Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/02/2015

LORI NELSON SPIELMAN.

lori nelson spielman, demain est un autre jour, changer de vie, recherche du bonheur

Lori Nelson Spielman est enseignante. Elle vit à East Lansing, dans le Michigan. « Demain est un autre jour » est son premier roman. Les droits d’adaptation cinématographique ont été achetés par la Fox. Il devrait être traduit dans vingt-cinq langues.

DEMAIN EST UN AUTRE JOUR.

A trente-quatre ans, Brett Bohlinger travaille dans l’entreprise familiale de cosmétiques et vit avec un avocat Andrew, très attaché à l’argent et qui ne veut pas d’enfant.

A la mort de sa mère, elle ne touche pas l’héritage escompté. De plus, elle ne devient pas directrice de l’entreprise car par testament sa mère désigne sa sœur Catherine comme président-directeur général de l’entreprise.

A la place de l’héritage, l’avocat, Maître Midar, qui s’occupe de la succession, lui remet un vieux papier que sa mère a récupéré dans la poubelle. Elle l’avait écrit à quatorze ans titré « Mes objectifs dans la vie » dont elle ne se souvient absolument pas.

L’avocat lui apprend qu’elle ne touchera son héritage qu’après avoir rempli tous les objectifs de la liste : avoir un bébé, adopter un chien, rester amie avec Carine Newsome pour toujours, venir en aide aux gens dans le besoin, acheter une maison, acheter un cheval, tomber amoureuse, faire un spectacle, avoir de bonnes relations avec son père, devenir une prof géniale.

Dans une lettre que lui lit l’avocat, sa mère explique qu’elle veut son bonheur. D’après elle, le monde d’entreprise ne lui convient pas.

Brett est abasourdie et en colère. Elle aimait beaucoup sa mère, l’a soignée pour son cancer, ne voit pas pourquoi celle-ci  a décidé de mettre une condition à son héritage, les dix objectifs qui ne correspondent plus du tout à ses rêves d’enfant.

L’avocat lui précise qu’à chaque objectif atteint elle aura une autre lettre de sa mère et qu’elle a un an pour concrétiser tous les objectifs et toucher son héritage.

Sa vie va être complètement bouleversée. Catherine, toujours à la demande de sa mère, la vire de l’entreprise.

Elle va connaître les difficultés financières, Andrew va la quitter, elle ne pourra pas rester dans la luxueuse maison de sa mère, se retrouvera dans un minuscule appartement dans un quartier qu’elle n’aurait jamais fréquenté avant.

L’auteur va décrire la longue route empruntée par Brett pour satisfaire aux vœux de sa mère.

Elle va devenir professeur à domicile pour des enfants en difficulté. Ils sont issus d’un milieu qu’elle n’a jamais fréquenté. Elle y met beaucoup d’elle-même mais c’est très dur même en étant soutenue par le psychologue.

Elle va s’attacher à une de ses élèves, Sanquita, enceinte et en très mauvaise santé. Avant de mourir après avoir accouché, Sanquita lui fait promettre d’adopter son enfant. Elle devra se battre pour avoir le bébé, la mère de Sanquita droguée et alcoolique le réclamant.

Elle ne regrettera pas Andrew car elle s’aperçoit qu’elle n’a jamais été amoureuse de lui et qu’elle est heurtée par son obsession d’être riche.

Elle va apprendre aussi que son père biologique n’est pas celui avec qui elle a vécu. Dans un carnet intime sa mère lui apprend la liaison qu’elle a eue avec un musicien. Elle finira par le retrouver et établira avec lui une vraie relation affectueuse.

Brett va remplir tous les objectifs. Elle est devenue autre et prend conscience que la vie dans l’entreprise familiale était superficielle.

L’auteur a introduit dans son roman une autre suspense. De qui va-t-elle tomber amoureuse ? Le lecteur aussi se le demande car l’avocat, le psychologue qui l’a aidée dans le difficile métier d’enseignante, un autre homme, Herbert, très amoureux d’elle sont, si je puis dire, des hommes bien qu’elle pourrait aimer. Je ne vous dirai rien de plus pour vous laisser la surprise.

Le roman s’inscrit dans la ligne très actuelle du changement de vie pour trouver le bonheur.

