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07/08/2014

PHILIPPE CLAUDEL.

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Philippe Claudel, né en 1962 en Lorraine, est un écrivain, réalisateur et scénariste français.   Agrégé de Lettres modernes, il est maître de conférences à l’Université de Nancy. Il a également été professeur en prison auprès d’adolescents handicapés physiques. Il a été élu à  l’Académie Goncourt le 11 janvier 2012 au fauteuil de Jorge Semprun.

Romans : « Les Ames grises » « Le roman de Brodeck » « L’Enquête » « « Parfums ».

Il a reçu de nombreux prix et est traduit dans le monde entier.

Ses films « Il y a longtemps que je t’aime » et « Tous les soleils » ont été de grands succès en France et dans le monde.

(Billets : 19 janvier 2010 – 14 mars 2014)

LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH.

« C’est un viel homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le viel homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui. »

Par les premiers mots du livre, nous apprenons que Monsieur Linh a quitté son pays en guerre, comme beaucoup d’autres et arrive dans un endroit qu’il ne connaît pas et dont il ne parle pas la langue.

Il est hébergé dans un centre pour immigrés avec sa petite fille « Sang diû » qui dans la langue de son pays signifie « Matin doux ». Les parents du bébé. sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir à jamais, pour l’enfant.

Il dort dans un dortoir avec d’autres réfugiés. Le personnel l’appelle « oncle » comme c’est la coutume dans le pays.

Lors d’une promenade, assis sur un banc, il est rejoint par un homme, un peu moins vieux que lui, plus grand, plus gros. Il demande le nom de la petite fille et le traduit mal « Sans Dieu » Il  s’appelle Bark et s’enquiert du nom de Monsieur Linh. Sans comprendre la question, Monsieur Linh, répond « Tao-laï » qui équivaut au bonjour dans la langue de son pays natal. Monsieur Bark l’appellera donc Tao-laï.

Les deux hommes vont se rencontrer tous les jours sur ce banc et va naître entre-eux une amitié très forte alors qu’ils ne parlent pas la même langue. Monsieur Linh apprécie ce nouvel ami : « C’est comme de retrouver un signe sur un chemin alors qu’on est perdu dans le forêt, que l’on tourne et tourne depuis des jours, sans rien reconnaître. »

Monsieur Linh est bercé par la voix de cet inconnu qu’il lui parle sans qu’il puisse saisir un seul mot. « Monsieur Bark a de gros doigts dont les dernières phalanges ont pris une couleur orangé, à force de serrer les multiples cigarettes qu’il fume sans cesse. »

Monsieur Bark lui fait visiter le parc où se trouve un manège qui appartenait à sa femme, décédée. « J’étais toujours ému en voyant cela, en voyant ma femme actionner le manège, savoir que son métier, c’était de donner de la joie aux enfants. »

Un jour, rentré au dortoir après sa promenade, la traductrice Sara lui apprend qu’il ne pourra pas rester. Le bureau des réfugiés va examiner son cas et il lui proposera un autre endroit où il pourra résider éternellement.

 En attendant le transfert, Monsieur Linh, qui ne fume pas, demande d’avoir un paquet de cigarettes tous les jours pour les remettre en cadeau à son nouvel ami.

Il lui remettra les deux paquets de cigarettes dans un café où l’a emmené Monsieur Bark. Celui-ci est très ému. Il y a si longtemps qu’il n’a plus reçu de cadeaux. Bien que les cigarettes soient d’une marque qu’il ne fume pas, il ouvre le paquet et fume les trouvant meilleures que celles qu’il fume d’habitude, parce qu’il est tellement content du cadeau.

Monsieur Bark emmène Monsieur Linh au bord de la mer et avoue qu’il connaît son pays natal. « Oui, je le connais,  reprend-il en regardant de nouveau la mer et le lointain. Il y a longtemps, j’y suis allé. Je n’osais pas vous le dire. On ne m’a pas demandé mon avis, vous savez. On m’a forcé à y aller. J’étais jeune. Je ne savais pas. C’était une guerre. (…) J’étais encore un gosse. Un gosse. Et on a mis un fusil dans mes mains, alors que j’étais presque encore un enfant. » Monsieur Bark pleure et Monsieur Linh essaie de l’entourer de ses bras et lui sourit. Il pense que c’est le souvenir de sa femme qui le fait pleurer.

Ce que lui avait annoncé Sara arrive. Monsieur Linh est emmené dans un château, sur une hauteur. L’infirmière lui remet un pyjama bleu comme à tous ceux qui se trouvent là. Monsieur Linh est désespéré. Comment va-t-il retrouver son ami ? Il essaie de s’enfuir mais est rattrapé par les gardiens.

Il y arrivera pourtant et erra dans la ville à la recherche de son ami, qu’il finira par retrouver.

Je ne peux en dire plus. La fin du livre est une surprise…

Un roman émouvant, intimiste. Monsieur Linh ne parle pas mais pense constamment au pays qu’il a quitté pour l’enfant. Il s’en occupe avec tendresse, la serre contre lui, c’est son sang, tout ce qui lui reste.

Nous ne savons pas quel est le pays natal de Monsieur Linh ni celui où il est emmené. Des indices nous font penser à un pays d’Asie, mais c’est sans importance.

Je ne sais pas si Philippe Claudel a voulu écrire un livre sur les immigrés. Pour moi, le livre est surtout le récit de l’amitié qui se crée entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue et pourtant se comprennent.

L’émotion ne nous lâche pas. La beauté du style renforce encore l’émotion. C’est la magie des mots.

 

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