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04/03/2015

DANS LA PEAU D'UNE DJIHADISTE.

 

anna erelle, dans la peau d'une djihadiste, état islamique, enquête au coeur des filières de recrutement

Anna Erelle (c’est un pseudo) est une journaliste d’investigation. Elle a beaucoup travaillé sur les islamistes et a cherché à comprendre pourquoi des jeunes français se convertissent à l’islam et partent en Syrie.

Nous sommes en 2014, deux mois avant la prise de Mossoul , deuxième ville d’Irak, par l’Etat islamique et l’autoproclamation  d’un califat par son leader Abou Bakr al-Baghadi.

Anne Erelle veut comprendre. Elle crée une page Facebook, avec un faux profil. Elle s’appelle Mélanie, s’est rajeunie et affirme qu’elle s’est convertie à l’islam.

Très vite, elle entre en contact avec un chef français d’une brigade terroriste, Abou Bidel. Mélanie joue le jeu. Elle s’est convertie à l’islam mais ses parents n’en savent rien. Elle pourra user de ce stratagème pour abréger les échanges.

Très vite, Bidel la demande en mariage et la presse de venir en Syrie où elle sera traitée comme une princesse, aura une vie très agréable, un vrai paradis. « C’est beau, ici. Il y a tant de choses à voir. La mer est magnifique et les reliefs sont fascinants. Tu vas aussi te faire beaucoup de copines. Tu auras ta petite bande d’amies, vous ferez des trucs de gonzesses ensemble. »

Mélanie va ruser pour obtenir des informations. Elle se présente comme une fille naïve, puis plus tard, comme une fille soumise à son futur époux.

Abou Bidel, lui demande de converser sur Skype, moins dangereux. Elle accepte, se voile ne laissant apparaître que son visage.

Pendant un mois, elle va échanger avec Abou Bidel qui lui envoie des mails et la harcèle pour qu’elle entre en communication avec lui sur Skype. Sa vie devient un enfer. Elle se connecte dès qu’Abou Bidel le demande. La journée, elle vérifie les informations que son «  prétendant » proche d’d’Abou Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l’EL, lui livre.

« On m’a raconté ce qu’Israël faisait aux enfants de Palestine. J’ai vu des dizaines de vidéos horribles montrant des bébés morts. J’ai commencé à suivre sur Facebook certains de tes frères partis faire le djihad, là-bas en Syrie. Certains moudjahidines font le bien et d’autres le mal, alors je ne sais quoi en penser. »

« N’en pense que du bien ! Je suis moi-même un grand moudjahidin, ca fait longtemps que je donne dans la religion, et je te le dis : je peux être très, très doux avec les gens que j’aime, et très, très dur avec les mécréants »

Mélanie lui rappelle qu’elle s’est convertie à l’Islam. La réponse est immédiate : « C’est bien, mais ça ne suffit pas. Se contenter de faire ses cinq prières par jour et d’honorer le ramadan ne suffit pas. Etre un bon musulman, comme le veut le Prophète, c’est venir au Sham (Le Levant) et servir la cause de Dieu. »

Bidel devient de plus en plus pressant. Elle doit renier sa famille et se conduire comme une bonne épouse. Elle l’apprendra qu’elle a été mariée à Bidel sans le savoir. Elle doit confirmer qu’elle est vierge pour que le kadi l’inscrive sur l’acte de mariage. « Mentir sur ça, ça vaut la peine de mort, tu sais… Il y aura des femmes avant notre nuit de noces pour vérifier… »

Mélanie tient bon malgré le dégoût que lui inspire Bidel. Elle veut aller jusqu’au bout. Elle va même décider de le rejoindre en Irak. Elle va à Amsterdam et c’est au compte-gouttes que Bidel lui apprend coment elle pourra le rejoindre.

Achat de nouveaux téléphones, contacts avec des inconnus, Mélanie prend de plus en plus de risques. Heureusement, tout dérape et elle revient en France.

Même si elle coupe tout lien avec Bidel, celui-ci lui laisse des messages : « Tu es où, bordel ? Je t’avais pourtant bien dit de désactiver ton compte… »

Elle lui laisse un dernier message pour apaiser sa colère : « Excuse-moi, Bidel. Je n’ai jamais voulu te décevoir et j’ai cru bien faire de revenir en arrière, sentant un danger trop grand pour nous comme pour toi. J’espère que dès que je disposerai d’un téléphone ou d’un ordinateur sécurisé, tu voudras bien me parler. Je t’embrasse. Mélanie.

Elle n’a plus aucun contact avec lui mais le téléphone ne cesse de sonner. Son article est publié et les représailles commencent. Elle apprendra qu’une fatwa a été lancée contre elle. « Mes frères à travers le monde, appel à la fatwa sur cet être impur qui s’est moqué du Tout-Puissant. Si vous la voyez n’importe où sur terre, respectez les lois islamiques et tuez-la. A la condition que sa mort soit lente et douloureuse. Qui moque l’islam en paiera les conséquences par son sang. Elle est plus impure qu’un chien, violez-la, lapidez-la, achevez-la. Inch’Allah. »

L’auteur a appris beaucoup sur la façon dont les recruteurs s’y prennent pour convaincre les jeunes d’aller en Syrie. Elle a pu aussi donner de précieux renseignements aux Services secrets français.

Ce qu’elle a fait est bien courageux. Se faire passer pour une autre, faire semblant de croire ce que Bidel lui dit est très perturbant. A la fin, elle ne supporte plus de revêtir le niquab et d’être Mélanie.

Dans son livre, publié chez Laffont en 2015, elle reproduit les entretiens qu’elle a eus avec Bidel et je me demande encore comment elle a pu supporter tout cela.

Elle dira d’ailleurs : « Je me suis faite  violence par rapport avec ce que je voyais se dérouler sous mes yeux, je me suis fait peur… J’ai appris des choses que je n’imaginais pas (ou que je ne voulais pas imaginer), j’ai lu des propos qui font froids dans le dos et j’ai compris. »

Beaucoup de jeunes, on le sait, partent en Syrie après avoir été manipulés ou simplement en ayant regardé des vidéos sur internet. Ils quittent tout pour donner leur vie à Dieu, pour mourir en martyr.

Le témoignage de l’auteur est primordial. Le livre devrait être largement diffusé.

 

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