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21/04/2015

SUITE FRANCAISE.

suite française, irène némirovsky, seconde guerre mondiale

 

L’histoire de ce livre, racontée dans la préface, est extraordinaire. Irène Némirovsky l’a rédigé pendant la guerre alors que, comme son mari Michel Epstein, elle portait l’étoile jaune et s’attendait à être arrêtée.

Comme elle le faisait d’habitude, elle a d’abord rédigé des notes et a dressé la liste des personnages. Elle rêvait d’un livre de mille pages construit en cinq parties. Le 12 juin 1942, elle doute d’avoir le temps de pouvoir achever son œuvre. Elle a le pressentiment qu’il lui reste peu de temps à vivre. Elle continue cependant à rédiger ses notes parallèlement à l’écriture de son livre. Elle les intitulera « Notes sur l’état de la France ».

Elle rédige son testament à l’attention de la tutrice de ses deux filles afin que celle-ci puisse prendre soin d’elles lorsque leur mère et leur père auront disparu. Elle n’essaie pas de fuir en Suisse comme d’autres l’ont fait.

Elle écrit à son directeur littéraire chez Albin Michel : « Cher ami… pensez à moi. J’ai beaucoup écrit. Je suppose que ce seront des œuvres posthumes, mais ça fait passer le temps. » Quel courage !

Le 13 juillet 1942, les gendarmes français l’arrêtent. Elle est internée à Pitiviers puis déportée à Auschwitz. Elle sera assassinée le 17 août.

Après le départ d’Irène, Michel Epstein, qui n’a pas compris que l’arrestation signifiait la mort, écrit au maréchal Pétain pour solliciter la permission de prendre sa place dans un camp de travail. La réponse du gouvernement de Vichy sera son arrestation.  Il sera aussi déporté à Auschwitz et gazé à son arrivée.

La tutrice des deux enfants, Elisabeth et Denise, décide de leur faire traverser clandestinement la France. Elles passeront plusieurs mois cachées dans un couvent, puis dans des caves dans la région de Bordeaux.

Dans leur fuite, la tutrice et les enfants emportent une valise contenant des photos, des papiers de famille et le manuscrit d’Irène.

Il faudra plusieurs années pour que Denise déchiffre le manuscrit écrit en toutes petites lettres pour économiser le papier. Elle le confiera à l’Institut Mémoire de l’Edition contemporaine.

Le premier manuscrit est intitulé « Tempête en juin ». Irène fait débuter son récit en juin 1940 au moment où l’armée allemande envahit le nord de la France. Elle décrit la fuite de ses personnages vers le sud et leur vie sous l’occupation allemande.

Le deuxième tome est intitulé « Dolce » C’est un roman. Le personnage principal est Lucie Angellier dont le mari est prisonnier. Elle habite chez sa belle-mère dans la plus belle maison bourgeoise de Busssy.

Dès l’arrivée des Allemands, le jeune commandant Bruno von Falk y est logé. C’est un musicien. Petit à petit, Lucile se sent attirée par lui. Elle culpabilise mais essaie en vain de dominer ses sentiments. Elle a été mariée à Gaston qui, le lendemain même du mariage, l’a trompée avec une modiste.

Sa belle-mère lui en veut terriblement. « Son mari est prisonnier des Allemands et elle peut respirer, bouger, parler, rire ? »

Parallèlement, l’auteur décrit une autre famille, celle de Benoît, jeune paysan, prisonnier de guerre, qui s’est échappé. Il a épousé sa fiancée Madeleine qui est toujours amoureuse d’un autre,  Jean-Marie Michaud. Il a aussi peur que Madeleine ne se laisse séduire par l’interprète allemand  Bonnet qui vit chez eux. En braconnant, Benoît est arrêté par la police comme détenteur d’un fusil. Il réussit à s’échapper et tue Bonnet. A la demande de Madeleine, Lucile accepte de le cacher malgré la présence de l’officier allemand.

Le 22 juin 1941, les Allemands sont envoyés au Front de l’Est. Lucile demande à Bruno un laissez-passer qui lui permettra de conduire Benoît à Paris.

J’ai trouvé vraiment extraordinaire que l’auteur puisse écrire un roman alors qu’elle s’attendait à être arrêtée.

Plus étonnant encore, elle présente  les Allemands comme des gens sympathiques qui veulent être « corrects ». La population ne fraternise pas mais montre peu d’hostilité puisqu’ils sont les maîtres.

Seule, la belle-mère de Lucile, Angèle essaiera de résister en cachant la clé du piano et de la bibliothèque qu’elle finira par donner à l’officier allemand.

« - Madame, votre belle-fille a bien voulu m’autoriser à venir lui tenir compagnie pendant quelques instants.
La vieille femme, très pâle, inclina la tête.
- Vous êtes le maître.
- Et comme on m’avait envoyé de Paris un paquet de livres nouveaux, je me suis permis…
- Vous êtes le maître ici, répéta Mme Angellier. Elle se détourna et sortit. Lucile l’entendit dire à la cuisinière :
- Jeanne, je ne quitterai plus ma chambre. Vous me montrerez là-haut mes repas.
- Aujourd’hui, Madame ?
- Aujourd’hui, demain, et tant que ces messieurs seront ici.
Quand elle se fut éloignée et qu’on n’entendit plus son pas dans les profondeurs de la maison :
-Ce sera le Paradis, fit l’allemand à voix basse. »

L’auteur décrit admirablement la vie dans ce village « Ils nous ont tout pris –Qu’ont-ils encore inventé ?- Vous êtes les maîtres » Ces proposreviennent comme un leitmotiv tout au long du livre.

Je dois ajouter que l’auteur avait le projet d’écrite une suite « Captivité » dont elle a dit qu’il serait aussi méchant que possible.

Il fallait beaucoup de sang-froid pour écrire ce roman « Dolce » doux, doucement. L’écriture est très belle comme dans ses autres livres. J’ai oublié dans quelle circonstance il avait été écrit quand je l’ai lu. L’auteur a réussi un livre inoubliable, prenant. J’ai été entraînée dans la lecture sans pouvoir m’arrêter.

Un très beau roman écrit dans des circonstances tragiques. Il sera publié en 2004 et récompensé par le prix Renaudot.

En savoir plus ? Billets du 16/08/2011 – 20/12/2011 – 04/02/2014.

 

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