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08/08/2014

SPLEEN.

Charles Baudelaire, spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à de plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire. Spleen.

 

Commentaires

Un chef-d'oeuvre ! Et cette dernière strophe, terrible dans sa musique funèbre.

Écrit par : Tania | 08/08/2014

Merci, Tania. Je n'ai pas pu résister, le poème m'est revenu ce matin et je l'ai partagé !

Écrit par : mado | 08/08/2014

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