Il est passionnant, je l’ai lu avec plaisir bien que je doive mettre des guillemets. En effet, l’histoire m’a paru invraisemblable. J’ai détesté la mère qui a imaginé ce scénario pour rendre sa fille heureuse en devenant celle qui correspondait à sa vraie personnalité.

Je n’ai pas non plus aimé les lettres qu’elle écrit à sa fille pour la féliciter d’avoir réussi un objectif. Elles m’ont semblé bien moralisatrices et c’est difficile d’imaginer qu’elles aient été écrites par une chef d’entreprise dont l’auteur ne dit rien. A-t-elle regretté sa vie ? Veut-elle la refaire par le biais de Brett ? C’est presque vivre par procuration…

Le livre plaira certainement à beaucoup de lecteurs. L’auteur a fait preuve d’une grande imagination en imaginant ce scénario.

A lire sans se poser trop de questions !

 

18/02/2015

DANIEL FOENKINOS.

daniel foenkinos, les souvenirs, vieillesse, maison de retraite, rapports familiaux

 

David Foenkinos est né à Paris le 28 octobre 1974. Il étudie les lettres à la Sorbonne tout en se formant au jazz. Il devient professeur de guitare. Son premier roman « Inversion de l’idiotie : de l’influence de deux Polonais » est publié chez Gallimard en 2001 et il reçoit le Prix François Mauriac.

Œuvre : « Le potentiel érotique de ma femme » « En cas de bonheur » « La délicatesse » « « Le petit garçon qui disait toujours non » « Je vais mieux » « La tête de l’emploi » « Charlotte »

Il a réalisé une adaptation cinématographique de son roman « La délicatesse » avec Audrey Tautou et François Damien.
(Billet du 26 avril 2014)

LES SOUVENIRS.

Le narrateur écrit mais n’a jamais été publié. Pour vivre, il est de garde de nuit dans un hôtel. Le livre commence par la mort de son grand-père. Il l’avait beaucoup admiré. « Toute mon enfance, j’ai été émerveillé par ce personnage joyeux et facétieux. (…)Il changeait de métier tout le temps et ressemblait plus à un acteur qu’à un homme ordinaire.

Sa vie avait basculé quand il était tombé dans la douche à cause d’une savonnette. Il s’était cassé deux côtes et fracturé le crâne. Il n’avait jamais retrouvé la santé.

Sa grand-mère est désormais seule. Patrick lui rend souvent visite. En la regardant par la fenêtre, il est frappé par son immobilité. « Elle était comme une poupée de cire dans un musée poussiéreux »

Elle fait une mauvaise chute et ses fils veulent qu’elle aille dans une maison de retraite.  Elle ne veut pas, répète qu’elle préfère mourir chez elle. Elle va céder quand elle s’aperçoit que ses fils sont paniqués à l’idée qu’elle vive seule. « Elle vit soudain à quel point elle n’était plus une mère mais un poids.(…)C’était insoutenable pour elle qui avait vécu librement sans dépendre de personne. »

Son père et le narrateur vont la conduire dans la maison de retraite. Elle n’a qu’une petite valise « une valise ridicule, pathétique, une parodie de valise ».

Tout le trajet, son fils lui répète qu’elle va être bien, qu’elle pourra assister à des concerts, voir des films, participer à des ateliers et la grand-mère ne dit rien. Patrick est agacé par le comportement de son père et triste pour sa grand-mère.

Il va la voir régulièrement, lui propose de sortir mais elle refuse tout. « Comment puis-je laisser cette  femme qui m’a tant aimé, qui m’a consolé, qui m’a fait des soupes et des moussakas, comment puis-je la laisser là ? »

La grand-mère assure qu’elle va bien, qu’elle va s’habituer à cette nouvelle situation. « D’une certaine manière, sa délicatesse accentuait mon malaise. J’aurais presque préféré qu’elle soit odieuse ; la laisser là aurait alors été supportable. »

Elle avouera un jour que c’est son fils qui lui donne son argent de poche. « Tu te rends compte » Une triste réalité vécue par certaines personnes âgées.

