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24/09/2014

AUDUR AVA OLAFSDOTTIR.

audur ava olafsdottir, l'exception, islande

 

Audur Ava Olafsdottir est née en 1958. Elle a fait des études d’histoire de l’art à Paris et est actuellement maître-assistante d’histoire de l’art à l’Université d’Islande. Directrice du Musée de l’Université d’Islande, elle est très active dans la promotion de l’art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions d’artistes.

Romans : « Rosa candida » « Terre relevée » « Rigning ».

Elle vit à Reykjavik avec ses deux filles.

L’EXCEPTION.

Lors d’un réveillon du jour de l’an, après 11 ans de mariage, son mari, Floki, mathématicien lui annonce qu’il la quitte pour un collègue, qui porte le même prénom que lui. « Pardonne-moi, je t’aime. Tu es la dernière femme de ma vie. » Il lui annonce qu’il est l’amant de son collègue et qu’il a décidé d’aller vivre avec lui.

Maria ne comprend pas. Elle ne s’est jamais doutée de rien et elle l’aime son mari. Ils ont deux jumeaux de deux ans et demi. Son mari lui avoue qu’il a vécu avec elle parce qu’il voulait des enfants et que Floki n’est pas sa première liaison.

Il lui assure qu’il continuera à s’occuper des jumeaux. « Je continuerai à m’occuper d’eux, tout comme toi. – Mais pas avec moi ? – Non, pas avec toi. – C’est donc juste une question de préposition – Je saurai parfaitement être un bon père même si nous n’habitons pas sous le même toit. »

Maria n’est pas convaincue. Elle sait qu’elle devra assumer seule les jumeaux.

Seule, pas tout à fait. Une voisine, écrivaine et naine, va l’aider à surmonter la séparation. Elle est co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale. Elle écrit aussi un livre sur le bonheur matrimonial.

L’auteur va nous entraîner dans de longs entretiens entre Maria et Perla. Perla arrive à tout moment, munie de son carnet, questionne Maria, prend des notes, cherche des indices sur la séparation, expose des théories.

Maria épluche son passé, le recrée, la vie avec un mari parfait, qu’elle aime beaucoup et qui, aussi brutalement, lui a appris qu’il aime les hommes. Elle va tout faire pour qu’il revienne mais n’y parviendra pas.

Sa mère va lui apprendre que son père biologique, Albert, veut la rencontrer. Elle ne l’a jamais vu. Elle sait qu’il habite à l’étranger. Pour elle, son vrai père, est celui qui l’a élevée.

Elle accepte la rencontre : « Tu es belle, encore plus belle que ta maman. » « Quel choc cela a dû être pour elle, assurément, quand ta mère s’est découverte enceinte, à dix-neuf ans de retour de son stage de langues. Nous avions perdu tout contact, c’est pourquoi je n’ai appris ton existence que beaucoup plus tard – elle était alors mariée et mère de trois enfants. Pourquoi ta mère ne m’a mis au courant demeure pour moi une énigme. »

Si Albert a désiré la rencontrer c’est que, marié deux fois, il n’a pas eu d’enfant. Maria est donc sa seule héritière.

Une seule rencontre car Albert meurt peu après.

Avant d’avoir les jumeaux, Maria et son mari avaient fait une demande d’adoption. L’acceptation arrive alors qu’ils sont séparés. Maria décide d’aller chercher la petite fille même si la situation a changé : « On ne peut pas laisser tomber un enfant. »

C’est heureuse qu’elle serrera dans ses bras la petite fille qu’elle est allée chercher.

Il y a beaucoup d’autres personnages dans le livre notamment l’ornithologue qui expose à Maria la théorie du nid : il y toutes sortes de nids possibles. Ce qui compte pour les enfants c’est de leur donner de l’amour, de les respecter. Et ça, on peut le faire dans toutes sortes de familles.

Un autre thème du livre est l’hiver : « Ce n’est pas l’hiver polaire comme on voit sur les cartes postales de Scandinavie, explique l’auteur. L’hiver ici, c’est tout à fait l’imprévisibilité, c’est le temps qui change six fois par jour ! Comme la vie, imprévisible, chaotique. »

On ne peut pas réduire le livre à une histoire d’amour compliquée. Tous les personnages sauf Maria, écrivent. Son père adoptif écrit des livres pour enfants, son père biologique écrit des poèmes et des romans, son voisin ornithologue écrit de la poésie, son plombier aussi, et bien entendu, Perla qui consacre sa vie à l’écriture.

Voici comment l’auteur présente son roman : « C’est un livre sur la mémoire qui se trompe, sur les relations compliquées entre un homme et une femme, sur l’écriture aussi. Mon héroïne est une exception à plusieurs titres. Son roman n’est pas banal non plus qui mêle profondeur et fantaisie, hiver polaire et mets roboratifs, dans une ronde de personnages aussi décalés qu’attachants. »

 

12/09/2014

ERIC REINHARDT.

éric reinhardt, l'amour et les forêts

 

Eric Reinhardt est né à Nancy en 1965. Romancier, il est aussi éditeur de livres d’art français.

Romans : « Demi-sommeil » « Le Moral des ménages » « Existence » « Les système Victoria » « Cendrillon » 

L’AMOUR ET LES FORETS.

