une tunique. (…)Léandra portait la sienne comme un déguisement alors que, pour nous, c’était une seconde peau (…) J’avais d’ailleurs décoloré systématiquement toutes mes burqas dans des litres de Javel pour ne pas donner du relief à leur paysage. Pour hurler en silence tout le dégoût qu’ils m’inspiraient. »

C’est par de petites touches que nous apprenons qui est réellement Bilqiss, une femme très belle, qui adore les livres et les poètes, qui possède des objets interdits comme une pince à épiler… Pire qui a tué son mari et que des amis ont aidée à camoufler l’assassinat. Mais aussi une femme courageuse qui accepte la lapidation et refuse de s’enfuir comme le voudrait Léandra.

 

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