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15/01/2015

MAÏMONIDE. (PHARES - JACQUES ATTALI)

 

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STATUE A CORDOUE.

 

Moïse Ibn Maïmoun, dit Maïmonide, (1135 – 1204) est une figure intellectuelle du judaïsme médiéval.

Médecin, juge, théologien, philosophe, commentateur d’Aristote, Maïmonide est né à Cordoue, dans une Espagne islamisée.

Les persécutions des juifs vont faire qu’il vivra dix années d’errance. D’abord dans différentes villes du sud de l’Espagne, à Fès au Maroc, en Palestine, puis en Egypte.

Dans sa jeunesse, à Cordoue, les juifs sont tolérés comme les chrétiens. Ils sont dhimmis, c’est-à-dire protégés moyennant le paiement d’une taxe.

La situation change en 1149, des juifs et des chrétiens sont massacrés, d’autres sont convertis de force ou chassés. Après trois siècles de vie commune, l’Islam chasse les autres monothéistes.

« Face à cette tragédie les communautés d’Andalousie interrogent les rabbins : que faire ? se convertir ? mourir ? partir ? mais où aller ? »

Certains rabbins conseillent de partir comme le fera la famille de Maïmonide ; d’autres conseillent de se convertir. Le père de Maïmonide dit qu’un juif converti de force reste juif s’il continue à prier en secret et à pratiquer la charité. Il décide d’emmener sa famille à Fès où ils resteront cinq ans. Les juifs seront chassés comme ils l’avaient été à Cordoue.

Comme son père, Maïmonide conseille de se convertir pour sauver sa vie et fuir dès que cela devient possible pour revenir au judaïsme.

La famille choisit cependant de partir pour la Palestine, terre entre les mains des croisés et disputée par les musulmans. La situation des Juifs y est misérable.

Après la mort de son père, Maïmonide poursuit ses études talmudiques, soutenu financièrement par son frère David qui faisait le commerce des pierres précieuses.

Maïmonide décide d’emmener la famille en Egypte, terre musulmane mais qui à la réputation de se montrer plus accueillante pour les Juifs. Son frère meurt au cours du voyage. Ne voulant tirer aucune contribution de ses travaux sur la Torah, il devient médecin. Il soignera même Saladin gouverneur de l’Egypte.

Pour Maïmonide, le peuple juif doit faire régner la justice sur la terre pour réaliser la pensée de Dieu. Le Messie, tellement attendu par le peuple juif, ne sera qu’un homme au service de la paix. Ils considèrent que ceux qui se présentent comme étant le Messie et promettent des miracles sont des charlatans. «  Le jour viendra où la terre sera remplie de la connaissance de Dieu comme l’océan est rempli d’eau. »

Maïmonide croit que la foi et la raison sont compatibles parce que toutes deux de création divine. Il ne croit pas non plus au jugement dernier de chaque âme individuelle. Il rejette le fatalisme de certains exégètes de l’Islam. Pour lui, l’homme est libre de faire le bien ou le mal.

Au contraire de ce qu’affirment certains penseurs juifs ou chrétiens, Dieu n’a pas de forme humaine. Ainsi, si la Bible affirme que Dieu créa l’homme à son image, ce n’est qu’une image. « De Dieu, on ne peut rien dire sinon qu’il est distinct de l’univers et n’a aucun substrat matériel. »

Maïmonide va rédiger une dizaine de traités médicaux. Inspiré par Aristote et le Talmud, il affirme que le psychisme a un impact sur le corps.

Il va rédiger le « Guide des perplexes », appelé communément « Le guide des égarés »en arabe, comme ses autres livres, dans lequel il formule treize propositions qui résument le judaïsme. Ainsi, la foi en Dieu doit être complètement désintéressée. « L’exercice de la justice, de la vérité et de l’amour constitue en soi ses propres récompenses. Les pratiques magiques, la superstition, les pèlerinages, le culte des tombes des saints et l’astrologie relèvent pour lui du blasphème. »

Une controverse opposait les communautés juives. Certains comme Maïmonide pensaient que les Juifs devaient  étudier la science ; d’autres, qu’il ne fallait étudier que la Torah.

Le Guide des égarés sera traduit en hébreu, puis en latin et aura un grand retentissement dans la chrétienté notamment par sa description de l’abstraction de Dieu.

De plus en plus écrasé par son double travail de médecin et de juge, Maïmonide  mourra à soixante-six ans épuisé par sa tâche.

Voici comme il décrit sa vie :

« J’habite Fostat et le Sultan demeure au Caire ; ces deux lieux sont séparés par une distance de quatre lieues. Mon service à la Cour du Sultan est très pénible. Je dois rendre visite au Sultan tous les matins, très tôt. (…)Ainsi, régulièrement, je me trouve au Caire dès l’aube et ne reviens à Fostat que dans l’après-midi. Je suis alors presque mort de faim et je troue chez moi toutes les salles remplies de monde, non-juifs et juifs, notables et gens du peuple, juges et plaignants, amis et ennemis, une foule hétéroclite qui attend mon retour. (…) Le va-et-vient dure jusque tard dans la nuit(…) Aucun juif ne peut avoir d’entretien privé avec moi, sinon, le jour du Shabbat. Ce jour-là, la communauté ou à tout le moins la majorité de ses membres, vient chez moi après la prière du matin et je les instruis sur ce qu’ils doivent faire pour l’ensemble d la semaine. Nous étudions un peu ensemble jusqu’à midi, après quoi ils partent. Certains reviennent après la prière de l’après-midi et on étudie de nouveau jusqu’à la prière du soir. »

Ceci n’est qu’un bref aperçu de l’œuvre de Maïmonide. Esprit rationaliste, son œuvre fut déterminante sur le développement du judaïsme.

Cela fait parfois du bien de retourner dans le passé pour retrouver une sérénité ébranlée par  l’actualité. J’ai une pensée émue pour toutes les victimes de la barbarie de ces derniers jours.

 

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