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11/02/2015

MARINA CARRERE d'ENCAUSSE.

marina carrère d'encausse, une femme blessée, crime d'honneur

 

Marina Carrère est née le 9 octobre 1961 à Paris. Médecin elle présente le Magazine de la santé avec Michel Cymes et Benoît Thévenet sur France 5.

Elle est la fille de l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Elle est aussi la sœur de l’écrivain Emmanuel Carrère.

En 2011, elle a publié «  Alcool : les jeunes trinquent »

UNE FEMME BLESSEE.

L’histoire commence dans un hôpital des grands brûlés à Souleymanieh dans le Kurdistan irakien. Trois femmes sont dans le sas de réanimation. Bada, seize ans, Awira, dix-neuf et Fatima, vingt-trois.

Fatimah est brûlée au troisième degré sur plus de la moitié de son corps. Elle a été amenée par un cousin, qui a expliqué au docteur Omar Acar, qu’elle avait été brûlée en préparant le repas sur un réchaud alimenté par du kérosène Son voile s’était complètement enflammé. Sa belle-mère, Saywan, l’avait entendue crier, s’était précipitée et l’avait roulée dans une couverture pour éteindre les flammes.

Le docteur Omar n’est pas dupe. Des femmes, prétendument victimes d’accidents domestiques, avaient en réalité subi « des crimes d’honneur » comme on les appelle

L’auteur va décrire les soins douloureux prodigués avec beaucoup d’empathie par le docteur Omar. Il ne sait pas ce qui est arrivé car Fatimah s’est enfermée dans le silence.

Il va s’apercevoir qu’elle est enceinte mais qu’elle essaie de cacher sa grossesse. Son mari, Jamal, apprendra l’existence du bébé par le kiné.

L’auteur va alterner les descriptions de ce qui se passe à l’hôpital et dans le village où vivait Fatimah.

Elle n’était pas seule mais avec son mari, Jamal, Saywan, la mère de Jamal, les deux sœurs de Jamal, les filles de Fatimah. L’aînée, Farah apprend que sa mère est à l’hôpital mais son père ne vent rien dire de plus. Elle se tracasse mais son père refuse même de l’emmener voir sa mère.

Peu à peu, le lecteur apprendra à connaître Fatimah. Elle avait perdu un fils et depuis lors était toujours triste. Farah voyait qu’elle se cachait pour pleurer.

Farah va à l’école du village conduite par sa maman. Son institutrice est malade et un maître la remplace. Fatimah va devenir amoureuse du maître Samal Moustapha qui partage ses sentiments mais Fatimah ne veut pas tromper son mari. Pourtant elle ne l’aime pas. Ce sont ses parents qui ont arrangé le mariage.

Son amour pour Moustapha la rend heureuse et cela se voit.

Son beau-frère Dilo l’a surprise en compagnie de Moustapha. Il ne dit rien à Jamal mais sauve l’honneur de la famille d’une manière horrible. Il viole Fatimah et la menace : « Tu réfléchiras, la prochaine fois avant de tromper ton mari. Et si tu parles à qui que ce soit de ce qui vient de se passer, tu ne verras plus tes enfants, jamais »

L’horreur ne s’arrête pas là. N’en pouvant plus de l’hostilité croissante de sa belle-mère et de sa belle-sœur, elle menace de tout dire à son mari. « C’est décidé. Je vais tout dire à Jamal ce soir. (…) Je suis enceinte. J’attends un enfant de votre gendre. Ce monstre. »

Devant cette menace, Saywan n’hésite pas. Elle asperge Fatimah de kérosène et craque l’allumette. En un instant, elle est devenue une torche. Saywan lui crie : « Non, tu ne diras rien à mon fils, Tu ne diras plus rien. A personne. »

C’est Dilo qui conduira Fatimah à l’hôpital en inventant l’accident.

LE CRIME D’HONNEUR D’APRES LA FONDATION SURGIR.

Selon l’ONU au moins 5.000 femmes sont tuées chaque année au nom de l’honneur. La pratique, d’origine babylonienne, s’est répandue dans les sociétés patriarcales du Moyen-Orient, au Pakistan, en Turquie, au Tchad et dans certaines régions d’Amérique latine. On en retrouve déjà les prémices dans la société arabe avant la naissance de l’islam. Elle est pratiquée dans tous les milieux socioculturels, ne répond à aucune loi et n’est pas d’ordre religieux puisque des personnes de confessions différentes la pratiquent.

Malgré le fait que les victimes soient souvent innoncentes de ce qu’on les accuse, (selon l’Institut jordanien de médecine légale, 80 % des jeunes filles tuées ont été trouvées vierges au cours des autopsies) le nombre d’assassinats au Moyen-Orient, au Pakistan et au Brésil est en augmentation. Les assassins se voient attribuer des peines allant de six mois à deux ans de prison seulement et sont relâchés au bout de quelques mois.

J’ai tenu à faire état du rapport que l’auteur met à la fin de son livre.

« Une femme blessée » est un roman émouvant. Nous assistons aux souffrances de Fatimah, les greffes, les pansements et aussi sa douleur morale qu’elle n’arrivera à confier qu’à une amie.

Fatimah a d’abord détesté ce bébé, fruit d’un viol mais peu à peu elle va s’attacher au bébé et c’est un peu pour lui qu’elle va se battre pour rester en vie.

Le livre est aussi une leçon de courage et un hommage rendu aux médecins qui soignent les blessées avec beaucoup d’empathie et n’essaient pas de leur arracher leur secret.

« Omar comprend qu’un jour il faudra aider Fatimah à se libérer de cette violence qu’elle porte en elle. Mais pour le moment il faut guérir son corps. Il est médecin, c’est son premier devoir. »

Marina Carrère a réussi à raconter l’horreur avec beaucoup de délicatesse.  

 

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