Une résidente se suicide en se jetant par la fenêtre ce qui impressionne Patrick mais pas la grand-mère. Patrick l’emmène à l’enterrement et elle lui demande de la conduire à son appartement. Il va lui apprendre que malgré leurs promesses, ses fils l’ont vendu. « Elle s’en foutait de l’appartement : elle était obsédée par les meubles, les rideaux, les couverts. Tout avait été donné ou jeté, ça la rendait folle. »

Le temps passe et un jour la directrice de la maison de retraite apprend à Patrick que sa grand-mère a disparu. Il veut signaler la disparition à la police mais il est mal reçu. Il insiste. Sa grand-mère a presque quatre-vingt-dix ans, elle est forcément en danger. Rien à faire, on ne lance pas d’avis de recherche pour des majeures !

Il va recevoir une carte de sa grand-mére qui affirme qu’elle va très bien, qu’elle est partie faire un petit tour… D’après le tampon, il s’aperçoit qu’elle est partie pour Le Havre, là où elle est née. Il la retrouve et à sa demande, il l’emmène dans l’école de son enfance où elle fera sensation en racontant tous ses souvenirs dont celui de la guerre qui impressionne les enfants.

Ce sera sa dernière sortie car elle meurt peu après.

Lors de sa visite à l’école, Patrick a rencontré Louise, l’institutrice de CE2 et il est devenu amoureux. Louise le rejoindra à Paris.

La seconde partie du livre est consacré à son amour pour Louise. Au début, tout va bien. Patrick est devenu gérant de l’hôtel. Ils ont un enfant, Paul. Louise va l’emmener en vacances au Havre mais elle ne revient pas. C’est par téléphone qu’elle lui dira « Je voudrais qu’on se sépare. »

Je n’ai pas encore parlé des parents de Patrick. Au moment de leur retraite, ils ne vont pas bien. L’occasion pour l’auteur de souligner que la retraite tant attendue ne se passe guère comme on l’imaginait. Son père gérait une banque, sa mère était professeur.

Au début, sa mère voyage et tout va bien. Puis elle fait une dépression. Elle sera internée à l’hôpital Van Gogh. L’occasion pour l’auteur de s’exprimer sur l’enseignement. « L’Education nationale est tout autant une machine à former la jeunesse qu’à créer des dépressions chez les enseignants. »

Dans ce livre comme dans les autres, David Foenkinos traite des problèmes de société : la retraite, la vieillesse, les maisons de retraite, l’amour, les rapports familiaux. Il le fait avec humour mais aussi avec énormément de tendresse.

J’ai beaucoup aimé le livre.

 

11/02/2015

MARINA CARRERE d'ENCAUSSE.

marina carrère d'encausse, une femme blessée, crime d'honneur

 

Marina Carrère est née le 9 octobre 1961 à Paris. Médecin elle présente le Magazine de la santé avec Michel Cymes et Benoît Thévenet sur France 5.

Elle est la fille de l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Elle est aussi la sœur de l’écrivain Emmanuel Carrère.

En 2011, elle a publié «  Alcool : les jeunes trinquent »

UNE FEMME BLESSEE.

L’histoire commence dans un hôpital des grands brûlés à Souleymanieh dans le Kurdistan irakien. Trois femmes sont dans le sas de réanimation. Bada, seize ans, Awira, dix-neuf et Fatima, vingt-trois.

Fatimah est brûlée au troisième degré sur plus de la moitié de son corps. Elle a été amenée par un cousin, qui a expliqué au docteur Omar Acar, qu’elle avait été brûlée en préparant le repas sur un réchaud alimenté par du kérosène Son voile s’était complètement enflammé. Sa belle-mère, Saywan, l’avait entendue crier, s’était précipitée et l’avait roulée dans une couverture pour éteindre les flammes.

Le docteur Omar n’est pas dupe. Des femmes, prétendument victimes d’accidents domestiques, avaient en réalité subi « des crimes d’honneur » comme on les appelle

L’auteur va décrire les soins douloureux prodigués avec beaucoup d’empathie par le docteur Omar. Il ne sait pas ce qui est arrivé car Fatimah s’est enfermée dans le silence.

Il va s’apercevoir qu’elle est enceinte mais qu’elle essaie de cacher sa grossesse. Son mari, Jamal, apprendra l’existence du bébé par le kiné.

L’auteur va alterner les descriptions de ce qui se passe à l’hôpital et dans le village où vivait Fatimah.

