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12/09/2014

ERIC REINHARDT.

éric reinhardt, l'amour et les forêts

 

Eric Reinhardt est né à Nancy en 1965. Romancier, il est aussi éditeur de livres d’art français.

Romans : « Demi-sommeil » « Le Moral des ménages » « Existence » « Les système Victoria » « Cendrillon » 

L’AMOUR ET LES FORETS.

Eric Reinhardt reçoit une lettre très flatteuse d’une lectrice Bénédicte Ombredanne à propos de son dernier roman. Elle était en colère parce que le jury d’un prix littéraire décerné par les lecteurs d’un magazine avait rejeté la candidature de l’auteur.

Bénédicte est agrégée de français et enseigne dans un lycée public à Metz.

Ils vont correspondre par mails. Elle lui apprend qu’à force de le vouloir, elle parviendrait à être heureuse. « C’est la plus belle chose que ce livre lui avait permis de comprendre, le fait qu’il soit possible d’inventer sa propre vie, et qu’elle soit belle. (…)Elle allait donc, à partir de maintenant, s’inventer, s’inventer chaque jour »

Eric Reinhardt va la rencontrer deux fois. Le premier rendez-vous a lieu en mars 2008, le second quelques mois plus tard.

L’auteur est frappé par sa tenue, de couleur sombre, des dentelles, des bottines à lacets et surtout par sa bague que lui a laissée sa grand-mère. On y trouve un œil, « la peinture d’un regard » dit Bénédicte.

La vie de Bénédicte est tragique, même si elle ne le dit pas. Ainsi, un soir, en rentrant chez elle, elle trouve ses enfants terrorisés par l’attitude de leur père, réfugiés dans leur chambre. Il leur a dit : « Laissez-moi crever. »

Bénédicte apprend que son mari avait écouté une émission à la radio et qu’il s’était reconnu comme un harceleur certifié. Il reconnaissait qu’il lui avait gâché les plus belles années de son existence puisqu’elle n’avait que trente-six ans.

Ebranlée par l’attitude de son mari, la prise de conscience de ce qu’avait été sa vie, elle quitte son mari larmoyant, en colère. Elle allume son ordinateur et s’inscrit sur un site de rencontre.

L’auteur consacre plusieurs pages très amusantes aux conversations de Bénédicte sur le site. Elle finit par accepter un rendez-vous avec Christian qui habite une maison ancienne dans une forêt, à quelques kilomètres de Strasbourg où elle a dit qu’elle habitait lors de son inscription pour éviter de donner sa vraie localité, Metz.

Elle est secouée d’avoir accepté l’invitation mais se dit que ce n’est qu’un jeu dont elle pourrait se retirer quand elle le voudrait.

Elle se rend chez Christian. Comme prévu, il lui apprend le tir à l’arc, ils vont se promener dans la forêt, il l’embrasse et ils font l’amour.

Rentrée chez elle, très tard, elle invente une histoire peu vraisemblable à son mari mais ne lui parle pas de Christian. Sa fille lui reproche de n’être pas rentrée comme d’habitude, avec les courses qu’elle faisait généralement ce jour de congé.

Elle va vivre un enfer. Son mari la harcèle de questions, la réveille même la nuit parce qu’il veut connaître la vérité. Elle finit par la lui avouer et le harcèlement devient de plus en plus pénible.

Christian, avec qui elle correspond, la presse de quitter son mari mais elle refuse.

« - Pourquoi vous ne le quittez pas, votre mari ? 
- Il le refuserait. Mais alors catégoriquement. Je pense aussi aux enfants. Je le ferai quand ils auront grandi. Peut-être. Si les choses ne s’arrangent pas. Pour le moment, c’est impensable.
- C’est ce que vous croyez.
- Je suis une sorte de prisonnière. Il me reste mon fils va avoir cinq ans en octobre, treize ans à tirer.
- On ne peut pas raisonner comme ça, c’est absurde.
- Rien ne dit que les choses ne vont pas s’arranger. Cet amour est épuisant, il me met à rude épreuve, mais c’est, je crois, un vrai amour, une histoire authentique. »

« Je crois » Bénédicte se ment à elle-même pour protéger l’espoir que sa vie n’a pas été une erreur. On retrouve ce qu’elle disait au début « s’inventer une vie ».

Elle va pourtant être hospitalisée dans une clinique psychiatrique après avoir avalé deux plaquettes de Xanax. Elle insistera pour rester plus longtemps mais les médecins lui permettront seulement d’aller dans une maison de convalescence une quinzaine de jours.

Elle refusera pourtant de dire au psychiatre pourquoi elle a avalé ces comprimés.

Elle a connu avec Christian un après-midi de bonheur absolu mais elle reste avec son mari, de plus en plus violent, manipulateur et pervers.

Elle dira : « Je n’ai pas capitulé,  je suis toujours vivante. Je suis seule à diriger ma vie, contrairement aux apparences. »   

Dans une interview, Eric Reinardt confiera aux journalistes « J’ai toujours été profondément touché par les destins empêchés. Cela remonte à ma propre angoisse de passer à côté de ma vie, la peur de ne pas être reconnu. Et cela remonte à mon enfance, au spectacle de mon père meurtri par ses échecs professionnels. »

Le livre est très beau. Le style est très différent des romans actuels. Cela m’a frappée car c’est le premier livre que je lis de l’auteur.

Je ne suis pourtant pas d’accord avec le quatrième de couverture : « Récit poignant d’une émancipation féminine. L’amour et les forêts est un texte fascinant, où la volonté d’être libre se dresse contre l’avilissement. »

Je ne peux pas considérer Bénédicte comme une femme émancipée. Certes, elle choisit sa vie mais elle s’enferme dans les barrières qu’elle-même se dresse. Ce n’est pas ma conception de la liberté.

 

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