Eric Reinhardt reçoit une lettre très flatteuse d’une lectrice Bénédicte Ombredanne à propos de son dernier roman. Elle était en colère parce que le jury d’un prix littéraire décerné par les lecteurs d’un magazine avait rejeté la candidature de l’auteur.

Bénédicte est agrégée de français et enseigne dans un lycée public à Metz.

Ils vont correspondre par mails. Elle lui apprend qu’à force de le vouloir, elle parviendrait à être heureuse. « C’est la plus belle chose que ce livre lui avait permis de comprendre, le fait qu’il soit possible d’inventer sa propre vie, et qu’elle soit belle. (…)Elle allait donc, à partir de maintenant, s’inventer, s’inventer chaque jour »

Eric Reinhardt va la rencontrer deux fois. Le premier rendez-vous a lieu en mars 2008, le second quelques mois plus tard.

L’auteur est frappé par sa tenue, de couleur sombre, des dentelles, des bottines à lacets et surtout par sa bague que lui a laissée sa grand-mère. On y trouve un œil, « la peinture d’un regard » dit Bénédicte.

La vie de Bénédicte est tragique, même si elle ne le dit pas. Ainsi, un soir, en rentrant chez elle, elle trouve ses enfants terrorisés par l’attitude de leur père, réfugiés dans leur chambre. Il leur a dit : « Laissez-moi crever. »

Bénédicte apprend que son mari avait écouté une émission à la radio et qu’il s’était reconnu comme un harceleur certifié. Il reconnaissait qu’il lui avait gâché les plus belles années de son existence puisqu’elle n’avait que trente-six ans.

Ebranlée par l’attitude de son mari, la prise de conscience de ce qu’avait été sa vie, elle quitte son mari larmoyant, en colère. Elle allume son ordinateur et s’inscrit sur un site de rencontre.

L’auteur consacre plusieurs pages très amusantes aux conversations de Bénédicte sur le site. Elle finit par accepter un rendez-vous avec Christian qui habite une maison ancienne dans une forêt, à quelques kilomètres de Strasbourg où elle a dit qu’elle habitait lors de son inscription pour éviter de donner sa vraie localité, Metz.

Elle est secouée d’avoir accepté l’invitation mais se dit que ce n’est qu’un jeu dont elle pourrait se retirer quand elle le voudrait.

Elle se rend chez Christian. Comme prévu, il lui apprend le tir à l’arc, ils vont se promener dans la forêt, il l’embrasse et ils font l’amour.

Rentrée chez elle, très tard, elle invente une histoire peu vraisemblable à son mari mais ne lui parle pas de Christian. Sa fille lui reproche de n’être pas rentrée comme d’habitude, avec les courses qu’elle faisait généralement ce jour de congé.

Elle va vivre un enfer. Son mari la harcèle de questions, la réveille même la nuit parce qu’il veut connaître la vérité. Elle finit par la lui avouer et le harcèlement devient de plus en plus pénible.

Christian, avec qui elle correspond, la presse de quitter son mari mais elle refuse.

« - Pourquoi vous ne le quittez pas, votre mari ? 
- Il le refuserait. Mais alors catégoriquement. Je pense aussi aux enfants. Je le ferai quand ils auront grandi. Peut-être. Si les choses ne s’arrangent pas. Pour le moment, c’est impensable.
- C’est ce que vous croyez.
- Je suis une sorte de prisonnière. Il me reste mon fils va avoir cinq ans en octobre, treize ans à tirer.
- On ne peut pas raisonner comme ça, c’est absurde.
- Rien ne dit que les choses ne vont pas s’arranger. Cet amour est épuisant, il me met à rude épreuve, mais c’est, je crois, un vrai amour, une histoire authentique. »

« Je crois » Bénédicte se ment à elle-même pour protéger l’espoir que sa vie n’a pas été une erreur. On retrouve ce qu’elle disait au début « s’inventer une vie ».

Elle va pourtant être hospitalisée dans une clinique psychiatrique après avoir avalé deux plaquettes de Xanax. Elle insistera pour rester plus longtemps mais les médecins lui permettront seulement d’aller dans une maison de convalescence une quinzaine de jours.

Elle refusera pourtant de dire au psychiatre pourquoi elle a avalé ces comprimés.

Elle a connu avec Christian un après-midi de bonheur absolu mais elle reste avec son mari, de plus en plus violent, manipulateur et pervers.

Elle dira : « Je n’ai pas capitulé,  je suis toujours vivante. Je suis seule à diriger ma vie, contrairement aux apparences. »   

Dans une interview, Eric Reinardt confiera aux journalistes « J’ai toujours été profondément touché par les destins empêchés. Cela remonte à ma propre angoisse de passer à côté de ma vie, la peur de ne pas être reconnu. Et cela remonte à mon enfance, au spectacle de mon père meurtri par ses échecs professionnels. »

Le livre est très beau. Le style est très différent des romans actuels. Cela m’a frappée car c’est le premier livre que je lis de l’auteur.

Je ne suis pourtant pas d’accord avec le quatrième de couverture : « Récit poignant d’une émancipation féminine. L’amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement. »

Je ne peux pas considérer Bénédicte comme une femme émancipée. Certes, elle choisit sa vie mais elle s’enferme dans les barrières qu’elle-même se dresse. Ce n’est pas ma conception de la liberté.