Elle n’était pas seule mais avec son mari, Jamal, Saywan, la mère de Jamal, les deux sœurs de Jamal, les filles de Fatimah. L’aînée, Farah apprend que sa mère est à l’hôpital mais son père ne vent rien dire de plus. Elle se tracasse mais son père refuse même de l’emmener voir sa mère.

Peu à peu, le lecteur apprendra à connaître Fatimah. Elle avait perdu un fils et depuis lors était toujours triste. Farah voyait qu’elle se cachait pour pleurer.

Farah va à l’école du village conduite par sa maman. Son institutrice est malade et un maître la remplace. Fatimah va devenir amoureuse du maître Samal Moustapha qui partage ses sentiments mais Fatimah ne veut pas tromper son mari. Pourtant elle ne l’aime pas. Ce sont ses parents qui ont arrangé le mariage.

Son amour pour Moustapha la rend heureuse et cela se voit.

Son beau-frère Dilo l’a surprise en compagnie de Moustapha. Il ne dit rien à Jamal mais sauve l’honneur de la famille d’une manière horrible. Il viole Fatimah et la menace : « Tu réfléchiras, la prochaine fois avant de tromper ton mari. Et si tu parles à qui que ce soit de ce qui vient de se passer, tu ne verras plus tes enfants, jamais »

L’horreur ne s’arrête pas là. N’en pouvant plus de l’hostilité croissante de sa belle-mère et de sa belle-sœur, elle menace de tout dire à son mari. « C’est décidé. Je vais tout dire à Jamal ce soir. (…) Je suis enceinte. J’attends un enfant de votre gendre. Ce monstre. »

Devant cette menace, Saywan n’hésite pas. Elle asperge Fatimah de kérosène et craque l’allumette. En un instant, elle est devenue une torche. Saywan lui crie : « Non, tu ne diras rien à mon fils, Tu ne diras plus rien. A personne. »

C’est Dilo qui conduira Fatimah à l’hôpital en inventant l’accident.

LE CRIME D’HONNEUR D’APRES LA FONDATION SURGIR.

Selon l’ONU au moins 5.000 femmes sont tuées chaque année au nom de l’honneur. La pratique, d’origine babylonienne, s’est répandue dans les sociétés patriarcales du Moyen-Orient, au Pakistan, en Turquie, au Tchad et dans certaines régions d’Amérique latine. On en retrouve déjà les prémices dans la société arabe avant la naissance de l’islam. Elle est pratiquée dans tous les milieux socioculturels, ne répond à aucune loi et n’est pas d’ordre religieux puisque des personnes de confessions différentes la pratiquent.

Malgré le fait que les victimes soient souvent innoncentes de ce qu’on les accuse, (selon l’Institut jordanien de médecine légale, 80 % des jeunes filles tuées ont été trouvées vierges au cours des autopsies) le nombre d’assassinats au Moyen-Orient, au Pakistan et au Brésil est en augmentation. Les assassins se voient attribuer des peines allant de six mois à deux ans de prison seulement et sont relâchés au bout de quelques mois.

J’ai tenu à faire état du rapport que l’auteur met à la fin de son livre.

« Une femme blessée » est un roman émouvant. Nous assistons aux souffrances de Fatimah, les greffes, les pansements et aussi sa douleur morale qu’elle n’arrivera à confier qu’à une amie.

Fatimah a d’abord détesté ce bébé, fruit d’un viol mais peu à peu elle va s’attacher au bébé et c’est un peu pour lui qu’elle va se battre pour rester en vie.

Le livre est aussi une leçon de courage et un hommage rendu aux médecins qui soignent les blessées avec beaucoup d’empathie et n’essaient pas de leur arracher leur secret.

« Omar comprend qu’un jour il faudra aider Fatimah à se libérer de cette violence qu’elle porte en elle. Mais pour le moment il faut guérir son corps. Il est médecin, c’est son premier devoir. »

Marina Carrère a réussi à raconter l’horreur avec beaucoup de délicatesse.  

 

08/02/2015

DEJEUNER DU MATIN.

Jacques Prévert, Paroles

Une poésie parmi d'autres que j'aime beaucoup dans Paroles de Jacques Prévert.  Illustration : sa maison à Omonville-la-Petite.

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa
Tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est reparti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré.

 

05/02/2015

SI CELA POUVAIT ETRE VRAI...